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  • Election présidentielles françaises de 2017 : des primaires pour tous ?

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    Election présidentielles françaises de 2017 : des primaires pour tous ?

    Si la nouvelle s’avère, alors c’est une véritable révolution et des décisions, encore confidentielles, auront donc été prises au sommet de l’Etat. De Thierry Mandons à Benoît Hamon, le message semble être le même : il faut une primaire pour désigner le prochain candidat du PS ou de la gauche à la prochaine élection présidentielle. Analysons cette nouvelle qui semble révolutionnaire mais qui recèle en elle-même bien des problèmes. Il y a d’abord une prise de conscience de la situation socio-économique en France et les possibilités d’y porter remède. Et dans ce contexte précis, on a l’impression que les autorités, de droite comme de gauche, ont pris conscience de l’étendue du mal, pour ne pas dire du désastre. En deux ans, ceux qui nous séparent de l’élection, nul ne pourra obtenir les résultats tant espérés : baisse du chômage, réduction des déficits, réindustrialisassions de la France, lutte contre l’insécurité, contre l’immigration, la délinquance, etc… Or, si l’on présentait le candidat naturel sans aller plus loin, c’est-à-dire sans  autre forme de procès : on reconduit le sortant. Le fait que d’un bord à l’autre de l’échiquier de la gauche socialiste, on ait pu s’exprimer ainsi prouve que des changements sont intervenus. S’agit il de changement de stratégie ou simplement de tactique ? Une inconnue demeure ; est ce que toute la gauche va se rallier à un candidat unique ce qui lui permettrait d’être présent au second tour ? Car tel est bien l’enjeu : la gauche, simple ou plurielle, n’est plus assurée d’être présente au second tour.. Pour obvier à ce mal, l’idée est de rallier tout le monde : le PS, le front de gauche, les communistes, les radicaux, les écologistes et des gens comme Arnaud Montebourg. C’est une initiative intelligente, susceptible d’empêcher le développement exponentiel du Front National. Au fond, les Français font le constat ou le raisonnement suivant : tous les partis qui se sont succédé au gouvernement ont fait leurs preuves et n’ont pas été concluants. Le seul qui n’ait pas eu l’occasion de montrer ce qu’il voudrait faire n’est autre que le FN. Conclusion : donnons lui sa chance. Mais c’est un pari qui pourrait être dangereux car sur le plan économique par exemple, dire que la France peut sortir de l’Euro est une belle plaisanterie. Si l’on tentait de le faire, la monnaie française perdrait dès le lendemain 50% de sa valeur et la dette qui serait libellée alors dans une monnaie nouvelle serait écrasante, paralysante, en un mot ruineuse. La crise n’est pas seulement économique, elle est aussi spirituelle si tant est que la politique ait quelque chose à voir avec la spiritualité. Je pense qu’on a vraiment atteint les limites du système. Dans notre civilisation, tout a fini par se réformer, changer et évoluer. Les mœurs politiques, excepté… Le fait qu’aucun des deux grands partis ne soit épargné prouve que le mal est plus profond qu’on ne le pense. Ce n’est pas une idéologie qui est attaquée, c’est le système lui-même. Vers la fin de sa vie, à l’issue de la guerre franco-prussienne de 1870, le grand Ernest Renan avait prononcé en Sorbonne un beau discours, Réforme intellectuelle et morale de la France. Ce discours était visionnaire, prémonitoire.

    Mais aujourd’hui, où trouver un Ernest Renan ?

  • L'attaque de la synagogue de Jérusalem ce matin.

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    L’attaque de la synagogue de Jérusalem ce matin

    L’attaque d’une synagogue en plein cœur de Jérusalem par deux terroristes palestiniens ne ressemble en rien à d’autres attentats visant des citoyens de l’Etat d’Israël. Certes, ce n’est hélas pas la première fois que des lieux de culte juif sont visés dans la ville sainte. Mai c’est le contexte actuel qui change tout. On a vu les attaques par des voitures-béliers, des attaques à l’arme blanche, des enlèvements des trois jeunes gens tués avant le conflit à Gaza. Mais cette fois ci, c’est un autre signal, celui d’un point de non-retour. Qu’un lieu de culte soit attaqué et ses fidèles massacrés (4 morts et plusieurs blessés dont certains dans un état critique), voilà un fait qui atteste clairement de cette guerre aux racines religieuses. Si ce conflit avait été simplement de nature territoriale, cela fait belle lurette qu’il aurait été réglé, mais dans ce cas précis, il dépasse, et de loin, l’enjeu politique, pour rejoindre une sorte de métaphysique. Les deux assaillants savaient très bien qu’ils n’en sortiraient pas vivants. Et qu’ils prenaient un aller simple pour ce sanglant périple. Ce sont donc des kamikazes. Et ce qui n’arrange guère les choses, c’est que le Hamas, tout en se gardant bien de revendiquer les attentats, félicite les deux meurtriers qu’ils considèrent comme des martyrs. Ce qui ne manquera pas de susciter l’ire de l’Etat juif qui cherchera forcément à atteindre ceux en qui il voit des pousse au crime, des commanditaires. Mais il y a encore bien pire : le gouvernement d’Israël semble vouloir faire porter la responsabilité à l’autorité palestinienne de Ramallah elle-même dont il doute de la pleine coopération au plan sécuritaire. Au moment où l’on croyait le calme revenu, voilà que les attentats reprennent. Que faire ? De plus en plus d’Israéliens qui aspiraient à une paix juste et durable doutent d’une éventuelle entente avec des Palestiniens qui n’ont toujours pas accepté Israël comme l’état-nation du peuple juif. Partant, des voix s’élèvent en Israël qui s’interrogent sur la place de la population arabe au sein de l’Etat juif. Si vous ajoutez à tout ceci les graves exactions de l’Etat Islamique, les difficultés des négociations avec l’Iran, vous avez un tableau des plus sinistres. Mais comment entretenir enfin une petite, toute petite lueur d’espoir ?

  • Abroger la loi Taubira?

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    Abroger la loi Taubira ?

    La portée de cette proposition va bien au-delà de ce cas d’espèce et pose un problème nettement plus grave : faut il que les hommes politiques suivent les masses, se mettent à la remorque des positions de groupes de pression, ou faut il, au contraire, qu’ils suivent leur propre raisonnement, en gros leurs convictions ? La question est de savoir s’ils en ont, des convictions, et si, en gros, le principal objectif n’est pas, uniquement et exclusivement, de se faire élire et réélire ? Cette attitude touche tous les hommes politiques de droite comme de gauche. J’en viens à la proposition de Nicolas Sarkozy qui, devant une aile conservatrice de l’UMP (qu’il va conquérir dans moins de deux semaines) a lâché la phrase suivante : en cas d’alternance, le loi Taubira concernant le mariage pour tous, sera abrogée. Ce qui frappe c’est que les critiques fusent, à droite comme à gauche ? Ses propres lieutenants, les anciens, et les concurrents d’aujourd’hui, relèvent que la forme est démagogique, qu’elle installerait une dichotomie entre deux types de citoyens et qu’elle poserait le problème des couples homosexuels déjà mariés. Faudrait il prononcer la dissolution de telles unions ? C’est impossible ? Pourrait on instaurer deux types de mariages ? Le Conseil constitutionnel ne le permettra jamais. Alors, pourquoi donc NS a t il suivi la vox populi au lieu de tenir un discours politique réaliste et raisonnable ? C’est la question posée : les vrais hommes politiques doivent tracer la voie, montrer le chemin et ne pas céder à des demandes pressantes. C’est la ligne frontière séparant l’homme politique responsable du démagogue. Aujourd’hui, il y a tant de problèmes à régler, qu’on pourra classer ainsi : le chômage, l’insécurité et l’immigration. Selon certains secteurs de l’opinion, ce dernier point mériterait la toute première place et en effet, il prend de l’ampleur, si l’on regarde les scores emmagasinés par Marine Le Pen, c’est bien le cas. On en est venu à voir dans une immigration non maîtrisée une menace pour l’identité nationale. Certains ont même conçu la théorie dite du remplacement. Où un autre culture, une autre religion pendraient le pas et l’ascendant sur la culture française. En gros, la position de François Fillon paraît plus raisonnable et plus réaliste : on pourrait réécrire cette loi Taubira pour peu que les Français en décident par leur vote. Mais NS a surtout été poussé par la volonté de faire un très large score lors de l’élection à la présidence de l’UMP. Une fois solidement installé à la tête du parti, on verra bien. Ce ne sera pas la première fois que les Français feront face à des promesses non tenues. Souvenez vous de ce que Jacques Chirac disait des promesses…

  • Titre de la noteLa France face à Vladimir Poutine

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    La France face à Vladimir Poutine

     

     

     

    Que va faire François Hollande face à un homme qui ne respecte pratiquement aucune règle, s’assied sur les traités internationaux, modifie par la force les frontières avec les pays voisins et se fait une spécialité du dépeçage de tous ceux qui osent lui tourner le dos ou contrarier ses désirs. C’est arrivé à la Géorgie, sauvée de l’invasion in extremis par Nicolas Sarkozy, c’est arrivé aussi, en ce moment même, à l’Ukraine qui paie cher, très cher son éloignement de l’ancienne métropole. L’ONU et le Conseil de sécurité ont beau se réunir (pour la seizième fois a  dit la représentante US) Poutine ne plie pas, il persiste et signe. Et à présent, au moment où nous rédigeons se déroule un face à face dans un climat tendu entre Poutine et François Hollande. L’enjeu est évidemment la livraison de ces deux navires porte-hélicoptères que la France hésite à livrer en ce temps de crise violente : surtout que l’armée russe n’hésitera pas à les utiliser contre le voisin ukrainien de suite. Dans cette affaire, la position russe est assez solide et les Français, pour échapper aux sanctions financières prévues dans les clauses du contrat devront finasser. Les alliés de la France, les USA en tête , ne comprendraient pas qu’on livre de tels navires qui constitueraient une prime à l’agresseur russe. D’un autre côté, la loi c’est la loi et si on ne la respecte pas, il y aura des sanctions. Que va faire Fr Hollande pour se sortir de cette affaire ? C’est que même, au plan intérieur, la livraison ou la non livraison, aura des conséquences. L’idéal serait de faire plier Poutine, mais c’est peu probable. Même si des pans entiers de l’économie russe s’écroulent, même si la monnaie nationale est très mal en point ; Poutin ne cédera pas car lui aussi a mis l’Europe, et notamment l’Allemagne, en difficulté, en décrétant un embargo sur certains produits. Voyez la Grèce, l’Espagne et l’Italie dont les exportations de fruits et légumes sont bloquées. Voyez l’Allemagne dont du matériel lourd (machines-outils, etc) sont elles aussi bloquées. Certes, les dommages causés aux Russes sont bien plus graves mais le maître du Kremlin n’en a cure. Allons nous vers l’affrontement ? J’en ai bien peur car Poutine continue de soutenir Bachar en Syrie et flirte avec le régime des Mollahs dans le domaine du nucléaire prétendument civil. Ce régime russe actuel a donc encore un fort pouvoir de nuisance. Seule une révolte du peuple ou un changement de stratégie des oligarques pourrait faire évoluer la situation. Ou le gel des avoirs considérables de Poutine à l’étranger. Mais B. Obama osera t il le faire ? C’est peu probable. Il aurait dû agir bien plus tôt. Comme en Irak. Comme en Afghanistan.
    Mais il ne l’a pas fait.

     

  • François Fillon et l'affaire du déjeuner

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    La situation de François Fillon depuis l’affaire du déjeuner

    Où va François Fillon ? Que va devenir l’UMP et par-delà le parti, la droite en général ? Nul ne le sait. Mais ce qu’on constate c’est que tant la droite que la gauche sont à reconstruire. D’un côté, le pouvoir socialiste marque le pas, piétine, est en voie de fissuration, de l’autre, la droite renoue avec la guerre des chefs et est profondément divisée, à un moment à où il faudrait un consensus national en vue de redresser le pays. On signale un léger frémissement de la croissance, un petit 0,3% pour le trimestre passé, mais cela ne veut rien dire puisque, hélas, la chute va se poursuivre conformément à l’analyse de tous les experts qui ne voient vraiment pas le bout du tunnel.

    Mais dans toute cette affaire, que fait François Fillon ? Pourquoi a at il provoqué ce déjeuner aux suites catastrophiques avec Monsieur Jean-Pierre Jouyet ? Et qui a poussé de dernier à déjuger et à publier un communiqué annulant le précédent ? Toute cette affaire n’est pas claire et montre que la politique intérieure française ne prend pas le bon chemin.

    François Fillon essaie d’exister, qui le lui reprocherait ? Il a, à l’égard de son ancien président, NS, un certain ressentiment pour ne pas dire un ressentiment certain. Mais est ce que ce ressentiment peut l’inciter à jouer contre son propre camp uniquement pour contrer NS ? C’est peu vraisemblable. Alors que se passe t il ?

    La politique fait intervenir une psychologie qui se joue de la logique. C’est une réaction passionnelle. Souvenez vous des maux de dos de François Fillon qu’il soignait chez un médecin de l’avenue Poincaré ? Il n y a pas d’amitié en politique, ce sont des réactions de chef de meute. Au fond, en politique, on suit les règles des animaux, pas celles des humains.

    A quand le rétablissement de l’éthique ? A quand existera t il des défaites qui honorent ceux qui les subissent avec dignité et des victoires qui disqualifient moralement ceux qui remportent avac des moyens douteux ?

  • Démission, vous avez dit démission?

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    Démission, vous avez dit démission ?

    Le climat politique en France n’est vraiment pas bon. Dès qu’il y a un problème, le moindre problème,  on trouve toujours quelqu’un pour demander la démission du présumé coupable. Cela commence à être lassant. Et pour corser le tout, la presse se spécialise ces jours ci dans je ne sais quelle tension dans le couple de l’exécutif. Absent de métropole durant six jours, Fr. Hollande aurait préféré repousser le prochain conseil des ministres au lieu d’en confier la présidence au Premier Ministre, comme la loi l’y autorise.

    Dimanche dernier, alors que Fr Hollande procédait à la dernière cérémonie de commémoration de la Grand guerre, un petit avion a survolé la zone avec une banderole : Démission adressée au président de la république. Il fut aussitôt pourchassé par des hélicoptères de l’armée. Mais comment l’a t on laissé approcher de l’espace aérien couvrant la zone où se trouvait le président ?

    Il y a quelques jours, l’affaire entre M.M. Jouyet et Fillon a vu refleurir le même sujet : démission. Mais pourquoi donc un secrétaire général de la l’Elysée devrait-il payer pour une affaire qui concerne exclusivement un grand parti d’opposition ? Pourquoi cette obsession de la démission ? Fr Hollande a heureusement compris qu’il forçait lâchait son secrétaire général, le lendemain c’est sa tête que l’opposition aurait réclamée…

    Enfin, l’affaire Fraisse du nom de ce jeune écologiste mort lors d’une manifestation contre un barrage dans le département du Tarn. Le journal Le Monde s’est procuré un procès verbal de la gendarmerie selon lequel les autorités auraient eu connaissance du décès de jeune homme dès 1h30 du matin. Du coup, certains députés parlent d’un mensonge d’Etat et réclament la tête du ministre de l’intérieur, coupable à ses yeux de ne pas avoir dit la vérité…

    Mais où allons comme ça ? Veut on décimer la classe politique alors que la France apparaît par certains aspects largement ingouvernable ?

  • Hommage à un homme de cœur, Abd al Wahab Meddeb

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    Hommage à un homme de cœur, Abd el Wahab Meddeb

    C’est avec une profonde tristesse que j’apprends la disparition de mon collègue et ami Abd el Wahab. Je ne le savais pas malade et j’ai eu du mal à y croire lorsqu’un internaute ami, connaissant nos liens d’amitié, m’a fait part de cette triste nouvelle.

    J’ai rencontré cet ami dans le cadre de l’université de Genève où j’enseignais alors régulièrement. Nous avions échangé, comme on dit aujourd’hui, sur des sujets d’intérêt commun et peu de temps après il m’a invité à parler de la philosophie d’Averroès dans le cadre de sa belle émission sur France-Culture. Ce fut un bel échange, une compréhension mutuelle entre un philosophe d’origine juive, né en Afrique du Nord et un poète et penseur musulman, natif de Tunisie.

    J’ai gardé de cette émission un excellent souvenir. Plus tard, nous avons participé à un beau colloque qui s’est tenu à Lisbonne sur le dialogue des cultures. Et dans ce cadre, notre défunt ami avait donné toute la mesure de son talent.

    Ce sont, certes, des souvenirs, mais que faire d’autre ? Je me souviens aussi qu’il y a quelques années, alors que je me rendais chaque semaine à Heidelberg pour y donner mes cours, j’avais vu à la devanture d’une librairie la traduction allemande de l’un de ses ouvrages sur l’islam. Un islam des Lumières, ouvert, attentif au reste du monde.

    Abd al Wahab nous a quittés, mais son œuvre demeure, considérable et riche d’enseignements.

    Qu’il repose en paix. Rahmat Allah alayhi

  • Des murs en général et de ceux de Berlin et de Jérusalem en particulier

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    Des murs en général et de ceux de Berlin et de Jérusalem, en particulier

    La commémoration du vingt-cinquième anniversaire de la chute du mur de Berlin, dit le mur de la honte, relance le débat autour du symbole des pierres murales. Mais cela nous aide aussi à faire un rapprochement un peu audacieux entre ce couple antinomique : le mur de Berlin qui a coupé tout un pays, voire tout un continent en deux entités antagonistes, et un autre mur, seul vestige du grand temple de Jérusalem dont la religion  juive pleure la chute depuis deux millénaires et que nombre de ses adeptes appellent de leurs vœux et de leurs feux la reconstruction et le rétablissement de son culte.. Le statut de la pierre est un peu particulier dans la Bible, et donc dans l’Antiquité. On ne compte plus les stèles, les monuments, les mémoriaux, les monuments aux morts, les pierres tombales, etc… Et même la caractéristique première de cet élément minéral n’est jamais oubliée : la résistance (ce que explique la prédilection du culte idolâtre pour les statues), la dureté, l’inflexibilité, voire l’inhumanité. Ainsi des exhortations des prophètes qui implorent que l’on substitue un cœur de chair à un cœur de pierre.. Et puis aussi, les pierres qui nous survivent et peuvent porter témoignage contre nous puisqu’elles ont gardé la mémoire muette de nos méfaits. Ainsi de l’expression biblique (reprise par Rashi, le commentateur champenois de la Bible au XIIe siècle), qui écrivit jadis : si les pierres du mur pouvaient parler… Les murs ne sont pas faits que de pierre, par exemple le mur du silence, le mur de la honte (voir supra), le mur de la haine, le mur de méfiance séparant deux individus ou deux nations, etc… Mais ce qui frappe par dessus ici, en ces temps de commémorations, ce sont l’usage, la nature et la vocation des murs et des pierres dans ces différents contextes. Pour Berlin, le mur séparait des frères ennemis, ralliés à des systèmes d’alliance opposés, pacte de Varsovie contre Otan, deux ordres sociaux qui se font la guerre, même après la guerre et qui n’ont rien trouvé de mieux pour sceller leur désunion  que d’ériger un mur. A Jérusalem, le mur est un vestige du grand Temple, un mur de pierres entre lesquelles, même le Saint Père a glissé une prière écrite sur une feuille de papier, comme si les lettres de cette oraison jaculatoire allaient virevolter pour accéder au Ciel, libérées de la pesanteur de la pierre que sa gravité empêche de s’lever. Ce mur dont les juifs souhaitent au plus profond d’eux-mêmes qu’il ne tombe jamais mais qu’il soit, au contraire, reconstruit et élargi pour retrouver son lustre et sa gloire d’antan. On oublie, en effet, que la foi des croyants a fait de cette petite chapelle royale, à l’origine, un temple majestueux proposé au culte de l’humanité monothéiste… … Mais ce qui est un peu attristant, c’est que, non loin de ce mur de pierres, quintessence d’une inébranlable foi en Dieu, des manifestants arabes, se sentant menacés par certains, jettent des pierres sur d’autres orants, venus eux aussi prier le même Dieu. Certains prient face à un mur, et leurs contradicteurs et opposants en font de même dans une autre maison de Dieu. Comment se sortir de ce débat ? Je sais bien que Hegel qui n’était pas un tendre s’est laissé aller à dire un jour que seule la pierre est innocente (elle ne pompe l’air à personne, si j’ose dire) sans oublier qu’elle peut devenir, à l’occasion, une arme létale, comme on dit aujourd’hui, par la lapidation. D’un côté des pierres qui séparent et qui tuent, de l’autre, des pierres vénérées, vestiges d’une gloire passée mais d’une ferveur religieuse toujours présente. Dans la Bible, les pierres posées les unes sur les autres symbolisent le témoignage, la mémoire mais aussi le pacte et l’alliance. A preuve les pierres prélevées par le patriarche Jacob qui s’en fait une sorte d’oreiller, dans le livre de la Genèse : c’est si important que la Bible hébraïque utilise dans un passage voisin, le terme hébreu gal ‘éd, et lui adjoint son synonyme araméen pour être sûre qu’on l’a bien comprise : yegar shahadouta. On reconnaît ici, dans ce vocable araméen, la racine du mot arabe qui a donné martyr, le chahid (plural al-Chuhada). Et hélas, après la mort, il y a la pose de la pierre tombale. N’oublions ce que Jésus dit à Pierre au sujet de la première pierre de son église… Preuve supplémentaire que le «doux rêveur évangélique» (Ernest Renan) s’exprimait bien en hébreu… Mais il faut conclure sur une note optimiste : face à la temporalité de notre monde, face à la brièveté de l’existence humaine, on lit dans le livre du prophète Isaïe ( (56 ;5), que les eunuques se demandaient si leur état ne leur interdirait pas de se joindre à la communauté des croyants ; et voici la réponse qui leur est faite : mieux que des fils, je leur donnerai une main et un nom (Yad wa-Shem, expression qui est devenue une institution en Israël) dans ma maison et mes murailles… Et dans la muraille il y a aussi le mot mur…

  • François Hollande et Nicolas Sarkozy

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    Les interventions respectives de François Hollande et de Nicolas Sarkozy

    Le Figaro a eu raison de parler d’un duel à distance. Ce fut le cas et ce fut une empoignade au cours de laquelle  le premier n’a pas pris le dessus. Pour différentes, notamment une, principalement, le genre de l’exercice. D’un côté, un président en exercice pris en tenaille par des journalistes et des Français, issus de la vie de tous les jours, une sorte d’échantillon de la population globale, et de l’autre côté un superbe discours, peut-être le plus beau qu’Henri Guaino ait jamais écrit sur la différence entre la démocratie pure et simple, et la république, porteuse de tous nos espoirs et garante de nos libertés et de notre ensemble. Henri Guaino que je connais et que j’ai félicité par mel à l’Assemblée Nationale, a donc repris du service pour aider NS à surmonter les épreuves qui l’attendent. Certains commentateurs ont parlé d’un discours fondateur, et c’est bien vrai. Mais ne nous leurrons pas : avec les hommes politiques dont l’opinion générale fustige durement l’absence de courage, il ne faut jamais espérer qu’ils mettront leurs actes en conformité avec leurs paroles. Beau discours, très beau discours, exaltant discours, enthousiaste discours, mais discours toute de même. Toutefois, cela ne nous empêche pas d’ en analyser le contenu idéologique ou politique. L’idée principale est le tracé clair entre la démocratie et la république, étant entendu que c’est cette dernière qui favorise l’éclosion des idéaux propres à assurer une vie sociale harmonieuse. La démocratie apparaît comme une sorte d’anarchie libertaire où chacun ferait ce que bon lui semble, affirmant ses particularités personnelles, où le groupe social serait une mise bout à bout de particularismes, la désunion en fait. Et la voie libre à tous les communautarismes. On sent affleurer les thèmes de l’identité nationale, et la nécessité pour chacun de se reconnaître au moins un petit peu dans le groupe. Cela tombe bien puisque la république ne tient pas compte des attaches religieuses ou ethniques. Elle se veut un creuset gouverné par des valeurs laïques. On a bien conscience qu’ici c’est une certain communautarisme qui est visé et qui commence à poser à la France un problème global, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières . La république, c’est aussi l’affirmation d’une autorité légale et démocratique : c’est-à-dire que les lois votées s’imposent d’elles-mêmes et doivent donc être appliquées. C’est là une dénonciation des faiblesses du pouvoir actuel, qui, selon l’auteur du discours, desservent gravement la république. Car si les citoyens délèguent au pouvoir central une grande partie de leurs droits, c’est bien pour que ceux-ci soient respectés. Toute faiblesse de la république est une atteinte à la vie démocratique. Et puis, il y a l’idée de rassemblement dans le cadre républicain : toutes ces influences, toutes ces personnalités qui ont fait la France, venaient d’horizons divers. C’est une sorte d’autochtonie venue d’ailleurs dont parlait Marcel Détienne… Face à ce discours-programme, formateur d’opinion et fondateur d’identité, la prestation de jeudi soir était plutôt maigre. Mais pouvait il en être autrement ? Je le répète : il faut une impulsion nouvelle.

  • La prestation télévisée de François Hollande

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    La prestation télévisée du président François Hollande, hier soir sur TF1

    Comme on pouvait s’y attendre, les avis sont partagés, cette belle France sera perpétuellement coupée en deux, pas seulement au plan météorologique : les amis de François Hollande l’ont trouvé bon, les autres vide de sens et désespérant. En fait, il faudrait être plus nuancé : François Hollande était sincère, il n’a pas louvoyé comme ses adversaires le lui reprochent régulièrement, a reconnu une certaine erreur concernant l’inversion de la courbe du chômage, a dit solennellement qu’il ne reviendrait pas en 2017 s’il n’avait pas réussi à juguler la crise de l’emploi. Pour le reste, on l’a senti à l’écoute et visiblement préoccupé par la gravité de la situation. Mais comme à l’accoutumée, les Français attendent toujours plus de ce genre de grand’ messe, et cela est légitime, au regard de la situation du pays… Donc, peu d’annonces, même si près de 8 millions de téléspectateurs ont diversement suivi l’interview. Les commentateurs, quant à eux, se sont montrés plus sévères doutant du sérieux de la promesse présidentielle de ne plus augmenter les impôts, soulignant férocement ses hésitations quant à l’organisation des jeux olympiques , l’exposition universelle, etc… Mais le président a pu prendre la mesure exacte du désarroi des Français : témoin cette dame de 60 ans qui n’a pas de travail alors qu’elle ne peut toujours pas faire valoir ses droits à la retraite par manque de trimestres, cette autre dame, chef de PME, qui dit au président que la réglementation en France est vraiment trop tatillonne et décourage même les très bonnes volonté et enfin ce jeune beur, titulaire d’une capacité en droit et qui, à 27 ans passés, dort encore chez ses parents dans les quartiers nord de Marseille.. Sans oublier cette habitante d’une zone rurale qui se bat contre la mort de son village, déserté par les services publics et qui voit son école menacée de fermeture, faute d’un nombre suffisant d’élèves.. Il est trop tôt pour mesure l’impact réel de popularité du président. La plupart des observateurs ne pensent que cela améliorera la côte de popularité de Fr Hollande mais l’essentiel est ailleurs : les Français ont pu voir que le président était au courant et qu’il était bien là, même si ses moyens d’actions restent limités.