Vu de la place Victor Hugo - Page 5

  • L'homme révolté de l’histoire juive

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    Rabbi Menahem-Mendel de Kotzk ou l’homme révolté de l’histoire juive

    Il est écrit que Dieu contempla son œuvre et trouva que c’était bien. Pas moi. Je suis plus gâté que lui, plus exigeant. Le monde tel qu’il est, je ne l’aime pas, sauf pour me moucher avec… (p. 237 in fine)

    Mais qui était cet homme, né en 1787 et mort soixante-douze ans plus tard, victime d’une crise grave devant sa communauté, réunie au grand complet pour les bénédictions du repas du vendredi soir ? Pour sûr, un révolté, un homme qui ne supportait plus les souffrances incessantes de son peuple, condamné à n’avoir qu’un destin et pas d’histoire. Ou plutôt une martyrologie qui dure depuis plus de deux mille ans ?

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  • Heinrich Grätz, Martin Buber, Gershom Scholem et Elie Wiesel

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    Au terme de cette longue revue du livre d’Elie Wiesel sur Célébration hassidique*, paru en 1972 et plutôt mal accueilli par la critique universitaire, il était temps de redonner la parole à un grand auteur disparu, et donc incapable de se défendre. Or, dès les premières pages d’introduction de son livre, constamment réédité depuis, Wiesel avait pourtant averti qu’il ne se posait pas en spécialiste d’histoire doctrinale du hassidisme et encore moins en érudit. A l’évidence, cela ne lui a pas évité une volée de bois vert, un peu comme si d’éminents spécialistes considéraient cette parution comme une incursion indue dans  leur domaine, leur chasse gardée. Or, Wiesel a toujours voulu donner la parole à ceux qui ne sont plus là pour s’expliquer ou pour se défendre. Cela me fait penser à une interprétation talmudique d’un verset du Cantique des Cantiques, diversement compris par les uns et les autres : dovév sifté yeshénim… Pour une fois, je ne reprends pas la traduction de la Pléiade  et préfère la version homilétique : remuer les lèvres des gisants. Parler pour, défendre ceux qui ne peuvent le faire par eux-mêmes… C’est le sens du tikkoun que j’ai voulu accomplir tout au long de ces développements.

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  • Wiesel et le hassidisme : Le cas de rabbi Nahman de Bratslav (5)

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    Si j’osais, je dirai que le cas de rabbi Nahman de Bratslav (1772-1810), enterré à Ouman en Ukraine, est absolument emblématique ; en Israël, même de nos jours, c’est la figure hassidique la plus connue et la plus célèbre : son nom orne les pare-brises des taxis, des camions et des voitures, ce qui se vérifie par la grande fréquence des vols quotidiens Tel Aviv-Kiev à l’aéroport Ben Gourion.

    Mais c’est aussi la personnalité la plus déroutante qui soit, même aux yeux de ses propres adeptes. On n’osait pas trop le dire mais comme le faux messie Sabbataï Zewi (que les croyants me pardonnent ce rapprochement audacieux), le maître hassidique soufrait de la maladie bipolaire : il oscillait entre des états de profonde détresse intérieure et des accès d’euphorie… On pourrait dire que l’homme cherchait un moyen de surmonter le désespoir qui s’emparait de lui  à intervalles réguliers. Et pourtant, nul n’a songé à s’en séparer ni à s’en éloigner. On faisait avec.

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  •  “Le juif est un homme qui lit depuis toujours...”

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     Charles Péguy (1873-1914) et son curieux ouvrage L’argent (1913)

    Au risque de me répéter, pire, de passer pour un radoteur (que j’espère ne jamais être), je vous redirai que le confinement a tout de même quelque avantage, assez rare, car il nous permet de faire des rencontres intellectuelles plutôt improbables, en temps normal.

    Mais voilà, et comme nous le dirons mercredi soir, dans la Haggada (en quoi cette nuit diffère t elles des autres nuits ?), les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. C’est le moins qu’on puisse dire, eu égard à la terrible épreuve que nous subissons depuis quelques semaines.

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  •  Wiesel et le hassidisme : Rabbi Israël de Rizhin (4)

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    Pour ce sage hassidique Wiesel avoue sa profonde admiration, presque une vénération car  cette haute figure était liée à un souvenir du grand père de notre auteur, celui qui tient en fait la plume de son petit fils, et quel petit fils un futur Prix Nobel et un auteur à succès, Elie Wiesel.

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  • Amélie Nothomb est une grande écrivaine.

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    Amélie Nothomb, Stupeur et tremblements (1999) 

    Je reprends ma vieille antienne : n’était ce confinement qui me contraint de puiser sans cesse dans cette bibliothèque de la maison normande, je ne serais jamais tombé sur ce livre, écrit par une écrivaine connue mais que je n’avais encore jamais lue. Quelque chose d’indéfinissable me retenait, mais c’était un simple préjugé car je trouve que ce roman est bien écrit, passionnant et attachant. Je spécifie roman, c’est écrit dans la page de garde, et aussi parc e que ce que je lisais me paraissait si invraisemblable que je me suis posé la question : comment est ce possible ? Comment les Japonais ( car l’histoire se passe à Tokyo dans une multinationale japonaise) peuvent ils agir de la sorte ? Comment peuvent ils vivre ainsi ? Toutefois, un certain nombre d’indices aisément repérables laissent supposer que le fond est authentique, voire vécu par l’auteure, peut-être pas au même degré, mais tout de même… Et puis, il y a l’inénarrable bévue de l’ancienne et éphémère Premier Ministre de la France, dont je tairai le nom par charité, et qui avait comparé les Japonais à une catégorie d’animaux particulièrement industrieux… Ce qui avait provoqué une mini crise diplomatique entre nos deux pays.

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  • Elie Wiesel et le hassidisme (3)

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    Dans ce nouveau chapitre, Wiesel a choisi de nous présenter un couple fraternel, assez antithétique, un peu comme l’envers et l’endroit d’une seule et même médaille… Il s’agit des deux fils d’un richissime Juif de la localité, nommé Eliezer Lipman et ses enfants Sousia et Elimélekh. Un jour, alors que cet homme se rendait dans un autre lieu dans son confortable carrosse, il croisa un vieil homme qui peinait lentement le long du chemin. Animé par le désir d’aider son congénère, l’homme proposa de recevoir le mendiant qui refusa derechef les propositions de l’inconnu. Mais cela ne s’arrêta pas là : après des offres réitérées de prendre place dans son carrosse, l’homme proposa aussi de payer la somme que le mendiant comptait collecter… Le mendiant ne bougea pas, mais avant de se séparer de son bienfaiteur il lui fit part d’une sinistre prédiction : cet homme n’avait plus qu’une année à vivre. Il devait en profiter pour mettre ses affaires en ordre. Mais voilà, dans les régions du monde supérieur on consentit un geste au bénéfice d’un tel philanthrope : un sursis de 25 ans, ce qui donna le temps à l‘homme de se distinguer par de nombreuses actions de bienfaisance.

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  • Elie Wiesel et le hassidisme (II)

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                               Rabbi Yaakov-Yossef  instruisait, le Magguid inspirait

    Comme je le notais dans le précédent papier, paru ici même,  la succession du BESHT était redoutablement difficile et compliquée. Celui qui allait être choisi, le grand Magguid de Mezeritch, dit rabbi Dov-Ber, naquit en 1710 en Volhynie . Son style était différent de celui de son prédécesseur, le célèbre fondateur du mouvement, le BESHT. Il n’ignorait pas que les adeptes, les gens en général, feraient des comparaisons, d’autant que selon certains témoignages, il avait des défauts physiques apparents : il était myope et boitait un peu. Au niveau du caractère aussi, le contraste était grand. Répétons, à la suite de Wiesel, que nous dépendons pour tous ces détails et ces descriptions du témoignage peu objectif des disciples. Lesquels n’étaient jamais à court de détails prodigieux afin de présenter un récit miraculeux de leur Juste (Tsaddik) vénéré.

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  • Conséquences positives du confinement ?

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    Marguerite Duras, Moderato cantabile (1958) (Chanter modérément )

     

    Serait-il vraiment nécessaire de reparler des conséquences positives du confinement ? Vous connaissez le schéma : mes livres philosophiques sont restés à Paris et moi, je suis confiné ici avec la vieille bibliothèque d’où j’ai extrait ce roman de Marguerite Duras… Mais je commettrais un grave, impardonnable mensonge, en disant que j’aime cette écrivaine et son œuvre. Mais il faut bien avancer, alors j’ai jeté mon dévolu sur cet étrange petit ouvrage qui m’a opposé une certaine résistance au niveau de la compréhension. J’ai même failli renoncer à en parler ici. Une relecture attentive de certains passages et  une nouvelle approche, plus romanesque, plus féminine, m’ont ramené dans le droit chemin. Mais heureusement, les ouvrages philosophiques sont moins impénétrables que les chemins tortueux de la psychologie féminine.

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  • Loi divine et loi humaine

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    Les derniers développements en Israël concernant l’accomplissement des obligations religieuses juives, d’une part, et la nécessité de respecter à la lettre les règles du confinement et  de la distanciation sociale, d’autre part, n’ont pas manqué de retenir toute mon attention.

    J’ai donc découvert, à ma grande stupéfaction, que dans certains secteurs (pour ne pas dire sectes tout simplement) du judaïsme contemporain, certains fidèles, voire certaines autorités religieuses autoproclamées osaient dire publiquement que l’on devait continuer à vivre la pratique religieuse, sans le moindre changement, ni la moindre modification, comme si de rien n’était, comme si les temps que nous vivons étaient l’ordinaire et la routine.

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