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  • Le proche orient: une instabilité dangereuse et permanente...

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    Le proche orient: une instabilité dangereuse et permanente...

    La visite de François Hollande en Egypte et dans d’autres pays de la région souligne une fois de plus que ces lieux sont d’interminables foyers de tension. Mais il y a plus, il y a la nécessité pour nous de nous allier à des régimes qui ne sont pas des parangons de vie démocratique. Et quand on parle de démocratie, on pense immédiatement à l’Egypte du maréchal Al-Sissi qui est l’allié de l’Occident, l’allié objectif d’Israël, le repoussoir du terrorisme mais qui ne pratique pas vraiment le respect, même relatif, des droits de l’homme. Or, ce régime nous est aussi indispensable que l’oxygène que nous respirons alors que certains de ses agissements nous paraissent insupportables. Lorsque François Hollande a publiquement évoqué cette question son hôte en fut froissé ; il a répondu avec justesse que la région se trouve dans un état d’instabilité permanente, que l’extrémisme et le terrorisme exigent des réponses déterminées. Bref, qu’il ne faut pas prendre des gants pour rétablir la loi et l’ordre.

    Fallait il froisser le maréchal-Président ? Je pense que M. Hollande était dans son droit mais que le raïs égyptien ne pouvait pas ne pas justifier sa position. Il est une chose que les Occidentaux ne peuvent ni ne veulent comprendre : la culture démocratique a mis des siècles à s’imposer sous nos latitudes, comment voulez vous que des gens qui n’ont pas un tel héritage s’y convertissent du jour au lendemain, alors qu’ils n’ont connu que des régimes autoritaires et des dictatures militaires ?

    Ne cherchons pas querelle au leader égyptien : que se passerait il s’il disparaissait ou si l’Egypte glissait vers l’intégrisme des Frères musulmans ou vers l’extrémisme politique et religieux en général ? Souvenez vous de Kadhafi qui était une véritable digue anti-réfugiés pour l’Europe. Les puissances européennes ont pactisé avec lui alors qu’elle savaient pertinemment bien la vraie nature de son régime ! Et aujourd’hui, la Libye devient un point d’ancrage pour Daesh, aux portes de l’Europe du sud, et surtout pas très loin de l’Egypte. Or, si l’Egypte nous tournait le dos, ce serait la fin. Ce pays est le plus fort de tout le monde arabo-musulman avec ses 90 millions d’habitants. Imaginez ce que serait l’extrémisme et le terrorisme avec un tel allié… Partant, il faut le ménager car il est une digue, une barrière contre d’éventuels envahisseurs.

    Al-Sissi a compris que le Hamas de Gaza était une émanation des Frères musulmans qu’il combat férocement dans son propre pays. Sa coopération sécuritaire avec Israël est encore meilleure que celle qui avait cours du temps du président Moubarak. Al-Sissi a compris que le salut de son pays passait par une bonne entente avec l’Occident et avec Israël, lequel le renseigne sur ce qui se passe dans la péninsule du Sinaï où son armée fait plutôt pâle figure…

    Le maréchal-président a raison de dénoncer l’instabilité dangereuse de la région. Prenons un exemple emprunté à l’actualité la plus brûlante : Hier, le premier ministre israélien a proclamé urbi et orbi que le Golan resterait israélien et ne sera jamais restitué à la Syrie. Les commentateurs ont relevé le point suivant : si les négociations d’il y a quinze ans avec la Syrie de Hafez el Assad avaient abouti, qui serait sur les hauteurs du Golan aujourd’hui ? L’armée loyaliste avec le Hezbollah ? Les miliciens d’Al Nosra ? Les islamistes de Daesh ? Dans tous els cas de figure, des entités farouchement ennemies de l’Etat juifs … D’autres commentateurs vont encore plus loin : à qui faudrait il restituer ce territoire, le cas échéant ? A Bachar ? A l’armée syrienne libre ? Aux terroristes de Daesh ?

    Lorsque la paix reviendra en Syrie, les frontières de ce pays ne seront plus ce qu’elles sont aujourd’hui : et c’est probablement ce fait qui a poussé le premier ministre israélien à faire une telle déclaration.

    La leçon a tirer de tout cela est la suivante : l’Occident devrait mieux étudier l’Orient et l’islam afin de bienx évaluer les situations. Il ne faut pas aller faire la leçon à des dirigeants arabo-musulmans comme Al-Sissi. L’Europe et le monde judéo-chrétien ont besoin de lui. C’est un peu la même chose avec l’Arabie Saoudite : vous vous représentez les décapitations qui ont lieu sur les places publiques ? Et pourtant, on les ménage et on les respecte…

    Le monde arabo-musulman est en proie à des doutes et à des bouleversements inouïs. Il aura le choix entre deux voies : un islamisme inquiétant et une marche lente et progressive vers les idéaux démocratiques. Espérons qu’il fera le bon choix. Mais cela prendra du temps, beaucoup de temps.

  • Erdogan et les libertés...

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    Erdogan et   les libertés...

    Ce fut peut être le coup de colère de trop : l’actuel président turc, pris à partie assez violemment par un humoriste allemand a porté plainte contre l’artiste et la chancelière a dû donner son accord afin que la plainte soit recevable. Je n’ai pas pris connaissance du corpus delicti même si les journalistes reconnaissent que la charge fut plutôt rude. Mais tout de même cela nous ramène à des temps immémoriaux où l’on pouvait encore être poursuivi ou condamné pour injure au chef de l’Etat. Cela donne une idée assez précise des conceptions de cet homme qui ne tolère ni satire ni critique. Mais ce qui frappe bien plus l’opinion et même les alliés de Madame Merkel, c’est que cette dernière ait obtempéré alors qu’elle est à la tête de la nation la plus puissante d’Europe. Elle a cédé devant un pays qui est en retard de tant de décennies par rapport à la patrie de Goethe, de Fichte et de Hegel… D’ailleurs, les hommes de la SPD ont tenu à se désolidariser de cette mesure, estimant que le président turc n’a pas à se mêler de ce qui se passe en Allemagne. La chancelière n’est pas naïve ; redoutant les réactions totalement imprévisibles (Unberechenbarkait) de son collègue d’Ankara, elle lui a donné apparemment raison tout en procédant à un changement institutionnel qui rendra la plainte du grand Turc inopérante. Mais cela en soi est déjà révélateur : tout le monde sait que la Turquie a joué double ou triple jeu dans cette crise syrienne qui a jetéé sur les rivages méditerranéens des millions de migrants que Erdogan laissait passer afin d’être en position de force par rapport à l’Europe. On se souvient du cynisme de son Premier Ministre qui a exigé non seulement de l’argent mais aussi la réouverture des négociations d’adhésion à l’UE tandis que chacun sait que nous n’admettrons jamais la Turquie en Europe.. Toutefois, ce n’est pas un très bon signe, lorsque les démocraties cèdent devant des dirigeants qui ne tolèrent pas la moindre critique. Et si demain Erdogan exigeait qu’on lui livre un adversaire politique ou un Kurde, accusé de menées subversives ou de terrorisme ?

    Personnellement, je condamne les attentats anti turcs qui ont été perpétrés récemment, même contre des militaires, l’Etat turc a le droit de se défendre, mais il serait bien mieux inspiré en ouvrant des négociations avec les Kurdes qui pourraient alors mieux se sentir chez eux en Turquie et adopter une solution politique au conflit. La question qui se poserait alors est la suivante : Erdogan est il personnalité la plus qualifiée pour engager de telles négociations ? On se souvient de ses remarques acerbes contre Israël et aussi contre la Syrie de Bachar. On se souvient aussi de son aide aux islamistes alors qu’il préférait frapper le PKK, faisant croire aux Occidentaux qu’il était de leur côté…

    On peut comprendre que la Turquie ait des intérêts nationaux à défendre. On peut comprendre sa méfiance à l’égard du nationalisme kurde qui aboutirait, à terme, à des démantèlements du territoire. Mais par delà de telles remarques, c’est la nature même du régime qui est ici en cause. Et j’oubliais : la Russie ! Erdogan a commis une grave erreur en abattant un avion militaire russe, ce que V. Poutime ne lui pardonnera jamais.   Il serait donc conseillé à Erdogan de se calmer car même s’il se croit à l’abri, aujourd’hui, grâce à l’Otan, les choses pourraient changer.

    Erdogan ne devrait pas déposer plainte contre l’humoriste allemand qui l’a si sévèrement pris à partie. L’humoriste est peut être allé trop loin mais c’est la règle dans les pays démocratiques. Le grand Turc devrait faire un effort pour comprendre, pour se réconcilier avec ceux qu’il vitupère régulièrement et en bref changer son image.

    Cela lui ferait beaucoup de bien, à lui-même et à son pays. Qui en a bien besoin. Voyez la brouille avec Israël. La Turquie a besoin d’Israël dans de nombreux domaines et Erdogan a tout gâché pour rien. Oui, pour rien, puisque les Arabes n’accepteraient jamais d’être dominés ou représentés par un Ottoman. Revoyez l’Histoire.

  • la prestation télévisée du président François Hollande

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    la prestation télévisée du président François Hollande

    Par delà les jugements, et ils sont tous plutôt sévères, la question que cette interview suscite est la suivante : est ce que l’époque avec toute son évolution, est encore en adéquation avec l’état d’avancement du pays ? Est ce qu’on peut encore organiser de tels rencontres ? Plus personne n’y croit. Même les journalistes ont reconnu après coup que l’exercice était daté et ne s’imposait plus. Il faut autre chose. Ce sont les critiques des jeunes qui m’ont convaincu : il faut autre chose. Mais quoi ? D’autres types de rencontres avec le peuple sont nécessaires. Une autre question se pose : est ce que c’était du niveau du président de la Ve république de se confronter à des problèmes d’intendance, surtout lorsqu’on n’a rien à annoncer de fondamentalement nouveau. Il fallait y penser avant. Ce que François Hollande voulait, c’était avant tout mettre un terme à cette chute vertigineuse dans les sondages. Mais aucun conseiller présidentiel na osé dire qu’il fallait changer de logiciel : on ne traite plus ainsi avec ses électeurs. Il faut une action plus participative, plus vivante, et aussi moins de réglementations, moins d’état. C’est là le talon d’Achille de la France : l’omniprésence de l’Etat. Il est partout au lieu de se cantonner à des tâches essentielles, plus régaliennes, comme la défense, la sécurité, la politique étrangère. Or, l’Etat s’occupe des hôpitaux, de la télévision, des radios, de l’économie, des écoles et de l’éducation en général, de l’enseignement supérieur, etc… Et fait aggravant : ce sont ses propres élites, toutes fabriquées selon le même moule qui sont à la tête partout. Et toute cette administration qui se mêle de tout, au lieu de laisser aller, laisser faire. C’est donc aussi un problème de culture, la culture française adore une vache sacrée, intouchable : l’Etat. Il contrôle tout et en cas de conflit du travail, de fermeture d’usine, de chômage, c’est toujours vers l’Etat que l’on se tourne. Comment faire un lavage de cerveau pour que les mentalités changent ? CQFD. Un jeune étudiant qui avait voté pour François Hollande m’a ému : le président a dit ce qu’il voulait faire en 2017 au lieu de nous dire ce qu’il peut faire pour nous hic et nunc…

    La France doit cesser de penser qu’elle est le nombril de l’univers. Il faut se comparer aux autres, faire preuve d’humilité. Regardez l’Allemagne, l’Angleterre, même l’Espagne et l’Italie. Il faut cesser de faire de l’autisme. A lui seul, François Hollande n’y arrivera pas. Il cumule tous les handicaps de la France, mais il est injuste de tout lui imputer. J’ai entendu Nicolas Doze dire qu’on glissait lentement mais surement vers le déclin. Cela ne se sent pas, un peu comme une maladie qui avance insidieusement et dont on ne relève la présence que lorsqu’il est trop tard.

  • Le cas Benzeéa, la morale l’emporte

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    Le cas Benzeéa, la morale l’emporte

    La décision de la Fédération Française de Foot fera date : pour la première fois, c’est l’éthique qui l’a emporté sur toutes autres considérations. Enfin, la morale reprend pied dans un univers où elle comptait pour quantité négligeable.

    Mais avant d’aller plus loin, il faut rappeler avec force que tant qu’on n’est pas condamné, on est présumé innocent. Tout le monde doit bénéficier de la présomption d’innocence. Pour le moment contre ce joueur de Foot Ball il n ‘ y a que des charges, pas d’accusations et il a été mis en examen. Mais une mise en examen se solde dans 80% des cas par un non lieu ou un abandon des poursuites.

    Il semble cependant que des indices inquiétants aient été découverts et que la bonne foi du joueur soit mise en cause. Mais attendons pour voir. Ce qui intéresse ici le philosophe moraliste ou éthicien, c’est qu’une puissante fédération n’a pas seulement écouté ses propres intérêts mais tenu compte de l’impression produite sur l’opinion publique, accordant une sorte d’immunité imméritée à une vedette ou à une personnalité connue pour ses talents ou ses mérites réels ou supposés.

    Il faut saluer comme il convient ce début de moralisation qui fera jurisprudence. Il y a aussi l’aspect exemplaire : sélectionner ce joueur sur lequel tant de charges (je dis bien charges et non accusations), c’était tenir la justice pour quantité négligeable C’était aussi dire que le public étant de son côté, eh bien, le reste ne comptait pas. C’eût été un pari risqué. Noël le Grät aurait pu le prendre mais son amour de la justice l’en a empêché. Il y a aussi les autres membres du conseil qui ont vite de ramener le curseur là où il fallait. On ne peut pas représenter notre pays, la France, dans une telle compétition quand on est déjà mis en examen et que des soupçons, même de simples soupçons, pèsent sur vous.

    Le monde du foot ball est trop sorti des clous ces derniers temps, les personnalités les plus éminentes ont été mises en cause et chassées de leurs postes de direction. La fédération française a donc bien agi. Et puis, qu’on se le dise, nul n’est irremplaçable. L’équipe de France a jouté et même gagné des matchs sans ce joueur

    Cela commençait à faire beaucoup : il y eut des joueurs qui ont eu recours à des filles de petite vertu, d’autres qui ont ridiculisé la France à la face du monde entier lors d’un certain mondial, etc… On se souvient de la phrase sagace de la ministre de l’poque : des caïds immatures…

    Vive l’éthique même sur un terrain de foot que des millions de jeunes de toutes classes sociales regardent avec envie. Il faut de l’exemplarité. On l’a enfin.

    Alors bravo !

  • Terrorisme, le coup de pied dans la fourmilière

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    Terrorisme, le coup de pied dans la fourmilière

    Faut il faire crédit aux déclarations du terroriste Abrini, ce Belgo-marocain arrêté en Belgique ? Dit il la vérité ou cherche t il à abuser les enquêteurs en leur faisant croire que l’ensemble de la cellule terroriste a été démantelé ? C’est là toute l’incertitude à laquelle les gouvernements français et belge sont confrontés : Abrini, coupable de tant de chefs d’accusations, mais qui n’est pas encore jugé ni condamné, s’est mis à parler : selon ses dires, les terroristes s’apprêtaient à frapper la France, notamment le quartier de la Défense et le siège d’une institution catholique conservatrice. Mais l’arrestation d’Abdelslam a précipité les choses : se sentant en voie d’arrestation, les terroristes ont opté pour un plan B mal préparé (heureusement) et qui a conduit à l’anéantissement de toute la cellule. Mais peut on faire confiance à un individu qui s’est enfui en laissant sa bombé dans le hall de l’aéroport de Bruxelles ? Peut on faire confiance à un terroriste qui a contribué aux attentats de Paris ? Un individu qui a, avant tout, voulu sauver sa peau alors que ses comparses allaient jusqu’au bout de leurs sinistres projets ? Et puis pourquoi Abdelslam n’a t il pas parlé pour dénoncer ses complices dont il savait pertinemment qu’ils n’étaient pas des enfants de chœur ? Les Belges ont raison de se méfier, mais leur réveil est quelque peu tardif.. Même si l’on est sûr d’avoir porté un coup sévère aux terroristes, rien ne dit que des cellules dormantes, compartimentées de manière hermétique, ne passeront pas à l’action un jour ou l’autre. On ne sortira pas de cette situation avant plusieurs années, voire des décennies. On paie un long moment d’insouciance, d’inattention, de naïveté et de laisser-aller. On ne peut pas intégrer le monde entier, surtout lorsqu’il s’agit de populations issues d’autres cultures : comment voulez vous que des gens habitués à la violence, au totalitarisme, au régime politique très autoritaire, à l’exclusion des femmes de l’espace public se convertissent du jour au lendemain à nos valeurs judéo-chrétiennes qui sacralisent la vie, prônent l’égalité absolue entre les hommes et les femmes ?

    On aura remarqué que depuis de nombreuses années on ne parle plus du dialogue des cultures alors que c’était jadis la tarte à la crème : l’Occident à court d’idées, pensait qu’au fond toutes les idéologies sa valent, que les hommes ont partout les mêmes, etc… C’était un humanisme du café du commerce… L’Occident s’était trompé, de même qu’il n’avait pas compris qu’il serait à son tour confronté aux même problèmes que l’Etat d’Israël qui lutte, chaque jour que Dieu crée, contre un terrorisme aveugle.

    Pourtant, aujourd’hui, l’aéroport de Bruxelles demande aux voyageurs de venir deux ou trois heures avant le décollage. Quel retournement de situation ! Aujourd’hui, en toute discrétion, des équipes étrangères vont le voyagé de Tel Aviv pour rencontrer leurs collègues israéliens et apprendre de leurs méthodes.

    Certaines erreurs de nature politique peuvent coûter très cher en destructions mais aussi et surtout en vies humaines : prenez ce que François Fillon a dit hier sur BFM TV au sujet de l’Etat islamique : il faut le neutraliser car c’est la racine de tous les maux. Eh bien, voyez comment on isole la Russie alors que c’est elle qui a fait le ménage sur place. Je ne me fais aucune illusion sur la nature véritable de Vladimir Poutine, mais si les deux coalitions fusionnaient, on aurait sérieusement avancé sur le terrain. L’Ukraine ne doit pas être un obstacle infranchissable, même si je considère que Poutine a osé s’en prendre aux frontières héritées de la seconde guerre mondiale.

    Le terrorisme n’est pas seulement à nos portes. Il est déjà dans la place, il épouse tous les contours du réel et peut s’appuyer sur une infrastructure locale dont les autorités ignorent tout. Songez que c’est un précieux renseignement des services marocains qui a permis de neutraliser le terroriste Abahoud, lequel se préparait à commettre un bain de sang à la Défense… Imaginez ce qui se serait passé si l’on n’avait pas eu cette précieuse information !!

    Le coup de pied dans la fourmilière bruxelloise ne doit pas faire illusion. De nombreuses cellules dormantes pourraient passer à l’action. Il faut renforcer la surveillance de certains milieux dans nos territoires. Et chacun sait lesquels.

    Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 11 avril 2016

  • Le démantèlement de cellules terroristes à Bruxelles : le mirage de l’intégration

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    Le démantèlement de cellules terroristes à Bruxelles : le mirage de l’intégration

    Depuis que les polices belge et française ont enfin décidé de joindre leurs forces pour annihiler le terrorisme islamiste, les arrestations de suspects se multiplient et l’étau se resserre autour des auteurs des attentats. Certes, il y eut tant de ratés puisque les enquêteurs parlaient de fugitifs partis très loin alors que les coupables étaient là, cachés sous leur nez, au cœur même de la capitale belge, devenue par la naïveté et l’incompétence de ses dirigeants, une véritable base arrière, une grande pépinière d’islamistes en rupture avec les sociétés qui avaient accueilli leurs parents et leur avaient tout donné, y compris les moyens pour les haïr et les détruire.

    Avant d’entrer dans les détails, voyons tout d’abord le cadre général. L’Europe, puisqu’il s’agit d’elle, doit changer de politique à l’égard de populations non européennes, issues d’autres cultures religieuses ou philosophiques, ne partageant ni ses idéaux ni sa foi. Les pays très catholiques de l’UE comme la Hongrie, la Pologne et la république tchèque l’ont compris et l’appliquent : ils ne veulent pas de migrants chez eux. Mais cette attitude est elle vraiment conforme aux idéaux judéo-chrétiens ?

    La grande difficulté, la seule contradiction apportée à cette politique provient de Madame Merkel et non de la population allemande qui dans son écrasante majorité ne veut pas de ses réfugiés qui ont montré leur vraie nature un fameux soir de la Saint Sylvestre sur la grand place de la ville de Cologne… Un véritable fossé d’incompréhension culturelle, d’inadaptation où un cortège de femmes circulant de nuit était considéré comme des personnes de moralité suspecte, cherchant l’aventure ! Lourde erreur qui duplique ce qui se passe dans les pays arabo-musulmans où il est inconcevable que des femmes, belles et bien habillées, circulent la nuit sans escorte masculine… Il s’agit donc de valeurs qu’on ne partage pas : comment alors s’intégrer ?

    Il ne faut pas oublier que les terroristes du 11 septembre étaient, pour certains d’entre eux, domiciliés à Hambourg où ils poursuivaient prétendument des études ! L’Allemagne de Madame Merkel a essayé de donner à cet accueil d’un surcroît de population le vernis de la générosité et de la solidarité avec les malheureux de la terre, mais en réalité, l’intérêt majeur était de combler un fossé : un déficit de millions de travailleurs dont va bientôt souffrir l’Allemagne, faut de démographie conséquente, ce qui conduira à terme à sa ruine. Il fallait donc agir et agir vite.

    L’Europe doit donc tout faire pour encadrer, quelque temps, la libre circulation des personnes et des biens puisque c’est cela qui a permis aux terroristes tant à Paris qu’à Bruxelles, d’amasser, poudre, armes et munitions partout où ils voulaient perpétrer des attentats. Ouvrir largement les frontières en ces temps incertains serait suicidaire comme l’ont été certaines politiques d’accueil , non suivies d’intégration.

    Ce qui frappe, ce qui n’a pas, à ce jour, reçu de principe explicatif satisfaisant, c’est la question suivante : comment des gens dont on a accueilli les parents, qu’on a socialisés, auxquels on a donné la nationalité, fait bénéficier de tous les bienfaits du système, ont ils pu retourner leurs armes contre des pays d’accueil, massacré sans distinction leurs enfants, leurs amis, en un mot leurs compatriotes ? Certains de ces Arabo-musulmans, mais pas tous, loin de là, qu’on a cru assimiler ou au moins intégrer, pour la plupart nés sur place, ont conservé au fond d’eux-mêmes une haine de l’Occident, du judéo-christianisme. Evidemment, il ne faut pas généraliser, il faut éviter les amalgames mais on aurait aimé voir une lame de fond d’indignation traverser toutes cette communauté musulmane, dire que l’islam des terroristes n’était pas l’islam, que l’islamisme est le pire ennemi de l’islam, que les valeurs religieuses sont subordonnées aux valeurs humanistes, que toute religion vise l’accès à la spiritualité laquelle n’est abordable que dans le respect de la vie humaine. Le Décalogue dit bien : tu ne tueras point…

    L’Occident, pour survivre et assurer sa sécurité, devra poursuivre cette politique d’état d’urgence des décennies durant. Il devra ouvrir l’œil en acceptant sur son sol des gens venus d’ailleurs. Voyez ce petit village bavarois contraint d’accepter plus de deux cents syrien dans un cloître désaffecté et se trouvant désormais en minorité chez lui… L’écrasante majorité de cette petite population ne se sent plus chez elle et a l’impression, en écoutant à la télévision les arrestations à Bruxelles, de réchauffer l’ouf du serpent en son sein…

    Tout ceci ne présage rien de bon. Et je ne parle même pas de cet accord honteux avec les Turcs, ce véritable Munich de la morale et de l’éthique où l’on contraint manu militari les réfugiés parvenus en Grèce à reprendre le bateau pour aller en Turquie et de là, en Syrie. Vu le contexte géographique, on a l’impression de revivre l’Exodus lorsque les rescapés de la Shoah furent contraints de revnir à Chypre…

    L’Europe a délégué à d’autres l’exécution des basses œuvres. Elle a même accepté l’inacceptable, renvoyant à demain et à après demain les problèmes qu’on ne peut résoudre séance tenante.

    La culture européenne, d’inspiration judéo-chrétienne, fait face à l’un de ses pires défis, auxquels le pape François a d’ailleurs fait allusion récemment. Mais ce sympathique Vicaire du Christ ne nous dit pas comment régler les problèmes au quotidien, comment régler le vivre ensemble, comment convertir, au moins à des pratiques démocratiques de base, des populations habituées depuis toujours à des régimes autoritaires, voire totalitaires.

    Comme toute chose sérieuse, l’intégration se prépare, elle se prépare avec beaucoup de soin, elle ne s’improvise pas. Au fond, la France a peut-être fait le bon choix en adoptant une position médiane : trente mille réfugiés, accueillis au compte-goutte, prenant le temps de les installer vraiment. Toute politique doit être accompagnée d’un volet éthique.

    Nous venons de loin. Au fond, depuis le mythe fondateur de la sortie d’Egypte, l’homme sait qu’il est étranger quelque part, que son autochtonie vient d’ailleurs (comme le patriarche Abraham) que ses ancêtres ont, un jour, quitté une Egypte symbolique et imaginaire, creuset de l’esclavage, pour accéder enfin au statut d’un homme libre. La dignité de l’espèce humaine n’est autre que la liberté. Kant nous l’a enseigné.

    C’est une sorte de mythe de la caverne non plus platonicien mais simplement biblique.

    Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 8 avril 2016

  • Le cas Macron

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    Le cas Macron

    Il semble que la classe politique se soit réveillée à la suite de l’initiative de l’actuel ministre de l’économie. Il y a d’abord la réaction nuancée du premier ministre qui s’est senti bousculé sur sa droite et sur sa gauche. Il y eut enfin le leader du PS qui se demande à quoi il sert puisqu’un ministre emblématique se gausse bien de lui. Enfin, il y des ralliements à droite, comme Jean-Pierre Raffarin, soutien d’Alain Juppé, qui considère que Emmanuel Macron pourrait bien devenir le premier ministre de son poulain… Mais on peut attendre avec une certaine impatience la réaction de Martine Aubry qui n’est pas une chaude partisane du ministre…

    Mais qui est à la manœuvre derrière le ministre ? A moins que tout ne trompe, il semble s’agir de François Hollande qui a pour Macron les yeux de Chimène. La réaction amusée du président face aux questions des journalistes en dit long. Homme politique d’expérience, François Hollande sait qu’il faut parfois secouer le cocotier, sans quoi on n’aboutit à rien. Or, la France doit avancer et la majorité qui soutient le président ne suit plus car la politique du gouvernement n’est pas vraiment celle qu’attendait la population de gauche. Or, Emmanuel Macron est le joker idéal pour guider la majorité actuelle vers un autre horizon.

    Et puis, il y a la nécessité de changer même dans un pays comme la France, réputée pour être rétive aux réformes. L’économie de demain n’aura rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Les emplois ne seront plus ceux que nous connaissons présentement. Difficile de le dire ouvertement aux Français pour lesquels l’Etat jouait le rôle des parents et d’un Etat-providence (welfare-state). Jusqu’à présent, les Français se tournent vers l’Etat lorsque des usines ferment, lorsque des patrons licencient abusivement, en cas de délocalisation, etc… Pour les voisins européens, ces conceptions sont incompréhensibles.

    Et c’est justement ce changement de mentalité que M. Macron est chargé de réaliser. Par sa jeunesse, sa liberté de jugement et d’action, ce ministre incarne bien le changement sans inspirer la moindre crainte à quiconque.

    Mais une inconnue subsiste : quels sont ses projets dans l’immédiat ? En principe, et à moins que tout ne trompe, le président devrait être candidat à sa propre succession, même si les sondages ne sont pas encourageants. Certains sont d’avis que le président pourrait ne pas y aller et dans ce cas il aurait un poulain à placer. Mais dans ce cas que fera l’actuel premier ministre ?

    J’ai l’impression qu’il faut attendre pour voir. Mais ce qui est sûr c’est que les électeurs regarderont le programme bien plus que le candidat. Ce qui va changer bien des choses…

  • Mais que cherche donc Emmanuel Macron ?

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    Mais que cherche donc Emmanuel Macron ?

    Mon père me disait souvent ce proverbe français, reflet du solide bon sens paysan: il faut se méfier de l’eau qui dort… L’initiative du ministre de l ’économie, prise dans sa ville natale, d’Amiens, hier soir, peut être interprétée de diverses manières. Que nous allons passer en revue.

    La première chose, la première idée qui vient à l’esprit est que le jeune ministre prend date. Il tient compte de tout ce qui pourrait se produire et se met sur les rangs : en politique, tous les coups de théâtres, tous les revirements sont possibles, un homme politique n’est fini que lorsqu’il est cliniquement mort. Donc, eu égard à la situation économique et sociale du pays, M. Macron s’est bien rendu compte, surtout au poste où il est, que droite et gauche ne réussiront pas à redresser le pays, car elles sont engluées dans des postures idéologiques paralysantes. Il tente donc d’occuper un terrain qui se situe ailleurs. Mais c’est une vieille ficelle : il ne le sait peut-être pas, en raison de sa jeunesse mais jadis, Jacques Duclos avait traité Jean-Jacques Servan-Schreiber de parachutiste suspendu entre ciel et terre car l’auteur du Défi américain tournait le dos à toute la classe politique.. Il y eut aussi le cas, bien plus sérieux de Raymond Barre qui se situait ailleurs, ce qui fit dire à ses détracteurs que son ailleurs ne se trouvait nulle part…

    Il est donc important pour le ministre de savoir où il va et de préciser ce qu’il entend faire. Mais comme le projet vient de naître, il serait prématuré d’en demander plus.

    Passons à la seconde question, la plus importante, peut-être : comment se situe le ministre par rapport au président Hollande qui l’avait choisi comme conseiller puis l’avait nommé à un poste très important, lui donnant la chance de sa vie. Il me semble exclu qu’il puisse y avoir la moindre déloyauté à l’égard de François Hollande, même si le monde politique ignore tout de l’amitié et de la gratitude.

    Cela me semble vraiment relever du tiers exclu. Et ce, pour une simple rai son : s’il y avait de noires arrière-pensées là-derrière, M. Macron aurait quitté le gouvernement où se serait vu prier de le faire sur le champ. J’opte donc pour une action concertée avec le président. Et l’incertitude vient plutôt de là. Il faut donc attendre pour voir et ne pas substituer ses propres hypothèses à la réalité.

    En revanche, une certaine pénombre vient d’un autre côté et qui est loin d’être secondaire. C’est Manuel Valls qui se dit très intéressé par une candidature en 2022. Et là, forcément, il y aura Emmanuel Macron. Comment va se passer cette échéance ? Certes, d’ici là, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts de la Seine.

  • La France contemporaine et l’islam : le franc parler de Manuel Valls

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    La France contemporaine et l’islam : le franc parler de Manuel Valls

    C’était prévisible et cela a fini par arriver : un certain islam se trouve projeté dans le creuset d’une critique de plus en plus violente en raison de l’indécision de ses dirigeants et de ses adeptes qui n’ont pas encore pu ni voulu définir l’essence de leur foi dans un cadre européen non arabe et non religieux. Il s’agit de vision du monde, ce que les Allemands nomment la Weltanaschauung : une vision du monde, un projet, une volonté de vivre ensemble dans la paix et l’harmonie. L’Europe y est arrivée au terme de grandes tragédies (persécutions de l’autre, antisémitisme, shoah, islamophobie, etc…) et aujourd’hui elle se trouve confrontée à un autre grand défi, l’intégration d’une population d’origine arabo-musulmane, apparemment délaissée par le progrès, marginalisée par la force des choses et presque incapable de promouvoir efficacement un nombre minimum d’élites, issues de ses rangs.

    Le pays aurait dû s’en occuper il y a déjà longtemps. Point n’est besoin de critiquer le gouvernement actuel qui ne fait qu’hériter d’uns situation désastreuse qui a prospéré sous tous les gouvernements de gauche comme de droite, depuis plus de trois décennies. La course désordonnée vers l’industrialisation, et ensuite, vers le progrès technologique, a pratiquement occulté les autres besoins de l’homme en tant qu’entité unique, en tant que personne individuelle dont aucune ne ressemble en tout point à une autre. Au fondement de cette altérité absolue (aucun être humain ne ressemble en tout point à un autre congénère) gît le principe inaliénable de la liberté humaine. La dignité de l’homme, c’est sa liberté, ou plus modestement sa capacité à être libre.

    Or, la France n’a que très récemment consenti à élargir le cadre de son modèle socio-culturel, suite aux exigences de la mondialisation : celle-ci n’est pas seulement l’aboutissement à un très vaste marché, c’est aussi la nécessaire adaptation du modèle à des nouveaux-venus, issus d’autres horizons, produits par d’autres cultures, notamment religieuses. L’écrin intellectuel de l’Europe a toujours été le judéo-christianisme, sa constitution fondamentale a toujours été le Décalogue dont les idéaux ont été repris par les partis politiques existants sous une forme laïcisée. C’est ce que nous apprenait le philosophe Carl Schmitt en 1924 dans sa Politische Theologie (traduit au début des années quatre-vingts aux éditions Gallimard).

    Même la notion de messianisme a été sécularisée, laïcisée sous la forme de l’infinie perfectibilité de l’homme et son aspiration constante au bonheur. C’est ce qui s’appelle l’aspiration à un avenir meilleur, c’est-à-dire une projection dans l’avenir, un avenir où les hommes vivent mieux et en paix. Si je voulais jargonner, je reprendrai l’expression un peu absconde de Martin Heidegger, la destination destinale de l’homme (das schicksalhafte Schicksal des Menschen).

    Mais toute la question est de savoir comment opérer ce transfert spirituel et culturel.

    Un parallélisme s’offre à nous dans l’histoire culturelle de l’Europe. Au cours du XIXe siècle se posa avec une grande insistance l’intégration des populations juives présentes sur le continent. C’est ainsi que naquit la fameuse Question juive (Die Judenfrage), si chère à Bruno Bauer et à Karl Marx. La question posée était la suivante : est ce que les Juifs sont une communauté religieuse, une religion parmi d’autres ou ambitionnent ils d’être une communauté nationale, donc un peuple au sein d’un autre peuple ? Il saute aux que c’est la seconde interrogation qui pose problème si l’on s’avisait d’y répondre par la positive…

    J’avais parlé un jour de cela avec Monsieur Jean-Pierre Chevènement lorsqu’il était ministre de l’intérieur. Il m’expliqua alors que les représentants musulmans ne voulaient sacrifier les relations avec la oumma (nation musulmane mondiale) sur l’autel d’une intégration à la République…

    Or, tant le Premier Ministre, hier à l’Assemblée, qu’un député de l’opposition Bruno Le Maire, ont clairement annoncé la couleur : ils jugent inacceptable un islam politique. Or, que signifie cette expression dans le contexte actuel ? Elle signifie la reconnaissance d’une spécificité nationale au sein de notre communauté nationale. Ce qui est impossible.

    Et ils sont nombreux ceux qui ont été surpris par l’étrange proposition d’Alain Juppé cherchant une sorte de modus vivendi avec cette religion sur notre sol. Mais le pacte républicain est déjà là pour cela, on n’a besoin de rien d’autre. Et d’ailleurs, les Sages du Conseil d’Etat s’y opposeraient… Il est curieux qu’un grand énarque, ancien Premier Ministre de surcroît, celui que Jacques Chirac qualifiait de plus intelligent que nous tous (sic) ait pu formuler pareille idée.

    En revanche, comme d’habitude, le Premier Ministre Manuel Valls a dit clairement la position de la France : l’espace public ne saurait être pollué par des conceptions qui n’y ont pas leur place. La République ne s’accommodera jamais d’un effacement (qui n’ose pas dire son nom) de la femme.

    En fait, quelles sont les racines culturelles de l’Europe ? Pour reprendre une définition lapidaire d’Emmanuel Levinas, l’Europe c’est la Bible plus les Grecs. Qu’est ce qui ressort de cet alliage ? Les trois principes qui dictent notre conduite depuis l’apparition de Spinoza : le respect de la vie humaine, l’égalité absolue des hommes et des femmes et le rejet tout aussi absolu de l’exclusivisme religieux, c’est-à-dire que toutes les religions sont traitées de la même manière et aucune ne saurait se prévaloir d’une supériorité quelconque par rapport aux autres……

    Certains seraient surpris d’apprendre que c’est un penseur musulman Averroès (ob. 1198) qui a qualifié la religion en général de première éducatrice de l’humanité, c’est-à-dire un niveau appelé à être dépassé. Un jour !

    L’Europe pourrait être une chance pour l’islam. Le tout est de savoir si ses adeptes veulent saisir la perche qui leur est tendue.

    Mais en tout état de cause, le Premier Ministre a trouvé les mots qu’il fallait.

    Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 6 avril 2016

  • Ce qui restera d’Obama au niveau de la politique étrangère

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    Ce qui restera d’Obama au niveau de la politique étrangère

    C’est bien la visite à Cuba et la fin de la guerre froide. Ce ne sera ni la couverture maladie universelle, ni le traité avec l’Iran, ni même une meilleure représentation des Noirs dans l’administration américaine, ce sera essentiellement le retour progressif de Cuba dans le giron des nations démocratiques. Cela prendra du temps mais Barack Obama a compris qu’il fallait rétablir un minimum de relations convenables avec une île qui se trouve tout près du territoire des USA

    Le président US et ses conseillers ont fait une analyse très simple et qui est fondée : Les frères Castro sont au bout du rouleau Fidel est gravement malade et son frère Raoul est très âgé. Leurs successeurs tenteront évidemment d’avoir la même poigne mais ils n’auront pas le charisme des frères Castro. En plus, on ne peut pas aller constamment à l’encontre du développement historique : la jeunesse cubaine entrera de plus en plus en contact avec les touristes US, sans même parler des investisseurs qui inonderont l’île de dollars. Impossible de continuer à contrôler l’internet, Face book, les tweet et tout le numérique. C’est physiquement impossible

    Pendant que je compose, on entend le grand concert des Rolling Stones, ovationné par près d’un demi million de Cubains en délire ! Or, pendant plus de trois décennies, il était interdit d’écouter une telle musique taxée de musique subversive et décadente. Aujourd’hui, c’est la grande place de La Havane qui accueille les chanteurs et leurs fans.

    Je pense aussi au discours de Gorbatchev à Berlin est, fustigeant ceux qui s’opposaient au vent de l’Histoire. Et en effet, peu de temps après, les gouvernants communistes étaient balayés par ce même vent de l’Histoire.

    Il n’est pas excessif d’étendre le raisonnement à la situation cubaine. Les Cubains de Floride , rejetés par le régime castriste depuis des décennies vont reprendre pied chez eux et en tant que citoyens US ils pourront aider leurs familles respectives restées sur place. La Hava changera de visage. Les vieilles façades de la ville auront disparu dans peu de temps. Un pilote d’Air France, habitué du trajet Paris La Havane Paris confiait que certaines maisons de La Havane menaçaient ruine mais avaient un certain charme.

    Et n’oubliez pas les amateurs de bons cigares qui pourront, notamment aux USA, s’approvisionner sans problème alors que précédemment, c’était interdit. Certes, le même scénario avait été tenté par Richard Nixon avec la Chine au travers de pongistes de deux pays. Et même si la Chine est devenue un pays presque capitaliste, le pouvoir du parti unique n’en est pas moins là.
    Mais voilà, avec ses onze millions d’habitants seulement, Cuba n’est pas la Chine