Vu de la place Victor Hugo - Page 3

  • Abraham ben Shem Tov Bibago ( fin du XVe siècle)) : un philosophe judéo-espagnol oublié…

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    Abraham ben Shem Tov Bibago ( fin du XVe siècle)) : un philosophe judéo-espagnol oublié…

     

    Voici un philosophe juif d’Espagne qui a vécu peu avant le décret fatal privant ses coreligionnaires de tout moyen d’existence dans l’ensemble de la péninsule ibérique, en 1492. Mais nous ne sommes même pas certains de la bonne orthographe de son nom. Certains manuscrits ne portent pas la mention BIBAGO mais BIVACH.

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  • IIIe partie Révélation face à la Raison

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    IIIe partie Révélation face à la Raison

     

    Vu l’importance du sujet, je passe directement à l’apport de Maimonide qui a traité cette question avec une profondeur qui va bien au-delà de tous ses prédécesseurs. Dès sa lumineuse introduction au Guide… il interdit aux non-philosophes l’étude, même très limitée, de son ouvrage car, dit-il, non seulement les analphabètes ne comprendront pas ce que je développe mais cela détruira le peu de lucidité qu’ils avaient auparavant. Ils ne réussiront pas à comprendre cet habillage conceptuel de thèmes religieux qui leur sont familiers sous une forme plus simple. Maimonide, on ne le repérera jamais assez, n’a guère d’estime pour la religion populaire ; il ne fait à ces adeptes de la religion populaire qu’une seule et unique concession : on doit leur dire que Dieu n’est pas un corps mais un esprit. C’est la seule entorse à la discipline de l’arcane…

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  • IIIe partie La révélation face à la Raison

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                   IIIe partie La révélation face à la Raison

     

    Vu l’importance du sujet, je passe directement à l’apport de Maimonide qui a traité cette question avec une profondeur qui va bien au-delà de tous ses prédécesseurs. Dès sa lumineuse introduction au Guide… il interdit aux non-philosophes l’étude, même très limitée, de son ouvrage car, dit-il, non seulement les analphabètes ne comprendront pas ce que je développe mais cela détruira le peu de lucidité qu’ils avaient auparavant. Ils ne réussiront pas à comprendre cet habillage conceptuel de thèmes religieux qui leur sont familiers sous une forme plus simple. Maimonide, on ne le repérera jamais assez, n’a guère d’estime pour la religion populaire ; il ne fait à ces adeptes de la religion populaire qu’une seule et unique concession : on doit leur dire que Dieu n’est pas un corps mais un esprit. C’est la seule entorse à la discipline de l’arcane…

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  •   La Révélation face à la Raison : le  cas du judaïsme I

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      La Révélation face à la Raison : le  cas du judaïsme I

     

    Voici un thème qui préoccupe les savants et les historiens de la pensée depuis des millénaires. Comment réconcilier la science de la nature, le système fondé sur des preuves et des raisonnements, avec une idée d’origine ou de provenance supranaturelle, pour ne pas dire divine ? Quelque chose qui est censé provenir d’un autre monde, d’un autre horizon que celui de le spéculation humaine. Paradoxalement, cette idée majeure de la tradition religieuse qui se réclame d’une Révélation fait rarement l’objet d’une étude serrée car l’heuristique n’a pas vraiment prise sur elle. Et cette attitude faite de retenue et de prudence a caractérisé tous les esprits formés aux questions théologiques depuis les origines. La question hautement sensible des sources de la Révélation n’est pas à la portée du premier venu.

     

    La Bible hébraïque, plus précisément les vingt-quatre livres qui en forment le canon (TaNaKH pour l’abréviation hébraïque : Torah-Nevi’im-Ketoubim), est considérée par ses tenants comme un document révélé par Dieu. Mais les discussions portent aussi sur l’étendue de cette révélation divine ou théophanie : est ce seulement le Décalogue qui fut révélé par Dieu ou l’ensemble des vingt-quatre livres ? La question n’est jamais  tranchée  clairement, on laisse planer des imprécisions car les arguments en faveur d’autres thèses, disons plus critiques, sont légion. Il fallait prévoir des méthodes d’adaptation puisque le Talmud lui-même dans le traité babylonien Menahot (fol. 14b) attribue à une série de personnages illustres de la tradition la paternité littéraire de certains livres bibliques. Je n’évoquerai ici que le cas de Moïse, considéré comme l’unique prophète-législateur  du judaïsme : lui sont attribués le livre de Job et l’ensemble du Pentateuque, à l’exception des versets qui relatent son décès… Ce qui était une concession obligatoire aux règles de la vraisemblance. Même si certains critiques bibliques plus anciens ont souligné qu’il existait nécessairement une autre main éditoriale puisque le verset suivant ne peut pas avoir été écrit par Moïse en personne : (Nombres 12 ; 3) L’homme Moïse était très humble…… Admettre que ce verset provient de Moïse en personne serait une contradictio in adjecto…

     

    Je me limiterai à ces quelques exemples pour montrer que la question est ardue et a été âprement discutée. Encore une petite remarque portant sur la notion de Révélation dans la langue  hébraïque et dans la théologie juive : le substantif «Hitgallut» et ses dérivés verbaux comme «nigla» sont bien moins souvent usités par les sources juives anciennes que l’expression «don de la Tora». Au fond, pour le judaïsme rabbinique, la Révélation revient au don de la Tora. En hébreu mattan Torah, ce qui veut dire que ce n’est pas vraiment l’essence divine qui s’est fait connaitre des Hébreux. La différence est de taille, même si la tradition talmudique affirme que les deux premiers commandements de ce Décalogue (Je suis l’Éternel ton Dieu, tu n’auras pas d’autres dieux…) furent prononcés par Dieu en personne. Là encore, la tradition juive fait preuve de retenue et n’ose pas parler de l’essence divine directement et use d’un terme équivalent dans la pratique rabbinique, mi-pi ha-guevoura (de la bouche de la Bravoure, ce dernier terme éétant un synonyme respectueux du Nom divin

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  • La révélation face à la Raison  II     

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    La révélation face à la Raison                                  

     

    IIe partie

     

    Se pose désormais la question suivante : comment connaître Dieu ? Comment pénétrer le mystère de son essence ? La Bible hébraïque laisse entendre que l’essence divine ne sera pas accessible à l’être humain mais que, dans une certaine mesure, on peut connaître Dieu par ses œuvres. Plus tard, tant les philosophes maïmonidiens que les maîtres de la kabbale parleront,  chacun à sa façon, de l’imitatio Dei : tenter de ressembler à Dieu par l’adoption d’une conduite éthique sur terre. Ces préoccupations là sont regroupées sous la rubrique de l’éthique, notamment chez Aristote mais aussi auparavant chez son maître Platon. Cette éthique fait aussi partie de la philosophie politique depuis les origines jusqu’à Hegel. Pour la Bible et ses commentateurs médiévaux, les objectifs étaient plus modestes : du peu que l’on pouvait savoir de l’essence divine on devait déduire des règles de conduite afin d’instaurer et de favoriser le règne de Dieu sur terre. La Révélation doit inclure un aspect  politique permettant une vie harmonieuse sur terre

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  • prféface à l'Examen du monde de Yedaya Bédersi

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    Préface à l’Examen du monde

                                  Georges Vajda

    CharlesTouati in  memoriam

     

     

    La présente œuvre médiévale, L’examen du monde,  que notre éminent collègue et ami René Gutman, grand rabbin honoraire de Strasbourg et du Bas-Rhin, et docteur en philosophie, a tiré d’un  oubli immérité, pourrait être assimilée à une sotériologie hébraïque, tant  y est présente la volonté d’orienter l’âme humaine vers la voie du salut dans l’au-delà. Mais Ce philosophe-théologien, Yedaya ben Abraham de Béziers, qui a vécu en un  temps axial pour l’avenir du judaïsme médiéval, post-maïmondien, a laissé une œuvre considérable dont la grande richesse n’a pas encore été convenablement étudiée. C’est pourquoi j’espère que le travail de pionnier de Monsieur René Gutman sera suivi de beaucoup d’autres recherches sur ce même sujet.

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  • René Maran, Batouala. Préface d’Amin Maalouf. Albin Michel (2021)

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    René Maran, Batouala. Préface d’Amin Maalouf. Albin Michel (2021)

     

    Qui se souvient encore de ce grand écrivain qui fut le premier écrivain noir à recevoir le Prix Goncourt en 1921 ? Peu de gens, à commencer par l’auteur de ces lignes… Les éditions Albin Michel, guidées par d’humaines mains ont fait œuvre de piété éditoriale et ont voulu fêter comme il se doit ce grand centenaire qui va de 1921 (date d’attribution du Prix) à 2021, date de la présente réédition.

     

    C’est aussi une problématique d’actualité, mais sans reprendre les outrances inacceptables de la soi-disant cancel culture qui ne propose rien d’autre qu’une éradication du passé historique de notre civilisation. Mais reconnaissons, aujourd’hui encore, sans avoir à battre sa coulpe à langueur d’années, qu’être à la fois homme noir et écrivain français est une tâche ardue. On est alors attaqué de toutes parts : par les exploiteurs qui estiment avoir tous les droits contre ceux qui sont noirs, et cette frange minoritaire mais agissante d’écrivains ou d’intellectuels noirs qui considèrent que vous n’allez jamais assez loin dans la dénonciation de l’iniquité, que vous êtes l’alibi noir de  la domination blanche etc…

     

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  • Martin Heidegger,  Réflexions VII-XI. Cahiers noirs (1938-1939)(Gallimard) (V)

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    Martin Heidegger,  Réflexions VII-XI. Cahiers noirs (1938-1939)(Gallimard) (V)

     

    Voici un nouveau volume des Réflexions de Heidegger, compris dans ces fameux cahiers noirs qui nous occupent depuis plusieurs semaines. La traduction, remarquable  est le fruit du travail de  Pascal David. Mais j’ai une réserve à propos de son avertissement. Et notamment concernant une seule phrase, vers la fin de l’avertissement du traducteur. Monsieur David signale sobrement qu’on trouve quelques rares passages où les préjugés antijuifs de Heidegger sont indéfendables mais dont une certaine presse s’est saisie pour déformer la pensée de Heidegger et lui faire ainsi barrage. Jusqu’içi tout va bien, mais c’est la suite que voici qui me choque : libre à chacun de préférer aux mines d’or les scories

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  • Fabrice Grenard, Le choix de la Résistance. Histoires d’hommes et de femmes (1940-1944) PUF

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    Ce sympathique ouvrage ne se veut pas une énième contribution à l’histoire de la Résistance française contre l’occupant nazi. C’est la présentation d’une quinzaine de personnes qui, du jour au lendemain, ou tout à coup, basculèrent dans le camp de ceux qui ont dit non à la défaite, non à la collaboration du régime du maréchal Pétain. Et en effet comment devenait-on un résistant, surtout un résistant de la première heure, puisque les mouvements de la Résistance ne constituaient, au début, guère plus de 1% de la population française générale ?

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  • Les leçons du 9 Av : de l’acte de contrition à l’acte de résilience…     Analyse doctrinale du rouleau des Lamentations

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    Les leçons du 9 Av : de l’acte de contrition à l’acte de résilience…

        Analyse doctrinale du rouleau des Lamentations

     

    La lecture, de rigueur en cet été qui tarde à s’installer durablement, du rouleau des Lamentations (dit en hébreu meguillat Qinot) conduit à s’interroger sur ce qui fait l’originalité ou l’authenticité du peuple d’Israël, un peuple dont l’existence dans ses  moindres détails,  a toujours été coextensive à celle de Dieu lui-même. Ce qui explique que l’inconduite de ce peuple, si souvent renouvelée au cours de son histoire mouvementée, voire tragique, ait provoqué l’ire divine de manière absolue.

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