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  • V. Poutine et l'effondrement de l'économie russe

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    Vladimir Poutine et l’effondrement de l’économie russe

    C’est bien la une du journal Le Monde que je n’ai pas encore eu le temps de lire, mais il est évident que ce n’est une hyperbole : Poutine a largement surestimé ses forces et gravement sous-estimé la portée des sanctions occidentales. Et la baisse du prix du pétrole n’a rien arrangé : cela aussi, le nouveau tsar du Kremlin ne l’avait pas imaginé. Certes, les finances russes se portent plutôt et les réserves en devises étrangères sont énormes. Mais nulle économie ne peut survivre à une hémorragie durable. C’est ce que doit ruminer le maître du Kremlin qui voit ses concitoyens se précipiter dans les bureaux de change pour se débarrasser de leurs roubles. Les prix augmentent et ceux des citoyens russes qui doivent rembourser des crédits voient leurs obligations s’envoler et ne pourront plus faire face. Même la banque centrale a beau relever ses taux d’intérêt, elle ne pourra pas tenir à la longue. On peut dire que pour une fois B. Obama n’a pas faibli et les sanctions font mal quand on les applique. Les Iraniens, fortement atteints par les sanctions, méditent la leçon depuis longtemps, déjà. Lorsque l’Europe et les USA s’allient, les résultats ne se font pas attendre. Et dans le cas de Vladimir Poutine,  il lui faudra bien un jour rendre la Crimée et cesser de soutenir les séparatistes de l’est de l’Ukraine. On n’ignore pas que c’est Kroutchow qui avait  attribué la Crimée à l’Ukraine, il demeure que Poutine a modifié par la force les frontières héritées de la seconde guerre mondiale. En Europe, le leader russe n’a été précédé dans cet acte que par un seul homme, Adolf Hitler. La comparaison, le rapprochement ne sont pas très flatteurs. V. Poutine a lui-même contribué à son propre affaiblissement : il est évident que de puissants oligarques ne lui auront pas pardonné son aventurisme guerrier qui a attiré sur eux la foudre de l’Occident. On peut dire que ses jours à la tête du Kremlin sont compté. Les grandes fortunes russes se chercheront un meilleur protecteur de leurs intérêts.

  • Le massacre d'enfants innocents

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    Le massacre des innocents

    Puisse le Seigneur, roi de l’univers, des cieux et de la terre, ne jamais pardonner aux Talibans pakistanais ce crime odieux commis contre des enfants, symboles de l’innocence. Ces malheureux ont en quelque sorte payé pour leurs pères tous soldats dans l’armée de ce pays, déchiré par des troubles interethniques depuis des décennies. La revendication des barbares disait à peu près ceci : vous allez ressentir dans votre chair ce que signifie la perte d’êtres chers, faisant ainsi allusion aux nombreuses victimes dans leurs propres rangs, suite à des bombardements de l’armée pakistanaise contre des zones tribales qu’ils habitent. En effet, depuis le mois de mai au moins, l’armée d’Islamabad s’est enfin décidée à agir sérieusement contre les Talibans qui perturbent gravement la paix sociale Mais ce qui s’est passé dans cette école de Peshawar, fréquentée par des enfants des cadres de l’armée, est impensable : un petit groupe d’hommes lourdement armés, ont escaladé le muret de l’école, sont entrés systématiquement dans les classes et ont tiré méthodiquement sur les enfants et leurs enseignants. Bilan : près de 150 victimes, à 95% des enfants. Ces barbares n’obéissent à aucun principe moral, il était donc juste qu’ils fussent à leur tout massacré par l’armée. Evidemment, ils ignorent de la prescription morale du livre de la Genèse : Tu ne te vengeras pas, tu n’exerceras pas de représailles… Pas plus qu’ils ne connaissent le contenu du chapitre 18 du livre d’Ezéchiel : seule l’âme pécheresse paiera pour ses fautes, pas son fils ni son père… On nous a décrit l’angoisse insoutenable des parents attendant d’apprendre ce qui était advenu de leurs enfants : certains faisaient le tour des hôpitaux de la ville, à la recherche du moindre indice, d’autres s’effondraient en larmes, en apprenant l’affreuse nouvelle. Sauf erreur de ma part, c’est la première fois, depuis l’époque nazie qu’un tel massacre est commis dans une zone urbaine par des assaillants armés. Le reste du temps, un tel nombre de victimes enfantines n’est imputable qu’à une catastrophe naturelle du style, tremblement de terre, inondation, gigantesque coulée de voue emportant tout sur son passage, tsunami, etc… Ici, ce sont des hommes (mais qui n’ont plus rien d’humain) qui prennent l’initiative de tuer tout le monde. Comment va réagir l’armée pakistanaise atteinte dans sa chair et dans son sang ? A coup sûr, sans retenue aucune. La guerre contre les Talibans va s’intensifier sans pouvoir atteindre l’éradication. Ce pays, le Pakistan, ne peut plus se permettre de subir un nouvel assaut aussi meurtrier. Les USA vont sûrement être de la partie en développant encore plus les éliminations de chefs talibans grâce à leurs drones. La guerre nourrit la guerre, le sang appelle le sang. Une prière pour ces enfants, victimes de la folie de certains hommes

  • Les lumières de l'espoir…

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    Hanoukka ou les lumières de l’espoir…

     

    Dès ce soir, 16 décembre, à la tombée de la nuit ou au coucher du soleil, les juifs qui respectent la tradition ancestrale (mais aussi tous ceux qui le souhaitent) allument la première bougie de la fête de hanoukka qui dure huit jours. Certes, il y a une histoire officielle qui explique de manière apologétique ce geste religieux mais aussi profondément humaniste. Au cœur de la nuit, des ténèbres de l’hiver, où rien ne pousse où tout hiberne, une huitaine de petites bougies scintillent dans la hanoukkiya, sorte de bougeoir que toute famille juive possède chez soi en plusieurs exemplaires, ce qui permet à tous ses membres de s’acquitter de leur devoir religieux. A quand remonte ce rite purement humaniste qui a permis de sauver le monothéisme sous toutes ses formes (paroles d’André Néher) à un moment où il était gravement menacé par le paganisme de la soldatesque grecque ? Sous Antiochus Epiphane IV, vers 165 avant notre ère, ce roitelet se risqua à une hellénisation forcée de la Judée, provoquant la révolte des Maccabées et des judéens attachés à leur tradition ancestrale. Pour bien marquer son autorité, ce monarque détruisit les murailles de Jérusalem et en profana le temple en y introduisant le culte idolâtre. La riposte fut foudroyante : sous la conduite des Macchabées et de Matthias ben Yohanan (Matthieu fils de Jean), la Judée se déchaîna contre l’agresseur qui s’imaginait pouvoir la séparer de son Dieu et du monothéisme en général

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  • La France et le problème de l'immigration

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    La France et le problème de l’immigration.

    Commençons par nous poser la question suivante : depuis combien de temps la venue et l’installation d’étrangers sur le sol français ont elles commencé à constituer un problème de plus en plus grave pour le gouvernement et la société de ce pays ? Et de quel type d’immigration s’agissait il alors ?

    La réponse à ces deux questions est assez simple : c’est depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962 qu’une certaine immigration a afflué en métropole créant les graves probablement que l’on sait. Le boom économique de l’après-guerre battait son plein, la croissance était au rendez-vous, le chômage était inexistant et la main d’œuvre recherchée avec entrain. Le patronat de l’époque pressait les gouvernements de l’époque de libéraliser la venue en France d’étrangers pouvant travailler à bas prix dans les usines. Enfin survint le tournant qui allait générer de très graves conséquences : la loi du regroupement familial de 1974 qui allait se révéler un véritable déluge dans les bidonvilles et les banlieues. Des centaines de milliers de ressortissant des pays du Maghreb et d’Afrique noire, dont les registres d’état civil étaient parfois imprécis ou simplement inexistants sont arrivés en France. Laquelle a dû leur servir une multitude de prestations sociales dont ils n’avaient pas idée chez eux. A aucun moment il n’y eut de politique de la vile digne de ce nom, à aucun moment on n’a pensé à former ces gens qui firent souche et dont les enfants et les petits enfants causent à la France tant de problèmes qu’on aurait pu éviter aujourd’hui. Une génération sans racines vit le jour. N’appartenant plus ni à leur milieu d’origine ni à la société française. Ces déracinés étaient des Français malgré eux, ballotés entre des traditions familiales incomprises en France et une socio-culture française qui refusait de les assimiler clairement.

    Que fallait il faire ? Tout sauf ce qui fut fait ou tous les abandons qui furent commis.

    Comparons cette immigration aux vagues successives d’immigrants qui virent s’installer en France, l’enrichir de leur diversité, la fortifier de leur patriotisme, lui exprimer leur reconnaissance de les considérer comme ses filles et ses fils. Les immigrants de ces années là venaient d’Europe centrale ou orientale, sans oublier l’Europe du sud : je me souviens d’une ville de Paris intra muros où tous les concierges des beaux quartiers, je dis bien tous, étaient originaires d’Espagne et du Portugal. Il y avait même des sketchs d’humoristes à ce sujet, on imitait de façon savoureuse ces gentilles femmes et leurs maris. Mais on faisait partie de la même sphère d’influence, de la même culture, l’Europe judéo-chrétienne. Pas de problèmes de fêtes, de jours fériés, de nourriture, ni de ghettos dans les banlieues, comme c’est hélas le cas aujourd’hui.

    Si vous ouvrez un annuaire du Collège de France, du CNRS, de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, vous y trouvez les noms aux origines les plus diverses. Et ce sont ces hommes et ces femmes qui firent la France.

    Pourquoi la situation a t elle changé du tout au tout ? Hier encore,  on nous apprenait que désormais il sont plus de 60% les Français qui placent l’immigration non européenne au premier plan de leurs préoccupation. Le changement est incroyable.

  • La chancelière ANgela Merkel, superwoman en France

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    La chancelière Angela Merkel, superwoman en France

    A en croire des sondages divulgués ce matin sur I-TELE, la chancelière fédérale, Angela Merkel, serait une personnalité politique étrangère plébiscitée par les Français. C’est un résultat doublement étonnant quoique réjouissant car j’avoue que la montée insidieuse d’un sentiment anti-allemand dans ce pays commençait à me préoccuper. Les Français, c’est-à-dire l’opinion publique se sépare donc des scandaleux points de vues de gens comme Jean-Luc Mélenchon, ou pire encore, comme Arnaud Montebourg qui traitaient la chancelière de façon fort irrespectueuse, dénonçant sa main mise trop lourde sur les affaires de l’Union Européenne. Même des courants dits souverainistes n’ont pas fait dans la nuance, accusant nommément la chancelière de chercher à «s’emparer économiquement de l’Europe.» Mais ces sondages, bien que réjouissants à mes yeux, ne laissent pas d’étonner : comment l’image de la chancelière fédérale a t elle pu évoluer à ce point ? Est ce le pessimisme ambiant qui caractérise la situation sur les bords de la Seine qui explique un tel revirement ? Les gens tiennent-ils désormais le raisonnement suivant : la France est empêtrée dans des difficultés économiques, sociales et financières sans fin. Cette situation menace de virer à la crise morale. Mais en face, il y a un pays qui sut prendre, il y a plus de dix ans, les mesures nécessaires. Et ces mesures produisent aujourd’hui leurs fruits, leurs bienfaits. Pourquoi ne pas en faire autant ? Surtout, si au bout de nos années d’effort et d’économies, il y a le ciel bleu de la reprise économique, la baisse du chômage, la progression du pouvoir d’achat, etc… C’est probablement le raisonnement que se tient au fond de lui-même l’homme de la rue qui réalise que la situation empire si on ne fait rien. Et qui constate que toutes les élections partielles ont été perdues par le pouvoir : celle qui se passe aujourd’hui dans l’Aube, à la suite du passage au Sénat de Monsieur Baroin, a même vu l’élimination du candidat PS dès le premier tour. Quant au siège à pourvoir de M. Moscovici, il est à craindre que le scénario soit le même. Je vous laisse deviner ce qui se passerait si François Hollande se voyait contraint de dissoudre : plus de 100 députés FN arriveraient à l’Assemblée Nationale et le groupe socialiste, fort de plus de trois cents députés, ne serait plus que l’ombre de lui-même… C’est probablement cette projection angoissée dans un avenir incertain qui motive et explique le changement de perception de Madame Merkel par les Français. Mais une question demeure : peut-on appliquer en France avec des Français ce que Angela Merkel fait en Allemagne avec des Allemands ? C’est là toute la question. Que nos concitoyens plébiscitent la dirigeante d’un pays voisin qui vient d’être triomphalement réélue à la tête de son parti la CDU, c’est bien, mais cela ne garantit pas que ce modèle soit exportable en France. La recette n’est pas du tout la même. Il faudra des années et des années d’effort pour redresser ce pays. Un exemple devrait suffire : le gouvernement ne parvient pas, malgré une bonne volonté touchante, à économiser 21 milliards, alors que la dette publique excède les deux mille milliards… Il faudra bien un jour ou l’autre se mettre à l’école allemande, man wird endlich bei den Deutschen in die Schule gehen müssen… Je ne l’écris pas de gaieté de cœur (frohen Herzens). Mais c’est ainsi.

  • Emmanuel Macron face à une classe politique rétive aux changements

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    Emmanuel Macron  face à une classe politique rétive aux changements

    Lorsque E. Macron  avait quitté l’Elysée sans être propulsé à la tête de je ne sais quel grand organisme public ou entreprise d’Etat, comme cela est généralement le cas, la classe politique française ne se doutait pas que François Hollande avait en tête une petite arrière-pensée aux conséquences majeures : organiser le retour en force du partant, sans tambour ni trompette, et lui donner le portefeuille ministériel d’un membre du gouvernement qui commençait à être très embarrassant pour la politique que le chef de l’Etat entendait mener désormais.

    Si je commence cet éditorial pour cette remarque faussement anodine, c’est parce que cette nomination et les premières manifestations politiques du nouveau promu prouvent  que le chef de l’Etat et ses plus proches conseillers n’ont dévoilé que le premier étage de la fusée Macron. Il ne faut pas être grand clerc ni subtil talmudiste pour comprendre que François Hollande, au terme de presque trois années, difficiles, voire ardues, de gouvernement, a réalisé qu’il fallait rajeunir l’exécutif et prendre le taureau par les cornes. C’est exactement ce que fait le nouveau ministre qui tient bien le choc et ne craint pas de dire urbi et orbi qu’on «ne gouverne pas à l’applaudimètre.» Traduisez en clair : l’impopularité ne nous dictera pas de changer de politique, surtout si cette même politique, temporairement impopulaire, ne tardera pas à donner des fruits…

    Si l’on considère les premiers pas de ce jeune ministre et leur impact dans l’opinion, on relève que ceux qui ont suscité, voire inspiré sa nomination, ont fait preuve d’un grand flair politique. Le ministre de l’économie, nouveau venu en politique, est nettement plus populaire et plus apprécié que son collègue des finances, pourtant très expérimenté et plus rompu aux subtilisé de l’exercice du pouvoir. Plus personne n’évoque son passé de banquier, comme si exercer cette profession avait quelque chose d’infamant !

    Les lois dites lois Macron semblent recueillir l’agrément des Français, si l’on en croit un sondage de ce samedi matin ; et notamment les mesures qui hérissent fortement une partie du PS, à savoir l’élargissement de l’activité salariale (le travail dominical et nocturne). En effet, les Français font enfin preuve de maturité politique, comprenant qu’on doit s’adapter aux situations et faire preuve de flexibilité. Et c’est ici qu’apparaît un fossé entre une classe politique attachée à des habitudes héritées du passé et un jeune ministre qui a les yeux fixés sur l’avenir. Les salariés français sont parmi les mieux protégés au monde mais certaines modifications s’imposent car elles sont porteuses de bienfaits qui ne tarderont pas, en principe, à se faire sentir.

    Certes, il faut veiller à ce que certaines clauses de la loi soient effectivement respectées et préserver la vie familiale. Il ne faut pas que des femmes soient contraintes d’assumer un service dominical ou nocturne contre leur gré.

    Par delà cet aspect humain, les lois Macron bousculent fort heureusement un certain nombre de rentes de situation, de privilèges et de blocages dont la société française, fidèle à ses archaïsmes, s’est accommodée jusqu’ici.. Et les autres pays européens, en l’occurrence la Suisse, regardent avec une perplexité croissante ce qui se passe ici. Aucune réforme n’est jamais acceptée de gaieté de cœur. Aucun changement ne survient de manière indolore. Tout doit rester comme avant. Et quand on veut passer en force, des millions de manifestants défilent dans les rues des grandes villes. On a parfois l’impression que règne ici une sorte de monolithisme granitique digne de l’Egypte pharaonique.  C’est le régime de «l’irréversibilité des avantages acquis» (pour reprendre une expression inventée par M. Yvon Gattaz, le père de l’actuel patron du Medef.) Et si l’Assemblée Nationale française venait à donner un coup d’arrêt à de telles réformes, ce serait le pire des signaux qu’elle enverrait au monde extérieur.

    On nous parle souvent du modèle social français. Mais ce socle social est soumis, comme toutes les réalités sublunaires, aux lois d’airain de l’évolution historique.  L’ignorer ne servirait à rien. Ce serait compromettre les chances d’un redressement tant espéré : certains experts prévoient même que la France pourrait, si elle consentait à se laisser réformer, devancer l’Allemagne dans… quinze ans ! Il est vrai, sans mauvais esprit de ma part, que c’est bien un grand philosophe allemand, en l’occurrence Hegel, qui a dit : l’espoir fait vivre…  Alors, eséprons.

    Ce pays est pris, comme tous les autres, dans le tourbillon de la mondialisation. Et dans ce monde nouveau, la soi-disant exception française (acceptable en matière culturelle, et encore pas vraiment) pèse d’un tout petit poids dans le monde économique et financier.

    Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 13 décembre 2014 (TDG)

  • Pour ou contre la torture?

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    Pour ou contre la torture ?

    Les dernières déclarations, assez ambigües, il faut bien le reconnaître, d’une responsable politique française ont fourni à la presse, une certaine presse avide de se plonger dans l’écume des jours, l’occasion de focaliser l’attention du public sur un point qui, lui, est tout sauf artificiel : comment l’Occident judéo-chrétien doit il combattre le terrorisme, sans trahir ses propres valeurs ? Comment doit il faire face à des organisations qui, comme l’Etat islamique, s’est affranchi de toute règle morale ? Devons nous pratiquer les mêmes atrocités qu’eux, en d’autres termes, tout mettre en action, tous les moyens pour faire parler ceux des terroristes tombés entre les mains des autorités, et ce, afin de sauver des vies et prévenir des attentats ? C’est un vieux débat qui rappelle des dilemmes plus anciens, du genre : pas de liberté pour les ennemis de la liberté ? Les démocraties doivent se défendre mais elles subiraient une effroyable défaite morale si elles en étaient réduites à pratiquer les mêmes horreurs que les terroristes. Ce serait alors pour ces derniers une incroyable victoire morale (si tant est que cette épithète ait encore un sens pour eux)… Il faudrait donc, en toute logique, capturer lorsque cela est possible, les terroristes, les présenter à la justice, leur commettre d’office un avocat défendant leurs droits et appliquer les condamnations, après que les coupables auront épuisé toutes les voies d’appel et de recours. Telle est la loi, telles sont les règles de la vie démocratique. Face à cette situation purement théorique nous trouvons d’autres gens qui pensent autrement. Ils considèrent à juste titre que les victimes de tel ou tel attentat atroce auraient pu être sauvées, leurs familles préservées des affres du deuil et de la souffrance, si l’on avait au préalable utilisé tous les moyens disponibles pour faire parler les terroristes. Le débat fait rage aux USA après la publication d’un long rapport accusant la CIA d’avoir pratiqué la torture, voire même d’avoir menti aux autorités. L’Agence na pas tardé à réagir, soulignant que grâce à des moyens peu recommandables mais qui ont prouvé leur efficacité, tant d’attentats ont pu être évités, épargnant des vies américaines. Le débat est bien posé : doit-on respecter le droit en toutes circonstances ou doit-on se laisser guider uniquement par l’impératif catégorique suivant : sauver des vies… J’avoue qu’il est très difficile de trancher. Mais imaginons que le meurtrier présumé Nemmouche ait pu pénétrer sur le territoire avec son AK 47 et ses chargeurs et qu’il ait fait un carnage à Marseille ou ailleurs. Imaginons que l’un de ses acolytes ait été interrogé par la police ou les services spécialisés : fallait il le traiter calmement ou encore le brutaliser pour lui arracher des informations ? Un autre cas d’espèce peut nourrir notre réflexion : selon le Navy Seal qui a tué Ben Laden à bout portant à Abbottābād, ce sont des renseignements arrachés à un détenu de Guantanamo qui ont permis de localiser et de neutraliser le terroriste en chef, responsable des attentats du 11 septembre : que fallait il faire ? Attendre calmement ou agir ? C’est trop compliqué : je veux que des vies soient épargnées, que la dignité humaine même du pire des terroristes soit considérée, mais je ne peux pas supporter que le respect strict de la loi cause une terrible effusion de sang. Ce cas de figure est plus dur qu’une antinomie kantienne. Derrière cette équation insoluble se cache le problème de la violence sous toutes ses formes. Hegel disait que le propre de la philosophie est de remplacer la violence par la parole et par le concept. Il a même introduit une notion des plus subtiles : la patience du concept. Mais sa philosophie politique est assez contradictoire : rompant avec les idées universalistes de l’époque de Goethe, il enseigne que l’Etat est l’accomplissement de la marche triomphante de la Raison sur terre, et dans ce sillage, il divinise l’état prussien. Il a même fait le lit de la conception de Bismarck et de l’historien Léopold von Ranke. Sa thèse est que l’individu doit s’effacer devant le groupe et le peuple, la nation devant l’Etat souverain qui prend le pas sur tout. Et si, demandons nous, l’Etat recourt à la torture ? Je n’ai pas l’impression que Hegel le lui reprocherait. C’est un débat autour de la place de l’éthique et de la raison d’Etat (Staatsräson). Que faut-il faire ? Martin Buber disait qu’il n’existe pas deux types de morale : l’une à l’intérieur des synagogues ou des églises, l’autre dans la rue et la vie de tous les jours. En fait, ces débats profonds ne sont pas traités ici, dans la presse en général, avec la sérénité nécessaire. Les militants n’ont jamais donné de bons philosophes ni de pénétrants moralistes. Notre époque est confrontée à tant de situations qui s’apparent à des oxymores. Mais en tout état de cause, l’Etat de droit doit respecter le droit. Sinon il sape irrémédiablement ses propres bases. Et de quel droit pourrait)-il alors se prévaloir pour défendre ses propres principes ? Quid juris ? Qu’en en est il en droit ?

    Hegel a discuté un vieux principe latin : fiat justicia, pereat mundus : Que la justice soit, le monde dît il en périr… Mais cela s’oppose au principe même de la loi morale qui consiste à assurer à l’homme un minimum de bonheur sur cette terre.

    Permettra-t-il la destruction de la vie à la seule fin de sauvegarder la pureté des principes ?

  • Voter en faveur des lois Macron

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    Les lois Macron passeront elles à l’Assemblée Nationale ?

    Il faut le souhaiter, mais cela est loin d’être gagné. Pourquoi ? Parce qu’il y va de la définition même que le PS acceptera de donner de son idéologie. Il semble que cette fois ci, il faudra toute la détermination et l’énergie du Premier Ministre pour convaincre les troupes de la majorité devoter ce texte. Lequel se veut un véritable tournant du quinquennat. Pourquoi un tel enjeu ? C’est que deux conceptions du socialisme s’affrontent : l’une qui veut un dirigisme économique, avec règlements et contrôles, l’autre qui sourit au libéralisme et veut désentraver l’économie. Ce pays est trop longtemps resté sous la tutelle assez pesante de l’Etat qui devrait se retirer de nombreux secteurs où il n’a pas sa place. Le travail de nuit, le travail le dimanche, la flexibilité dans l’emploi et les licenciements et bien d ‘autres choses, ne sont pas encore acceptées par la majorité des Français. Le PS sait qu’il joue ici sa survie et que son passage au pouvoir peut lui coûter la pureté de sa doctrine politique. Il faut reconnaître que la crise est d’une gravité inouïe et que tout autre parti n’aurait pas fait vraiment mieux. Notamment en ce qui concerne le chômage. Certaines maladresses ont été commises par le pouvoir, c’est indéniable mais sans ces fameuses lois Macron, le problème de la réélection de François Hollande pourrait bien se poser dans des conditions pas très favorables pour le PS. Au fond, il ne faut pas seulement conquérir le pouvoir, il faut aussi lui survivre en restant soi-même. Or, c’est une épreuve qui reste d’être fatale au PS… Que se passer a t il si le PS vote contre ou s’abstient ? Irions nous vraiment vers la dissolution ? Je ne le pense pas car si cela se produisait, il n y aurait plus que 50 députés PS à l’Assemblée. Une écrasante majorité de jeunes députés PS sont totalement inconnus et leur implantation est trop faible. Il est possible que le contenu de ces lois soit édulcoré pour le rendre acceptable aux yeux de certains. Attendons de voir. Nous ne manquerons pas d’être édifiés.

  • La situation politique en Israël

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    La situation politique en Israël

    Que se passe t il en Israël ? Et pourquoi donc le premier ministre Benjamin Netanyahou a t il renvoyé six de ses ministres et convoqué des élections anticipées ? Y a t il vraiment urgence ou s’agit il d’une manœuvre politique en vue de briguer un nouveau mandat ? En Israël, aucun gouvernement n’a été monocolore, tous ont été des gouvernements de coalition et fort peu de législatures sont parvenues à leur terme normal. En Israël, on fonde de nouveaux partis chaque jour que Dieu fait, chaque semaine et chaque mois. C’est sans fard une structure d’accueil dès que l’on sent la lassitude des électeurs à voter pour des partis traditionnels. En gros, il y a à droite le likoud qui est un conglomérat de petits partis de droite, une droite qui a tendance à se diversifier. Il y a à gauche un parti travailliste qui s’est fossilisé car il est resté au pouvoir trop longtemps et aucun nouveau leader ne s’est imposé pour remplacer les grandes figures historiques de la gauche israélienne. Il y aussi des partis religieux, spécialistes de la charnière, qui s’allient au mieux offrant, notamment quand il s’agit de voter le budget de l’éducation, de l’enseignement dans les écoles religieuses. Dans ce contexte, B. Netanyahou veut changer de majorité, évacuer la gauche modérée et le centre pour se recentrer autour d’Avigdor Libermann et de Naphtali Bennet. Et il a de fortes chances de l’emporter car depuis l’affrontement à Gaza et les attentats en plein cœur de Jérusalem et de Tel Aviv, la population désespère de la paix et veut un régime fort. Le problème est que l’appétit s’aiguise aussi à droite et certains anciens alliés de B. Netanyahou se verraient bien à sa place… Mais les politiciens israéliens nous ont habitués à d’imprévisibles pirouettes au lendemain des élections : les soi-disant ennemis d’hier se rassemblent et constituent une majorité à la Kenését… Le problème majeur qui explique cette grande instabilité gouvernementale est sans conteste l’état de guerre larvée entre Israël et ses voisins qui devraient comprendre que ce n’est pas l’Etat juif qui est leur ennemi, c’est Daesh et les extrémistes arabo-musulmans qui le sont. Il semble que cette idée s’impose graduellement en Arabie Saoudite et dans les émirats, le Qatar excepté car sa politique en zigzag est indéchiffrable.  Pour ce qui est de l’Egypte, le maréchal-président en est absolument convaincu, lui qui réprime dans son pays des attentats quasi-quotidiens contre son ennemi intérieur. Chaque fois que l’on parle de ce Moyen Orient, on se souvient de la phrase du général de Gaulle : Vers l’Orient compliqué, je voguais avec des idées simples. Et cela reste vrai. Cette phrase prophétique est celle d’un visionnaire.

  • Un trait de génie: le passage à Moscou de François Hollande

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    L’escale impromptue de François Hollande à Moscou : un trait de génie

     

     

     

    J’ignore qui a soufflé au président de la République ce petit détour (petit géographiquement mais grand diplomatiquement et politiquement) ; il marquera un tournant, non seulement dans les relations extérieures de la France mais aussi au plan intérieur : par cette initiative absolument inattendue, le Président montre enfin qu’il est encore en mesure d’agir et que la paralysie qu’on lui reproche quotidiennement et à longueur de colonnes n’est pas une fatalité.

     

     

     

    François Hollande a été pendant une bonne décennie le premier secrétaire du PS, ce qui signifie que chaque jour que Dieu faisait, il devait déjouer les complots, répondre aux critiques de ses adversaires et mettre en échec toutes les intrigues visant à l’écarter de son poste. Cette puissante dialectique, cette agilité intellectuelle, perceptible dans son art consommé de la synthèse, ont visiblement laissé des traces : le Président ne pouvait décemment pas retenir indéfiniment les fameux Mistral sur place sans exposer le pays à des mesures de rétorsion de la Russie, voire même à de lourdes pénalités imposée par la justice internationale. D’un autre côté, il ne pouvait pas les livrer comme si de rien n’était. Il a donc fait  d’une pierre deux, voire trois coups.

     

    En tendant la main à un Vladimir Poutine affaibli et considérablement isolé (le rouble est en chute libre et au plan international, la Russie est presque mise au ban des nations), François Hollande a su tirer le meilleur parti d’un interlocuteur coriace et inflexible mais qui a dû, au moins verbalement, faire quelques concessions.  Le Président a joué et il a gagné : au point où en est la Russie, son dirigeant ne pouvait pas décliner l’offre française et François Hollande le savait. Il a donc réussi à renouer le dialogue, à faire retomber la tension entre la Russie et l’Occident et fait de la France un interlocuteur incontournable.. Quel beau coup ! Certes, les alliés de la France font grise mine et grincent même des dents : l’Allemagne qui a pris une position en pointe (Vorreiterrolle) dans l’affaire ukrainienne (et on la comprend) n’a pas mâché ses mots : on ne modifie pas par la force les frontières héritées de la seconde guerre mondiale sans mettre en péril la sécurité de tout le continent…

     

     

     

    Cette visite-éclair a été pour Vladimir Poutine une chance inespérée ; le dirigeant russe a commencé à sentir que les sanctions qui affaiblissent l’économie de son pays risquaient de braquer les oligarques et mutadis mutandis provoquer sa chute par une révolution de palais. Cela constitue une menace directe pour sa personne.

     

     

     

    François Hollande l’a bien compris et a agi vite. La Russie pourra donc assouplir (un peu, ne rêvons pas) sa position en Ukraine sans vraiment changer de politique. Et surtout son dirigeant peut dire qu’il a sauvé la face. Cet homme ne croit qu’aux rapports de force ; sentant que les puissances occidentales, USA en tête, voulaient encercler son pays et réduire son poids sur la scène internationale, il a agi comme on sait, risquant à la fois la condamnation et l’isolement. Et c’est le président français qui l’a habilement aidé à sortir de cette mauvaise passe : il suffit de scruter les traits du visage de Vladimir Poutine lors de son entretien avec le président de la République pour s’en convaincre ; intérieurement, l’homme jubilait.

     

     

     

    Sans être un mauvais esprit, je dois bien rapprocher cette superbe initiative diplomatique d’un précédent connu : la visite presque imposée par l’ancien président Nicolas Sarkozy à Moscou lors de la crise géorgienne. L’actuel chef de l’UMP avait convaincu M. Medvedev de faire stopper ses chars qui menaçaient de déferler sur Tbilissi. On peut dire que François Hollande a fait aussi bien, sinon mieux ; et avec beaucoup moins de bruit.

     

     

     

    Pour finir, voyons l’impact de ce voyage sur la politique intérieure : ceux qui ont tendance à enterrer François Hollande pour l’échéance de 2017 ne devraient plus aller aussi vite en besogne : l’homme dispose de ressources insoupçonnées. Et si ses collaborateurs savent s’y prendre, il est probable que cette initiative, qui s’apparente à une démarche gaullienne (je ne dis pas gaulliste) lui fera gagner quelques points dans les sondages.

     

     

     

    Je note aussi que depuis quelques semaines, les critiques se sont calmées, plus personne ne spécule sur un départ précipité ni sur une interruption brutale du quinquennat.

     

     

     

    Le philosophe que je suis ne peut s’empêcher de se livrer à une petite réflexion sur les rapports entre l’initiative humaine et les circonstances créées par l’Histoire : on dit que le jeune Hegel, né en 1770, a traversé une grave crise spirituelle (en 1797, il n’avait pas encore vingt-sept ans) en réalisant qu’il ne parvenait pas à concilier la subjectivité de l’individu et l’objectivité immuable du monde. Un peu comme si on parlait du couple suivant : la nature et la liberté. Hegel disait même que seule la pierre est innocente tandis que toute conscience (l’homme) poursuit le meurtre d’une autre conscience… On comprend que son désespoir ait duré quelque temps !

     

     

     

    Je veux dire, comme dans le livre des Proverbes, que nous ignorons de quoi demain sera fait. Tant les futuribles ou futurs contingents sont nombreux et ne dépendent guère de nous.

     

     

     

    Pour François Hollande, les choses ne devraient plus être aussi sombres…

     

     

     

    Maurice-Ruben HAYOUN

     

    In Tribune de Genève (TDG) du 7 décembre 2014