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  • Les insaisissables subtilités de la diplomatie française

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    Les insaisissables subtilités de la diplomatie française

    C’est acté, c’est décidé, l’armée de l’air française va attaquer l’Etat Islamique en Syrie, contrairement à la stratégie préalablement adoptée par le chef de l’Etat. Il faut remarquer un certain nombre de paradoxes savoureux dont se nourrit cette diplomatie. Ce n’est pas du persiflage, mais une nouvelle fois, plutôt la preuve que les outils ou les moyens de cette puissance moyenne qu’est devenue la France ne sont guère adaptés aux ambitions internationales qu’elle affiche.

    On se souvient de la décision du président Fr. Hollande de s’en prendre au régime syrien et de bombarder le quartier général des forces loyalistes syriennes. Et le Président Obama, à la dernière minute, avait contraint la France à stopper net ses plans d’attaque .

    C’est la preuve que les puissances occidentales ne peuvent rien faire dans aucune partie du monde sans l’aval des USA. Ils sont les plus forts et exercent le leadership mondial. B. Obama l’a rappelé sans ménagement à l’aide d’une métaphore dont ses compatriotes sont assez friands : ce n’est pas parce que nous avons le plus gros marteau que tous les problèmes qui se posent à nous sont des clous… En d’autres termes, c’est à nous de décider quand et où nous devons et voulons frapper !

    Si l’on compare les frappes françaises à celles des Américains (que l’on se rassure, aucune ne mettra l’E.I. à genoux), la disproportion est indéniable… Mais ce qui est assez amusant, c’est d’entendre le Premier Ministre insister sur l’indépendance de la décision française. Après tout, un peu de cette ancienne phraséologie gaulliste ( l’indépendance nationale, une certaine idée de la France) ne peut pas faire de mal dans un vieux pays où le sentiment anti-américain n’a pas entièrement disparu.

    Là, par contre où l’on se pince le nez pour s’assurer qu’on ne rêve pas, c’est quand on entend Manuel Valls dire que l’on n’est pas l’ami du régime syrien, que Bachar est le boucher de son peuple, etc… etc…

    Certes, ce monstre barbare n’est pas notre ami ; mais si  la France effectue des frappes sur les territoire syrien, un minimum de coordination avec les troupes syriennes est indispensable, incontournable. Je ne dis pas qu’on va soutenir Bachar mais inéluctablement, objectivement parlant, on lui donne un coup de main car son armée, réduite à la portion congrue, est à bout de souffle et que, pour prévenir l’effondrement du régime, V. Poutine a envoyé de substantiels renforts.

    La situation est très complexe. C’est vraiment choisir entre la peste et le choléra. Mais cela évoque une situation qui s’était présentée au cours de la seconde guerre mondiale : David Gourion, le leader historique du sionisme en Palestine mandataire, fut confronté à un dilemme semblable : d’une part, les Nazis qui effectuaient un génocide des Juifs d’Europe alors que les Britanniques, puissance mandataire, interdisaient l’entrée des Juifs dans leur patrie ancestrale…

    Que faire ? Voici ce qu’à dit Ben Gourion : tant que la guerre sévit en Europe, nous sommes aux côtés des Britanniques contre les Nazis qui exterminent nos frères. Quand la bête immonde sera vaincue, nous nous occuperons des Britanniques qui empêchent nos frères rescapés du génocide d’entrer en Terre promise…

    C’est exactement ce qu’il faut faire dans le cas de la Syrie : Daesh menace le monde dans son ensemble, et donc aussi la France. Il faut s’allier, même au diable, pour le vaincre. Une fois le danger écarté, il faudra stabiliser la Syrie, laquelle ne ressemblera plus à celle de Bachar ; on voir mal le boucher de Damas reprendre la main pour continuer à tyranniser son peuple.

    Mais de grâce que le gouvernement français cesse de nier les évidences. On ne peut pas intervenir dans le ciel syrien, sans au moins l’aval des Russes ou des généraux de Bachar…

    Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du  16 septembre 2015

  • Rosh ha shana et Kippour, le judaïsme en prière

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    Rosh ha-Shana et Kippour,  le judaïsme en prières

     

    Le jour de grâce de l’humanité messianique…

     

    Cette phrase est de Hermann Cohen, l’éminent philosophe allemand qui fonda l’école néo kantienne de Marbourg et dont Franz Rosenzweig fut, dans une certaine mesure, l’héritier spirituel.

     

    Cela peut paraître curieux, voire amusant, mais au moment où tous les gens font leur rentrée, celle des écoles, de la reprise du travail, du train-train quotidien, le peuple juif effectue, lui, sa rentrée religieuse et spirituelle.

     

    Si l’on voulait risquer une formule qui résumerait à elle seule l’ensemble doctrinal du judaïsme on dirait que la notion d’éternité (hayyé olam) doit finir par se substituer à la notion de fugacité du devenir historique (hayyé sha’a). Même lorsque l’orant juif est appelé à la Tora, le jour du sabbat, et qu’il achève la lecture ou l’audition du passage de la péricope biblique, il rend hommage à Dieu qui a implanté en nous cette vie éternelle (we-hayyé olam nata’ betokhénou).

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  • Le chiffre de 70%

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    70% de Français disent comprendre les maires qui refusent d’accueillir des réfugiés

     

     

     

    Ce chiffre était parfaitement prévisible. Une fois l’émotion retombée, les gens se ravisent, dès que l’échéance se rapproche et que c’est dans leur voisinage immédiat que les réfugiés vont s’installer. Ils ne cachent plus, c’est le saut dans l’inconnu : comment vont se comporter ces hommes et ces femmes qui parlent une autre langue, croient en une autre religion et ont d’autres mœurs ?

     

     

     

    D’anciens, maires de villes assez importantes ont clairement marqué leur refus d’accueillir des inconnus dans eurs cités, d’autant qu’ils ont d’autres gens à intégrer et qui ont du mal à le faire.

     

     

     

    Une autre ancienne ministre, amie de Nicolas Sarkozy a dit justement que lorsqu’on sauve un être humain de la noyade ou de l’incendie, on ne lui demande pas sa nationalité ni sa religion, on lui tend une main secourable, on l’alimente, on le réchauffe, on  le soigne et on est attention à ses besoins, dans toute la mesure de nos possibilités.

     

     

     

    Mais voilà, c’est le court terme, il faut voir le long terme. Est ce qu’on peut garder tout ce petit monde chez soi ? Le cas de l’Allemagne est tout différente, elle encourage les populations à venir chez elle, car l’industrie allemande a besoin de bras et la population du pays ne parvient plus à se renouvelle : les naissances ne compensent plus les décès.

     

     

     

    C’est dans une bonne décennie que l’on saura si l’Allemagne a fit une bonne affaire, si elle a fait le bon choix en recevant tant de centaines de milliers du

     

     gens du Proche Orient, qu’ils sont chrétiens ou musulmans.

     

    Ce chiffre de 70% esr en contradiction absolue avec les chiffres précédents ; il montre surtout que l’adhésion aux réfugiés était une réaction émotive.

     

  • Il faut stopper le flux migratoire, sinon le prix à payer sera très élevé

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    Il faut stopper le flux migratoire, l’Europe commet une grave erreur en ouvrant toutes grandes les vannes

    On aime bien la chancelière allemande et on révère aussi les exigences morales qui lui ont dicté sa conduite face à cet afflux migratoire, mais créer un tel appel d’air n’est ni réaliste ni responsable. Il faut bien comprendre ceci que des tribunes libres du Figaro ont bien mis en évidence : on ne peut pas transvaser la population d’un ou de plusieurs pays (Syrie, Irak) dans des pays d’Europe qui ont déjà de graves difficultés à intégrer les populations d’immigrées, même celles nées sur le sol européen.

    Certes, nul ne peut oser renvoyer à la mort ou la détresse des êtres humains qui ont tout perdu, mais on voit déjà que politique de tout ouvrir butte contre ses limites : prenons l’exemple de la région parisienne où la pénurie de logements sociaux ou de logements pour les classes moyennes est considérable. Comment voulez vous intégrer dans cette région là des gens venus de l’extérieur alors que des nationaux attendent depuis des années de trouver un toit ?

    Des élus de droite et de gauche attirent l’attention sur la nécessité de stopper ce flux migratoire continu qui se déverse aux frontières extérieures de l’Union Européenne. Je pointe l’exemple de la Hongrie, mais aussi de la Grèce où tout est fait pour décourager les migrants lesquels se plaignent de la frugalité de l’accueil qui leur est réservé : pas de lis, pas de nourriture, pas de sanitaires, etc…

    En fait, nous dit on, ce que est bon pour le pays d’Angela Merkel ne l’est pas nécessairement pour ses voisins. Pas même pour la France qui opte pour un traitement asymétrique : 24000 de ce côté ci du Rhin et 850 000 de l’autre côté. Quel déséquilibre !

    Vu les réactions désordonnées et contradictoires des différents pays européens, on peut redouter une implosion de l’Union. L’actuel président de la commission ne pourra pas imposer le caractère pérenne de l’accueil. Il faut comme pour une addition, tracer le trait final.

    Il est préférable de remettre de l’ordre en Irak et en Syrie en y envoyant des troupes : de toutes façons, cela finira par arriver. La puissante aviation US n’y est pas arrivée. L’Europe non plus, n’y arrivera pas.

  • Renégocier Schengen?

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    Renégocier Schengen ?

    Ce qui se passe aujourd’hui dans le monde est absolument inouï. C’est du jamais vu : soixante-dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, d’énormes déplacements de populations ont lieu et l’échange se fait entre deux continents si éloignés l’un de l’autre, sur tant de plans : le Moyen Orient arabo-musulman et l’Europe judéo-chrétienne. Il était prévisible que cela soulèverait bien des oppositions.

    On a vu des pays solidement ancrés dans la culture chrétienne refuser de recevoir des migrants d’une autre religion, d’autres ont conditionné leur accord à des mesures très strictes. Bref, l’Europe étale ses divisions et ses conceptions qui varient souvent d’un pays à l’autre.

    L’opinion publique française a été versatile sur cette question car elle a déjà commencé par rejeter les réfugiés mais sous le coup de la pression médiatique, elle a changé d’attitude, et nul ne peut nous garantir qu’elle ne changera pas de nouveau sur ce point délicat.

    Des voix se font entendre, tant celles des maires que celle, plus autorisée, de l’ancien chef de l’Etat, qui préconise un nouveau statut de réfugié, celui de réfugié de guerre : on accueille les gens, on les traite correctement, mais une fois que le conflit dans leur pays est réglé, ils réintègrent la mère patrie. Cette solution est bonne et équitable mais elle est utopique car jamais ces gens, qui auront vécu ici, n’accepteront de revenir chez eux après avoir joui de la protection sociale des Européens.

    Certains membre de l’opposition, ici comme ailleurs, dénoncent l’attitude des riches monarchies pétrolières du Golfe qui ferment les yeux sur les souffrances indicibles de leurs frères arabo-musulmans… Et les mêmes se demandent : mais pourquoi donc l’Europe chrétienne est elle tenue d’accueillir de tels réfugiés ?

    Il est indéniable que le monde va vers des difficultés sérieuses. Le fossé culturel est trop profond et ne pourra pas être comblé. Mais soyons optimistes et essayons de voir l’avenir mieux que cela, sans toutefois nier que, vu la situation économique, les pays concernés ne peuvent plus intégrer personne.

    Mais rêvons un peu : ces centaines de milliers de réfugiés (car ce n’est qu’un début et Madame Merkel insiste sur le caractère pérenne de cet afflux) peuvent œuvrer au rapprochement de nos cultures. En vivant en notre sein, peut-être feront ils émerger un islam des Lumières, plus proche des valeurs de l’Occident. Peut-être assisteront nous alors à un renouveau du dialogue des cultures…

    J’ai été très ému par les déclarations de gratitude des réfugiés qui chantaient la gloire de l’Europe et rendaient grâce à la France et à l’Allemagne. Mais n’oublions pas l’attitude plus froide de la Grèce, de l’Italie, de la Hongrie, de la Pologne, de la république tchèque, du Danemark qui a modifié ses lois pour stopper une immigration sauvage.

    Il faudra faire preuve d’une grande vigilance. Sinon, l’espace Schengen n’existera plus.

  • Aidons Bacgar et ensuite faisons le partir

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    Il faut aider Bachar et ensuite le faire partir

    Le gouvernement français, par la voix de son président, vient de comprendre que l’action actuelle contre Daesh n’était pas suffisante et qu’elle n’arrivait même pas à affaiblir cette organisation terroriste qui campe sur près de la moitié du territoire syrien et occupe de larges portions de l’Irak voisin.

    François Hollande a donc enfin décidé de poursuivre ces terroristes partout où ils se trouvent et a donné l’ordre de frappes en Syrie alors que jusqu’ici il se cantonnait à l’Irak, conformément aux vœux du gouvernement de ce pays.

    Mais une question se pose avec une insistance accrue : comment éviter que l’affaiblissement de Daesh ne profite à Bachar ? Et surtout comment faire pour ne pas pactiser avec lui, échanger des informations sensibles, alors qu’on s’en prend au même ennemi ?

    La conscience morale, pas seulement en Europe, mais dans le monde entier, s’insurge à l’idée d’une coopération, même une coopération qui ne dirait pas son nom, avec un homme devenu le boucher de son peuple, un dictateur sanguinaire qui n’a pas hésité à utiliser des armes chimiques contre de pauvres civils.

    Mais voilà quel est le pire de tous les ennemis, Bachar ou Daesh ? Les Occidentaux et le reste du monde civilisé ont choisi : il faut tout faire pour écarter le danger que représente Daesh et c’est seulement après que Bachar sera neutralisé.

    Mais une nouvelle question, aussi préoccupante que la précédente, se pose : comment gérer l’Iran qui, lui aussi, lutte contre Daesh aux côtés de Bachar ? Cette situation inextricable fait que l’Occident est devenu de facto l’allié de deux régimes infréquentables, l’Iran et Bachar…… Et je n’oublie pas le Hezbollah.

    En Iran, la dyarchie au sommet de l’Etat, ne facilite pas les choses : on a affaire à un président élu par ses concitoyens qui semblent (je dis bien qui semble) vouloir normaliser les relations avec le reste du monde, et face à lui il y a un Guide suprême dont les relations avec des milieux orientés différemment sont bien connues… Alors à qui faire confiance ?

    L’opinion publique se demande pour quelle raison M. Obama n’envoie pas une division mécanisée en Irak qui, en moins d’une semaine, viendrait à bout des djihadistes. La réponse n’est pas difficile à trouver : depuis le règne désastreux de Nouri al-Maliki, l’Irak est devenu un protectorat iranien, ce qui veut dire que si on débarrassait l’Irak de Daesh, on ouvrirait un boulevard aux Iraniens qui peinent justement tant en Irak qu’en Syrie à vaincre ou simplement à contenir cet ennemi.

    C’est du cynisme mais les Etats sont des monstres froids.

    C’est pour cette raison que les Iraniens reprochent aux Américains leur inaction sur le terrain et qu’Israël soigne à l’occasion tous les blessés qui se présentent à sa frontière sur le Golan…

    Le monde est devenu un village planétaire ; on se souvient de la phrase : le battement d’ailes d’un papillon en Chine provoque une tornade à l’autre bout du monde. J’avais lu cela jadis dans Die Zeit (Der Flügelschlag eines Schmetterlinges in China…)

    Je veux dire ceci : les massacres en Syrie ont provoqué un véritable ras de marée de réfugiés dans nos pays. Et c’est pour le tarir que la France s’engage désormais en Syrie. C’est prendre le mal à la racine ou saisir le taureau par les cornes.

  • La grande Fracture de Joseph E. Stiglitz (LLL)

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    La grande fracture de Joseph E. STIGLITZ (Ed. Les liens qui libèrent)

    Quiconque serait passionné d’économie sans rien y comprendre devrait dévorer ce beau livre du Prix Nobel d’économie Joseph E. Stiglitz : tout y est parfaitement bien expliqué. Car ce volume intitulé la Grande fracture est un recueil d’articles parus dans le New York Times ou dans Vanity Fair. C’est simple, c’est original et c’est parcouru par une exigence morale absolue : lutter contre les inégalités, montrer avec tellement de talent qu’on en oublierait la passion, que la justice sociale n’est pas l’adversaire ni l’ennemie de la réussite économique, tout au contraire, elle en est même, selon l’auteur, l’une des principales conditions. Et la garante, pour l’avenir.

    Pour faire prévaloir ce point de vue, à la fois humaniste et généreux, sans jamais être égalitariste, l’auteur se donne lui-même en exemple. Il raconte comment il a pu, grâce à une bourse intégrer une université de bonne tenue, tout en étant issu d’un milieu modeste. Il cite l’exemple de sa propre mère qui dut interrompre ses études afin d’assister son mari, études qu’elle ne reprit qu’au moment où le budget de la maisonnée devint un moins restreint. Et quand les centres des villes connurent une marée de gens de couleur, cette grande dame fut l’une des rares personnes blanches à enseigner des Afro-américains…

    Tout jeune, le petit Joseph s’interrogeait sur les dysfonctionnements du monde et de son monde : pourquoi donc la bonne n’avait elle d’autre perspective que de faire le ménage chez les gens, de garder leurs enfants au lieu de s’occuper des siens, pourquoi n’ouvrait on pas de perspectives aux autres, notamment aux Afro-américains, véritables laissés pour compte de la société américaine ? Tant de questions qui ont guidé cet homme appelé à un brillant avenir et à une renommée mondiale, et ce depuis les années au cours desquelles il rédigeait sa thèse sur les déterminants de la distribution des richesses. Et qui, parvenu à la renommée et à l’aisance, ne s’est pas laissé récupérer par le système.

    Les inégalités, poursuit Stiglitz, finiront par pousser l’économie des USA à la ruine alors qu’une stimulation économique par une bonne politique sociale et une meilleure répartition des richesses conduiraient à la prospérité. Dans sa critique de la politique et des hommes politiques de son pays, l’auteur épingle deux personnalités : D. Reagan et Georges W. Bush qui auraient, selon lui, baissé les impôts pour les plus riches, accordé d’incroyables largesses aux industries pharmaceutiques alors que nombre d ‘Américains n’ont pas assez d’argent pour payer des frais médicaux.

    Il faut dire que l’auteur remonte jusqu’à l’époque de la Grande Dépression. Il affirme son total désaccord quand on dit que le crime a eu lieu mais que personne n’est coupable. C’est cette exigence morale qui a retenu l’attention du philosophe que je suis. Généralement, les économistes se contentent de plaider gentiment en faveur d’une meilleure répartition des richesses, une aide sociale adaptée aux besoins des populations pauvres, etc… mais chez Stiglitz, c’est l’épine dorsale dont dépend tout le reste.

    Grâce aux journaux cités supra, mais aussi à tant d’autres, l’auteur a pu populariser ses idées et connaître une grande renommée, deux choses qui n’auraient jamais eu lieu s’il était resté confiné dans son  milieu professionnel ou s’il n’avait écrit que pour quelques spécialistes.

    Il a parfois choisi des titres accrocheurs, aidés en cela par des rédacteurs en chef très avisés : je pense surtout à ce jeu de mots sur les 1% qui monopolisent tout, laissant des miettes aux 99%. Stiglitz rappelle avec humour que ce dernier chiffre est devenu le cri de ralliement des contestataires du temple mondial de la bourse , Wall street…  Il y eut aussi cette image du bus avec les multimilliardaires qui au nombre de 85, auraient plus de moyen que des milliards d’hommes, les plus pauvres de la planète.

    Joseph Stiglitz est un humaniste, mais ce n’est pas un aimable rêveur : c’est pour cette raison qu’on prend au sérieux son plaidoyer en faveur d’une meilleure répartition des richesses. Sa science de l’économie montre qu’il sait de quoi il parle. C’est lui qui a le mieux fait ressortir le lien insécable entre égalité, justice sociales, d’une part, et expansion économique et régime politique stable, d’autre part

    Il nous faudrait beaucoup de Stiglitz pour sauver cette planète.

     

    Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 8 septembre 2015

  • Jean-Marie Le Pen, le chant du cygne?

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    Jean-Marie Le Pen, le chant du cygne ?

    Finalement, il n’aura pas d’entrée fracassante à l’université d’été du parti qu’il avait jadis cofondé ; il n’aura pas perturbé le discours d’ouverture de sa fille Marine à Marseille. Certes, il a livré un petit baroud d’honneur, mais il semble bien que ce soit le dernier. A t il enfin compris, ou est ce tout simplement un repli tactique ? Ceux qui le connaissent bien optent pour la seconde solution.

    Pourtant, la sagesse eût recommandé de raccrocher les crampons à plus de 85 ans. Il pourrait écrire ses mémoires puisqu’il a tant à dire, notamment tirer au clair la rumeur autour d’une hypothétique rencontre avec Jacques Chirac, qui aurait été organisée par le défunt Charles Pasqua.

    Il y a, certes, la rage d’avoir été supplanté dans le cœur de sa fille parmi de jeunes venus récemment au FN, tels Florian Philippot. Jean-Marie Le Pen hait cet homme qui est le véritable numéro deux du FN. Mais il y a aussi autre chose, une véritable différence sur le fond : Marine et son cercle le plus intime veulent le pouvoir, ils veulent normaliser le FN, ils en ont assez de ces petites phrases assassines qui font rebasculer leur parti dans une sorte de petite formation, de groupuscule protestataire, centre de rassemblement de tous les mécontents. Ils ont une autre stratégie au  sein de laquelle Le Pen fait figure de  dernier des Mohicans.

    A part quelques nostalgiques du passé qui tentent de théoriser leur attachement au vieux chef, lequel se déplace difficilement, peu de gens au FN attachent encore de l’imprtance à Jean-Marie Le Pen.

    Les sondages donnent Marine Le Pen en bonne place aux élections régionales lesquelles s’annoncent dévastatrices pour le pouvoir actuel. La dernière interrogation de l’opinion donne François Hollande absent du second tour, dans tous les cas de figure.

    Mais il reste encore près de vingt mois et tant de choses peuvent se produire. On sent bien que le président est déjà en campagne. Mais sera ce suffisant ?

  • La crise migratoire : l’Europe à la croisée des chemins

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    La crise migratoire : l’Europe à la croisée des chemins

    Personne, absolument personne n’est allé jusqu’au bout de la logique interne de tous ces conflits qui rendent la vie impossible à tous les citoyens non belligérants des pays en décomposition suite à une guerre civile : personne n’a imaginé que les civils, retenus en otages, braveraient tous les dangers pour échapper à l’enfer quotidien dans leurs pays d’origine, même au péril de leur vie. C’est ainsi que des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ont pris ce qu’ils pouvaient prendre et se sont lancés dans la quête éperdue d’un havre de paix. L’ont ils enfin trouvé ? Ce n’est pas si sûr quand on entend Madame le Premier Ministre de Pologne ou des responsables d’autres pays voisins.

    Des voix commencent à se faire entendre, même en France où le président de l’association des maires a suscité une belle polémique en disant qu’il ne pouvait recevoir personne. D’autres ont mis l’accent sur le chômage, la pénurie d’emplois, les seuils dits de tolérance, les consultations de la population… Malgré cette terrible photographie, la France dans sa majorité refuse d’accueillir les migrants en grand nombre. Même le président de la République qui a déjà changé d’avis ne pourra pas imposer des quotas qui ne disent pas leur nom.

    Personne ne peut, à l’heure actuelle, dire que tous ces gens sont réfugiés en quête d’asile alors que d’innombrables réfugiés économiques se cachent parmi eux. Tant de gens qui ne peuvent pas obtenir de visas pour émigrer en Europe ont utilisé cette filière pour prendre pied ici. Certes, cela ne doit pas faire porter la suspicion sur les authentiques personnes en quête d’asile et dont le maintien dans leur pays d’origine est impossible.  Mais quid ces Pakistanais, de ces Afghans et de ces Iraniens ? Qu’en faire ? Comment les admettre quitte à les refouler par la suite.

    L’Europe est à la croisée des chemins. J’ai lu dans Le Monde daté du vendredi 4 septembre par 13 un bel article de Guy Sorman. On devrait dire Guy fils de Nathan Sorman. C’est la première fois que notre continent est confronté à son histoire récente, celle de la Shoah et des ravages de la seconde guerre mondiale. Certes, ce n’est pas la même chose, nul réfugié n’est menacé d’extermination, mais derrière les barbes noires, les turbans et les voiles, les visages sont les mêmes : êtres humains faits à l’image de Dieu.

    C’est un véritable exode, un déplacement forcé de populations.

    L’erreur fatale de l’Europe a été de croire que les gens qui se font massacrer en Syrie, en Irak et Libye resteraient sagement chez eux en attendant, eux aussi, de passer de vie à trépas. Aucun haut fonctionnaire de Bruxelles, de Berlin ou de Paris n’avait prévu un tel afflux. Un autre exemple qui prouve que l’émotivité a tenu lieu de politique : alors qu’il avait adopté une attitude prudente, voire presque réservée, à l’égard de ce sujet, le chef de l’Etat français a dû changer de pied en voyant l’impact d’une telle image… Madame Merkel, elle-même, ne tardera pas à se recentrer à son tour lorsque la puissante Bavière se déclarera incapable de recevoir des dizaines de milliers de réfugiés, traversant sa frontière avec l’Autriche voisine…

    Que faire ? Je ne sais ? Ou plutôt je sais quelles mesures d’urgence il faut prendre : soigner les gens, les nourrir, les protéger et vérifier soigneusement qui on garde.

  • Le drame des réfugiés syriens et la mauvaise conscience européenne

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    Le drame des réfugiés syriens et la mauvaise conscience européenne

    Retenez bien ceci : en aval on subit les événements, en amont on agit sur eux. Les gouvernants de ce continent dont les meilleurs commentateurs critiquent durement l’impéritie et la cécité, plus ou moins volontaire, n’ont rien vu venir. Ils ne voulaient pas intervenir dans le bourbier syrien car l’embrouillamini qui y règne fait craindre un enlisement qui nous coûterait tant de vies de soldats sans pour autant régler le problème.

    En fait, l’impression qui prévaut est que tous les pays arabo-musulmans, de la Tunisie à l’Irak ,se délitent. Leurs habitants ne supportent plus, grâce à l’internet et à Facebook, d’être si maltraités dans des pays soumis à la tyrannie, à la dictature ou ravagés par la guerre. Ce qui signifie en clair que ce que nous observons n’est que la partie visible de l’iceberg : des millions de gens pourraient frapper à la porte de l’asile politique et là l’Europe serait prise en tenaille : comment admettre tel réfugié et comment rejeter tel autre ?

    Comment voulez vous intervenir en Syrie ? Et surtout contre qui ? Les forces loyalistes n’hésitent pas à conclure des trêves de courte durée avec leurs pires ennemis qui mettent ce calme à profit pour réduire un autre groupe ou une autre organisation. L’ASL sur laquelle l’Occident fondait des grands espoirs, est inaudible et inefficace. Les USA ont formé des combattants en Jordanie, mais sur le terrain ils se sont débandés et furent même, pour deux d’entre eux, capturés et décapités en place publique…

    Même si Bachar partait, ce qui est inéluctable mais prendra du temps, il faudra gérer ensuite le vide et les guerres fratricides entre clans rivaux. Et le tout dans un Proche Orient où tout le monde est concerné, depuis l’Iran jusqu’à l’Egypte en passant par l’Arabie Saoudite.

    L’Europe s’est émue de cette photo d’un enfant de trois ans que les flots ont ramené vers le rivage d’une plage turque. Il faut sauver toute vie humaine. Le Talmud, comme d’autres sources religieuses, dit que quiconque sauve une seule vie, sauve un monde dans son intégralité. Cela reste vrai, même de nos jours.

    Mais l’émotion, le sentiment, la compassion (si nécessaire dans ce cas présent), tout cela ne dure qu’un temps. On le voit un peu partout tant en France qu’en Allemagne, sans même parler de la Hongrie, où les habitants de tel ou tel lieu dit appréhendent d’ouvrir leur porte à des inconnus et se demandent combien de temps ces nouveau-venus vont rester sur place. Il y a aussi ces cultures étrangères qui ne partagent pas les mêmes valeurs et peuvent créer des tensions très vives. Et je ne parle pas de Marine Le Pen qui parle franchement d’une nouvelle filière d’immigration clandestine…

    Que faire ?

    Il faut aider les réfugiés qui traversent des océans au péril de leur vie. Il faut les nourrir, les abriter et les soigner. Mais après il faut rétablir l’ordre chez eux afin qu’ils puissent vivre dans leur pays en harmonie avec leur culture et leurs pratiques religieuses.

    Une gestion émotive de cet afflux incontrôlé nous réservera des lendemains qui ne chantent pas…