Vu de la place Victor Hugo - Page 4

  • Chaïm PotokII: Athènes et Jérusalem, deux mondes si différents

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    L’Histoire, et surtout l’histoire juive, est loin d’être un long fleuve tranquille. L’un des mérites de ce livre de Chaïm Potok (désormais simplement Chaïm) est d’avoir inséré de longs développements sur l’histoire grecque qui a fini par se croiser avec l’histoire proprement dite des juifs. Athènes et Jérusalem, deux mondes si différents, si éloignés l’un de m’autre, et pourtant si proches. Leurs relations n’ont jamais été faciles, même si les Juifs ont souvent été qualifiés de peuple de philosophes. Or, les deux tiers de la philosophie sont grecs nous enseignaient nos vieux maîtres en Sorbonne, et le dernier tiers  est dévolu à l’Allemagne avec, au moins, ses trois H, Hegel, Husserl et Heidegger. Pour ne parler que des plus récents.

    Le judaïsme antique doit tant à la Grèce antique, un peu comme le judaïsme du XIXe siècle doit lui aussi tant à l’Allemagne puisque c’est au bord du Rhin que naquit l’excellente Science du judaïsme qui pratique l’approche rigoureuse des textes anciens.

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  • Chaïm Potok, Une histoire du peuple juif. Des origines à nos jours (Agora)

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    On ne présente plus ce grand écrivain judéo- américain qui a excellé dans tant de genres littéraires et qui s’est même essayé à ce dur labeur qu’est la science historique… C’est à ce titre que nous en parlons à présent, toujours grâce aux merveilles insoupçonnées du confinement qui, à vrai dire, va finir par nous manquer lorsque nous aurons enfin réintégré l’ordre ancien des choses, un ordre auquel nous tenions tant maintenant que nous en sommes privés pour cause de covid-19. C’est ce fonds inépuisable de la vieille bibliothèque normande qui livre encore un peu de sa richesse, tant il est vrai qu’en règle générale, les gens évacuent vers leurs maisons de campagne les livres qu’ils se sont promis de lire un jour. Et pour moi et pour Potok, ce jour est arrivé.

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  • Hegel en marge du Covid-19 

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    Ce  qui est en train de nous arriver est une véritable tragédie, n’ayons pas peur des mots. Nous sommes menacés par un virus qui exige de nous, si l’on veut assurer notre sauvegarde et celle de nos congénères, le sacrifice de l’élément le plus essentiel de notre survie, l’éloignement de l’Autre, la distanciation par rapport à lui, en gros le confinement, le fait de quitter ce qui est la chose la plus belle du genre humain, la rencontre, l’amour, le souci de l’Autre.

    En faisant cette remarque préliminaire, je ne doute pas un seul instant de l’adéquation de cette grande mesure de confinement avec la situation actuelle. Le schéma n’a rien de kabbalistique, il est clair comme de l’eau d e roche : si on veut stopper net la circulation d’un virus si mortifère, si contagieux, il faut éviter les contacts car ils permettent à ce corps étranger de circuler et d’infecter des zones et des lieux qu’il n’avait pas encore investis.

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  • Ernest Renan et le judaïsme (fin) 

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    Dans mon ouvrage intitulé Renan, la Bible et les juifs (Arléa, 2009) j’ai répondu sérieusement à cette triple question qui ne laisse pas d’être complexe en raison du côté  chatoyant, voire fuyant, des développements de notre auteur. Cette attitude d’esprit a même donné naissance à un substantif, le renanisme, censé cacher sa vraie pensée afin d’échapper aux fourches caudines de censeurs éventuels.

    Et on se souvient des terribles controverses qui ont salué, pour ainsi dire, la publication de la Vie de Jésus… On se souvient aussi de cette leçon inaugurale au Collège de France qui fut très mouvementée au moment où le nouveau professeur a parlé de Jésus, cet homme admirable (je cite de mémoire). C’tait une provocation car pour les orthodoxes Jésus a une forme divino-humaine. Aussitôt les ecclésiastiques présents dans la salle tapèrent du poing contre leur pupitre pour marquer leur mécontentement. Il était évident que l’exercice académique de Renan serait de bien courte durée.

    Les prélats allèrent trouver l’impératrice Eugénie pour lui demander de convaincre son impérial époux de suspendre l’académicien (il était membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres). La manœuvre se fit en deux temps : d’abord la suspension immédiate pour calmer les orthodoxes, ensuite, un peu plu tard, la révocation avec, en guise de compensation, une nomination comme directeur à la Bibliothèque Impériale.

    La réponse de Renan ne se fit pas attendre : d’abord, il continua à donner ses cours chez lui à quelques fidèles lecteurs et disciples. Puis, il lança une bombe, il publia cette Vie de Jésus qui fut un succès mondial. Puisque même en Orient, au Liban lors d’une mission officielle de recherche, un Libanais lu a demandé s’il était bien ce Renan que l’Eglise avait chassé de son sein. Il ajouta que son propre père lui avait dit que cet homme était le diable en personne puisqu’il avait osé porter une main sacrilège sur notre Seigneur… Renan avait brûlé ses vaisseaux comme le Hagen de la mythologie wagnérienne : plus aucune voie de recours,  plus aucune chance de retour.

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  • Renan, un esprit qui s’émancipe de la Tradition et de l’orthodoxie (VI)

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                                          La foi disparue, la morale reste… ( Renan)

    Nous approchons du dénouement : Renan a rompu avec cette sainte mère, l’église, qui l’a nourri, adopté, protégé, formé, lui a ouvert presque tous les horizons et voilà que lui, en guise de reconnaissance, lui tourne le dos ;  et il la critiquera au cours des années suivantes avec une violence inouïe.Mais au sein de l’église catholique, Renan ne veut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, il s’en prend exclusivement à l’orthodoxie qu’il qualifie de barre de fer : elle ne cède sur rien, ne recule pas d’un pouce, veut tout conserver même les dogmes les plus invraisemblables.  Une telle position est absolument intenable selon notre philosophe-historien.

    Les gens blasés, ou simplement les cyniques, diront qu’il n y a dans cette vive ingratitude rien d’étonnant, que c’est l’absence généralisée d’éthique, et que  Renan ne fait pas exception à la règle. Triste vérité,  affligeant constat.

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  • Renan à la recherche de l’essence du christianisme (V)

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    On voit que notre jeune Breton, enfin arrivé et scolarisé à Paris au petit séminaire, justifie tous les espoirs que ses vieux maîtres avaient placés en lui. La vie n’était pas facile, non d’un point de vue matériel puisqu’il ne manquait de rien, mais au niveau de l’essence du christianisme, de sa doctrine fondamentale et des défis que lui posaient la société et les gens. La cléricature, comme dit Renan, n’avait pas partout la même approche. Bien qu’ayant commencé par admirer sans borne le père Dupanloup, le jeune Renan devenait désormais en mesure d’exercer un œil critique sur ce qu’on lui avait appris en tant que Nicolaïte et discernait les faiblesses du système qui l’avait formé. Toujours les mêmes critiques, la crainte de faire entrer dans l’école un peu d’air frais, un esprit nouveau, ne plus ressasser les mêmes formules éculées, renouveler le magistère, vivre en accord avec son temps. Il isole des phrases assassines qu’il applique à ce qu’il voit autour de lui : la vérité sort bien plus de l’erreur que de la confession…

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  • Ernest Renan, un incurable idéaliste ? III-IV

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    En fait, je n’ai d’amour que pour les caractères d’un idéalisme absolu, martyrs, héros, utopistes, amis de l’impossible. De ceux là seuls je m’occupe ; ils sont, si j’ose le dire, ma spécialité Mais je vois ce que ne voient pas les exaltés.. Je vois, dis-je, que ces grands accès n’ont plus d’utilité…

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  • Ernest Renan, la Bretagne et le christianisme  II

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    C’est la célèbre Prière sur l’Acropole qui ouvre cette seconde partie des Souvenirs, après la très émouvante évocation du Broyeur de lin, relatée par la mère de Renan à son cher fils. Dans ses lettres, au cours de ses multiples conférences et dans d’autres écrits plus ou moins brefs, le grand orientaliste qui avait beaucoup étudié la civilisation grecque (et n’oublions pas que la langue grecque fut la langue des Evangiles et que Renan avait commencé par opter pour la prêtrise) avoue que s’il avait une nouvelle vie, eh bien il la consacrerait à l’examen de cette superbe culture que fut la culture grecque…

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  •  Ernest Renan, Souvenirs d’enfance et de jeunesse  (I)

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    Les ressources du confinement sont aussi infinies que la miséricorde divine ; elles n’ont pas de fin… C’est ainsi que j’ai découvert dans la vieille bibliothèque normande un exemplaire assez rare (acheté jadis à Genève chez un bouquiniste), à savoir la 99e édition des Souvenirs d’enfance et de jeunesse d’Ernest Renan, un savant qui m’avait toujours intrigué depuis mes premières études universitaires ; cela est dû au fait majeur que Renan fut le grand titulaire de la chaire d’hébreu et d’araméen au Collège de France, une institution suprême dans l’enseignement supérieur français… Or, j’ai publié aux éditions Arléa il y a une dizaine d’année, un livre sur le grand orientaliste français, intitulé Renan, la Bible et les Juifs.

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  • Hommage à Christophe Tamisier, éditeur (1955-2020)

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    Je me dois, en ces quelques lignes, rendre hommage à un grand éditeur. Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, un homme qui fut non seulement mon éditeur mais un grand ami, un excellent conseiller éditorial et un être éminemment bienveillant. Il vient de nous quitter à l’âge de soixante-cinq ans des suites d’une longue maladie. La nouvelle me laisse sans voix, mais il faut témoigner. Et je me dois comme tant d’autres de ses amis, de le faire.

    Au plan personnel, ma dette envers lui est immense. Quelques uns de mes ouvrages sur la philosophie juive ont paru dans sa maison d’édition, Armand Colin (Dunod) où il favorisa si magnanimement leur accueil. Je me souviens encore aujourd’hui de notre première rencontre, lors d’un déjeuner auquel je l’avais convié dans un établissement du XVIe arrondissement. Cela a dû se passer vers 2005, ou peu avant, trois années avant sa nomination comme Directeur général des éditions Armand Colin. Cette charge durera de  2008 à 2013.

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