Vu de la place Victor Hugo - Page 4

  • Eric Anceau, Laïcité, un principe. De l’Antiquité au temps présent. Passés/ Composés, 2022

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    Eric Anceau, Laïcité, un principe. De l’Antiquité au temps présent. Passés/ Composés, 2022

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  • En marge du 125e anniversaire du Congrès sionsiste de B$âle...

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    En marge du 125e anniversaire du Premier congrès sioniste de Bâle...

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  • Jack Weatherford, Gengis Khan et  les dynasties mongoles. Passés  / Composés. 2022

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    Jack Weatherford, Gengis Khan et  les dynasties mongoles. Passés  / Composés. 2022

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  • Stéphane Courtois & Marc Lazar,  Histoire du Parti communiste français (troisième édition revue ) PUF

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    Stéphane Courtois & Marc Lazar,  Histoire du Parti communiste français (troisième édition revue ) PUF

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  •    Abdennour  Bidar & Philippe Meirieu, Grandir en humanité. Libres paroles  sur l’école et l’éducation. Autrement, 2022.

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    Abdennour  Bidar & Philippe Meirieu, Grandir en humanité. Libres paroles  sur l’école et l’éducation. Autrement, 2022.

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  • Joans, le prophète malgré lui...

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    Jonas, le prophète malgré lui...

     

    Le récit contenu dans ces quatre chapitres attribués à un individu presque  inconnu des autres parties de la Bible hébraïque (II Rois), est unique en son genre. Jonas n’est même pas qualifié de prophète proprement dit. Il fait fonction de porte-parole de la divinité qui entend le charger d’une mission pour laquelle il n’est pas fait. D’ailleurs, s’il fallait pour cela s’en convaincre, il suffit de voir la rapidité de sa prise de décision : sitôt annoncé l’intitulé de la mission, Jonas, le prophète récalcitrant, décide de fuir, de s’éloigner  de  la face de Dieu, pour reprendre l’expression biblique.

     

    Voyons de plus près ce que vise ce petit livre, chargé de démontrer selon moi que la clémence, la bienveillance de Dieu régissent l’univers dans son entièreté. Tant il est vrai que la miséricorde de Dieu n’a pas de fin... On a l’impression que cette divinité sage et pacifique, en un mot éthique, correspond aux doctrines majeures du monothéisme éthique. Jonas, par son contre-exemple, montre que les tendances de la religion et de la relgiosité évoluent ; par exemple on n’en est plus aux récits vindicatifs (la destruction des cités pécheresses Sodome et Gomorrhe  du livre de la Genèse ou du livre  de l’Exode où la divinité promet de se venger des fautes des uns et des autres sur plusieurs générations.

     

    On se retrouve plutôt dans l’ambiance du chapitre XVIII du livre d’Ézéchiel qui donne une exégèse humaniste et bienveillante des avatars de l’existence : en interprétant le fameux adage décourageant en vogue sur la place du marché de Babylone, parmi les foils des condamnés : Les pères ont mangé le verjus mais ce sont les dents des fils qui en furent agacées... En d’autres termes : nos parents, nos ancêtres ont commis de graves fautes, ce qui leur a  valu de sombrer dans un exil sans fin, mais ce sont nous, leurs descendants innocents, qui en payant les conséquences... Par conséquent, si Dieu pratiquait la justice, l’exil devrait cesser puisque la génération des pécheurs a fini par disparaitre...

     

    Il n’est pas impossible que le narrateur du livre ait eu à l’esprit cet avatar de l’histoire  judéenne. Il semble faire écho au message divin du chapitre XVIII du livre de Ézéchiel : Dieu ne souhaite pas la mort du pécheur ! C’est la même leçon qui se tire du livre de Jonas, même si cela intervient à a son grand déplaisir : Dieu veut, d’intention première, sauver la vie des gens que leurs actions perverses destinent pourtant à la destruction et à la ruine.

     

    Je reviens ici sur une formule de ce prophète au petit pied, une formule assassine que la divinité elle-même ne reprend pas à son compte : Encore quarante jours et Ninive sera un champ de ruines. Le compte à rebours a commencé et rien ne pourrait l’arrêter. Jonas a l’air content de lui au lieu de se montrer compatissant. La mort prochaine de milliers d’hommes et d’animaux ne le touche guère... On verra plus bas qu’il s’apprête à contempler tranquillement la le spectacle de la  destruction totale de cette métropole. Il n’éprouve aucun sentiment de solidarité, alors qu’e le patriarche Abraham, parangon de lé générosité humaine, avait négocié pied à pied avec l’Éternel le sauvetage au moins partiel de la population des deux villes. Et bien plus tard dans l’histoire juive, l’exemple donné par Moïse qui refuse le verdict exterminateur de Dieu qui va éradiquer son peuple, coupable de l’avoir abandonné pour un vulgaire veau d’or... Moïse tient alors à Dieu à peu près le discours suivant : si tu en viens à exterminer ton peuple, alors commence par m’effacer de ton grand livre. Comme dans le cas d’Abraham et de Moïse, la divinité a, soit réduit la gravité du verdict, soit e elle l’a entièrement annulé puisque ce sinistre projet ne fut pas exécuté.

     

    C’est cette tradition humaniste et cette divinité proche et amie des hommes que l’on parie de prendre en considération, même si le récit est surtout métaphorique et parfois fantastique ( je pense au cétacé ou monstre marin qui avait avalé et ensuite recraché Jonas depuis ses entrailles).

    Je ne pense pas me montrer en disant que ce cétacé symbolise peut-être l’exil, malédiction suprême qui frappe le peuple d’Israël. L’exil ingurgite la vie, l’existence religieuse d’Israël, comme le monstre marin avale Jonas pour le ramener sur le terre ferme. Et comme la miséricorde de Dieu est grande, l’exil prendra fin.

     

    Ne nous laissons pas égarer par toutes ces invraisemblances qui entourent un récit dont le but est l’édification morale et la réaffirmation de l’altérité divine. C’est Dieu qui a atout créé, c’est lui qui peut agir sur tout, nul espace de l’univers ne lui est interdit. Et ce n’est pas par hasard que les choses se déroulent ne pleine mer.

     

    Ce n’est pas pour rien que la fuyard  choisit Tarsis, la ville la plus lointaine par rapport à Jaffa où notre homme embarque. Dans sa juvénile présomption, il croit avoir placé tout un océan entre lui et son poursuivant divin qui finira par le rattraper. On aura remarqué que le narrateur détaille en quelques verbes précis  les faits et gestes de Jonas : il se rend au port de Jaffa, trouve un navire, paie le prix de la traversée... et descend dans cale du navire où il s’allonge et finit par s’endormir. Dans sa simplicité d’esprit, Jonas se croit hors de portée : Dieu ne viendrait surement pas le persécuter dans la cale d’un navire en partance par une lointaine destination...

     

    On n’échappe pas à son destin quand c’est la divinité qui en a décrété ainsi. Le narrateur n’a pas de difficulté à introduire la mer, une mer démontée, dans le cadre de l’action. Au fond, si l’on faisait de ce récit une pièce de théâtre, les personnages principaux seraient les suivants : Dieu, Jonas, Jaffa, le, navire, la mer démontée, les matelots , le chef d’équipage, le grand poisson, Ninive, le roi de la cité, les habitants de la cité le ricin, le ver de terre, le soleil, la hutte, la colère de Jonas, et la déception finale de Jonas. La tradition juive a ajouté quelques lignes d’hommage au Dieu  souverain sur toute la tertre, sur terre comme sur mer.

     

    IL est intéressant de relever que nous ne sommes pas en territoire hébreu ou judéen et pourtant le Dieu des Hébreux y est prépondérant. C’est lui qui calme la fureur des flots alors que toutes divinités étrangères (je parle de celles des marins) se révèlent inopérantes. Ce trait aussi est un élément du message : le Dieu des Hébreux ( c’est de cette façon que Jonas se présente à ses compagnons d’infortune : je suis un Hébreu et le Dieu créateur des cieux, de la mer et d la terre   sèche  est celui que j’adore...) On notera aussi que cette définition peut se présenter comme une définition de l’essence même du judaïsme. Le contenu juridico-légal  de la religion est mis de côté. C’est l’aspect universel de l’innéité judéenne. La religiosité dépasse le cadre de la religion.

     

    Un mot très bref sur les scrupules des membres d’équipage qui procèdent à un tirage au sort désignant Jonas comme le responsable de leur malheur... Je n’ai pas besoin de souligner que le rite du tira au sort n’a pas de fondements juifs. Il existe pour cela l’inerrance prophétique. Mais le sort tombe sur Jonas qui finit par raconter toute l’histoire. Les marins hésitent car en jetant un homme à la mer, c’est le condamner à mort... Ces hommes demandent à Dieu (le Dieu d’Israël) de les absoudre de ce péché grave : que ce sang innocent que nous faisons couler ne retombe pas sur nous. Ce scrupule montre que les valeurs du Décalogue affleurent ici même : toute vie humaine est sacrée (Lo tirtsah) : tu ne turas point.

     

    Et cela suffit à entraîner la «conversion» des marins lesquels offrent des sacrifices et vouent des vœux... Il existe donc un volet apologétique montrant que le Dieu d’Israël (le Dieu des Hébreux) a une vocation universaliste. Sa présence se veut conforme à un ordre éthique universel. Il sauve qui il veut, sa volonté est illimitée, ce qu’il a décidé de faire, il le fait : il a décidé d’envoyer Jonas à Ninive, il l’a fait, il a décidé d’enfermer son envoyé dans le vendre d’un monstre marin, il l’a fait. Il a décidé que Jonas irait jusqu’au terme de sa mission, Jonas a été contraint de se soumettre. Je crois me souvenir que Moïse lui-même a tenté de se défaire de sa mission confiée par Dieu. Mais il n’est pas allé aussi loin que son lointain successeur Jonas.

     

    Ce livre de Jonas veut montrer qu’une conduite éthique est la seule exigence que la divinité formule à l’intention de l’homme. Il s’agit de faire le bien et de bannir le mal. C’est presque du déisme, mais l‘héritage judéen ou juif n’est pas entièrement relégué au second plan. Mais tout de même, pas une fois, le mot Torah n’est mentionné... Par contre, lorsque la conversion de la grande cité est effective, les méthodes de la piété retrouvée sont détaillées : jeûnes de trois jours pour tous les êtres vivants, le roi quitte son trône et revêt  un costume de deuil ; ses ministres n font de même. Et en conclusion de ce repêchage, Dieu agrée cette piété.

     

    On est bien d’accord, le livre illustre superbement l’existence de la miséricorde divine. Mais la grâce divine présuppose aussi l’existence de la prière. C’est un élément central car même dans les entrailles du monstre marin, Jonas s’adresse à Dieu, vantant sa grande clémence et son souci d’accueillir les pécheurs. Or, Jonas lui-même est un pécheur puisqu’il a fui de devant la face de Dieu et a tenté de désobéir à l’oracle divin.

     

    La prière, Dieu est sensible à la prière. C’est le second enseignement de cette histoire. On y évoque même le sanctuaire, le temple. Jonas fait amende honorable et se soumet, non sans s’être un peu ridiculisé en se montrant plus royaliste que le roi. Si Dieu recherche la vie et accorde son pardon, l’homme, sa créature, n’ a  plus rien à dire. Il y a une disproportion  voulue dans certains cas : Jonas et le monstre marin qui l’engloutit, le ricin et le ver de terre sui le dessèche, et enfin le dégât matériel dont souffre Jonas et sa volonté de mourir... pour si peu.

     

    Sur ce dernier point, la démonstration est sans équivoque : Jonas ne se soucie pas du malheur potentiel susceptible de s’abattre sur des dizaines de milliers d’êtres humains et d’animaux alors qu’il n’y a pris aucune part. Et même Dieu a conscience de l’énormité de ce massacre qu’il s’interdit de commettre.

     

    Comme le rappelle le Midrash, les portes du repentir sont toujours ouvertes. C’est l’enseignement premier de ce petit livre biblique que la tradition vénérable a eu raison d’intégrer  dans les 24 livres de la Torah.

  • Olivier Zunz, Tocqueville. L’homme qui comprit la démocratie. (II ) (suite et fin)

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    Olivier Zunz, Tocqueville. L’homme qui comprit la démocratie. (II ) (suite et fin)

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  • Olivier Zunz,  Tocqueville. L’homme qui comprit la démocratie. 2022. (I)

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    Olivier Zunz,  Tocqueville. L’homme qui comprit la démocratie. 2022. (I)

     

    Si, d’aventure, j’admettais la superstition en ma créance, je dirais que cet homme Alexis de Tocqueville est un miraculé, appelé à réaliser de bien grandes choses. Une fée, et pas n’importe laquelle, s’est penchée sur son berceau, mais il y a plus : ses parents échappèrent à la mort par miracle  car il n’était pas bon  naître dans une caste de grands aristocrates au début de la Terreur de la Révolution française. Des deux côtés, Alexis  avait de qui tenir.

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  • Osamu Nishitani,  L’impérialisme de la liberté. Un autre regard sur l’Amérique. Le Seuil, 2022.

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    Osamu Nishitani,  L’impérialisme de la liberté. Un autre regard sur l’Amérique. Le Seuil, 2022.

     

    On peut s’étonner d’un tel titre, mais l’étonnement disparait une fois qu’on s’est plongé dans la longue introduction destinée au lecteur français. Car, comme l’indique le nom de l’auteur de cette œuvre, il est professeur japonais, spécialiste des sciences politiques et économiques. Ce livre est une déconstruction systématique, et sans concessions de l’édifice intellectuel, économique et moral de l’Amérique, un terme sur lequel l’auteur s’étend considérablement pour le démythiser, et scruter directement sa vraie nature. On l’aura compris, dans ce livre il faut d’abord se concentrer sur le sous-titre et c’est alors que l’on comprend mieux cette mise en relation de l’impérialisme avec la notion sacrée de liberté. Une liberté que l’impérialisme américain a largement instrumentalisé, selon l’auteur, afin de mieux servir ses intérêts. En gros, l’Amérique aurait sans vergogne imposé sa Weltanschauung, ses propres valeurs au reste du monde.

     

    L’auteur veut montrer comment l’Amérique a réussi à imposer ses propres valeurs, elle, qui est sortie victorieuse de deux guerres mondiales, mais a échoué tant au Vietnam (la guerre du Viêtnam) qu’en Afghanistan. Comment l’Amérique a-t-elle réussi à prendre la tête du monde libre, incarnant à elle seul ce qui était censé être bon pour toutes les nations civilisées ? Le reste est considéré comme inassimilable aux yeux des vainqueurs de cette nation triomphante. Mais petit à petit, cette autre partie du monde, le monde asiatique, les peuples qui ne se réclamaient pas du judéo-christianisme, ni de l’Occident en général, ont fini par revendiquer le droit à une certaine altérité ayant la même valeur que ce qui constituait, dès les origines, le fondement idéologique, voire éthico-religieux de l’Amérique.

     

    Ses fondateurs se réclamaient aussi d’être les dominateurs sur le monde habité, avec pour tâche incontournable pour les non-Américains ou non-Européens l’obligation de se mettre au diapason...

     

    Ce professeur japonais, issu d’une nation qui a subi les foudres atomiques de la puissance la plus forte au monde, sait assurément de quoi il parle. L’Amérique, en dépit de ses valeurs morales et spirituelles, a déclenché le feu atomique contre une nation radialement différente de la leur, mettant à mort d’un seul coup, les dizaines de milliers de morts. Elle l’a fait à deux reprises et qui sait si elle ne l’aurait pas une troisième si les japonais n’avaient pas capitulé...

     

    L’auteur japonais n’est pas, à proprement parler, violemment anti-américain mais entend simplement dévoiler les failles éthiques de ce système qui s’est exporté dans le monde entier. On parle alors de l’américanisation de la culture et de la dollarisation de l’économie. Dans ce contexte, on peut lire en fin de volume tout un chapitre consacré au néolibéralisme. J’y reviendrai.

     

    Tant de pratiques, originellement importées de l’Amérique, se sont imposées au reste du monde. Avec, souvent, des points d’appui plus que discutables. On pourrait presque dire que toutes ces allusions à la liberté ont servi de cheval de Troie à l’Amérique...

     

    Le système westphalien a bien fonctionné jusqu’à présent mais commence être sérieusement contesté. La lutte contre le terrorisme est devenue prépondérante. Mais cette guerre est menée par l’Amérique au nom du monde libre dont elle se considére le chef de file. Or, sii l’on remonte aux sources de l’existence de l’Amérique, on rencontre des Indiens qui furent anéantis pour faire place aux nouveaux venus. Les États Unis reposent donc sur une politique d’anéantissement d’un autre peuple dont on a considéré le territoire comme terra nullius, un territoire sans maître. Cela a suffi pour en justifier l’invasion et l’occupation, ce qui dans les corps législatifs de chaque pays contemporain est considéré comme des crimes.

     

    En gros, l’auteur considère que l’Amérique a toujours préféré une paix carthaginoise à un règlement juste. Dans certains développements du livre on subodore une certaine démarche antiaméricaine... Mais cela est renforcé par la puissance mondiale qu’allait acquérir cette même Amérique, au point d’imposer sa loi au reste du monde. On le voit lorsque les USA décident d’imposer des sanctions, comme actuellement contre l’Iran, d’une part, et contre la Russie, d’autre part.


    La critique est particulièrement vive lorsqu’il s’agit de contester l’adossement du mythe de la liberté à ce qui se présentait comme le Nouveau Monde par opposition à l’ancien, représenté par une Europe en guerre et intolérante que les pèrespèlerins avaient justement quittée pour ces mêmes raisons. On le voit, l’auteur prend le mal à la racine, pour ainsi dire. Au passage, il stigmatise l’expansionnisme américain qui a fini par s’étendre entre deux océans, l’Atlantique et la Pacifique...

     

    La normativité, réelle ou prétendue de cette Amérique, l’a conduite à exiger que tous ceux qui dépendaient d’elle, c’est-à-dire tout l’Occident,  l’imitent et  adoptent les mêmes valeurs qu’elles. Dans cette opération de conquête qui ne disait pas son nom, l’Amérique a mis en avant cette notion ou ce mythe de la liberté.

     

    Le nom d’Amérique lui-même recèle bien des choses complexes . L’auteur en donne une analyse détaillée mais on peut dire que l’expression «Amérique précolombienne» ne laisse pas d’intriguer car nous ignorons comment cette terre s’appelait avant d’être «découverte» par les Européens. On dispose de l’exemple de plusieurs cités qui changèrent de nom au cours de leur histoire : par exemple Constantinople qui devint Istanbul après sa conquête et son islamisation par les Ottomans... Pour l’Amérique, ce ne fut pas le cas.

     

    Quant au titre de propriété des terres conquises en Amérique, tous ces territoires étaient intégrés aux possessions des maisons royales d’Europe qui avaient stipendié ces opérations navales et tout cela passait tout aussi automatiquement sous les auspices et dans l’escarcelle de l’église catholique. Certes, il y aura la réforme luthérienne mais ce droit de la guerre, en quelque sorte, ne changea pas la situation du tout au tout. Toutefois, les victimes de persécutions religieuses en Europe s’émurent de la maltraitance des populations autochtones qu’elles défendirent devant les tribunaux. Mais cela ne pensa que d’un très petit poids en comparaison des richesses importées du Nouveau Monde...

     

    Un élément joua un rôle considérable, ce fut la liberté religieuse. Certains puritains, persécutés par l’église anglicane, comparaient leur long périple à la sortie d’Égypte, se considérant eux-mêmes comme le peuple élu d’Israël, bénéficiant de la faveur et de la protection divines. La dimension religieuse est aussi très présente dans le cas le plus célèbre, celui des Pilgrim fathers du Mayflwoer, qui avaient scellé un pacte entre eux : rester fidèles à leur mode de gouvernement, respectueux des libertés...

     

    On le voit, l’auteur revisite l’histoire de cette Amérique dont il détricote les idées les mieux enracinées dans cette mythologie qui se donne pour une histoire au sens classique du terme. Disons un mot de l’aliénation de l’homme, traité comme une machine qui offre un rendement maximal. Par exemple, un rapport entre l’input et l’output (sic) Le taylorisme et le behaviorisme ont privé le travailleur de la dignité d’homme qui lui revient de droit. Et il faut bien reconnaître qu’en payant  l’ouvrier à la pièce on contribuait à le déshumaniser, à le ramener au rang d’une machine qui ne se trompe jamais, ne s’arrête jamais sauf si on appuie sur l’interrupteur. Pour gagner un peu plus, on gère l’homme scientifiquement, comme on gère une machine. De telles fautes au plan moral ont permis le développement prodigieux de la production et plus faiblement de la consommation puisque l’on poursuivait cette aliénation de l’humain.

    Pour finir, sans trahir la pensée de l’auteur qui m’a beaucoup appris sans toutefois me convaincre de la justesse de ses vues, je cite ici un passage de sa conclusion :

     

     A l’heure où cet état semble devoir entraîner le monde dans son destin, comme une tour gigantesque recouvre ses alentours de poussière en s’effondrant, nous avons tenté de repenser ce que représentait pour le monde et pour l’histoire de l’humanité cet État ou plutôt cette notion que l’on appelle l’«Amérique».

     

    Osamu  Nishitani n’est pas un ami de l’Amérique... Et c’est son droit.

     

     

  • Osamu Nishitani, L’impérialisme de la liberté. Un autre regard sur l’Amérique. Le Seuil, 2022.

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    Osamu Nishitani,  L’impérialisme de la liberté. Un autre regard sur l’Amérique. Le Seuil, 2022.