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  • La Syrie, la Turquie et la Russie : la guerre dans la guerre…

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    La Syrie, la Turquie et la Russie : la guerre dans la guerre…

    On parle parfois d’une loi dans la loi, d’un miracle dans un autre miracle, dans le cas qui nous occupe on peut hélas parler d’une guerre dans la guerre.

    En raison de la survenue dans le conflit syrien d’un nouveau belligérant, la Turquie, qui , depuis le début du conflit, n’a jamais perdu de vue ses propres intérêts. On se souvient de Kobané, il fallut toute la force de persuasion des USA et de l’UE pour que les Turcs cessent enfin de fermer les yeux sur les mouvements de Daesh, permettant ainsi aux Kurdes syriens de libérer la ville. Mais depuis près de trois jours, l’armée turque bombarde les Kurdes depuis son propre territoire ; or ces kurdes là se trouvent du même côté que Bachar et la Russie : ils avancent dans le nord de la Syrie, aidant à reconquérir des localités qui vont leur permettre de faire la jonction avec d’autres territoires du Kurdistan, ce qui nourrit le phantasme d’un ensemble autonome kurde bénéficiant de la continuité territoriale. Pour Ankara, c’est un cauchemar, c’est le souvenir de la guerre civile, c’est la phobie du démembrement. Les USA et l’UE peuvent pleurer du matin au soir, les Turcs ne relâcheront pas leur pression, ce qui risque de les mettre au contact des troupes et de l’aviation russes, provoquant une confrontation armée entre les deux pays. On en est déjà largement aux invectives, les Turcs accusant les Russes d’agir comme des terroristes lesquels leur rendent la monnaie de leur pièce avec autant de délicatesse.

    Le conflit syrien va changer de nature et de configuration, ce qui a hélas échappé à l’OTAN et aux USA ; ne parlons pas de l’UE qui n’existe que sur le papier et ne dispose d’aucune force armée crédible.

    Changement sur le terrain : on se rend compte que les Russes ont jeté toutes leurs forces dans la mêlée, en quelques mois ils ont rétabli la situation sur le terrain en faveur de Bachar qui n’hésite plus à dire qu’il entend reconquérir toute la Syrie, cela prendra le temps que cela prendra. Il faut bien reconnaître que Poutine a bien synchronisé l’activité de son armée avec celle de sa diplomatie : un vrai disciple de von Clausevitz ! Mais il tire surtout profit de l’incapacité proverbiale d’un Obama, véritable ombre de lui-même…

    Mais ce qui est pire, c’est qu’après les Turcs les Saoudiens entrent dans la danse avec pour objectif majeur, non pas d’exterminer Daesh comme ils le prétendent, mais la volonté de réduire l’influence iranienne en Syrie Et si les choses devaient se préciser, on assisterait alors à un guerre régionale de grande envergure. Il est évident que le Moyen Orient tout entier en sortirait profondément transformé. Tous ces pays aux frontières arbitraires et imposées par les anciennes puissances coloniales vont chercher à se renforcer, ce qui va les mettre en conflit avec d’autres intérêts, notamment ceux des pays voisins. Et la question kurde va ressurgir avec violence : qui arrêtera les Kurdes victorieux sur lesquels les USA s’appuient et qui se sont révélés être les alliés les plus forts et les fiables du Pentagone sur le champ de bataille ?

    Les Turcs ont compris qu’ils risquaient d’hériter d’un sérieux problème généré par la crise syrienne… Mais voilà ils font partie de l’OTAN et s’ils ont une confrontation armée avec les Russes, on risque de devoir se porter à leur secours.

    Peut-on dans les prochaines décennies empêcher ou simplement retarder l’avènement d’un Kurdistan indépendant et démocratique ? C’est peu probable, les Turcs devront soit accorder une plus large autonomie, soit faire avec.

    Je ne pense pas que l’actuel président soit l’homme de la situation. Surtout s’il lance sa division blindée contre la Syrie…

  • Religion et soociété

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    Religion et société

    Aucune religion n’échappe à ce phénomène incontournable qu’est l’évolution historique. Même celles qui se disent plus sacrées, plus divines, plus intangibles que les autres, se retrouvent, à un moment ou à un autre de leur existence, confrontées à une sorte de mise à jour, de remise à niveau ou d’adaptation aux mœurs, au temps qui passe ; et elle modifie alors, parfois radicalement, ses façons de voir et de penser. Pour décrire ce processus d’adaptation et de mutation, la langue allemande a recours aux deux expressions suivantes : Weltanschauung (conception du monde) ou Das Denken und Fühlen (le penser et le vécu).

    Les trois religions monothéistes dont il est question ici et qui se trouvent représentées à des niveaux divers sur le continent européen se sont confrontées à cette inéluctable évolution historique : toutes ont dû changer leurs formes et leurs doctrines datant de l’époque de leur naissance ou de leur adolescence. Pourtant, elles n’ont pas fait face à l’Histoire de la même manière, en raison, précisément, de leur origine et de l’humus culturel qui les avait produites.

    Nous nous limitons au continent européen qui a été le foyer des transformations les plus considérables et qui, après avoir été pendant près de deux millénaires, exclusivement judéo-chrétien, doit, depuis peu de décennies, compter avec un nouveau voisin, l’islam lequel souhaiterait devenir à son tour une religion européenne. Et cette prétention, en soi légitime, n’est pas sans poser quelques problèmes dont le volume et l’intensité sont fonction des territoires où cette culture religieuse souhaite s’implanter.

    Peut-on utiliser cette expression toute faite à la fois pour le judéo-christianisme, d’une part, et pour l’islam, d’autre part ? On le peut assurément mais on ne rendra pas compte avec exactitude de la situation. Regardons les choses de plus près : en Europe, c’est le christianisme qui a les racines les plus profondes ; c’est dans ce continent que des monarques de droit divin ont fondé des royaumes chrétiens où pouvoir spirituel et pouvoir temporel se soutenaient mutuellement le plus souvent, en dépit de quelques querelles devenues célèbres : et le couronnement royal se faisait dans des cathédrales car on tenait à la référence aux livres bibliques du prophète Samuel où ce dernier oint le roi Saül, ce qui en fit un roi de par la grâce divine…

    Au commencement, le dogme chrétien était tout-puissant et nul ne pouvait le contester sans risquer de passer de vie à trépas. Mais petit à petit, la libre pensée, le libre examen des Ecritures, l’autonomie de l’esprit humain, ont permis à la conscience morale de surpasser la Révélation divine et au libre arbitre de s’affirmer contre le dogme religieux. La Renaissance dont le cri de ralliement était ad fontes (retour aux sources), a renforcé la volonté de l’intelligence humaine de penser sans œillères ; d’où l’expression anglaise back to the Bible : retour au texte biblique que l’on veut interpréter selon les règles de la philologie et non plus sacrifier aux exigences du dogme religieux.

    Après la Renaissance, l’Europe chrétienne a connu l’humanisme et la Réforme (Luther, Calvin, etc…) qui ont contraint le dogme religieux, réputé infaillible et intangible, à évoluer. La redécouverte des sources anciennes, la volonté humaine de maîtriser son propre destin ont favorisé l’émergence de deux branches nouvelles de la pensée : la science des religions comparées, d’une part, et l’histoire des religions, d’autre part.

    Et vus sous cet angle, christianisme et judaïsme disposent d’une grande avance par rapport à l’islam. Et ce qu’il faut bien nommer un retard pèse d’une poids non négligeable dans la balance en vue de devenir une religion européenne comme les deux autres grandes cultures religieuses.

    Il faut pourtant évoquer un régime un peu original, voire paradoxal pour l’islam qui a connu son véritable âge d’or au cours du Moyen Age pour vivre par la suite un certain déclin à l’époque moderne. Ce qui fit dire à l’éminent islamologue judéo-britannique Bernard Lewis que dans l’islam les Lumières ont précédé un long Moyen Age… Une façon de voir qui lui valut une violente controverse avec le fin lettré chrétien d’Orient Edward Saïd.

    Au Moyen Age, l’Islam philosophique, et non point celui de l’homme de la rue, pouvait s’enorgueillir de penseurs de premier plan comme al-Farabi, Ibn Badja (Avempace des Latins), ibn Tufayl, et bien évidemment Averroès (ibn Rushd). Sans l’apport al-farabien, l’augustinisme n’aurait pas pu se développer. Sans ibn Badja nous n’aurions jamais connu la contestation de la politique d’Aristote qui nous enseigne dans l’Ethique à Nicomaque que l’homme est un animal sociable par nature. Ibn Badja passe donc pour le promoteur de l’individualisme puisque le solitaire, tel qu’il se le représente, doit déserter le milieu social où il est né pour pouvoir être fidèle aux vraies valeurs.. Quant à ibn Tufayl, ce médecin-philosophe qui eut l’insigne honneur de présenter le jeune Averroès au calife à Marrakech, il fut le premier à initier une incisive critique des traditions religieuses et de la conception populaire de la foi. Aucun penseur, chrétien ou juif, ne l’a précédé dans ce domaine ; grâce à lui, l’islam dispose d’une première place incontestée dans ce domaine car dans son épître intitulé Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils de l’éveillé) il montre qu’un solitaire, livré à lui-même mais sachant bien utiliser son intellect, peut découvrir, tout seul, sans le concours d’aucune révélation, les lois régissant l’univers et remonter depuis les êtres les plus composites et les plus matériels jusqu’au créateur dont parlent les religions révélées…

    En ce qui concerne Averroès, son ouverture d’esprit lui a permis de tirer profit des sciences dites grecques (Platon, Aristote, etc…) et de proposer, avant tout autre, une théorie des relations entre la philosophie et la religion. Et tous ces penseurs ont vécu entre les Xe-XIIe siècles !

    Mais cette supériorité sur les autres religions (christianisme et judaïsme) eut un désavantage majeur : lorsqu’un théologien brillant mais adversaire de la philosophie musulmane d’inspiration grecque, Abu Hamid al-Ghzali, éleva une digue sur la voie de la pensée discursive avec sa Tahafut al-Falasifa (Destruction des philosophes) ce courant spirituel se retrouva sans héritiers et finit par s’étioler, voire même par disparaitre. Commença alors une longue période de décadence que d’autres mirent à profit pour se développer et se renforcer en intégrant les dernières avancées de la science moderne. Et notamment dans le domaine de la science des religions.

    Pour le christianisme, il y eut, entre autres, Ernest Renan qui avec sa Vie de Jésus (1862) révolutionna l’approche de l’essence du christianisme et les différents représentants de la théologie protestante qui initièrent une critique biblique souvent ravageuse pour le dogme en général.

    Quant aux Juifs, le XIXe siècle marque l’avènement de la science du judaïsme qui revisita les sources, les soumit à une méthode historico-critique et mit tous leurs intellectuels au travail pour bien se connaître et définir de leur mieux l’essence du judaïsme. Grâce à la maîtrise de la science historique, on sut distinguer entre la Tradition générale et les traditions locales.

    En définitive, ces deux religions, qui n’en formaient qu’une seule il y a deux mille ans, se retrouvent sur un même pied d’égalité, laissant loin derrière elles un islam qui ne pratique toujours pas la haute critique, c’est-à-dire la critique textuelle de ses textes sacrés… Or, ceci est absolument nécessaire si l’on veut devenir, comme les deux autres monothéismes, une religion-culture (Hermann Cohen).

    Pour devenir une religion d’Europe, comparable aux deux autres, il faut remplir certaines conditions, notamment vivre avec son temps, admettre en sa créance un certain humanisme et renoncer à tout exclusivisme religieux

     

     

     

  • Ilan Halimi : dix ans déjà (El malé rahamim…)

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    Ilan Halimi : dix ans déjà (El malé rahamim…)

    Comme le temps passe vite, les plus nostalgiques diront qu’on a l’impression que c’était comme hier : la France, ou plutôt ses autorités politiques, n’y croyaient guère et réfutaient le caractère antisémite de ce crime odieux. C’est que le gouvernement de l’époque était dans le collimateur des autorités américaines qui accusaient ouvertement notre pays d’être antisémite, pire encore, de ne pas protéger suffisamment ses citoyens de confession juive, et en gros de céder face à la pression démographique d’une population arabo-musulmane pour des raisons électoralistes. Bref, la situation était très délicate……

    Faut il rappeler les faits ? Un jeune homme, attiré dans un traquenard mortel par une jeune fille qui servait d’appât, est torturé dans un appartement de banlieue par un gang, dit le gang des barbares, qui tentent d’extorquer de l’argent à sa famille, laquelle n’était pas particulièrement fortunée. Tant de gens savaient, dans cet immeuble conspiratif , et personne n’a rien dit ni alerté les policiers. Et quand cela a fini par arriver, il était trop tard, le jeune Ilan fut découvert, agonisant le long d’une voie ferrée.

    Et tout ce drame se déroulait dans notre beau pays, la France, il y a tout juste dix ans. Le problème ainsi créé a dépassé les circonstances qui lui donnèrent naissance : les Juifs prirent alors conscience qu’en une décennie (par rapport à 1990) la population n’était guère émue par ce qui venait d’arriver, à savoir mort d’homme. Pire ; un homme sauvagement torturé et laissé pour moi parce que juif… Le tremblement de terre survenu au sein de la communauté juive (je n’aime pas ce terme et ne considère que la communauté nationale tout en refusant d’y intégrer les ennemis français de la France) n’a pas fini de provoquer d’incroyables remous ! Les Juifs de ce pays se sont sentis bien seuls, ils se retrouvaient seuls à enterrer leur mort.

    Ce qui les a heurtés au plus profond d’eux-mêmes tient à un fait absolument incompréhensible, surtout après ce qui venait de se produire : on contestait que cet acte barbare fût d’inspiration antisémite. Mais les mêmes faits se sont reproduits en janvier 2015 lorsque les autorités policières ont refusé d’établir une connexion entre les premiers attentats avant le massacre de Charlie Hebdo et de l’hyper cacher… Toujours cette frilosité bien française à nommer un chat un chat.

    Mais voyons de plus près cette onde de choc qui a traversé tous les secteurs de la population juive, notamment cette vague de départs vers Israël et la sensation que notre beau pays était désormais invinciblement gangrénée par le communautarisme antisémite des banlieues, par une frange sans cesse croissante d’ennemis, important le conflit du Proche Orient dans l’Hexagone. Ceux qui ont regardé un reportage fait dans des classes de collèges de Seine Saint-Denis comprendront ce que je veux dire : les réponses faites par des collégiens sur les Juifs étaient sidérants ! Quelle faillite de la République !!

    Ce soir, enfin, l’actuel ministre de l’intérieur participe à une cérémonie d’hommage. Ce n’est pas suffisant, mais c’est déjà quelque chose. Est ce que cela va suffire pour guérir tous nos compatriotes juifs du traumatisme subi et des multiples attaques dont ils furent victimes depuis cette dernière décennie ? C’est peu probable. Certes, il y eut le cri du cœur de l’actuel Premier Ministre, clamant haut et fort que la France était inconcevable à ses yeux sans l’apport de ses fils et de ses filles, issus de la religion d’Israël, mais dès le lendemain, le chef de l’Etat s’en est allé boire un verre de thé de l’amitié là où vous savez… Cette opération d’équilibriste a été très sévèrement jugée et fortifiait l’impression que l’exécutif se livrait encore et en toutes occasions à des dosages qu’il croit savants…

    Tous ceux qui me font l’honneur de lire sur cette plateforme mes éditoriaux chaque matin savent combien j’aime mon pays, combien j’évite le dolorisme et rejette toute victimologie. Pourtant, je ne trouve rien à répondre à ceux et à celles qui, dans mon propre cercle familial, me disent qu’il n y a plus d’avenir dans ce pays… Que même la sécurité n’ y est plus assurée… Un célèbre avocat parisien me confiait récemment que ses propres petits enfants ne voulaient plus vivre bunkérisés ni prier dans des lieux de culte protégés par des hommes en armes…

    J’ai moi-même pu le vérifier de mes propres yeux : partis donner une conférence dans une ville de province et arrivés assez tardivement dans ces lieux à cause d’un caprice de la SNCF, le taxi me dépose devant une porte blindée près de laquelle se trouvaient trois jeunes soldats armés de fusils d’assaut et revêtus de gilets pare-balles… Curieuse mise en bouche pour donner une conférence sur un grand philosophe judéo-allemand du début du XXe siècle.…

    Les Juifs se disent entre eux que pour des raisons inavouables, les autorités ne réagissent pas comme elles le devraient ! Par souci d’équité, je ne détaillerai pas les arguments énoncés. Mais je dirai quelques mots du sentiment qui s’est emparé de secteurs entiers de cette même communauté juive : la solitude, l’esseulement, l’indifférence dont ces Français juifs se croient victimes.

    L’accusation la plus grave, celle qui fait le plus mal, est apparue après les terribles attentats de janvier : la plupart des Français juifs ont pensé, voire même dit que si les journalistes de Charlie n’avaient pas été tués, les victimes juives seraient presque passées inaperçues… Cette réaction m’a très vivement touché car la comparaison s’imposait avec le majestueux défilé de 1990 auquel même le président de l’époque, Fr Mitterrand s’était associé. Seize ans plus tard, on ne vivait plus dans le même monde.

    Pour conclure ce papier il faut dire un mot du sentiment de solitude que les Juifs ont ressenti et continuent de ressentir tout au long de leur histoire. On leur reproche depuis Tacite, voire depuis Manéthon, le bibliothécaire d’Alexandrie du IIIe siècle avant notre ère, de vivre entre eux, de pratiquer l’endogamie, bref de cultiver leur solitude, telle que la décrivait le livre du Deutéronome…

    Mais au XVIIIe siècle, un rabbin du nord de l’Allemagne a émis le vœu que les Juifs, tout en demeurent ce qu’ils sont, soient INTEGR2S, MÊLES aux autres créatures de Dieu… Il utilise deux verbes hébraïques qu’il faut traduire prudemment : NIVLA’ im ha-biryot, ME’ORAV ‘im ha-biryot…

    La route est encore longue, très longue…

    Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 13 février 2016

  • La déchéanbce de nationalité, les binationaux et les naturalisations

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    La déchéanbce de nationalité, les binationaux et les naturalisations

    Depuis quelques semaines, on ne parle en France que de cette déchéance si disputée de nationalité. Pourtant un minimum de clarification s’impose. Selon nous, il faut revenir à la première mouture de la loi, celle que François Hollande avait exposée dans son discours solennel devant le congrès à Versailles. Il ne faut viser que les binationaux et non tous les Français. Cela soulève un problème, celui de l’égalité des Français entre eux. Mais chacun sait que dans l’esprit de son concepteur, cette loi vise une certaine catégorie de gens qui, tout en étant nés ici ou en ayant bénéficié d’une naturalisation inconsidérée, ont porté leurs armes contre la France, censée être leur pays. Donc, il fallait laisser en place la première mouture. Mais les réticences furent si vives que, comme d’habitude, le pouvoir en place a battu en retraite, reculant chaque fois qu’il y aune réaction négative. Et aussi parce qu’il n’osait pas appeler un chat un chat : chacun sait que ce ne sont pas des Européens, des Finlandais ou des Norvégiens qui ont fait cent-trente morts le 13 novembre, mais une certaine catégorie de gens qui ne se sentent absolument français au point d’abattre sauvagement des Français authentiques et innocents.

    Cette thèse peut surprendre et ses défenseurs savent qu’elle peut heurter les belles âmes. Mais voilà, le pouvoir actuel se rend compte que depuis près d’un demi siècle, les gouvernants ont laissé entrer dans ce pays un certain nombre de gens qui n’avaient pas vocation à y faire souche. Et pourtant, ce fut le cas. Et ces gens avaient une autre nationalité qu’ils ont conservée, ce qui est leur droit, mais à laquelle s’est ajoutée la nationalité française, ce qui fit dire à l’ancien président du FN que ce sont des Français de papier. Il y a aussi la législation très attractive mais bêtement généreuse du droit du sol (jus soli) qui vous rend français automatiquement, même si vous ne sentez guère français. Un récent sondage effectué de l’autre côté du périphérique, notamment en Seine-Saint-Denis, a montré qu’une écrasante majorité de fils et de filles d’émigrés, d’Afrique du Nord et d’Afrique noire, ont répondu qu’ils ne se sentaient pas français alors qu’ils disposent d’une carte d’identité française. C’est là un grave problème et qu’il faudra bien résoudre un jour, dans un sens ou dans un autre.

    Lorsque l’alternance arrivera il faudra prendre à bras le corps ces questions des binationaux, des apatrides et des naturalisés. On ne peut plus traiter à la légère le cas de gens qui tuent leurs compatriotes ou alors il ne faudrait plus les considérer comme des Français. Mais dans ce cas, il y aura un grave problème pour l’Etat d e droit ; or, la France est heureusement un Etat de droit. Toute la subtilité de la démarche consiste à protéger les nationaux sans enfreindre les règles juridiques. Mais comment combattre le terrorisme ?

    D’où cette question de la déchéance de nationalité qui a relégué à l’arrière-plan toutes les autres, la crise, le chômage, le pouvoir d’achat, l’insécurité, l’immigration, etc…

    L’Assemblée Nationale a voté dans le sens voulu par le gouvernement, mais le Sénat va tout faire pour ramener le texte de loi dans son sens premier, visant les binationaux. Sans vouloir les discriminer, c’est de là que vient le problème. Mais le pire serait que le congrès soit un échec.

  • Angela Merkel, les migrants et l’Europe

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    Angela Merkel, les migrants et l’Europe

    Pratiquement aucun autre pays de l’Union Européenne ne veut vraiment emboîter le pas à la folle politique de la chancelière allemande concernant l’accueil des réfugiés ou de ceux qui se font passer pour tels. Aujourd’hui, tous les pays européens, même ceux qui se voulaient ouverts aux Arabes et aux réfugiés en général (Danemark, Suède, etc…) se recroquevillent sur eux-mêmes, constatant enfin que le fossé culturel est énorme et ne saurait être comblé. Certes, il y a des gens qui sont de véritables réfugiés politiques dont la vie est menacée sur place, comme ces pauvres habitants de quelques quartiers d’Alep qui subissent les bombardements russes quotidiens, qui n’ont plus rien à manger, n’ont pas de médicaments, etc… Mais l’idée qu’un pays pouvait se vider de millions d’habitants et chercher refuge dans un autre pays, notamment dans cet eldorado imaginaire qu’est l’Europe, n’a pas effleuré l’esprit de la chancelière qui a très mal agi et fut encore plus mal conseillée.

    Pour ma part, je pense que l’élément moteur dans toute cette affaire, le facteur déterminant ( das übergreifende Element, das sie zu diesem unbesonnenen Schritt bewogen hat), demeure de nature démographique : l’industrie, l’économie allemande va avoir besoin de millions de travailleurs, il va bientôt lui manquer des millions de bras ; or, la natalité marque le pas outre-Rhin. Mais ne fallait il pas promulguer une législation nataliste au lieu de cet afflux d’étrangers ? Quand j’étais encore professeur à l’Université de Heidelberg, je me souviens que le même problème s’était posé et le pouvoir à l’ époque avait fait venir des Hindous en Allemagne. Die Zeit avait alors publié une manchette (Schlagzeile) : Kinder statt Inder, jeu de mots intraduisibles en français. Qui signifie : faites des enfants au lieu de faire venir des Hindous…

    En quelques semaines des millions d’hommes et de femmes se sont installés sur le sol européen alors que les gouvernements distribuaient des visas au compte-goutte. J’ai assurément une pensée émue pour celles et ceux qui ont perdu la vie en tentant de traverser la mer Méditerranée. C’est un drame inoubliable.

    Mais si l’on réfléchit froidement, on peut dire que l’Allemagne se prépare des lendemains très difficiles ; même la chancelière le sait, elle qui mettait en garde contre le multiculturalisme. Il suffit de voir l’exemple français et les sérieux problèmes, même de sécurité intérieure, qui se posent… Un seule exemple : la quasi totalité des terroristes de janvier et de novembre 2015 étaient de nationalité française, ayant bénéficié du droit du sol (jus soli).

    Une dernière remarque : les USA bombardent la Syrie et un peu l’Irak depuis près de cinq ans, à quelques différences près. Les Russes en quelques mois ont renversé les équilibres, partout Daesh et les rebelles anti Assad sont sur la défensive, partout les troupes de Bachar avancent. Et il y a fort à parier que d’ici quelques mois Bachar aurait repris le contrôle de la situation.

    Quelles leçons faut il en tirer ? Je crois que c’est clair. Si les Occidentaux veulent stopper les métastases de ce mal presque incurable ils doivent appliquer en Libye la même méthode que les Russes en Syrie. Sinon Daesh sera à 300km de Lampedusa…

  • Nicolas Sarkozy en perte de vitesse ?

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    Nicolas Sarkozy en perte de vitesse ?

    Les journalistes , les media en général, ne sont plus les seuls à se poser la question. Est ce que Nicolas Sarkozy a encore la main ? Va t il s’imposer face à son ancien Premier Ministre et face à Alain Juppé auquel il avait jadis ravi la présidence du parti gaulliste ? La publication récente de son ouvrage ainsi que sa participation à une émission télévisée la semaine dernière ne semblent pas avoir eu l’effet escompté. Les commentateurs restent prudents et l’opinion, elle, semble sur la réserve : 74% des Français pensent que l’ancien président n’appliquera pas les mesures qu’il a préconisées lors de sa dernière intervention télévisée : suppression de l’ISF, baisse des charges, des impôts, réduction d’une fonction publiques pléthorique, réduction de la dette, simplification administrative, etc… Comment s’explique cette réaction ? Les téléspectateurs répondent qu’il n’a pas appliqué ces mêmes mesures quand il était au pouvoir… Donc, il ne le fera pas, non plus, s’il venait à être élu.

    Et puis, il y a les turbulences internes au parti des Républicains. Ce ne plus le part gaulliste discipline où on ne voulait voir qu’une tête,, n’entendre qu’une seule voix, celle du chef incontesté. Aujourd’hui, de jeunes pousses, des deux sexes, ruent dans les brancards, contestent les choix du chef, voire se rebellent contre lui. On a même vu, lors des élections régionales, d’anciens ministres ou amis de N. Sarkozy, élus finalement avec des voix de gauche, lui intimer sèchement l’ordre de se taire… La galaxie gaulliste n’est plus ce qu’elle était.

    Y aurait il une chance de redressement ? Le vote des primaires se déroulera dans quelques mois, c’est peu. Mais qui sait ? Tant de choses peuvent se produire. Même à gauche, j’ai entendu ce matin sur I-Télé deux anciens ministres PS, devenus des frondeurs, exiger que Fr. Hollande se soumette à des primaires, s’il venait à se présenter. L’une des deux ministres va jusqu’à rappeler qu’il avait promis de se retirer du circuit s’il n’inversait pas la courbe du chômage : or, à l’heure où l’on rédige, c’est chose impossible. La ministre a même ajouté : depuis le début du quinquennat le chômage a augmenté de 700.000 personnes… Elle n’a peut-être pas tort, car ni les emplois aidés, qui coûtent très cher, ni l’apprentissage ne parviendront à réduire le chômage de manière significative.

    Donc, tant à droite qu’à gauche l’incertitude règne. Pour peu qu’un candidat écologiste ou de l’extrême gauche se présente, il ou elle grappillera entre 2 et 5% de l’électorat, privant Fr. Hollande d’une présence au second tour. Et la droite parlementaire l’emporterait contre Marine Le Pen…

    Mais voilà en politique, toutes les prévisions laissent généralement place à l’imprévu, l’impondérable… Que se passerait il si l’actuel président faisait un coup de théâtre et poussait Emmanuel Macron devant lui ? Et dans ce cas précis, quelle serait la réaction de M. Valls ?

    Certes, c’est une situation fictive, une pure hypothèse mais il faut s’attendre à tout…

  • Le problème de la royauté dans la Bible hébraïque

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                                               Maurice-Ruben HAYOUN

    CONFERENCE DU 4 F2VRIER 2016 A LA MAIRIRE DU XVIe ARRONDISSEMENT

                                Salle des mariages, de 19h à 20h30

     

    Le problème de la royauté dans la Bible hébraïque : le phénomène de la monarchie

    La confusion chronologique :

    1. dans le Deutéronome, le 5e livre de Moïse, on nous dit : tu placeras un roi sur toi
    2. Et dans le livre de Samuel qui est bien postérieur (d’abord Josué, lers Juges et enfin le livre de Samuel) on nous présente un paysage entièrement différent.

     

    Les débuts de la monarchie : la question s’est posée aux prêtres et aux tenants du courant charismlatiques : Israël qui ne reconnaît que Dieu comme roi, peut il avoir un roi de char et de sang ? Plusieurs conceptions religieuses s’affrontent et cela se ressent dans l’histoire des débuts de la monarchie :

    1. il y a tout d’abord le choix du peuple qui est contesté. Le peuple demande un roi qui marche en tête de son armée et mène ses sijets à la victoire. C’est donc tout d’abord un besoin d’ordre militaire. Le mprophète Samuel essaie de dissuader le peuple qui insiste et veut absolument un brave qui lui serve de roi. Echange entre D- et son prophète Samuel : D- conseille à Samuel de ne pas insister dans ses dém Ce n’est pas toi, lui dit il, qu’ils offensent mais moi-même. S’ils veulent un roi on va leur en donner. Dans son argumentaire, le prophète met en garde contre les méfaits classiques de l’institution monarchique. Le roi va prendre vos fils pour sa garde, il va confisuer les terres les plus riches pour les offrir à ses serviteurs, il fera de vos filles des boulangères et des cuisinières et des parfumeuses… Rien n’ y fit.
    2. mais c’est tout de même D- qui garde la main puisque c’est lui qui mandate le prophète Samuel en lui disant chez aller pour oindre un élu roi.

    le cas de Saül : on nous forunit plusieurs modes de désignations du roi par le prophète Samuel. Nous sommes à la source même de cette institution qui va devenir la monarchie de droit divin. C’est donc l’homme de D- qui va oindre le monarque choisi, sélectionné par D- Tout d’abord, on décrit l’onction royale de Saul, comme le résultat d’une victoire militaire sur l’ennemi : cela correspond au désir premier du peuple : un guerrier qui nous conduit au combat et marche à notre tête. Ensuite, une sorte de sacre par acclamation.

    1. C)       On constate donc une dyarchie au sommet, les pouvoirs royal et spirituel sont séparés mais   c’est le prophète qui oint et destitue le monarque si ce dernier n’agit plus en conformité avec les ordres sivins… mais pouvons nous croire que les choses se sont réellement déroulés comme le disent les livres de Samuel et les livres des Rois ?

    N’avons nous pas, ici aussi, à faire a une lecture théologique des événements ?

     

    1. La destitution de Saül : On ne comprend pas bien cette destitution, tant la mesure apparaît disproportionné par rapport à la faute commise. Saül n’a exterminé tous les biens d’une peuplade ennemie comme le lui avait recommandé Samuel au nom de D-. Pour excuser ou justifier son geste, le roi Saül dit qu’el voulait offrir des sacrifices à ce même D- qui va lui ravir la royauté
    2. On a l’impression de vivre une sorte de réécriture de l’Histoire : le principe théologique ordonne toutes les données et présente une grille conforme à sa philosophie d’ensemble : c’est D- qui est le maître du jeu.
    3. Un principe domine l’ensemble : ce n’est pas la force physique qui compte, comme dans le cas de Saül, réputé pour dominer ses frères par sa taille physique. Les choses ont changé, c’est le plus fluet, le simple berger, le flûtiste, l’homme doux, le terme né’im zemirot Israël : le doux Psalmiste d’Israël
    4. Cette histoire de la substitution va déterminer la suite de l’histoire d’Israël puisque c’est la dynastie davidique qui va l’emporter. Dans l’intervalle, l’historiographie biblique est devenue encore plus religieuse, plus fidéiste, c’est Dieu qui protège Israël. Et il l’a montré dans l’épisode de David et de Goliath. Au point de dire que c’est Dieu qui terrasse Goliath, qui guide la fronde de David, lequel échappe à tous les attentats préparés par Saül, son éphémère beau-père
    5. Moralisation du personnage de David qui s’est rendu coupable de tant de méafits mais auquel D- a tout pardonné sauf le meurtre d’Uri le Hittite.
    6. Enseignements à tirer de cette dualité au pouvoir : D- décide, il choisit, et il écarte quiconque lui désobéit. Mais David fait exception à cette règle car D a accepté son repentir sincère. Israël est une théocratie puisque il est le seul Dieu, le seul roi de son peuple : Avinou, malkénou. le roi fait figure d’un vicaire de D sur terre.
    7. Le seul roi d’Israël, c’est D-

     

  • Le cancer, les banques et le droit à l’oubli

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    Le cancer, les banques et le droit à l’oubli

    Un tel sujet illustre bien (ou plutôt assez tragiquement) la complexité croissante de nos société et la nécessité pour la loi de protéger ceux qui se trouvent soudain, par les aléas de l’existence, réduits à avoir moins de droit que leurs concitoyens.

    Je parle de cela car aujourd’hui se tient la journée du cancer et la ministre de la santé a bien rappelé que chaque malade, une fois qu’il a guéri de son mal (et existe t il pire mal que le cancer ?) ne doit subir aucune discrimination quand il s’adresse à une banque pour obtenir un crédit.

    En effet, quand vous vous adressez à un organisme de crédit, on vous demande aussitôt, entre bien d’autres choses, si vous êtes en bonne santé, si vous êtes propriétaire, si vous êtes marié, si vous avez des enfants à charge, etc… Toutes ces interrogations sont légitimes tant qu’elles n’entraînent pas de discrimination. En réalité, si vous êtes un emprunteur à risque, on vous fait payer le crédit plus tard à cause d’assurances spécifiques, et ainsi vous êtes considéré comme un cas spécifique.

    L’intérêt de bénéficier du droit à l’oubli consiste justement à vous réintégrer dans la case générale puisqu’au terme d’un an, voire de dix ans, sans rechute, vous êtes considéré comme guéri. Un nombre non négligeable de Français sont concernés par cela. La ministre de la santé a énuméré quelques types de cancer (du sein, de l’utérus, des testicules, etc…) qui sont concernés. Sans rechute, au bout d’un certain temps, vous réintégrez le groupe majoritaire, sans risque aucun.

    Mais voilà, tous les organismes de crédit ne l’entendent pas de cette oreille et considèrent qu’ils doivent mettre toutes les chances de leur côté. En clair, cela signifie que d’anciens cancéreux ne peuvent pas réaliser des projets nécessitant un crédit comme l’achat d’un appartement, d’un parking, d’une voiture, etc…

    Désormais, cette ségrégation disparaît en droit, du moins, et le cas échéant les tribunaux sont là pour faire respecter la législation en vigueur. La ministre a eu l’intelligence d’associer les compagnies d’assurance à l’élaboration de cette loi, ce qui signifie que les choses devraient bien se passer. Mais qui sait ? L’argent domine tant nos sociétés que même une règle humaine aussi élémentaire risque de ne pas être respectée…

    La complexité croissante de nos sociétés montre que des situations nouvelles appellent des lois nouvelles.

  • Incertitudes sur l’avenir politique de Madame Hillary Clinton

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    Incertitudes sur l’avenir politique de Madame Hillary Clinton

    Les résultats très serrés du caucus de l’Iowa conduisent à douter du charisme supposé de Madame Clinton qui se croyait déjà à la Maison Blanche. Certes, elle n’est pas femme à céder si facilement mais les résultats de ce matin vont refroidir ses ardeurs, quoiqu’elle en dise.

    Comment s’explique cette déconvenue qui est en réalité une véritable défaite électorale ? Il me semble, qu’en plus de la personnalité de son challenger qui vise les classes moyennes, la lutte contre Wall street, une meilleure répartition des richesses et une réforme fiscale, il y a la personnalité de la candidate qui se croit toujours la première dame des USA et promène à la ronde une arrogance aristocratique que rien ne vient justifier… Madame Clinton a besoin d’un zeste d’humilité et de modestie, même quand elle fait semblant de remercier ses militants qui se dépensent sans compter, on sent bien qu’elle se croit nettement au-dessus de ce petit peuple auquel elle accorde l’insigne honneur de la servir. Et qu’elle aura vite oublié…

    Une autre chose joue contre elle, le parfum de la revanche qui se dégage de sa campagne : nul n’a oublié le tonitruant : Shame on you, Barack Obama (Honte à vous, Barack Obama). Personne n’a cru à leur réconciliation, même lorsque cette dame devint secrétaire d’Etat. Hélas, il y eut tous ces courriels classifiés Top secret qui se sont retrouvés sur son mel personnel. Ce fut une imprudence incommensurable. Sans même parler de ce qui s’est réellement passé à Benghazi avec le personnel diplomatique US, massacré sur place ! Et là je pense, cependant que l’on exagère sa responsabilité.

    Je pense que ce qui va jouer contre elle n’est autre qu’elle-même= cette excessive assurance, cette arrogance et cette sensation de supériorité la desservent. Peut-être aussi un aspect physique : ce n’est plus la gracieuse petite femme du temps jadis, mais une personne âgée, même un peu boudinée (pardon) qui ne se meut plus avec ll’aisance nécessaire et qui remonte à quelques années. Elle devrait faire un régime pour perdre quelques kg.

    Mais l’essentiel, c’est cette distance qu’elle établit entre elle et les autres, même quand elle se blottit contre son époux, considérablement amaigri avec ses cheveux blancs. Le retour risque d’être difficile. Il est très difficile de changer en profondeur. Les remèdes cosmétiques ne trompent personne. Si on se veut proche du peuple des électeurs, on ne fait pas la moue, on évite ce port altier qui n’est pas de mise ici…

    Mais qui sait ? Souhaitons lui tout de même un redressement de sa côte de popularité. Et peut-être l’arrivée dans un fauteuil dans ce bureau ovale qu’elle connaît si bien…

  • L’OBJECTION de José Manuel Lamarque, Manifeste pour en finir avec la pensée unique (Jacques-Marie Laffont)

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    L’OBJECTION de José Manuel Lamarque, Manifeste pour en finir avec la pensée unique (Jacques-Marie Laffont)

    C’est au hasard d’une heureuse rencontre, dans le cadre splendide d’une grande ambassade européenne, que je dois la connaissance de cet auteur, grand reporter à France-Inter. Je ne regrette absolument pas cette rencontre, surtout après la lecture attentive de cet ouvrage passionnant.

    Je peux dire d’emblée la chose suivante : alors que la plupart des maux contemporains nous viennent de la mauvaise tenue des journalistes, de leur inculture et deleur superficialité, José Manuel Lamarque redore le blason d’une profession généralement très mal vue et devenue, au fil des ans, la cible de tous les puristes de la terre. Mais l’auteur ne fait pas que critiquer, il passe en revue cent vingt notions qu’il redéfinit ou repense à sa manière, dans le bon sens, selon moi. Et si je devais donner un autre sous titre à cet ouvrage, ce serait le suivant : Plaidoyer passionné en faveur d’une dignité humaine retrouvée.

    José Manuel Lamarque s’en prend à l’une des vaches sacrées de notre époque, intouchable, protégée et inaccessible au commun des mortels, la notion de progrès ou plutôt ce qui tente de se présenter comme tel… D’ailleurs, en égrenant toutes ces notions, il commence par les abeilles et finit avec la vie. Pourquoi les abeilles ? Eh bien, parce que notre gestion de l’expansion économique menace la survie de cette espèce, qui, si elle venait à disparaître, entraînerait, en peu d’années, dans sa chute tout le genre humain.

    C’est une course désordonnée, voire anarchique, vers le progrès, qui a entièrement changé la face de l’avenir : on lit d’ailleurs avec quelque inquiétude la mirobolante expansion des communications (un terme que l’auteur n’aime pas, surtout au singulier) sur internet qui devrait connaître son effondrement vers 2023, en raison de sa consommation grandissante d’électricité.

    Mais ce n’est pas tout, le monde n’a d’intelligibilité qu’à travers le langage, un peu comme l’annonçait le Sefer Yetsira, premier ouvrage de cosmologie hébraïque, des VI-VIIe siècles. Or, l’auteur de ce livre signale dès les premières lignes que la première aberration dont l’humanité est victime, est la perte du sens des mots. Et là aussi, il me pardonnera, lui qui n’a pas inscrit le mot Bible dans cet abécédaire, de m’en référer à l’épisode de la Tour de Babel et de la confusion des langues : ne pas parler la même langue, ne pas donner ni laisser aux mots leur sens premier mène à l’incompréhension, et pire encore, à la guerre.

    La pensée, oui, la culture, le savoir, la bienséance, la délicatesse, le bon goût, et tant d’autres choses ont disparu sous les coups de boutoir de ce qui se présente de nos jours sous ses plus beaux atours, la bêtise, la pensée unique, la communication et les sondages, véritables girouettes guidant même nos gouvernants. Cette infatigable vélocité, cette course-poursuite, cette volonté de dominer l’Autre, alors que l’éthique la plus élémentaire nous commande de lire sur son visages les même traits humains, toutes ces déformations semblent inéluctables : J-M Lamarque n’hésite pas à parler d’aliénation, c’est-à-dire le fait de devenir étranger à soi-même. C’est probablement dû à cette substitution de la civilisation à la culture, au remplacement de l’écrit par l’image, du savoir et de la connaissance par les émissions télévisées et la littérature classique par le rap… Il suffit de suivre avec un peu d’attention la réformes des programmes scolaires pour mesurer l’étendue du désastre : au lieu de hisser les jeunes cerveaux au niveau de la vraie culture on les laisse stagner et on met des Ersatz à leur portée. Et ce saupoudrage est avilissant. Coupable populisme, condamnable démagogie.. Du reste, les meilleures œuvres, les émissions les plus éducatives, les plus enrichissantes ne rassemblent que peu d’auditeurs dont le nombre ne cesse de baisser dangereusement. Ce qui signifie que le couperet de l’audimat ne tardera pas à tomber.

    Je ne peux pas reprendre dans cette brève critique, tout le contenu de ce beau livre si suggestif et si riche, mais je note que dans la dernière page de son introduction, son auteur se dit indigné par l’équivalence suivante : apprendre ou connaître, c’est s’ennuyer !

    Comment faire pour stopper ces dérives inquiétantes de l’époque ? Voilà une tâche bien difficile. Mais on peut commencer en lisant ce livre qui se veut un cri d’alarme.

    Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 1er février 2016