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  • Primaires authentiques de la guache ou primaires-maison?

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    Primaires authentiques de la guache ou primaires-maison?

    En entendant ce matin l’annonce de J-Ch Cambadélis d’organiser des primaires à gauche (PS, radicaux de gauche, écologistes gouvernementaux), j’ai pensé à l’organisation à l’université d’un jury de thèse. Quand on soupçonnait une organisation d’un jury pour une thèse médiocre, on parlai alors d’un jury-maison, comme d’un syndicat-maison… Est ce vraiment ce qui risque de se passer sous nos yeux ? C’est peu probable. Et ce, pour les raisons suivantes :

    François Hollande, se voit attribuer d’innombrables défauts, un seul ne saurait lui est imputé : être dépourvu d’une grande intelligence politique. Comment s’explique sa persévérance alors que le sondages ne suivent pas, l’opinion ne s’emballe pas pour lui, bref alors que le paysage autour de lui est plutôt triste ? La réponse tient en une phrase : lorsque François Hollande se préparait à se présenter et que DSK ne s’était pas irrémédiablement compris dans une chambre d’hôtel de New York, l’actuel président était à 3%. La suite est connue et se passe de commentaire. La déduction est élémentaire : les sondages ont remonté quand je me suis mis en situation ; cela a marché la première fois, il n y a pas, a priori, de raison pour que cela ne marche pas une seconde fois. C’est donc un pari sur l’avenir, un acte de foi… Et j’ajoute que la croissance revient, les prévisions sont optimistes, la chômage devrait commencer de baisser, sans que ce soit un véritable étiage, mais tout de même. Et les Français -après tout ils sont les premiers concernés- recommencent à consommer, donc à ne plus se complaire dans une délectation morose que Georges Pompidou imputait souvent à ses compatriotes. Et si les gens sont moins malheureux, ils auront une meilleure idée de l’exécutif…

    Mais examinons les dessous de cette décision du PS, assez inattendue, mais qui n’a pu être prise qu’en collaboration très étroite avec le chef de l’Etat ou ses principaux conseillers. Les arrière-pensées sont nombreuses, et cela est normal quand il s’agit de données politiques d’une telle importance : qui va présider au destin de notre pays pendant les cinq années à venir avec de si nombreux défis, tant internes qu’externes ?

    Il faut donc chercher les motivations avouables ou inavouables d’une telle décision : il y a d’abord le ballon d’essai, analyser, épier les réactions des uns et des autres, bref faire sortir les loups du bois. Cette mesure a pour principal objectif de repérer les rivaux éventuels du président et les convaincre de ne pas diviser leur camp ou les neutraliser s’ils insistent.

    Pour François Hollande, le danger ne vient pas de Jean-Luc Mélenchon, même si celui-ci semble le talonner, voire le devancer dans les sondages. Sur un autre registre, je me souviens du score de Jean-Pierre Chevènement qui plafonnait à 14% dans les sondages et qui, les vrais votes exprimés, fit un score ridicule… Le danger viendrait plutôt de trois directions différentes : Arnaud Montebourg, Emmanuel Macron et éventuellement un ou une écologiste, Nicolas Hulot ou l’ancienne ministre du logement…

    Dans ce cas de figure, l’organisation de primaires viserait à nettoyer le terrain, à dégager une vue nette, au profit de François Hollande, s’il décide vraiment de se présenter. Dans ce cas, une candidature Macron est inconcevable, sauf à présupposer une soudaine démission de l’actuel ministre de l’économie. Certains commentateurs insinuent même que ce scénario a été pris au sérieux par l’exécutif qui devance un éventuel départ du gouvernement en septembre, annonciateur d’une candidature de E. Macron. En organisant les primaires vers janvier 2017, on coupe l’herbe sous les pieds d’une dispersion électorale, responsable d’une défaite annoncée.

    Mais si le PS et l’exécutif ont trouvé ou croient avoir trouvé la parade pour modérer les transports de E. Macron, ils sont plutôt désarmés face à Arnaud Montebourg qui semble ruminer sa revanche. L’homme n’est pas inintéressant, il parait sincère, authentique, mais cela ne suffit pas pour faire de lui un candidat valable à l’élection présidentielle. On peut le neutraliser en arguant de son affiliation au PS : comment aller à l’encontre des intérêts vitaux de son parti ?

    Restent enfin les écologistes. Nicolas Hulot a beaucoup de qualités mais il fait de la politique comme les écologistes, c’est-à-dire qu’il n’est pas dans les clous. Jacques Chirac avait coutume de dire que la politique est un métier… Sous entendu, âmes chastes et pures, s’abstenir ! Que fera Nathalie Duflot ? Elle aussi n’a pas digéré son éviction du gouvernement ni les attaques sournoises qui ont conduit à la disparition du groupe parlementaire… Certes, face à N. Hulot, elle ne fait pas le poids mais il est quasi certain que le parti écologiste sera présent au premier tour.

    On le voit, l’affaire n’est pas gagnée. Alors, qu’elles sont les chances du président ? Il y a d’abord la reprise économique qui est indéniable et qui semble donner raison à ses prévisions. Certes, la relance s’explique par la baisse stupéfiante des carburants, ce qui allège la facture de la France, et enfin la faiblesse de l’Euro qui favorise les exportations. Tous ces clignotants qui passent au vert finiront bien par avoir une répercussion sur le taux de chômage…

    Mais toutes ces bonnes nouvelles auront-elles une efficace sur quelque chose d’impalpable mais de vital, je veux dire le climat, l’ambiance, dans ce pays ? Sans faire d’analyse talmudique, c’est bien là le sens profond du dictum présidentiel que la presse unanime a volontairement déformé ; ça va mieux ! Ces trois monosyllabiques ont fait couler tant d’encre. Lles communicants de l’Elysée ont été pris en faute sur point ; ils n’ont pas su allumer un contre-feu. C’est le président qui s’y atteler tout seul, avec les résultats que l’on sait.

    Et c’est là que se niche l’inquiétude : les Français ne croient plus en eux-mêmes, ils ne croient plus en rien. Rares sont ceux qui comprennent ce que représente, ce que coûte notre système de santé, absolument unique au monde ! En quelques minutes, un médecin urgentiste se déplace chez vous, vous examine, même en pleine nuit, appelle un laboratoire qui envoie une infirmière faire une prise de sang, moins de deux heures plus tard, vous savez les résultats, une pharmacie est de service dans votre arrondissement, etc… Et je ne parle même pas des indemnités-chômage, des minima sociaux etc…

    Ce n’est pas l’inversion de la courbe du chômage qui importe le plus, elle va probablement se produire sur une modeste échelle, ce qui importe, c’est de redonner confiance aux Français en eux-mêmes. Comment faire ? Il nous faudrait quelqu’un qui nous donne une nouvelle légende nationale, comme le gaullisme. Aux USA, John Fr Kennedy a fourni à ses concitoyens la conquête de l’espace quand il a compris que la ruée vers l’ouest, westward movement s’était essoufflée.

    Qui sera notre Kennedy français ?

    Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 18 juin 2016

  • Le mal et la rédemption dans la sagesse biblique

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                                       CONFERENCE À LA MAIRIE DU XVIE ARRONDISSEMENT

                                                    Le jeudi 16 juin 2016 à 19 heures

                                       Le mal et la rédemption dans la sagesse biblique

    Toute investigation portant sur mal bute sur le mystère de son origine : le monde ayant été créé par Dieu, lequel est le summum bonum, le bien suprême (expression de Cicéron). Et pourtant le mal surgit dans la vie de l’homme et du monde. Puisque ces deux entités sont des créatures divines, donc ayant une source divine intégralement bonne, d’où peut bien provenir le mal ?

    L’irruption du mal dans le monde, est-elle une punition ? Ya t il à la base de cette pensée religieuse, une volonté personnelle, impliquant la notion de Providence ?

    La Bible refuse le dualisme manichéen, attribuant l’existence du mal à une autre divinité, le démiurge.

    Souvenons nous du chapitre XXX du Deutéronome versets 1-20 : on présente au peuple d’Israël, la vie et le bien, la mort et le mal.. Ailleurs : la vie et la bénédiction, la mort et la malédiction. Et la fameuse injonction finale : Tu choisiras la vie, donc tu tourneras le dos au mal !

    Pourtant, dans la hiérarchie des occurrences bibliques, c’est le terme BIEN TOV qui apparaît le premier, le terme MAL RA’ n’apparaît qu’un peu plus tard lorsque Dieu décide de la venue du Déluge car le cœur n’abrite que du mal depuis sa jeunesse (raq ra’ mi-né’ouraw) Certes, il y a cet arbre mythique dit l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

    C’est donc la prévalence du mal dans un monde pourtant créé par Dieu que le Déluge est venu tout détruire. Comment le mal a t il pu prendre à ce point le pas sur le bien qui était pourtant la raison d’être du monde ? Cette attitude prêtée à Dieu ne laisse pas d’intriguer. Renan lui-même notera ironiquement que Dieu n’a pas trouvé d’autre moyen de rédimer son monde qu’en le détruisant complétement… Alors d’où vient le mal ? Avec ses conséquences que sont la maladie, la souffrance et la mort ?

    La notion de péché, quintessence du mal. L’imputation du mal à l’homme et jamais à Dieu. L’expulsion de l’Homme du paradis, univers qui n’a connu que la grâce, la paix et le Bien, une sorte de rédemption, dès la création, un stade où création et rédemption avancent main dans la main, sans la moindre possibilité de pécher contre quoi que ce soit.

    Le mal surgit, naît de la transgression d’un interdit, d’une forme de loi. Mais le pourquoi de cet interdit, l’humanité ne le connaîtra jamais, c’est un secret de la conscience divine qui n’a pas jugé nécessaire de s’y étendre. : vous ne mangerez du fruit de cet arbre, le jour où il le ferez, vous mourrez, i.e. vous serez des mortels.

    Ce qui est intéressant, c’est la justification de cette transgression : Adam se défausse sur son épouse qui incrimine à son tour, le serpent. On est en pleine mythologie. Mais il y a quelque chose de plus profond : on veut nous faire croire que la création étant intrinsèquement bonne, le mal que l’on constate, n’st pas, pour parler comme Leibniz, d’intention première. I.E. il n’est pas là parce quelqu’un l’a voulu ou créé, il est simplement la conséquence négative, néfaste d’un acte humain irréfléchi. En ne resptant pas l’injonction divine, l’homme a troublé l’ordre de la création ?

    Etait ce une fatalité ? L’homme a peut-être voulu prendre la place de Dieu, ce qui revenait à enfreindre gravement l’économie interne de l’univers.

    Une théorie du mal affleure sous toutes ces justifications : le mal n’a pas d’existence substantielle, il est simplement l’absence de bien. Il n’a pas de réalité onotologique, dira Aristote qui sera suivi par Maimonide au Moyen Age. Pourtant, la mal a même des conséquences métaphysiques puisque nous renons compte aussi de la vie dans l’au-delà.. Le mal s’oppose à l’être. Pourtant, on tient toujours à innocenter Dieu du mal.

    Ce n’est pas dans le Pentateuque qu’on pourrait trouver une réponse satisfaisante mais bien dans la littérature prophétique, dans les écrits sapientiaux et surtout aussi dans les Psaumes. Et dans tous ces genres littéraires si différents les uns des autres, c’est l’inconduite de l’homme qui est la cause du mal, ce qui entraîne les châtiments divins correspondants. Au fond, on pourrait presque dire que les temps messianiques constituent surtout la victoire des forces du bien sur les hiérarchies maléfiques qui auront colonisé le monde des humains jusqu’à la venue du Sauveur pour nos frères chrétiens et du Messie pour les juifs.

    Les plus nombreuses occurrences du terme MAL se trouvent incontestablement dans le livre des Psaumes puisque le serviteur souffrant, comme en Isaïe LIII. Ce qui nous invite à classifier, comme le fera Maimonide au XIIe siècle, les différences catégories de maux.

    Dans la littérature prophétique comme dans les Psaumes, on dénonce des maux bien spécifiques : d’ordre social, économique, les inégalités, les souffrances infligées par des tyrans et des oppresseurs, Israël, par exemple, attaqué, occupé et déporté par des envahisseurs, etc…

    Mais on peut aussi envisager deux éléments qui coiffent toutes les autres catégories : le mal d’ordre religieux et le mal d’ordre éthique. Le premier peut être considéré comme un sacrilège alors que l’autre est un délit ou un crime. Ce qui n’est pas moins grave ni moins répréhensible

    Mais puisque Dieu ne saurait se voir imputer une quelconque responsabilité dans l’origine du mal et le fait qu’il sévisse sur terre, il ne nous reste qu’une alternative, l’homme au sein duquel deux tendances se livrent un combat permanent, l’instinct du mal et l’instinct du bien. La théologie bien pensante est d’avis que le monde créé par Dieu est intrinsèquement bon, et que si le mal en prend soudain possession, c’est par la faute de l’homme qui ne respecte ni n’accomplit la loi de Dieu, destinée à assurer la pérennité du bien sur cette terre.

    Ici, la problématique s’enrichit d’un élément nouveau, la nature humaine, nécessairement composite, faite de matière et de forme ou d’un corps et d’une âme. On se souvient du dualisme platonicien qui voit dans le corps la prison de l’âme, originaire des régions supérieures…

    La Bible hébraïque ne reprend pas à son compte ce dualisme, elle le fera fugitivement dans le livre de l’Ecclésiaste, au chapitre XII, où il est dit que le corps s’en retourne à la poussière d’où il a été tiré tandis que le souffle, l’âme, le pneuma s’en retourne vers l’Elohim qui l’a donné… Plus tard, au cours de la période médiévale, la philosophie juive emboîtera le pas au néoplatonisme ambiant qui fait de cette dichotomie le fondement même de sa noétique : c’est le cas depuis Saadia Gaon jusqu’à Eliya Delmédigo en passant évidemment par Maimonide et ses commentateurs. Maimonide reprendra d’ailleurs une définition philosophique du mal : c’est l’absence de bien.

    On trouve tant de versets attribuant à Dieu une certaine responsabilité dans la naissance et l’activité du mal. Lamentation 3 ; 38 : N’est-ce pas de la bouche du Très-Haut que sortent les maux et le bien ? Attention à la façon de lire ce verset, soit comme une affirmation, une assertion, soit, au contraire comme une interrogation. Ce qui remet le même problème au centre de nos préoccupations.

    Isaïe 45 ;7 dit, quant à lui : Je forme la lumière et je crée les ténèbres.

    Pourquoi avoir mis dans la même problématique la notion de rédemption ? Parce que cette notion théologique implique ou présuppose que le monde a été purifié, qu’on en a évacué toute trace des hiérarchies des forces du mal.

    Dans l’Etoile de la rédemption, Rosenzweig parle d’un monde où la rédemption serait contemporaine de la création : le monde n’aurait pas le temps matériel de sombrer dans le péché, générateur de tous les maux qui fondent sur l »humanité.

     

     

  • La chaîne francophone israélienne, l’Islam, le ramadan et l’Euro

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    La chaîne francophone israélienne, l’Islam, le ramadan et l’Euro

    Quelle belle émission ce matin sur I24News sur le jeûne du mois de Ramadan et les problèmes posés aux musulmans observants mais qui doivent, parallèlement, satisfaire à leurs obligations, vaquer à leurs occupations, voire jouer au football dans le cadre de l’Euro ou, tout simplement, subir les épreuves du Bac…

    Quelle belle initiative de la part d’une chaîne de télévision provenant d’un Etat que le monde arabo-musulman considère comme l’ennemi à abattre, l’occupant, l’usurpateur de terres arabes. C’est du moins la propagande qui circule depuis des lustres sur le bel Etat d’Israël dont les performances technologiques dans tous les domaines font autorité et sont reconnus par tous, ou presque…

    Et je dois dire que la présentation du jeûne de Ramadan par une chaîne de télévision juive et de surcroit israélienne m’a ébloui par son impartialité, sa compétence et sa sensibilité. Cela m’a rappelé un apologue talmudique que j’ai retrouvé en relisant Emmanuel Levinas : bené Israël rahmanyim bené rahmayim : les enfants d’Israël sont des miséricordieux, fils de miséricordieux. Ce qui signifie que la tolérance, l’empathie avec autrui est de tradition, elle ne date pas d’hier mais remonte à des pratiques solidement établies.

    On apprend que certains élèves se lèvent aux aurores afin de se nourrir et de subir les épreuves du Bac. On relève aussi que les joueurs musulmans de l’Euro connaissent quelques problèmes puisqu’ils dorment peu et mangent moins encore. Comment faire pour réussir ? Chacun y va de son couplet.

    On apprend que certaines dispenses existent, notamment pour les voyageurs, les femmes enceintes, les femmes qui ont leurs règles et évidemment les malades. Mais pour différentes raisons ou en certaines circonstances, les musulmans peuvent rattraper les jours de jeûne manqués. Bref, je dois féliciter I24News pour ce beau reportage.

    Je ne m’attends pas à ce que des télévisions arabo-musulmanes en fassent de même pour le judaïsme, sa culture religieuse et ses pratiques rituelles.

    Mais je m’interroge : que va recommander Tayyeb Erdogan à ses footballeurs qui affrontent les Croates à quelques km d’ici au Parc des princes…

  • Vive la France et vive la Roumanie!

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    Vive la France et vive la Roumanie!

    Le premier match d’hier opposant la France à la Roumanie ne fut pas une promenade de santé, les tricolores ont eu bien du mal, les Roumains n’étaient pas venus faire du tourisme à Paris mais bien déterminés à se battre jusqu’au bout. Il faut rendre hommage à cette équipe roumaine qui a mis sur pied une solide défense que le petit Dimitri P. a su mettre à mal comme par miracle. Quel tir, mais quelle maîtrise et quelle émotion lorsque ce joueur authentiquement français a quitté le terrain, les yeux embués de larmes. Voir un garçon sélectionné par Didier Deschamps, injustement qualifié de raciste par des gens dont on peut désormais se passer. L’équipe de France n’a pas besoin d’eux et la France ne supporte qu’on la traite publiquement et injustement de raciste.

    Je ne suis pas grand amateur de football mais hier soir j’ai désespérément cherché un bon film. Rien n’y fit. Je me suis donc rabattu sur le match et je ne l’ai pas regretté. J’ai pu regarder un stade de France plein à craquer et surtout la cérémonie d’ouverture fut un grand succès.

    Je le répète, on n’a pas besoin des détracteurs du pays, de notre culture et de nos mœurs. La France, comme le dit Nicolas Sarkozy, est éternelle, elle reste et restera la France avec ses défauts et ses qualités.

  • La France et les grèves, une nation éclatée

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    La France et les grèves, une nation éclatée

    Georges Pompidou, aujourd’hui oublié de tous, avait un jour diagnostiqué le mal français, le faisant remonter aux avatars de la Révolution ; il expliquait que les classes défavorisées, la classe ouvrière, les pauvres et assimilés avaient été frustrés de leur victoire par une bourgeoisie qui les coiffa sur le poteau. En gros, le conflit entre les classes sociales n’avait pas été réglé dans le sens espéré. Pompidou concluait son propos en disant qu’un jour, seul un homme casqué et botté serait à même de remettre de l’ordre dans le corps social.

    Presque un demi siècle après, on en est au même point. Mais c’est devenu bien pire puisque même l’Euro, même les tragiques inondations ne font pas entendre raison aux syndicats de grévistes : on a eu beau donner satisfaction aux grévistes sur de nombreux points, rien n’y fait, les grévistes veulent la chute du gouvernement et surtout, sans le dire, ils veulent empêcher François Hollande de candidater en 2017. Une vague d’opposition, inconnue jusqu’ici, a fait du président actuel sa tête de turc. Et les mêmes forces veulent installer Jean-Luc Mélenchon à sa place. Il serait, nous dit-on, l’authentique candidat de la gauche, puisque le PS actuel aurait trahi sa mission et renié les promesses faites aux électeurs.

    Je n’entre pas dans ce scénario compliqué, mais je relève que les intérêts catégoriels, les égoïsmes prévalent sur tout le reste : le président de la République en appelle à la raison, le Premier Ministre en a fait de même, avec un résultat identique : vox clamans in deserto… Que faire ? tout le monde s’y met pour arracher à un Etat faible le plus d’avantages possible : la SNCF, la RATP, Air France, les éboueurs, les cheminots, bref tous les mécontents se joignent au mouvement.

    Mais où allons nous ? J’ai relevé que les bennes à ordures ne passent presque plus dans les rues de Paris où les détritus s’accumulent. Plus personne n’écoute plus personne. Sommes nous encore une nation ? Que faut il faire pour ressusciter cette cohésion nationale qui n’existe que lors de grandes catastrophes dont Dieu veuille bien nous préserver ?

    Oui, que faut il faire ? De simples citoyens disaient la semaine dernière à une terrasse de café Place Victor Hugo que François Hollande devrait prendre une décision courageuse, voire historique, plaçant l’intérêt supérieur du pays au-dessus du sien… Mais ce serait une crise dans la crise. Mais je dois dire, même si cela ne se fera pas, que les derniers sondages (14% pour M. Hollande) ne présages rien de bon. Sauf miracle, je ne vois pas comment la tendance pourrait s’inverser.

    Comment s’est il passé ? Pourquoi aucune cause nationale ne retient plus l’attention des gens ? Les inondations, la tenue des matches de l’Euro, la gêne occasionné par la paralysie des transports, plus rien n’y fait.

    La France est elle encore un pays uni, ou comme le disait le Sage de la Révolution française, un conglomérat in constitué de peuples désunis ? La palme revient aux syndicats CGT et SUD.

  • Emmanuel Levinas, critique du judaïsme de son temps

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    Emmanuel Lévinas, critique du judaïsme de son temps.

    L’auteur de Totalité et infini (1961) le grand philosophe français Emmanuel Levinas, ne jugea pas inférieur à sa dignité professorale de rédiger un essai provocateur intitulé Comment le judaïsme est-il possible ? , publié dans la revue L’Arche en 1959. Quand on analyse en profondeur cet article qui passa presque inaperçu à l’époque, on se rend compte qu’il équivaut à un véritable projet de réforme, de fond en comble, du système éducatif juif de l’époque. Et l’on s’aperçoit aussi que Levinas, qui fut l’un des tout premiers lecteurs de Franz Rosenzweig et son introducteur dans notre pays, avait également fait son profit d’une texte sur la réforme de l’éducation juive en Allemagne, adressé par l’auteur de L’Etoile de la rédemption (1921) sous la forme d’une lettre ouverte au coryphée de la science du judaïsme de l’époque, Hermann Cohen, le philosophe néo-kantien de Marbourg, quelques mois avant sa mort en 1918. Certes, Levinas n’a pas repris les détails de la réforme préconisée par Rosenzweig car ceux-ci étaient adaptés au système scolaire allemand, mais il en a repris l’esprit et les grandes lignes. Ce qui frappe aussi, au premier coup d’œil, c’est que ni l’ penseur français ni son maître allemand n’étaient des rabbins, mais des Juifs fervents, viscéralement attachés à la survie et à l’avenir radieux de leur tradition religieuse.

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  • A quoi sert une nouvelle conférence internationale sur le Proche Orient?

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    A quoi sert une nouvelle conférence internationale sur le Proche Orient?

    Certains observateurs sont un peu sévères à l’égard de François Hollande et de son premier ministre à l’occasion de la convocation de cette conférence internationale ; ils susurrent que l’exécutif français n’avait plus le choix : face à une dégringolade inquiétante dans les sondages (respectivement 11% et 14% d’opinions favorables), avec de tristes perspectives face aux inondations et à l’Euro, il fallait avoir un sujet où l’on prend l’initiative. C’est d’ailleurs ce que distille certaines sources US proches du Département d’Etat.

    Pour les USA et pour Israël, et même pour certains pays arabes, voire même les Palestiniens, la France n’a pas les cartes en main pour modifier la donne. Seuls les USA pourraient le faire, mais pour l’instant ils sont très occupés par d’autres sujets, sans même parler de la réorientation de la politique US qui cherche à contrer la Chine en Asie. Même le successeur d’Obama sera obligé de poursuivre dans cette voie. Par ailleurs, au plan régional, c’st d’une part l’Iran, et d’autre part, l’Etat islamique qui retiennent l’attention.. Comme l’a dit le président français en le déplorant, le conflit entre Israël et la Palestine est devenu périphérique. Aucun pays arabo-musulman d’importance ne s’en soucie vraiment. Même l’Iran, soutien du Hamas, a d’autres chats à fouetter en Syrie et en Irak. Et les pertes sont lourdes. Sur place, Iraniens et soldats US ont le même ennemi, Daesh qui est désormais sur la défensive. Et l’Iran pense d’abord à lui-même : il attend des investissements étrangers, le renouvellement de son matériel et la satisfaction des besoins de sa population. Du coup, les Palestiniens ne figurent plus au sommet des priorités.

    Enfin, tout a changé au Proche Orient car ce n’est plus Israël qui pose problème mais le monde arabo-musulman qui est en pleine liquéfaction : l’Egypte est instable depuis que Morsi a été démis de ses fonctions, la Syrie est en ruines et ne ressemblera à rien d’ancien à la fin de la guerre, le même constat vaut aussi pour l’Irak. Enfin, il y a la Turquie qui risque de redevenir le nouvel l’homme malade de la région…

    La Turquie risque de payer pour ce qui se passe en Strie, l’émergence d’une puissante milice turque va mettre en péril son intégrité territoriale, d’où le soin mis par la Turquie à surveiller la situation comme le lait sur le feu… Les Turcs vont bientôt s’apercevoir que leur urgence ne porte pas sur l’Europe et l’adhésion à son Union mais plutôt sur le problème kurde qu’ils ont intérêt à régler par la négociation.

    Il faut accorder aux Kurdes une large autonomie interne dans le cadre de la régionalisation au sein de l’Etat turc. Mais l’actuel Sultan Erdogan ne l’admettra jamais. D’où la possibilité d’une grave déflagration. Et cela risque d’être compliqué car les Turcs font partie de l’OTAN…

    Et depuis avant-hier, le Bundestag a courageusement voté la reconnaissance du génocide arménien qu’Ankara s’entête à nier. Si les Turcs mécontentent même le pays d’Angela Merkel, cela n’augure rien de bon

    On le voit, les défis qui se préparent sont bien loin des bisbilles entre Israéliens et Palestiniens, lesquels sont lâchés par le monde arabo-musulman.

    Maurice-Ruben HAYOUN in La Tribune de Genève du 4 juin 2016

  • Présentation du livre de MRH sur Rosenzweig ce jour à partir de 18h30 en la résidence du Ministre Plénipotentiaire près l’Ambassade d’Allemagne à Paris

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    Présentation du livre de MRH sur Rosenzweig ce jour à partir de 18h30 en la résidence du Ministre Plénipotentiaire près l’Ambassade d’Allemagne à Paris

     

    Monsieur le Ministre, cher Detlef, Madame, et si vous le permettez, chère Gabrielle, Monsieur le Ministre Plénipotentiaire près l’Ambassade d’Autriche, Messieurs les membres de l’Académie Française, M. Pierre ROSENBERG, Monsieur Amine Maalouf, Madame la conseillère de Paris, chère Céline Boulay Espeonnier, Monsieur le président de la CNP Assurance, cher Jean-Paul Faugere, Monsieur le Directeur général Adjoint, Monsieur le directeur de la collection, Mesdames, Messieurs, chers Amis,

    Je ne peux commencer mon intervention, qui sera brève, je vous le promets, sans adresser en tout premier lieu mes vifs remerciements et ma gratitude à nos hôtes, Detlef et Gabrielle Weigel. C’est un très grand honneur auquel je suis très sensible ; j’adresse aussi mes remerciements et ma gratitude à toutes les personnalités, hautes et importantes, aux amis nombreux, qui ont bien voulu nous honorer ce soir de leur présence et assister à la présentation de ce modeste ouvrage sur un grand philosophe judéo-allemand, Franz Rosenzweig ; et vous verrez en écoutant l’avant-dernière phrase de mon exposé pourquoi je dis Juif et allemand.

    Rosenzweig fut un authentique penseur européen ; né en 1886 à Cassel dans le Land de Hesse, mort à 43 ans, en 1929 à Francfort sur le Main, des suites d’une terrible maladie, l’amyotrophie latérale, qui le priva même de l’usage de la parole, ce qui est pire que la peine capitale pour un philosophe, Rosenzweig a vécu de plein fouet la crise de la conscience de l’Europe et la débâcle de sa culture. Ce fut une profonde crise spirituelle , vécue dans sa chair , qui l’a conduit à rédiger en pleine guerre mondiale, en moins de six mois dans les tranchées de Macédoine, comme agi par une force supérieure, son œuvre majeure l’Etoile de la rédemption ; elle sera publiée trois ans après la fin des hostilités, en 1921, et six ans avant l’œuvre de Martin Heidegger, Sein und Zeit qui rendit son auteur mondialement célèbre.

    Mais il faut savoir qu’un an avant cette déflagration mondiale qui allait le maintenir sous les drapeaux durant quatre années, le jeune philosophe hégélien avait achevé avec enthousiasme une thèse de doctorat intitulée Hegel et l’Etat, sous la direction d’un grand universitaire de l’époque, Friedrich Meinecke,. Nous avons donc affaire à un historien de la philosophie politique de Hegel. Or, un philosophe comme Hegel considérait le christianisme comme la religion la plus aboutie qui fût et l’Europe comme le continent le plus évolué, ayant produit une culture supérieure à toutes les autres. Et voilà que ces mêmes nations européennes, toutes chrétiennes, s’étaient entretuées, transformant le continent en un champ de ruines absolument méconnaissable. Aucune valeur éthique ne pouvait survivre à un tel massacre.

    Lorsqu’il publiera sa thèse en 1921, trois ans après la fin des hostilités, Rosenzweig ne sera plus le même. Il ne croira plus en la strophe du beau poème de Hölderlin (An die Deutschen) portant l’Allemagne aux nues , pays des muses et des poètes, ayant élu domicile dans les vertes prairies du pays de Goethe. Hölderlin, Hegel et Schelling s’étaient rencontrés dans le Stift de Tûbingen. Ce monde d’hier, pour parler comme Stefan Zweig, était irrémédiablement détruit et les principes philosophiques qui sous-tendaient l’univers spirituel de ces hommes d’esprit avaient disparu. Plus rien du passé ne tenait debout.

    Comment continuer à croire avec Descartes que la recherche de la vérité est la plus digne préoccupation d’une vie ? Comment suivre le bel exemple de Goethe qui recommandait de  se détourner de la grisaille des théories pour s’attacher à l’arbre verdoyant de la vie ?

    Rosenzweig décida alors de tourner le dos au hégélianisme de sa jeunesse, même si dans ses années de maturité, si brèves, hélas, il ne put s’en défaire entièrement.. Il ne voulait plus reprendre à son compte cette pensée abstraite, excessivement conceptualisée qui frise la totalisation prônée par Hegel : les êtres n’ont de sens, selon lui, si ce n’est à partir du tout dans l’Histoire qui mesure leur réalité et englobe tout : les événements, les Etats, les institutions, la pensée elle-même et les personnes. La personne du philosophe se réduit à son système de la vérité dont elle n’est qu’un simple moment.. Rosenzweig dénonce cette totalité et cette façon de la rechercher en la réduisant.. Il faut donc s’en revenir à l’expérience qui préserve la subjectivité et ne tourne pas le dos à la vie..

    Au lieu de la totalitsation des éléments, accomplie sous le regard presque déshumanisé du philosophe, Rosenzweig découvre la mise en mouvement du temps et de la vie. Cette unification constitue le fait originel de la religion. La religion, avant d’être une confession, est la puissance même de la vie où Dieu entre en relation avec l’homme et l’homme avec le monde. Religion comme trame de l’être, antérieure à la totalité du philosophe . Hegel avait affirmé  qu’il était la fin de la philosophie et que les philosophes après lui, allaient devenir superflus, c’est-à-dire de simples professeurs de philosophie, ce qui n’est pas très charitable pour notre corporation.

    Le défi, largement relevé par Rosenzweig fut le suivant : comment opposer. à la structure du réel telle qu’enseignée par les philosophies depuis l’Ionie jusqu’à Iéna, avec le même droit à la vérité, une ontologie de la vérité religieuse, une pensée nouvelle qui puisse être aussi souvent pensée de Thalès à Hegel ? C’est bien ce que Rosenzweig a entrepris de faire en écrivant l’Etoile de la rédemption. Et c’est ce qu’il appelle le Nouveau Penser, das neue Denken..

    Je ne peux pas entrer dans les détails mais je puis dire que notre auteur réconcilie la philosophie et la vie et qu’il remplace le froideur de la pensée conceptuelle par la chaleur de l’expérience. Il met aussi en avant deux philosophes très attachants qui ont été des penseurs subjectifs, à savoir Kierkegaard et Nietzsche.

    Il y ajoute un sens inné de l’éthique, conçue comme une optique du divin, ce qui nous rapproche de Levinas dont Rosenzweig fut le maître incontesté. Il est vrai qu’ils appartiennent à la même confession… Le divin ne peut se manifester qu’à travers le prochain. Aucune autre relation avec Dieu n’est plus droite ni plus immédiate. Dieu, en se révélant à l’homme, lui manifeste son amour, et la réponse de l’homme à cet amour est d’aimer son prochain. Paul Ricœur, grand ami et collègue de Levinas à l’université de Paris, a justement caractérisé la pensée de Rosenzweig de la manière suivante : c’est une théologie philosophante.

    J’évoquerai, pour conclure, trois autres points fondamentaux dans la vie et l’œuvre de notre auteur : tout d’abord, les relations avec le christianisme, ensuite la question sioniste et, comme promis au début de mon exposé, les relations entre la judéité et la germanité.

    On sait que Fr. Rosenzweig, en pleine crise spirituelle, a sérieusement envisagé de se faire chrétien en 1913 avant de se raviser et d’adopter un mode très observant de vie juive. Mais il a toujours conservé pour cette grande religion qu’est le christianisme, le plus profond respect. Il a donc placé le judaïsme et le christianisme sur un même plan d’égalité et ayant une même part à la vérité religieuse. La vérité en soi exige une double manifestation dans le monde, celle du peuple éternel et celle de la mission sur la voie éternelle. La vérité s’éprouve dans le dialogue judéo-chrétien. Rosenzweig a donc été celui qui a installé durablement ce dialogue .

    En ce qui concerne le sionisme, l’auteur n’était pas contre, tout en considérant que le peuple du Livre risquait de compromettre sa mission universelle en redevenant le peuple d’une terre.

    Et pour finir la judéité et la germanité. Rosenzweig disait qu’il était Juif et Allemand mais recommandait d’oublier cette petite conjonction de coordination, et. Interrogé sur la place prise par l’une et par l’autre de ces deux parties constitutives de son être, il proposait qu’un chirurgien prît la chose en main en appliquant son art. Mais Rosenzweig ajoute, pour finir : le chirurgien fera son travail mais moi, survivrai-je à l’opération, tant les deux appartenances sont intimement liées au plus profond de moi-même ?

    A cette grave question existentielle l’auteur de l’Etoile de la rédemption n’apporte pas de réponse.

    Mon non plus je n’ai pas la réponse ; mais je vous propose en lieu et place de ne pas vous inquiéter et de savourer tout de suite un agréable moment entre amis

  • Le Déluge et la prière

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    Le Déluge et la prière

    En écoutant égrener la liste interminable des villes et villages sinistrés de notre pays, en raison des intempéries, je me suis souvenu que le premier désastre dont l’humanité, dans son ensemble, eut à souffrir ne fut autre qu’un gigantesque dégât des eaux, le Déluge. On trouve ce mythe dans la littérature babylonienne ancienne d’où il s’est très probablement frayé un chemin dans la Bible hébraïque où il se métamorphosa en un passionnant récit, centré autour d’un personnage mythique, le fameux Noé, connu, en réalité, pour sa découverte du vin…

    Donc, la crainte de l’eau, l’horreur éprouvée devant la montée des eaux, remonte (sans jeu de mots) à des périodes très anciennes. L’homme, qu’il ait vécu sur le littoral ou à l’intérieur des terre,s a toujours eu peur d’être englouti dans les profondeurs marines. La rivière, traditionnellement calme, qui quitte son lit, le petit ruisseau qui se transforme en un torrent impétueux emportant tout sur son passage, hommes, arbres et maisons, ce déchaînement de l’élément marin est profondément enfoui dans la mémoire collective de l’humanité. Au fond, la Bible s’est contentée de s’en faire l’écho.

    Quand on voit qu’un pays aussi fort que la France, aussi évolué et aussi avancé dans tous les domaines, peine à juguler cette catastrophe, on se rend bien compte que la nature est la plus forte : comment agir sur la décrue pour l’accélérer ? Il faut laisser Dame nature s’autoréguler, elle prend son temps pour que le niveau des fleuves et des rivières baisse et pour que les rues de nos villes et de nos villages reprennent leur physionomie habituelle.

    Un détail contemporain : quand on habite un nouvel appartement, la première police d’assurance qu’on est tenu de contracter est celle qui prémunit contre le dégât des eaux.

    L’homme se révèle donc impuissant dans sa tentative de dicter sa loi à la Nature. C’est alors que je me sui souvenu d’une liturgie qui se récite au moment où l’on passe de l’été à l’hiver, et de l’hiver à l’été. Puisque, comme chacun sait, en Orient, deux grandes saisons dominent, l’hiver et l’été, le printemps et l’automne étant considérés comme des moments transitoires…

    Le premier jour de la fête de Pâque marque le passage de l’hiver à l’été. La formule liturgique change donc. Pour l’hiver, la prière demande que souffle le vent et que tombe la pluie ; tandis que pour l’été la formule devient : Dieu qui fait tomber la rosée afin que la nature retrouve son éclat, étale sa joie des couleurs et stimule l’agriculture pour les récoltes. Faute de quoi l’humanité serait menacée de famine.

    Mais il y a plus. Le jour du Nouvel An, la liturgie est nettement plus longue et plus fournie. Je ne vais pas la traduire ici mais simplement en résumer les grandes lignes : on prie pour que les pluies tombent au moment voulu, que leur volume soit approprié et constitue une bénédiction. La liturgie juive est probablement la seule qui accorde une telle attention à la pluviométrie. Il faut dire que les civilisations du Proche Orient, généralement éprouvées par de terribles sécheresses, considéraient ces dernières comme une véritable punition divine. Il suffit de jeter un rapide coup d’œil sur la littérature prophétique pour s’en convaincre…

    Mais les recettes d’il y a deux millénaires peuvent elles aujourd’hui encore avoir une efficace ? Pour les gens qui y croient, oui, certainement, même si je recommande de placer aussi son espoir dans de robustes moyens techniques et matériels fabriqués par les hommes.

    J’ai dit aussi mais pas exclusivement. Voici un hadith attribué au prophète de l’islam qui illustre bien notre propos : un jour, un chamelier lui a posé la question suivante= Envoyé du Seigneur, tu nous dis de toujours faire confiance à Dieu mais moi, la nuit, pour ne pas laisser ma chamelle s’enfuir durant mon sommeil, je l’attache à une borne… En agissant de le sorte, suis-je fidèle à tes enseignements ? Le prophète lui répondit : Oui, attache ta chamelle et prie Dieu pour que le lien tienne…

    Je retrouve la même dialectique, sous une forme différente, chez Franz Rosenzweig qui disait ceci : la Révélation apporte un bon éclairage mais ne donne pas de recettes

    Maurice-Ruben HAYOUN

  • il est injuste de prétendre publiquement que la France es raciste…

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    il est injuste de prétendre publiquement que la France es raciste…

    Avant d’écrire la moindre ligne, il convient de rappeler que la présomption d’innocence vaut pour tous, même pour les mis en examen par des juges qui disposent forcément de charges, plus ou moins sérieuses, étayées, notamment, par des écoutes téléphoniques. Chacun comprend à quoi je fais allusion, sans citer de noms pour ne porter préjudice à personne. Mais je note, que, mis à part l’intervention de l’avocat du principal intéressé, les condamnations de cette accusation (une partie raciste de la France) est unanime, depuis le ministre des sports jusqu’aux commentateurs et aux hommes politiques.

    On ne peut reprocher à personne d’avoir des réactions motivées par l’amertume ou un simple sentiment d’injustice. Et tous, absolument tous, nous entrons dans cette catégorie. Imaginez un artiste, un sportif, un grand artisan, un grand homme d’affaires, contraint de ne pas prendre part à un grand événement dans sa discipline ou dans son secteur : comment voulez vous que cet homme ou cette femme vive cette mise à l’écart qui va lui apparaître comme une injustice, une éviction injustifiée ? C’est donc une réaction humaine qui se comprend mais si elle ne se justifie point car, comme l’a dit Bruno Le Maire ce matin chez JJ Bourdin, de quoi parle t on quand on dit une partie de la France raciste ? L’intéressé ajoute même que le FN a accédé au second tour des dernières élections dans notre pays. Et alors, est ce un scoop ? Les citoyens de ce pays sont libres de voter pour qui ils veulent, même si l’auteur de ces lignes a d’autres options.

    De tous côtés, on entend les cris d’alarme mais aussi de souffrance de gens qui n’en peuvent plus, qui se sentent rejetés dans leur propre pays, étrangers dans le pays qui les a vus naître, dont ils sont les nationaux, et… Et qui ne comprennent pas que des gens dont leur pays a accueilli les parents immigrés puissent traiter ainsi la France.

    Au fond, nous avons, Dieu soit loué, une liberté d’opinion, chacun s’exprime comme il l’entend, mais le respect et la reconnaissance font aussi partie des règles de l’humanité. L’affirmation de soi est légitime mais la gratitude envers le pays d’accueil l’est aussi. Il faut reconnaître que le pays s’est un peu radicalisé, qu’il a changé sous la pression d’événements tragiques et des réalités économiques peu propices à la tolérance et à la générosité.

    C’est la raison pour laquelle il faut faire très attention à ce qu’on dit et à ce qu’on fait. Par exemple, les mesures annoncées par l’actuelle ministre de l’éducation nationale concernant l’enseignement de langues communautaires devraient être proposées avec mesure, que dis je, avec une circonspection extrême. Nous avons déjà assez de débats et de conflits à gérer. Il ne sert à rien d’en rajouter.

    La France se prépare à accueillir l’Euro et doit gérer au mieux la grande menace terroriste. Des déclarations intempestives n’ont pas leur place ici. A moins que certains aient voulu casser la baraque pour se venger de ne pas en être.

    Ceux qui n’ont pas été élus à l’Académie Française n’en disent pas pis que pendre. Ils n’ont pas été élus, un point c’est tout.

    Ils feront mieux la prochaine fois. C’est tout ce qu’on leur souhaite.