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  • Une primaire à gauche pour 2017 ?

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    Une primaire à gauche pour 2017 ?

    Le journal Libération, journal solidement ancrée à gauche, avec à sa tête Laurent Joffrin, publie ce manifeste lequel n’a que peu de chance d’être traduit dans les faits. Pour une raison très simple : vu l’état de l’opinion et vu la popularité relative du chef de l’Etat, il n’est pas certain qu’il sorte victorieux de cette compétition électorale. Il y a même des chances pour que la base du PS ne vote pas pour lui.

    Il existe aussi un autre indice qui, pour le moment, n’entrouvre aucune fenêtre pour l’opposition de gauche à François Hollande : c’est l’absence de tout candidat de substitution. Martin Aubry n’ira pas, aucun des frondeurs n’ira, Montebourg n’a aucune chance et ne tentera l’expérience que s’il veut que son ami Hollande morde la poussière. Reste Jean-Luc Mélenchon qui n’a aucune chance mais qui pourrait régler ses comptes avec le chef de l’Etat en le faisant battre dès le premier tour : il est en mesure de lui retirer 3 ou 4% des suffrages, ce qui serait fatal à Hollande.

    Est ce que Cécile Duflot voudra y aller ? Ce n’est pas à exclure. Elle est jeune, a encore du chemin à faire, mais elle aussi a un compte à régler avec le président actuel. Résumons nous : le danger ne peut venir que de Duflot, Mélenchon ou Montebourg, du côté de la gauche…

    Et que se passe t il à droite ? Pour le moment, c’est Alain Juppé qui tient la corde, mais je ne pense pas que cela va durer, Sarkozy est un animal politique sans pareil, c’est un peu son côté jeune chiraquien : autant besoin du pouvoir que de l’air à respirer !

    Les autres candidats ne feront qu’un tour de piste, la question se réglera entre Juppé et Sarkozy . Mais lequel représente le plus grand danger pour Hollande ? Il est trop tôt pour le dire… Et il faut se méfier des sondages qui n’ont raison que parfois !

  • La chancelière Angela Merkel s’est lourdement trompée ( hat einen plumpen Irrtum begangen)

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    La chancelière Angela Merkel s’est lourdement trompée ( hat einen plumpen Irrtum begangen)

    Oui, la chancelière à laquelle tout semblait sourire, vient de commettre une grave erreur aux conséquences particulièrement lourdes. C’est étonnant de la part d’une femme politique habituée à dénouer les crises les plus compliquées et à mener d’une main de fer la plus grande et la plus puissante démocratie de l’UE, l’Allemagne. Et cette grande dirigeante a cru pouvoir tirer avantage ou profit de ce vaste exode touchant des pays arabo-musulmans comme la Syrie, l’Irak, le Pakistan, l’Afghanistan et l’états d’Afrique du nord.. On connaît la suite depuis la nuit du nouvel an…

    Son calcul paraissait simple : il va manquer à l’industrie allemande près de 7 ou 8 millions de bras dans les prochaines années ; la natalité s’effondre, les naissances ne remplacent plus les décès… L’occasion était belle et il fallait la saisir.

    Et voilà les viols et les agressions sexuelles moins graves sont venus rappeler la triste réalité. Tous les plans de la chancelière se sont effondrés comme des châteaux de cartes. C’est triste mais c’était prévisible. Tout le monde a été pris de court, excepté l’extrême droite qui, pour des raisons idéologiques, ne veut pas de réfugiés ni de demandeurs d’asile.

    En Allemagne, ce fut l’effet d’un tremblement de terre ! j’ai enseigné à l’Uni de Heidelberg durant 24 ans et je me souviens que même dans les parkings souterrains, il y avait des places réservées aux femmes, des tables de restaurants aussi pour un gemütlicher Abend ou des sessions de Frauenbunde où aucun homme n’était accepté. J’ai encore pu vérifier cela la première semaine de novembre lorsque j’étais à Berlin, à l’invitation de Monsieur l’ambassadeur de France, Philippe ETIENNE, pour le lancement de la traduction allemande de ma biographie de Léo Baeck (Armand Colin / Wissenschaftliche Buchgesellschaft)

    Le multiculturalisme ne présente pas que des avantages, bien au contraire. La chancelière pensait imposer une politique européenne, voire mondiale, d’accueil des réfugiés et demandeurs d’asile.

    Quand on dirige une grande puissance continentale comme l’Allemagne, on maîtrise mieux ses sentiments.

  • Manuel Valls aux Juifs français : vous n’êtes pas seuls ! vous êtes chez vous en France !

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    Manuel Valls aux Juifs français : vous n’êtes pas seuls ! vous êtes chez vous en France !

    C’est un très beau discours que le Premier Ministre français a prononcé il y a quelques minutes devant l’Hyper cacher de Vincennes, à l’endroit même où un fanatique musulman, avait, de sang froid, assassiné quatre personnes qui eurent le malheur de choisir cet instant fatidique pour faire leurs courses en prévision du sabbat.

    Ces quatre personnes ne sont plus jamais rentrées chez elles, en raison de la haine antisémite d’une certaine couche de la population française, pudiquement désignée comme «la jeunesse des cités ou des quartiers»…

    Si je saisis la plume à cette heure avancée du soir, c’est parce que Manuel Valls a dit ce qu’il fallait dire, avec les mots qui s’imposaient. Il a été très sensible aux plaintes et aux angoisses persistantes de citoyens de confession juive qui se sentaient seuls depuis tous ces attentats, affirmaient même clairement qu’on n’aurait jamais honoré les victimes juives des attentats si ces pauvres journalistes de Charlie-Hebdo n’avaient pas été assassinés… Certains allaient jusqu’à exiger une désislamisation de la France, une expression absolument nouvelle ! Les juifs de ce pays ont été entendus par le Premier Ministre.

    Manuels Valls leur a dit, avec toute cette fougue ibérique qui lui fait honneur en ce jour particulier, qu’ils n’étaient plus seuls, qu’ils avaient eu raison de se sentir isolés, que l’opinion, les media et le gouvernement avaient mis un certain temps à se mobiliser, que toutes ces attaques étaient bel et bien des actes antisémites alors que certains membres de ce gouvernement, et non des moindres, avaient donné la nette impression d’en douter… avant de se raviser. Mais le mal était fait et la mémoire douloureuse des gens qui se sentaient visés s’en trouva accablée plus encore.

    Ce soir, et je sais de quoi je parle, Valls a mis du baume au cœur de tous les Français de confession juive ; je suis certain qu’un bon nombre d’entre eux vont changer de regard sur la réalité qui les entoure ; ils se sentent (enfin) épaulés, compris, protégés, pris en compte et non plus rejetés sur les marges… J’ai moi-même dû entendre des plaintes de gens estimant qu’on vivait dans des bunkers en France, que le fait d’être juif les désignait comme une cible. Les enfants ou les jeunes quittaient le pays pour se rendre en Israël , en disant à leurs parents qu’on ne pouvait prier en paix dans ce pays, puisque même les lieux de culte étaient gardés jour et nuit…

    Je puis moi-même porter témoignage : animant une émission de radio bimensuelle, je me rendis, l’année dernière, un sombre soir d’hiver, après les attentats, à la radio qui se trouve près de la place du Panthéon. Arrivé dans cette rue, je me dirige vers la porte cochère quand soudain, je me suis retrouvé nez à nez avec un CRS armé d’un fusil d’assaut, en faction devant l’édifice. Je ne m’y attendais guère… Je rapproche cette expérience de la complainte des jeunes refusant de prier dans un bunker super protégé.

    Je rapproche cela de la peur d’une jeune femme, logée par la mairie de Paris dans une proche banlieue où des voisins arabo-musulmans la traitaient de tous les noms, lui reprochaient les mesures prises par l’Etat d’Israël… Grâce à la bienveillance de certains, j’ai réussi à reloger cette femme seule et ses enfants dans un environnement moins hostile…

    Ce sont toutes ces choses qui ont poussé Manuel Valls à dire aux Juifs qu’il comprenait leur ras le bol, qu’il fallait appeler un chat un chat et non plus fermer pudiquement les yeux en raison de la disproportion du nombre de Juifs et du nombre de musulmans dans le pays…

    Les paroles du Premier Ministre m’ont ému car j’assistai, impuissant, aux demandes d’intervention, aux critiques de coreligionnaires ne comprenant pas ce qu’on faisait ici, et moi qui leur répondais, couvert de honte, que la France est notre pays, et le français notre langue maternelle, ce qui ne nous empêche pas d’aimer ardemment l’Etat d’Israël et d’apprendre l’hébreu, de le parler à Jérusalem ! Ils avaient du mal à suivre ce raisonnement.

    La sincérité du Premier Ministre ne fait pas l’ombre d’un doute ; certes, c’est un homme politique mais cette fois-ci, il a laissé parler son cœur. Un adage talmudique s’énonce comme suit, au sujet de la sincérité : les paroles qui viennent du cœur trouvent toujours l’accès de notre cœur (ha-devarim ha-yotsim min ha-lev nikhnassim el ha-lev)…

    Je suis persuadé que ce soir, par son discours, Valls a fait bouger les lignes. Il a même renversé la vapeur : les citoyens juifs de ce pays se sentiront de nouveau chez eux en France.

    Quelle belle phrase, quelle parole de consolation si sincèrement répétée de discours en discours : sans ses Juifs la France ne serait plus la France. Plus et mieux que toute autre, cette phrase exprime que les Juifs sont partie intégrante de la communauté nationale.

    Et Dieu seul sait combien nous aimons ce pays, combien nous le bénissons au mois une fois par semaine dans notre liturgie synagogale.

    Je ne croyais plus que les hommes politiques avaient un cœur, ce soir le Premier Ministre nous a prouvé, jusqu’à l’enrouement, qu’il en avait un et qu’il n’hésitait pas à le porter en bandoulière. Pour la plus grande joie de tous ses auditeurs.

    Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 9 janvier 2016

  • Alexandre SAFRAN, ancien grand rabbin de Genève et sa relation à la kabbale

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          En prévision du colloque consacré à l'œuvre et à la personnalité du Grand Rabbin Alexandre SAFRAN, aux universités de Milan et de Lugano,  à la fin de ce mois janvier 2016, je publie cette version abrégée de ma future intervention     à l'intention de nos amis genevois qui l'ont bien connu et tant respecté.                

     

    ALEXANDRE SAFRAN ET SON RAPPORT À LA KABBALE

     

                La réédition en version hébraïque, revue et augmentée, de deux ouvrages majeurs du Grand Rabbin Alexandre SAFRAN, ancien guide spirituel du judaïsme de Roumanie et actuellement, la plus haute autorité religieuse de Genève, constitue un événement extraordinaire, auquel il faut donner le lustre qui convient. Nos lecteurs ont déjà eu la possibilité de lire dans ces colonnes une présentation de la vie et de l’œuvre de ce penseur religieux éclairé, solidement ancré dans la foi biblico-talmudique et ouvert aux apports de la culture en général. Les deux ouvrages présentés ici sont une sorte d’essence du judaïsme, en hébreu Israël we-shorashaw (Israël et ses racines) et une présentation de la kabbale, Huqqat Olam we-razé olam : ha-niglé we-ha-nistar be-hishtalwutam ba-qabbala (La règle et les mystères de l’univers : histoire du sens obvie et du sens ésotérique dans la kabbale).

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  • Que l’ombre de Thanatos quitte enfin notre chère France…

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    Que l’ombre de Thanatos quitte enfin notre chère France…

    Cela devient insupportable, le climat de peine, de désolation et de recueillement plombe toutes nos activités : pas un jour sans l’annonce d’une mort, d’une inculpation de terroristes en Belgique, de découverte d’un appartement conspiratif (sic) ou de traces d’ADN d’un fugitif, d’une commémoration, du dévoilement d’une plaque à la mémoire de victimes du terrorisme. Je me demande comment le président de la République peut supporter tout cela. Et en plus, il y a la commémoration du vingtième anniversaire de la mort de François Mitterrand.

    En quelques mois, ce pays est devenu l’arrière-cour ou plutôt la caisse de résonance des horreurs qui se passent en Syrie et en Irak. Hier, dans les embouteillages du vendredi soir, j’écoutais les confessions d’une femme française convertie à l’islam et qui avait rejoint Daesh… Elle parlait avec dégoût de l’endoctrinement et de l’embrigadement des enfants, passant leur temps à visionner des vidéos de décapitation ou à jouer au foot balle avec… des têtes de soldats syriens ! Comment voulez vous vivre normalement, savourer un délicieux repas, penser à un séjour reposant en Normandie, lorsque les radios diffusent de telles nouvelles…

    En somme, des lieux situés à presque cinq mille km d’ici exercent leur effet nocif et destructeur sur toute la population française.

    On a l’impression que l’ombre de la mort, Thanatos, plane sur le pays. Alors que la période des fêtes ne remonte pas même à deux semaines, il semble que cette atmosphère de deuil se soit emparée du pays, menaçant de ne plus le quitter.

    Dans la mythologie grecque le poète Hésiode nous parle de Thanatos comme de la personnification de la mort. C’est pire que l’épée de Damoclès brandie au-dessus de la tête de chacun d’entre nous puisque nous partageons la condition de tous les mortels. Thanatos a un cœur de fer, des entrailles d’airain et une âme de bronze : tous métaux qui tournent le dos à la tendresse et à l’amour de l’humanité. Aux antipodes de cette pensée grecque, nous trouvons dans la littérature prophétique des paroles de consolation et d’encouragement qui incitent l’homme à favoriser les forces de la vie et à se détourner de la culture de la mort. Les textes parlent de remplacer notre cœur de pierre (lev évén) par un cœur de chair (lev basar) (Ezéchiel 36 ;26). C’est donc l’appel aux forces vives du bien, de la vertu et de la vie.

    Depuis ce terrible mois de novembre 2015, c’est-à-dire il y a moins de deux mois, le pays passe d’un deuil à l’autre, d’une commémoration à l’autre, d’une aggravation des règles pénales à l’autre… Et cette succession, pour ne pas dire cette avalanche, de morts d’hommes célèbres ne contribue pas à assainir l’ambiance ni à favoriser une changement tant souhaité, tant attendu, de situation. On dit bien : un malheur n’arrive jamais seul…

    Je pense en qualité de philosophe que l’avenir n’est écrit nulle part, que l’homme, en proportion de ses moyens, est apte à façonner son avenir. C’est l’affirmation du principe du libre arbitre humain. Ceux qui pensent que Dieu est capable de donner une loi à l’homme tout en lui liant les mains, se trompent et comment une contradiction.. Sans liberté pas de responsabilité.

    Un passage talmudique célèbre stipule : Tout est entre les mains du Ciel, hormis la crainte du Ciel

    Est-il en notre pouvoir d’éloigner de notre pays cette ombre persistante de Thanatos ? Oui, en tout cas nous devons essayer autant de fois qu’il le faudra jusqu’à ce que nous ayons atteint notre objectif.

    C’est vital.

    MRH in Tribune de Genève du 9 janvier 2016.

  • Jamais nous n’oulblierons ce 7 janvier

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    Jamais nous n’oulblierons ce 7 janvier

    Ce jour là, il y a un an tout juste, les forces de la barbarie, du fanatisme, de la bestialité et de la haine religieuse ont lâchement attaqué la France en s’en prenant avec une cruauté absolue à des journalistes qui exerçaient leur métier et diffusaient librement leurs idées, comme il se doit dans une authentique démocratie. Ils furent, il y a un an, tués sur leur lieu de travail par deux petits malfrats, des repris de justice, des délinquants qui furent, deux jours plus tard, criblés de balles par les forces de l’ordre.

    Ce 7 janvier marque hélas la fin de nos années de joie et d’insouciance, désormais la France doit se prémunir contre des gens nés sur son sol et dont elle avait généreusement, et si imprudemment, accueilli les parents.

    Désormais, ce pays doit se barricader de l’extérieur et de l’intérieur. Depuis des semaines on vit sous le régime de l’état d’urgence, ce qui est très bien puisque la sécurité des citoyens passe avant tout le reste. Mais ces attaques terroristes nous imposent des problématiques nouvelles, et notamment ce sempiternel débat sur la déchéance de nationalité. C’est une mesure qui ne réjouit personne, mais qui est nécessaire. Plus tard, j’en suis presque certain, il faudra supprimer le droit du sol. Ce n’est pas moi qui le dit, ce sont des hommes politiques expérimentés. Lesquels citent le cas de Mayotte où des femmes, venues de l’autre rive du fleuve, accouchent du bon côté, celui de la France. Et acquièrent ainsi la précieuse carte d’identité française qui leur donne droit aux minima sociaux, à la sécurité sociale, etc…

    Sous la pression des événements, toutes ces facilités là, toute cette bienveillance, vont disparaître. Et c’est triste car la grandeur d’un pays , sa valeur morale se mesurent à l’aune de sa générosité. La France ne peut plus l’être, et je le répète, on doit le regretter profondément. Il en va de même des naturalisations, symboles d’une grande nation ouverte et sensible aux droits de l’homme : songez que la plupart des tueurs islamistes étaient de nationalité française !!

    Ainsi que je le notais plus haut, cette date anniversaire marque un tournant. Plus rien ne sera comme avant. Rendez vous compte : les plus hautes autorités de la République incitent désormais leurs compatriotes à être prudents, à se montrer vigilants et à collaborer avec les forces de l’ordre. On a l’impression qu’on est en Israël, mais après tout ce sont les mêmes ennemis.

    Nous payons des décennies d’immobilisme, de politique inepte face à l’immigration de toutes sortes, de laxisme judiciaire : voyez la réforme Taubira qui dit que ceux qui sont condamnés à cinq ans de prison ne seront pas nécessairement incarcérés, dans certains cas. Inouï ! C’est généreux, c’est bien, mais est ce réaliste ? Est ce bien là ce qu’attendent nos concitoyens confrontés à l’insécurité et à la précarité ?

    J’ai écouté Manuel Valls hier sur BFM TV, je suis pas resté jusqu’au bout car ce n’était ce que j’attendais, cela manquait de souffle et de vision. L’homme est énergique, vif, très réactif, mais il n’est pas porteur d’un grand projet ni animé d’une vision. Cela dit, avec tout le respect dû à la personne et aux fonctions qu’elle exerce. On a l’impression que le pouvoir est à bout de souffle, qu’il est submergé par les difficultés qui sont de taille, il est vrai. Et il n’est pas du tout certain que l’opposition eût fait mieux.

    Nous vivons, je pense, un début du déclin de l’Europe et de la civilisation judéo-chrétienne qui la sous-tend et irrigue ses valeurs. Si on ne réagit pas au plan spirituel, cette dimension qui fait si cruellement défaut aux politiques qui nous gouvernent, ce sera un désastre. Aucune civilisation ne perdure si ces valeurs morales ont disparu. Et la morale, l’éthique, n’est jamais très loin des valeurs religieuses…

    IL est un mal qui nous ronge, nous gangrène, c’est ce terrible poison de l’âme, poison qui porte le nom de haine de soi. Les ennemis de la démocratie et de la république s’en sont rendu compte ; et j’ai du mal à réprimer un sourire lorsque ces mêmes gens nous rappellent au respect des règles de la laïcité ! Et il ne se trouve personne pour les remettre à leur place. Bientôt ils vont nous dire que la belle tradition de la galette des rois, directement inspirée des Evangiles, contredit à la laïcité… Inouï ! Du jamais vu. Et quand je pense que dans un pays comme la France, fille aînée de l’Eglise (et c’est un philosophe d’origine juive qui parle), Radio-Notre Dame m’a invité à participer à un débat sur la compatibilité ou l’incompatibilité entre la laïcité et les crèches de Noël !!!

    Carl Schmitt , l’auteur de Théologie politique, a expliqué la genèse religieuse du politique. La quasi totalité des idées politiques qui forment l’armature de notre démocratie sont d’anciens théologoumènes sécularisés.

    Je disais plus haut que nous aurions besoin du souffle prophétique d’un Ernest Renan, présent dans ses deux magnifiques discours sur la nation (1882), et après la défaite de 1870, dans la réforme intellectuelle et morale. Renan avait tourné le dos à l’Eglise mais il continuait d’incarner les valeurs éthiques et spirituelles qu’elle lui avait inculquées durant sa jeunesse monacale à Saint-Sulpice et à Issy les Moulineaux.

    Autres temps, autres mœurs ! Je lisais hier la déclaration d’un homme politique, élu à la tête de sa région, et qui disait avec lucidité que les citoyens octroient une dernière chance aux partis politiques traditionnels. Il a raison, mais voilà ces hommes politiques, de droite comme de gauche, ne se réformeront pas. On se souvient du raisonnement Ô combien cynique de François Mitterrand qui réfutait toutes critiques adressées à la classe politique en disant devant la France entière verbatim : Messieurs les Français, les hommes sont comme vous…

    Hélas, tout le mal  vient de là! Si on les a élus, c’est parce qu’on pensait qu’ils étaient meilleurs que nous et qu’ils avaient la capacité de nous gouverner conformément à l’éthique. Je n’ignore pas que d’aucune ricaneront en achevant cette lecture, mais à la longue nous ne ferons pas l’économie d’une réforme éthique.

    Maurice-Ruben HAYOUN in TDG du 7 janvier 2016

  • Quitter l’état d’urgence sans jamais en sortir ?

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    Quitter l’état d’urgence sans jamais en sortir ?

    Les propositions du Premier Ministre français visant à muscler considérablement la législation anti-terroriste peuvent se comprendre. Certes, l’actuelle ministre de la justice ne sera pas d’accord, mais il y a de fortes chances pour que le problème soit résolu lors du prochainement remaniement. Il est, par exemple, inconcevable que cette dame porte devant le parlement un projet qu’elle a condamné publiquement depuis le début. Même François Hollande ne pourra pas le permettre, sauf à perdre toute crédibilité aux yeux de la France entière.

    Ayant accès aux meilleures sources concernant les dangers terroristes qui menacent le pays, l’actuel Premier Ministre veut transformer l’état d’urgence en état normal, habituel car il sait que l’arsenal juridique est largement insuffisant. Il tire probablement les leçons des failles juridiques des institutions lors des attentats. Et surtout il a compris qu’un troisième attentat serait fatal au gouvernement et au président de la République.

    Pour ma part, je trouve que Manuel Valls a raison, il est fondé à demander un renforcement de l’arsenal policier : on peut fouiller les voitures et les maisons, on peut perquisitionner même de nuit, les policiers peuvent faire usage de leurs armes sans attendre d’être criblés de balles d’armes de guerre, bref on se passe des autorisations des juges.

    On est conscient des exigences de l’état de droit, mais il faut les aménager quand on sait que les terroristes s’en servent pour semer la mort et la désolation. Je comprends que des esprits chagrins s’élèvent contre de telles mesures, après tout, c’est habituel, ils sont là pour cela, mais pensons au 17 morts de janvier et aux 130 morts de novembre ! Peu me chaut que soient respectées les règles de l’état de droit, ce qui compte pour moi, c’est la préservation des vies françaises, le rétablissement de l’autorité de l’Etat, la fermeture ou la surveillance des frontières et l’expulsion de réfugiés illégaux qui n’ont rien à faire en France. Songez donc à la peine des familles, ayant enterré les leurs quelques semaines avant les fêtes de fin d’année, résonnant pour elles comme des fins de vie : les parents ayant perdu leurs enfants, les enfants devenus orphelins, les hommes, les femmes, les frères, les sœurs… Je ne veux pas de métaphysique du droit, je laisse cela à Kant , morts sans jamais avoir eu d’enfant. Il a expliqué que le droit existerait même sans monde !!!

    Regardez ce qui s’est passé dans la patrie de Kant, à la gare principale de Cologne, le soir de la Saint Sylvestre ! Et déjà on nous dit d’éviter des amalgames alors que la première réaction aurait dû être la compassion pour les femmes allemandes victimes de viol ce soir là…

    Ces jours-ci, on a pu voir ad nauseam les reconstitutions télévisuelles des attaques venues principalement de Belgique ; on a vu comment les terroristes ont su se mouvoir tranquillement dans différents pays grâce à Schengen ! N’est il pas normal que les autorités de chaque pays cherchent à protéger leurs concitoyens ? C’est de cela que s’inspire la démarche de Manuel Valls qui sait que l’évolution de la société française au cours des dernières décennies a favorisé l’émergence d’ennemi intérieur presque insaisissable. Le fait que de vraies scènes de guerre se soient déroulées à Saint-Denis, dans le 93, prouve que des territoires échappent désormais à l’autorité de l’Etat…… Il doit tout faire pour les reconquérir.

    La situation est grave. Certains lecteurs de ce blog auront relevé un durcissement du ton et une focalisation sur certains thèmes comme le fanatisme, le communautarisme, l’immigration incontrôlée, etc… Ma réaction est : comment faire autrement ? Les plus hautes autorités de l’Etat tiennent mordicus à la déchéance de nationalité pour les binationaux, même ceux nés en France. Pourquoi, croyez vous, qu’elles le font même contre vents et marées ? Parce que la gravité de la situation l’exige.

    Comme vous pouvez le remarquer, Schengen est mort et ne ressuscitera plus, la chancelière allemande risque de compromettre sa réélection à cause justement de ses mesures prises en faveur des réfugiés. Je doute, connaissant bien les Allemands, qu’elle soit suivie par ses concitoyens, eux qui aiment avant tout l’ordre et la discipline.

    Manuel Valls a donc raison de proposer de telles mesures. Il faut le soutenir sur ce point.

  • L’Allemagne change ! Risques et défis d’une mutation

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    L’Allemagne change ! Risques et défis d’une mutation.  Sous la direction de Hans Stark et Nele Katharina Wissman. Presses Universitaires du Septentrion, 2015.

    Il fallait y penser, c’est désormais chose faite ! Un vaste panorama illustrant le long chemin parcouru par la République Fédérale d’Allemagne jusqu’à la réunification qui a déjà vingt-cinq ans. Au cours de toutes ces années, l’Allemagne a suivi sa propre route, cette espèce de Sonderweg qui avait jadis tant fait couler tant d’encre… L’Allemagne d’aujourd’hui, l’Allemagne contemporaine n’est plus ce qu’on nous en disait à nous, jeunes étudiants germanistes des années soixante-dix, à savoir que notre voisine était un géant économique et un nain politique (Wirtschaftsriese und ein politischer Zwerg). Je me souvins même d’un de nos professeurs qui avait risqué la métaphore très suggestive suivante : un colosse aux pieds d’argile (ein Riese mit tönernen Füssen)

    L’Allemagne d’aujourd’hui, en 2016, domine l’Europe sur tant de plans, qu’elle l’admette vraiment ou non ; elle donne le ton sur les dossiers européens les plus épineux. On l’a vu lors de la crise grecque où, pour une fois, le président français a tempéré la réaction allemande, pour la simple raison qu’il avait peur de créer un précédent et qu’il se savait le prochain sur la liste… Donc si il laissait exclure la Grèce, la France en aurait eu des sueurs froides…

    Les éditeurs de ce riche volume ont sollicité des experts dans tous les domaines qui comptent. Faute de compétence, je me limiterai à quelques points très précis, et notamment à l’héritage de l’histoire allemande récente puisque c’est le seul pays qui a changé tant de fois de régimes en un petit siècle : le Reich wilhelmien, la République de Weimar, le IIIe Reich de Hitler, la République fédérale d’Allemagne, la République démocratique allemande (RDA, sowjetische Besatzungszone) et enfin l’Allemagne réunifiée. Sans oublier cette tache presque indélébile qu’est la Shoah qui a conduit les Allemands d’aujourd’hui, absolument innocents des crimes affreux de leurs pères et grands pères, (comme le spécifie le chapitre XVIII du prophète Ezéchiel) à cette nécessité de maitriser son passé : Vergangenheitsbewältigung). Curieuse expression. Mais elle a été créée avec la meilleure intention du monde.

    En feuilletant ce riche volume, je me suis rendu compte du caractère asymétrique des problèmes de la France et de l’Allemagne, ce qui complique nettement leur entente et leur action harmonieuse. Le problème le plus grave de nos voisins et amis allemands est la chute vertigineuse de la natalité, c’est un problème démographique qui pourrait menacer la prospérité du pays et ruiner les retraites d’une population vieillissante. Ce qui explique l’attitude assez inconsidérée et préjudiciable pour l’avenir, selon moi, de la chancelière dans l’affaire des réfugiés. Selon les experts dont je ne suis pas, il manquera à notre voisin entre 6 et 7 millions de bras dans les prochaines années… cet afflux de réfugiés, vrais ou faux , voire même terroristes infiltrés, fut une véritable aubaine, une manne. J’espère simplement que les problèmes ne viendront pas avec la deuxième ou la troisième génération : l’avenir , que je souhaite, radieux, nous le dira.

    La France ne connaît pas ce genre de problème, vu que sa natalité est bonne, et surtout elle abrite un parti, le Front National, qui considère l’immigration et l’accueil de réfugiés comme une faute grave. D’un côté on accueille un million de migrants et de l’autre on en accepte 30.000 du bout des lèvres.

    Mais il existe aussi un certain nombre de points sur lesquels l’Etat allemand n’a pas encore apporté de réponses : par exemple, l’existence d’une véritable armée européenne, la fondation d’une véritable politique étrangère européenne et enfin un engagement plus substantiel du voisin d’outre-Rhin dans les opérations extérieures comme au Mali, en Centrafrique, en Irak et en Syrie. Certes, la chancelière a accordé un soutien logistique mais cela reste notoirement insuffisant.

    La politique industrielle allemande, la prise en considération du changement climatique et la révolution numérique sont bien orientées de l’autre côté du Rhin, bien mieux que de ce côté-ci.

    Restent les mutations sociales, l’évolution des mœurs et la disparition progressive de l’homogénéité de la société allemande. Et j’en viens à l’article qui m’a profondément irrité et qui porte sur les religions non chrétiennes au sein du territoire, l’islam et le judaïsme.

    Pourquoi traiter ensemble dans un même chapitre ces deux religions dont l’histoire des relations avec l’Etat allemand est si spécifique, si unique, si ancienne ? Et donc essentiellement distinctes ? L’article est riche, solidement documentée, très fondée (comme on dit en allemand : sehr fundiert) mais perd beaucoup de son intérêt en intégrant artificiellement dans un binôme ce qui n’aurait jamais dû être traité ensemble. L’auteur, mécaniquement, passe de l’une à l’autre religion sans que les disparités criantes entre les deux, ne lui saute aux yeux. Pas une seule fois.

    Les Juifs sont en Allemagne depuis les origines, ils ont participé même à la fondation de villes, leurs communautés rhénanes furent décimées par les croisades, il y eut ensuite le Siècle des Lumières avec Mendelssohn, la science du judaïsme, la naissance du judaïsme libéral, la naissance des plus grands philosophes judéo-allemands comme Rosenzweig et Buber : où étaient donc nos bons petits Turcs à toutes ces époques ? Dans le plateau anatolien alors que la population juive vivait dans les villas de Dahlem Dorf et de Grunewald… Il y a tout de même une petite différence. Si je voulais être sévère, je dirais qu’il est dommage que Heinrich Heine, l’auteur de la Lorelei, ne puisse pas lire cet article, je me demande quelle eût été sa réaction…

    Je ne veux pas justifier du reproche de l’arrogance ou de la supériorité intellectuelle juives, mais tout de même ! Même la reconstitution de la communauté juive est asymétrique par rapport à l’émergence des communautés turco-musulmanes. Où avez vu un seul Juif considéré comme Gastarbeiter ? Et je laisse de côté l’effarante disparité des chiffres : environ cent mille face à plus de quatre millions !!

    Mis à part cette réserve ponctuelle, le livre instruira tous ses lecteurs sur ce qui se passe chez notre voisin et allié. On peut aller d’un article à l’autre, selon les intérêts portés au penser et sentir allemands.

    Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 6 janvier 2016

  • La France tente de panser ses blessures : qu’ils reposent en paix ceux qui nous ont quittés…

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    La France tente de panser ses blessures : qu’ils reposent en paix ceux qui nous ont quittés…

    En fait, le papier de ce matin devait porter sur la tension entre l’Iran et l’Arabie, une tension capable de mettre toute la région à feu et à sang. Et je pèse mes mots : ces deux pays aux visées hégémoniques opposées sont déjà en guerre par d’autres pays interposées : la Syrie, l’Irak, Bahreïn, etc… Ryad a déjà constitué une énorme coalition anti-Daésh (presque 35 pays), mais cette coalition est aussi une barrière contre l’influence grandissante du pays des Mollahs.

    La France, aujourd’hui, par la voix de son autorité suprême, veut rendre hommage aux victimes du terrorisme. Je suis moi-même très ému. J’ai vu hier un reportage montrant une jeune femme juive, devenue veuve car son mari était allé faire des courses à l’Hyper cacher de Vincennes. Il n’est plus jamais revenu. Son époux est enterré à Jérusalem, je n’ai pas pu regarder le reportage jusqu’au bout, mais j’ai entendu les sanglots de cette jeune femme et surtout cette phrase qui m’a anéanti : cela fait un an, c’est comme si c’était hier, j’ai l’impression qu’il est toujours là…

    Et justement depuis un peu plus d’un an, la France mène une guerre qui va hélas s’intensifier, car l’EI sera vaincu et incitera tous ses partisans de par le monde à commettre des actes de terrorisme isolé. Le président de la République a eu l’honnêteté de le reconnaître : la France n’en a pas fini avec le terrorisme. A son humble niveau, elle ne peut pas faire grand chose, surtout tant qu’Obama est à la Maison Blanche, un homme qui se refuse à employer sa superpuissance militaire et préfère laisser le mal se poursuivre.

    La France se penche donc sur son passé récent et hautement douloureux. Les partis politiques durcissent les lois existantes dans un sens plus répressif et plus sécuritaire. Cela se comprend puisque la population demande qu’on la protège tant contre les dangers extérieurs qu’intérieurs. Même Schengen est enterré et ne ressuscitera plus : Madame Merkel se trompe si elle croit que les problèmes de son pays sont aussi ceux de toute l’Union Européenne… La chancelière sait qu’elle aura un déficit de 7 à 8 millions d’hommes et que cela pourrait entraîner la ruine d’une économie allemande florissante… Derrière la face rayonnante de l’accueil des réfugiés se cache une analyse froide et déterminée des intérêts bien compris de son pays. Mais elle feint d’ignorer tous les problèmes que va susciter dans les années qui viennent, cet afflux massif des réfugiés. Le cas français devrait lui servir d’exemple. Elle avait déjà sous les yeux la cas du Kreuzberg à Berlin

    La semaine qui s’annonce va être très triste pour la France. Dix-sept morts pour le premier attentat de l’année écoulée et cent trente pour celui de novembre. Même dans ses opérations extérieures, même sur le champ de bataille, au Main ou ailleurs, le pays n’a pas eu autant de pertes.

    Mais laissons filtrer un message, une lueur d’espoir. Il ne faut pas que la morosité l’emporte. Si elle sait faire les bons choix, si elle sait éloigner d’elle les éléments qui menacent sa cohésion, elle vaincra. Et les beaux jours, ceux de l’insouciance et de la gaieté, reviendront. Et comme le disait l’authentique prophète du VIIIe siècle avant JC, Isaïe, et vous puiserez l’eau dans l’allégresse à partir des fontaines du salut…

    Maurice-Ruben HAYOUN in TDG du 5 janvier 2016.

  • Le mois de janvier 2016, une cascade de commémorations…

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    Le mois de janvier 2016, une cascade de commémorations…

    On a l’impression dans ce pays que les années se suivent et se ressemblent : ce sont les attentats terroristes qui ont imposé ce changement crucial dans la vie de la Franc et des Français. De janvier à novembre 2015, ce pays a été frappé au cœur, des assassins, au nombre de plusieurs dizaines (chaque jour la Belgique voisine en inculpe de nouveaux) ont pu franchir les frontières, circuler dans Paris en mitraillant de pauvres gens attablés aux terrasses des cafés ou écoutant sagement un concert. Et les autorités n’ont rien vu venir. Il leur reste juste la compassion, la commémoration et le recueillement.

    Je soutiens la mesure consistant à inscrire ces douloureux événements dans la mémoire de la collectivité nationale ; il ne faut pas oublier ; il faut rendre hommage à celles et à ceux qui furent arrachés à la vie et au bonheur alors qu’ils ne cherchaient rien d’autre qu’à être heureux. Mais le pays et ses dirigeants courent un risque majeur : sombrer dans les célébrations funéraires, devenir les sacristains de la République.

    En fait, nous sortons d’un deuil pour entrer dans un autre, à force de s’y plier, la sincérité de ces actes s’en trouve considérablement affaiblie… Vous vous souvenez de ces déplacements officiels, de ces défilés dans la cour d’honneur des Invalides, de ces réceptions à l’Elysée…

    En revanche, les décorations sont amplement méritées, notamment celles décernées à titre posthume aux victimes de Charlie Hebdo. Et parlons de ce journal satirique qui incarne à lui seul toute une sensibilité française, une façon de sentir et de penser (pour reprendre l’expression allemande das Denken und Fühlen) typiquement française. J’ai vu ce matin que la polémique a repris en raison de l’éditorial du journal qui tire ce numéro-anniversaire à un million d’exemplaires.

    Avec Charlie-Hebdo, on peut être ou ne pas être d’accord, mais quelle que soit la caricature, cela ne mérite la mise à mort : en France, depuis Voltaire et même avant, et surtout depuis, la caricature, l’ironie et l ‘humour (de bon ou de mauvais goût) ont toujours été présents dans notre socio-culture.

    Or, depuis la disparition de l’homogénéité de la société française, des voix, de plus en plus nombreuses se font entendre pour pointer violemment des désaccords avec le courant principal de l’opinion. Je n’ai pas besoin d’être plus précis : ce ne sont ni des Finlandais, ni des Norvégiens qui nous posent problème. Et, pour faire court, je comprends la mesure proposée par Alain Juppé en vue de réprimer les entraves à la laïcité.

    Mais le problème que les autorités ne comprennent pas, en raison de la formation stéréotypée des hauts fonctionnaires, calquée sur un même moule qui refuse d’évoluer, c’est que derrière ce débat sur la place de la laïcité se cache tout un massif de questions ultimes : quel est le but de l’existence sur terre ? A quoi devons nous aspirer ? Qu’est ce qui compte le plus, l’en-deçà ou l’au-delà ? Quelle attitude adopter vis-à-vis de ceux qui prient, croient et pensent autrement ? Pour être plus clair, la place du religieux dans la vie de tous les jours.

    Je précis que j’adhère de toutes les fibres de mon être aux lois de la laïcité qui permettent le vivre ensemble et protègent les minorités ethniques ou religieuses. Mais chaque fois que je me suis aventuré à expliquer à quelques très hauts fonctionnaires de mes amis, la façon de penser de nos compatriotes islamiques ils calent, changent de sujet ou restent muets. Comment voulez vous, dans ces conditions, que les choses avancent ?

    Et cette impéritie, pour ne pas dire cette infirmité, est aggravée par le fait que ces élites veillent jalousement sur le recrutement des postes les plus importants. Elles ne tolèrent pas du tout la moindre diversité. Si vous voulez accéder à ces hautes charges, il y a un cursus qui ne souffre pas d’exception : d’abord sciences-po, et ensuite l’ENA…

    Après six, voire sept décennies de règne sans partage, on voit où nous a menés cette politique, guidée par des hommes et des femmes dont les compétences auraient mérité d’être enrichies par d’autres, venus d’autres horizons, tout aussi prestigieux, quoique moins reconnus.

    Terminons par une note philosophique empruntée à Kant mais qui illustre bien ce problème : Voulant spécifier la nature exacte de l’intellect humain, par opposition à l’intellect divin   (s’agit-il d’une différence de nature ou simplement de degré ?) Kant , après quelques hésitations, finira par opter pour la solution suivante : l’intellect humain est un intellect ectype, c’est-à-dire qu’il est un peu la copie que l’on obtient grâce à du papier carbone… Une imitation, une reproduction. Un calque, rien de plus.

    Or, si tous les esprits qui nous gouvernent ont une nature ectype, comment voulez vous qu’on sorte des sentiers battus, qu’on renouvelle l’approche des problèmes ?

    C’est là, tout le problème !