- Page 2

  • Le Proche Orient au cœur des préoccupations du monde

    Imprimer

    Le Proche Orient au cœur des préoccupations du monde

    En faisant une brève revue de la presse, car après tout on est encore en vacances, je me suis souvenu d’une phrase assez cynique d’un ancien homme d’Etat britannique, Anthony Eden qui fit jadis la déclaration suivante : le monde (entendez les relations internationales) ne repose pas sur la justice mais bien sur le pétrole.

    Quand on procède à une rapide rétrospective, on se rend compte que les Occidentaux, USA en tête, auraient dû intervenir  il y a bien longtemps contre les djihadistes d’al-Nosra et de l’Etat islamique. On pourrait même croire aujourd’hui qu’ils interviennent  pour éviter un génocide comme tente hypocritement de nous le faire croire le président US actuel, lui qui se permet d’exercer des pressions sur Israël qui lutte courageusement contre le Hamas, tête de pont de l’islamisme au Proche Orient ; en réalité, il n’en est rien, les grandes puissance interviennent, conformément à la phrase d’Anthony Eden  car les terroristes se sont rapprochés dangereusement des puits de pétrole, matière première indispensable pour l’Occident qui est souvent parti en guerre pour moins que cela.

    Il y a les puits de pétrole d’Irak, mais le Koweït et l’Arabie Saoudite ne sont pas très loin. Et eu égard à l’état d’impréparation des armées de ces deux pays, les islamistes n’en feront qu’une bouchée et alors, pour reprendre le dessus, il faudra des années.

    C’est le constat que font les USA et les nations occidentales : la situation ne sera pas redressée en quelques jours ou en quelques mois mais en quelques années. On a laissé le Qatar mener une politique tous azimuts de déstabilisation, armer, voire surarmer des terroristes qui, durant ce temps, détourneront le regard des palais des émirs et des gérontes de ces pays. Des pays, je le rappelle, auxquels les USA vendent inconsidérément des  quantités astronomiques d’armement , sans se soucier de leur destinataire final… Mais que peut faire le Qatar avec tant d’obus antichars et d’avions de combat ? Cela me rappelle une phrase prophétique de Lénine qui stigmatisait la voracité insatiable des capitalistes de son temps en ces termes : vous verrez, les capitalistes finiront pour vendre même la corde pour les pendre…  Voilà une phrase forte que les marchands d’armes devraient utilement méditer.

    Pour des raisons qui sont loin d’être humanitaires, on a laissé l’Irak sombrer au fond de l’anarchie et de la terreur. Certes, il y eut aussi l’aveuglement de l’ancien premier ministre chiite al-Maliki, qui n’a pas rendu service à son pays. C’est sous son mandat dénué de discernement que le pays s’est divisé en blocs antagonistes (voyez la révolte endémique de la province d’Al-Anbar) ; cela n’a pas suffi à cet homme politique sectaire qui a toujours mal jugé les sunnites, lesquels ont pris leur revanche en ouvrant leurs bras et leurs villes aux francs-tireurs de l’Etat islamique. On ne s’explique pas autrement la facilité et la rapidité de la progression des islamistes. Bien sûr, il y eut aussi la débandade de l’armée irakienne qui s’est enfuie en abandonnant des tonnes d’armes et de matériels, sans même songer à les détruire, avant sa retraite précipitée.

    On peut donc dire que les prochaines semaines ou les prochains mois verront le retour clair ou déguisé de troupes occidentales au Proche Orient. Au fond, Amin Maalouf avait raison d’écrire dans Les désorientés que ce conflit empêche la paix de régner dans le monde.. La guerre à Gaza est un peu l’arbre qui cache la forêt car c’est toute la région qui est instable et menacée, à l’exception notoire de l’Etat d’Israël. La Syrie, l’Irak, l’Egypte, le Liban, la Libye, aucun de ces pays ne repose sur des bases saines et solides. Je souligne, même l’Egypte. Al-Sissi n’est certes pas un homme seul, mais il n a pas encore eu le temps de fonder un régime ni de préparer des hommes susceptibles de le remplacer en cas d’empêchement ou d’attentat.

    Et je ne parle même pas des gérontes d’Arabie ni des Emirs des émirats locaux..

    Il serait temps d’instiller un peu de solidarité humaines désintéressée et d’équité dans des relations internationales qui en ont bien besoin.

  • Contre l'Etat islmaique l'ONU sort de sa torpeur

    Imprimer

    Contre l’Etat islamique le Conseil de sécurité sort de sa torpeur

    Hier, le conseil de sécurité de l’ONU a voté à l’unanimité une résolution mettant au ban l’Etat islamique et dénonçant nommément ceux qui le financent, l’arment et le soutiennent de quelque façon que ce soit. Et pour la première, six personnalités sont citées nommément.

    Quelle célérité ! Mais aussi deux poids et deux mesures…

    Quelle est la différence entre l’Etat islamique d’Irak et le Hamas de Gaza ? Ce sont deux émanations d’une seule et même hydre. Comment se fait-il que l’on vote le démantèlement et le désarmement de l’un et pas de l’autre ? Comment se fait-il que l’on arme et surarme les Kurdes contre les islamistes d’Irak alors que Tsahal qui lutte contre eux est continuellement accusé de crimes de guerre dans Gaza ?

    Il est vrai que cette fois ci le monde entier a enfin compris ce que représentent ces gens qui enterrent leurs prisonniers vivants, kidnappent des femmes et des jeunes filles qu’ils vendent comme esclaves sexuels… Et aussi comme ces pauvres victimes, abandonnées de tous, sont chrétiennes ou yezidis, alors l’opinion internationale, sensible à de terribles images de souffrances et d’atrocités, manifeste son indignation.

    J’apprends que l’Europe, elle aussi, bouge et entend neutraliser le Hamas à Gaza en favorisant le retour des hommes d’Abbas à Gaza et en contrôlant les marchandises transitant par les points de passage. Certes, il faut reconstruire Gaza et offrir à ses habitants qui sont loin d’être tous des terroristes des perspectives de paix et de prospérité.

    Mais si l’on veut que ce ne soient plus des vœux pieux, il faut contrôler strictement l’usage fait des milliards de dollars dévolus à le reconstruction de cette bande côtière dont même l’Egypte ne veut plus tant la situation y est instable, voire dangereuse.

    Il faut alléger le blocus de Gaza et les Israéliens en sont conscients mais pas au point de mettre en danger la sécurité de l’Etat hébreu. Le retour des hommes du Fath à Gaza devrait faciliter les choses. Les gens de Ramallah sont rentrés dans le rang, ils goûtent jour après aux fruits de la paix et de la prospérité. L’idée de se battre ou de commettre des actes terroristes n’effleurent qu’une infime partie de la population.

    Sortir Gaza du marasme économique et de la tentation accrue d’un terrorisme aveugle est une chance unique qui ne se représentera plus. Si on arrive à déboucher un coin de ciel bleu, peut-être que la solution du conflit israélo-palestinien sera au bout de la route. Aujourd’hui, toutes les parties se rendent compte que la spirale  agression-destruction-reconstruction n’a aucun sens. La voie choisie par le Hamas s’est fracassée sur la réaction de Tsahal. Qu’il le veuille ou non, le Hamas est très éprouvé et ce ne sont pas quelques roquettes tirées de ci de là, comme un dernier baroud d’honneur, qui y changeront quelque chose.

    La parole est désormais aux diplomates. Mais je reviens sur l’exemple de l’ONU dont le conseil de sécurité vient de voter à l’unanimité (incroyable : lo yéouman ki yesouppar !) une résolution contre les terroristes islamistes.

    Et pourquoi ne pas en faire autant avec le Hamas qui a attaqué Israël et qui s’est réfugié derrière sa propre population civiles pour lancer ses roquettes ?

  • La fin des frontières étatiques au Proche Orient?

    Imprimer

    Fin des frontières entre états au proche Orient ? On oublie la plupart du temps que ce Proche Orient qui donne du fil à retordre au reste du monde a reçu ses frontières actuelles d’un Occident colonisateur, n’ayant qu’une estime très limitée pour les habitants de cette région, leur culture et leurs croyances. L’évolution de la politique internationale, le jeu des grandes puissances et surtout la décolonisation et la renaissance de l’Etat d’Israël ont fini par changer de fond en comble, la donne. Au fur et à mesure qu’on avançait, les masses arabes de ces pays aux frontières imposées de l’extérieur, se sont rebellées contre les régimes en place qui étaient tous des dictatures militaires, anti-démocratiques et largement corrompues. On ne compte plus les coups d’Etat survenus en Syrie, en Irak, en Libye et même en Egypte. Incapables de se réformer politiquement, ces pays arabo-musulmans ont assisté à l’émergence d’un islam politique qu’on appelle tout simplement l’islamisme. Récemment, les mouvements sociaux qui se firent jour, d’abord en Tunisie, ont reçu l’appellation de printemps arabe, une expression vite démentie par la suite : aucun de ces pays n’a réellement donné naissance à une structure politique répondant aux critères d’une démocratie crédible. Aucun. Et dans au moins deux pays arabes où les Islamistes ont accédé au pouvoir, l’expérience n’a pas été concluante : tant en Tunisie qu’en Egypte, les islamistes ont dû rétrocédé le pouvoir, soit par la violence armée, soit pacifiquement, comme en Tunisie. Mais dans les deux cas, cette expérience laisse derrière elle, des pays exsangues, à l’économie ruinée. Toutefois, ces développements ne sont rien, comparés à ce qui passe en Syrie et en Irak, du fait de cet Etat islamique qui entend procéder, par la violence armée et des actions barbares, à un bouleversement total des frontières sur place : ce n’est pas un hasard si les djihadistes se sont emparés (près de 9 régions en Mésopotamie) de larges portions de territoire à cheval sur les deux pays limitrophes, la Syrie et l’Irak. Ce n’est pas un hasard s’ils ont attaqué l’armée libanaise en occupant une petite ville frontalière, habitée par des chrétiens. Ce n’est pas un hasard s’ils vont passer à l’action contre la petite Jordanie, elle aussi, fruit d’un découpage de l’ancienne puissance coloniale britannique… On dit les USA et Israël très préoccupés par ce qui risque de se passer tout près de la vallée du Jourdain. On le voit, Israël n’en a pas entièrement fini avec le Hamas, qu’il lui faut déjà se préparer à d’autres confrontations avec les islamistes. Saddam Hussein avait déjà tenté de faire du Koweït la dix-huitième province irakienne. L’Iran a des vues sur certaines îles au large de Bahreïn. Quant à Israël, ce n’est un secret pour personne que le plus lourd contentieux du dossier palestinien porte justement sur les frontières et le statut de Jérusalem. Que va t il se passer ? On paie les négligences et les omissions, volontaires ou involontaires des grandes puissances. L’attitude des islamistes est guidée par la volonté d’unir sous sa bannière tout un empire régi par une seule religion, la leur, et une loi confessionnelle, la charia. Au lieu de réagir aujourd’hui dans le désordre et la précipitation, l’Occident chrétien aurait dû se manifester bien plus tôt et de façon concertée. Quand on voit ces populations chrétiennes en pleurs, le regard hagard, serrer contre leur cœur les combattants kurdes qui leur ont sauvé la vie et les ont accueillis chez eux. L’Occident a toujours minoré le danger islamiste. Personne, en Europe ou ailleurs, n’a osé appeler les choses par leur nom et admettre que ces djihadistes entreprennent une reconquête religieuse qui a des dimensions mondiales. Leur plan est clair : d’abord avoir raison d’un monde musulman qu’ils veulent assainir et purifier selon leurs propres critères. Ensuite, s’en prendre au monde entier. Et qui trouve t il en face de lui, ce monde djihadiste ? Des nations apeurées, tétanisées à l’idée de voir trépasser un seul de ses soldats, comme si les guerres étaient la guerre des boutons… Citons encore Clausewitz : les conflits ne naissent pas de la volonté des hommes mais de la rupture d’équilibre… Fallait-il attendre que les djihadistes soient aux portes d’Erbil pour que les USA qui y ont des intérêts, interviennent enfin ? Il a fallu qu’on ait le couteau presque sous la gorge pour que les USA, la Grande Bretagne et la France interviennent enfin … Et même si les nations occidentales finissaient par avoir raison des djihadistes, ce qui est hautement vraisemblable, plus rien ne sera comme avant. Des secousses telluriques sont à redouter : que faire de pays comme le Liban, la Jordanie, les Emirats, Bahreïn et quelques autres, aux frontières si mal assurées et qui font l’objet des convoitises de pays limitrophes ? La décennie qui vient nous donnera la réponse. Mais une chose est sûre, les choses ne seront plus jamais comme avant. Et le seul pays démocratique et fort militairement reste Israël. Un Israël qui doit faire preuve d’une diplomatie très sublime pour faire face aux bouleversements qui se préparent dans sa région.

  • La France, homme malade de l'Union Eureopéenne?

    Imprimer

    La France, homme malade de l’Union Européenne ?

    Certains se diront peut-être que le point d’interrogation est superflu et que le constat s’impose : constat de l’échec de plus de deux années perdues à inventer des solutions plus inspirées par des postures idéologiques que par une authentique efficacité économique. Ce qui déclenche cette broncha, ce sont évidemment les chiffres communiqués par l’INSEE ce matin et qui constituent tout sauf une surprise. Les milieux dits informés avaient déjà préparé l’opinion à de tels résultats qui s’annoncent catastrophiques pour l’avenir du régime français actuel. Le Premier Ministre, chargé d’introduire un pu plus de fermeté et de vigueur dans la politique économique de la France, reconnaît lui-même, alors que les Français sont en vacances au cœur du mois d’août, que la rentrée sera très difficile. A t il eu raison de l’annoncer ainsi ? Les réactions sont partagées : les uns rendent hommage au discours de vérité et les autres déplorent que de telles annonces contribuent à démoraliser un peu plus les Français.

    Sans céder au marasme ambiant, il faut bien reconnaître que la situation de ce pays a rarement été aussi difficile que depuis l’accession de M. Hollande au pouvoir. Le 14 janvier de cette année était censé apporter un net correctif à la politique menée jusqu’ici par le pouvoir. Le pacte de responsabilité n’est toujours pas entré en vigueur et l’une des clauses sociales de cette loi, ajoutée à la hâte pour s’attirer les bonnes grâces de la gauche de la gauche, vient d’être censurée par le Conseil constitutionnel… L’Etat n’avait pas besoin de cela ! Selon l’opposition, cela confirme le caractère brouillon et inefficace de la politique gouvernementale.

    Quoi qu’il en soit, la croissance nulle, annoncée ce matin, ne va pas arranger les affaires du pays qui devra expliquer à Bruxelles que 2015 ne verra pas l’arrivée des 3% exigés par l’Union Européenne. Du coup, la question de la crédibilité du leadership politique de Français Hollande se pose.

    Et dans ce contexte, je m’en réfère à un feuilleton fictif publié avec régularité par Le Figaro sous le titre dénué de toute ambiguïté : Hollande s’en va !

    Au début, j’ai commencé par trouver ce feuilleton amusant mais au fur et à mesure que j’avançais dans la lecture des nouveaux épisodes, je fus saisi d’angoisse : et si cela se produisait ? Que ferait le pays avec une telle crise institutionnelle qui viendrait se surajouter au marasme ambiant ? Il ne faut pas dramatiser, mais il ne faut pas, non plus, se réfugier dans le déni ; un certain nombre d’indices ne trompent pas : plus de 20% de citoyens français sont dans l’impossibilité de payer leurs impôts, les professionnels du tourisme se plaignent de la baisse de fréquentation des hôtels et des restaurants, les vacanciers préférant être hébergés par de la famille et emportent avec eux leurs provisions sur les plages. Même les crèmes glacées en pâtissent, c’est dire, car s’il y a un aliment qui symbolise bien l’été, la chaleur et les vacances, ce sont bien les glaces. …  Et puis, il y a le risque de déflation qui aura des conséquences graves sur les rentrées fiscales de l’Etat, aggravant la situation de trésoreries déjà étriquées..

    Que faire ? Changer de gouvernement, c’est déjà fait. Il ne reste plus que la dissolution de l’Assemblée nationale ? Et comme recours ultime, l’idée du Figaro. Si l’on veut s’éloigner des scénarii catastrophiques, il y a la possibilité d’appeler à Matignon une personnalité consensuelle de l’opposition, Alain Juppé. Mais même si cela se faisait, si M. Hollande appelait M. Juppé à Matignon, est ce que ce de dernier accepterait ? La majorité actuelle acceptera t elle de suivre ? La droite, elle-même, voudra t elle jouer les supplétifs d’un président acculé ?

    Sombres perspectives. Je souhaite évidemment que les choses s’arrangent et qu’on évite une crise grave. Mais j’espère une chose : que le pouvoir actuel n’en profitera pas pour lancer une nouvelle réforme sociétale qui  aggraverait encore un plus les divisions déjà terribles qui traversent le pays.

  • L'étonnant parcours politique de M. Erdogan

    Imprimer

    Les idées politiques sinueuses de R. T. Erdogan

    Le nouveau président turc est arrivé à ses fins, occuper le poste présidentiel de son pays, comme le père fondateur de la Turquie moderne, avant lui, mais avec des idées en opposition aux siennes. Au fond, jusqu’ici, tout est normal, même si cette évolution n’est guère souhaitable, le programme politique du nouvel élu étant, comme on dit, islamo-conservateur, ce qui heurte frontalement les idées laïques du kémalisme.

    Un mot du succès du chef de l’AKP qui a tout de même à son actif quelques grandes réalisations. M. Erdogan a aidé son pays à sortir du marasme économique, redonnant des moyens de subsistance à des millions de ses concitoyens, arrachés à la pauvreté. Il a permis un taux de croissance qui ferait pâlir d’envie nos pays occidentaux, même si cette croissance a fortement baissé, elle reste tout de même autour de 4%. Ce qui constitue, incontestablement, un record.

    Mais sur le plan des libertés intérieures et de la démocratie en général, le régime de cet homme accuse de très nombreux et très graves déficits. Le premier point négatif est évidemment la dérive autoritaire, la purge du corps judiciaire et des services de sécurité, accusés, à demi mot, de comploter contre le régime alors que leurs membres ne faisaient qu’enquêter sur l’entourage de nouveau président. Dans ce même contexte, la Turquie est actuellement le pays qui a embastillé le plus de journalistes. Quant à la question kurde, en dépit de quelques timides avancées, le problème reste au point mort car cette forte minorité de la Turquie moderne n’est pas réussi à faire valoir ses droits légitimes. Et je n’évoque même pas le contentieux avec le peuple arménien…

    Les points les plus préoccupants relèvent de la politique étrangère. M. Erdogan sait bien que l’Europe ne l’admettra jamais en son sein, comme un partenaire à égalité avec la France, l’Allemagne ou la Grande Bretagne… C’est une évidence, en dépit des pantalonnades de l’intéressé qui, sans le dire vraiment, se réoriente vers d’autres horizons moins glorieux mais qui sont à sa portée : le monde arabo-musulman et les anciennes républiques de la défunte URSS. Et dans cette tentative de s’ériger en puissance régionale incontestée, M. Erdogan a commis quelques erreurs qui trahissent son amateurisme et son caractère emballé et tempétueux.

    A la lumière de ce qui se passe aujourd’hui à Gaza, on voit que M. Erdogan n’a  pas choisi le bon camp et qu’il a dangereusement défié l’Egypte, puissance régionale naturelle au Proche Orient. Le maréchal-président identifie désormais clairement le président turc comme un allié des islamistes alors que lui-même combat fermement les Frères musulmans sur son territoire.  Aux yeux des Egyptiens, M. Erdogan veut ressusciter l’ancien empire ottoman qui régnait jadis sur toutes les capitales arabes de la région. Cela rappelle aux Arabes de mauvais souvenirs, eux qui ne veulent pas d’un leadership néo-ottoman… Al-Sissi lance un projet pharaonique de doublement su canal de Suez, renouant avec les grands travaux que les régimes qui veulent durer entreprennent généralement. C’est aussi un défi aux projets du président turc.

    Dans ses envolées lyriqiues et s brouillonnes qui tournent le dos à la logique des relations internationales, commandant une analyse froide et claire des intérêts bien compris de son pays, M. Erdogan s’est trompé vis-à-vis de la Syrie. Il a d’abord commencé par s’en rapprocher pour s’en éloigner ensuite avec éclat. Il faut dire qu’au début, il a suivi la voie d’une alliance militaire avec Israël dont les pilotes de chasse s’entraînaient dans le ciel turc, à proximité de la frontière syrienne. Le nouveau président a mis fin à tout cela, même s’il laisse son état major militaire prendre livraison des drones commandés à l’industrie israélienne de l’armement ! Au fond, sa main droite ignore ce que fait sa main gauche.. Et je rappelle que les échanges commerciaux entre les deux pays sont inversement proportionnels à leurs relations politiques et diplomatiques. Mais un tel paradoxe ne gêne guère M. Erdogan qui n’est pas un disciple de René Descartes.

    Et la liste des errements de M. Erdogan est encore longue, lui qui se laisse aller à des rêves inconsistants : renouant avec l’ancienne pratique des sultans de la Sublime Porte ( al-Bab al-‘ali) qui allaient rendre grâce à Dieu dans une mosquée du voisinage, lors de leur accession au trône,  l’homme fort du pays est donc allé faire ses dévotions… N’importe quel étudiant de première année à Sciences-Po le lui aurait déconseillé au niveau de la communication et de la bonne image ! Mais l’aurait il écouté ?

    Enfin, il y a l’irritation des USA. Car même M. Obama, qui est loin d’être un foudre de guerre ou un  homme déterminé et résolu, a jugé bon de refroidir un peu les ardeurs de son homologue turc, lequel laisse entendre qu’une nouvelle flottille  va tenter de forcer le blocus de Gaza. Il est peu probable que cela se fasse, mais dans ses visées de domination du monde arabe, M. Erdogan a compris que le meilleur moyen de réaliser ses objectifs était d’instrumentaliser la cause palestinienne..

    Tout ceci ne serait pas très inquiétant s’il n y avait, en perspective, un grave conflit intérieur qui se prépare. Le bouillonnant président veut réformer la constitution de son pays et se refuse à inaugurer les chrysanthèmes… Il ne veut pas régner mais gouverner, comme il le faisait du temps où il était premier ministre… Or, pour y arriver, il faut une majorité des deux tiers au parlement, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. L’opposition est abattue mais elle réagira face à la menace d’une changement de régime : en agissant ainsi, ce président islamiste veut donner le coup de grâce aux séquelles du kémalisme.

    Mais ici se pose une grande question : l’armée, bien qu’expurgée de ses éléments les plus laïcs et surveillée de près, laissera-t-elle faire , elle qui a toujours été la muraille protectrice de la Turquie moderne ?  C’est  peu probable.

    Il y a près d’un an, on disait M. Erdogan très préoccupe par le syndrome égyptien où l’armée, justement, a décidé de se défaire d’un régime anti national, enfonçant le pays dans une crise sans fin. Mais comme l’écrivait Karl Marx, l’histoire ne se répète pas.

    L’avenir n’est pas très rassurant. A moins que… à moins que M. Erdogan, une fois au pouvoir, s’assagisse et revienne à de meilleurs sentiments et à une meilleure appréciation de la situation.

    A ce niveau là, les erreurs commises ne pardonnent jamais.

     

    Maurice-Ruben HAYOUN

  • Titre de la noteLe dernier baroud d’honneur du Hamas et les «nouvelles opportunités diplomatiques» de B. Netanyahou

    Imprimer

    Le dernier baroud d’honneur du Hamas et les «nouvelles opportunités diplomatiques» de B. Netanyahou

    Certains commentateurs non avisés s’étonnent des quelques salves tirées par le Hamas qui, une fois la mise à feu terminée, s’empresse de revenir en rampant vers la table des négociations, conscient que Tsahal n’a utilisé, jusqu’ici, contre lui qu’une partie infime de ses capacités militaires offensives. Donc, il réclame une trêve tout en s’empressant de souligner que ce sera la dernière et qu’il ne transigera pas sur ses revendications de base. Ce mouvement joue sa survie : s’il n’obtient rien après tant de morts et de destructions, à quoi aura servi la confrontation qu’il a déclenchée ?

    Mais en réalité, sa reprise des hostilités ne fait pas l’unanimité chez les habitants de Gaza, éprouvés gravement par ces semaines de guerre et qui commencent à comprendre que le Hamas mène sa petite guerre personnelle en se servant d’eux. Des voix commencement à se faire entendre dénonçant la décision des terroristes de ne pas accueillir la population civile dans les galeries souterraines lors des bombardements, ce qui aurait divisé par cinq ou dix le nombre de victimes civiles… Alors que sa direction politico-militaire était terrée à près de 30 mètres sous terre, dans les fondations d’un hôpital. Quel héroïsme !

    Enfin, l’arsenal du Hamas a fondu comme neige au soleil et son isolement sur la scène internationale est grand. Même l’Egypte qui joue les médiateurs, a du mal à dissimuler son aversion profonde pour des terroristes qui s’en sont pris à son armée dans le Sinaï en se servant d’un paravent. On ne parle plus des Turcs ni des Qataris dont la tentative de médiation a fait long feu. Quant à John Kerry, on dit qu’il médite ses déconvenues récentes et aspirerait à faire autre chose..

    Ceci nous conduit à dire un mot d’une phrase sibylline de Benjamin Netanyahou concernant des opportunités diplomatiques nouvelles. Les commentateurs pensent au repositionnement des états de la région, devenus enfin conscients du danger que représente l’islamisme à l’état global. On dit bien l’islamisme et non l’islam qui se veut une religion comme une autre, dans l’écrasante majorité de ses adeptes dans le monde. Tous ces états se sont mobilisés pour stopper la progression des djihadistes qui ont commis des atrocités partout où ils sont parvenus à s’installer.

    Pour ma part, je pense que B. Netanyahou a fait allusion à la possibilité de s’engager vraiment dans une voie menant à une solution définitive du problème par des moyens pacifiques. Rattacher la bande de Gaza aux gens de Ramallah neutralisera le Hamas, devenu une simple branche politique et le privera de toute capacité offensive pendant des années. Le temps fera le reste : la corruption, le laisser-aller de l’Orient, le népotisme, la saison chaude, la prostration qui s’abat sur les gens, en feront un parti qui suivra la même évolution historique que son frère ennemi, le Fatah.

    Mais la question qui se pose est la suivante : que va faire la coalition actuellement au pouvoir en Israël où au moins deux hommes de droite ont le vent en poupe. L’annulation sine die de la réunion du cabinet israélien de sécurité n’est pas très rassurante. Certes, aucun danger véritable ne peut venir du Hamas, on l’a déjà dit et répété : si le Hamas n’est pas totalement à terre mais titube encore, c’est parce que les visées politiques de Netanyahou pensent déjà à l’après conflit, au jour d’après… Israël n’a pas intérêt à ce que la partie palestinienne reconstitue entièrement son unité sous l’égide d’Abbas qui pourrait alors renforcer sa position, et cette fois-ci, contre l’Etat juif…

    Mais ce louvoiement, cette manière de finasser (finassieren, comme l’écrivit Walther Rathenau dans une lettre controversée au Kronprinz) ne dureront pas éternellement.  Surtout que le Hamas était non seulement au bord de l’effondrement militaire mais aussi du collapse économique : l’une de ses premières revendications au Caire a été le paiement immédiat de ses fonctionnaires par Ramallah… C’est dire.

  • La relégation des habitants du sud d'Israël, véritables parents pauvres du pays

    Imprimer

    La relégation des habitants du sud d’Israël, véritables parents pauvres de l’Etat hébreu Les récriminations fusent de toutes parts : les habitants des localités méridionales d’Israël, celles qui font face à Gaza, depuis la région d’Eshkol jusqu’à Nahal oz, situé à un kilomètre de l’enclave palestiniennes, se plaignent amèrement d’être des laissés pour compte. Ils entonnent une longue complainte contre ce qu’ils nomment l’arrogance de médinat Tel Aviv, c’est-à-dire de l’Etat de Tel Aviv qui se considère comme le pays utile, une entité en soi, par opposition à la notion de Eréts Israël, la totalité, l’intégralité de l’Etat d’Israël. En fait, ces hommes et ces femmes se plaignent d’être la périphérie, les frontières éloignées, par opposition au centre, le seul à compter vraiment. Je viens de parler au téléphone avec des proches qui habitent ces régions là, dont certains se situent à tout juste cinq km à vol d’oiseau de Gaza. Ces habitants n’ont que quinze seconde (je dis bien quinze) pour rejoindre l’abri le plus proche. Imaginez donc les personnes âgées ou malades, à mobilité réduite, sans même parler des enfants en bas âge et les femmes enceintes, susceptibles de subir des fausses couches en raison de la peur des roquettes du Hamas. Ces régions sont généralement pauvres et habitées par des classes sociales peu favorisées. Ceci vaut aussi bien pour Ashkelon que pour Ofakim et Netivot. Mais ce ne sont pas les seules. Et notamment Sedérot. Un sondage, qui ne vaut que ce qu’il vaut, mais qu’il serait dangereux de sous-estimer, indique que près de 20% des habitants de la zone sud refusent de réintégrer leurs foyers, ne font guère confiance aux assurances prodiguées par le gouvernement ou le général commandant leur zone militaire. Comment croire ce qu’on vous dit quand ce même Etat-Major n’a pas prévu les infiltrations de commandos ennemis qui ont fait tant de victimes… L’exaspération a atteint son paroxysme : cela fait des années que les habitants de Sedérot, par exemple, vivent sous la menace de missiles et de roquettes pouvant s’abattre sur eux à tout instant. On comprend que ce soit insupportable : il suffit de voir le nombre de citoyens israéliens réclamant qu’on inflige une leçon définitive au Hamas pour s’en convaincre. Le gouvernement actuel ferait bien de se méfier. Et on annonce une manifestation importante ce soir à Tel Aviv sur la grande place Rabin. Qu’une partie, même réduite, de la population d’Israël, refuse de vivre sous le feu des roquettes, pourrait déjà être considéré, non point comme une victoire du Hamas, on est loin du compte, mais comme un point marqué par les terroristes… On s’étonne que le Premier Ministre qui a jusqu’ici bien mené son affaire, ne s’en inquiète pas plus. Qu’attend il ? Les habitants du sud d’Israël reprochent au gouvernement d’être traités comme des parents pauvres. Ils ne disent pas qu’ils sont sacrifiés, mais si rien n’est fait, ils finiront par le dire. Ils s’étonnent de la pusillanimité de la réaction d’Israël. En fait, la politique à long terme d’Israël manque de clarté, mais cela est voulu. La lisibilité est la suivante : la classe politique ne veut pas éradiquer le Hamas qui est un gros caillou dans la chaussure de Mahmoud Abbas. C’est la raison pour laquelle l’armée elle-même dose soigneusement ses frappes mais refuse, pour le moment, à s’en prendre à la direction politico-militaire du Hamas. Israël veut un Hamas très affaibli mais vivant tout en étant moribond, empêchant une forte unité palestinienne qui serait alors en position d’imposer la création d’un Etat. Avec tout ce que cela implique concernant le tracé des frontières. Et dans ce calcul un peu sinueux, les habitants du sud d’Israël sont considérés un peu comme un pion qu’on déplace suivant le niveau où l’on oriente le curseur. Est ce que cette attitude est juste, est elle éthique ? Non point, mais Israël est un Etat et les affaires de chaque Etat sont, comme on le dit avec euphémisme, diverses et variées. Mais certains ne sont pas loin de penser qu’il n’est pas convenable d’exposer continuellement les mêmes populations au même danger. L’unité de la nation pourrait en souffrir.

  • Barack Obama, un authentique homme d'Etat?

    Imprimer

    Les USA sont-ils dirigés par un authentique homme d’Etat

    On pourrait douter du bien-fondé de cette interrogation. Pourtant, la question se pose bel et bien, notamment à la lumière des événements récents où l’actuel chef de la Maison Blanche se voit contraint d’ordonner des actions militaires afin d’éviter un sorte de génocide en Irak, où des minorités religieuses, les chrétiens et les yazidis, sont menacés par les troupes de l’Etat islamique. En un peu plus de trois décennies, la mentalité des USA a fondamentalement changé, tant ses citoyens que sa classe politique ne veulent plus intervenir partout dans un monde en crise. Or, on s’en rend compte ces jours derniers, après de longues hésitations, Barack Obama a décidé d’agir car s’il ne le faisait pas, c’est l’Irak tout entier qui menaçait de devenir un nouvel Afghanistan, ce qui représenterait une véritable catastrophe pour les Etats Unis et l’ensemble de leurs alliés.

    Souvenons nous de quelques fortes paroles de l’étincelant Dr Henry Kissinger et de sa prédilection pour les crises réglées à chaud ; il était constamment à l’affut de ce qu’il nommait subtilement les «percées conceptuelles» qu’il avait le talent de transformer en matrice de solutions pour toutes sortes de conflits. On se souvient de la manière dont il a empêché l’armée israélienne de détruire la IIIe armée égyptienne, prise au piège sur le canal de Suez. Ce même dear Henry avait décoché contre le président démocrate Jimmy Carter une phrase passée à la postérité et qui veut bien dire ce qu’elle veut dire : tous les présidents américains ont rêvé de changer le monde mais le président Carter se comporte comme s’il l’avait créé…

    Mais aujourd’hui avec le président Obama, nous sommes très loin de ce cas de figure. L’actuel chef de la Maison Blanche  a amorcé une repli, certains diront un retrait- sur tous les fronts. Et sa crédibilité en a fortement pâti, non seulement aux yeux de ses adversaires mais surtout dans l’esprit de ses alliés qui comptaient, il y a encore peu, chercher refuge sous ses ailes protectrices en cas de besoin. Les prémices de cette attitude dévastatrice pour la détermination d’une grande puissance, la seule qui existe au monde, se décelaient déjà dans le statut des détenus de la prison de Guantánamo que M. Obama voulait fermer. Confronté au danger que représentent de nombreux détenus, s’ils venaient à être libérés, le président a prudemment remis à plus tard la solution du problème.

    Elu sur un programme électoral de tendance démocrate, à la fois généreux et un peu naïf, il a exprimé son indignation en découvrant, ou en feignant de découvrir, les interrogatoires musclés que la CIA a fait subir à des terroristes après les attentats du 11 septembre. Quel honnête homme pourrait le lui reprocher ? Il ne fait pas l’ombre d’un doute que la torture ne correspond nullement à l’esprit démocratique et humaniste de la constitution américaine. Mais ici aussi, les idéaux affichés et les impératifs incombant à une grande puissance, qui a exercé le rôle de gendarme du monde de longues décennies durant, ne peuvent qu’entrer en violente collision. Citons de nouveau Henry Kissinger parlant d’un dictateur barbare et sanguinaire, narcotrafiquant à ses heures : c’est un fils de p…, certes, mais c’est NOTRE fils de p… Sans choquer les âmes délicates, l’ancien conseiller de Richard Nixon prenait le monde tel qu’il était, lui qui avait bien assimilé la célèbre phrase de von Clausewitz : les conflits ne naissent pas de la volonté des hommes mais de la rupture d’équilibre.

    Et ceci nous conduit tout droit à la crise actuelle du Proche Orient, on ne parle pas que du conflit armée entre Israël et le Hamas, mais de la grande crise de confiance qui caractérise désormais les relations entre Washington et ses alliés locaux, les régimes arabes dits modérés, et Israël. Il se dit dans les milieux bien informés que Barack Obama est littéralement obsédé par l’Asie et singulièrement par la Chine et qu’il est aussi très intéressé par un arrangement avec l’Iran des Mollahs, misant sur un assagissement progressif, voire une chute du régime, grâce à des moyens pacifiques (commerciaux, diplomatiques ou culturels). Une sorte de révolution de la population aspirant à un meilleur niveau de vie et lassée par les rodomontades et le discours guerrier des thuriféraires du régime. Et l’éviction sans heurt d’Ahmaninedjad l’encourage dans cette voie.

    Mais cette politique ne rassure pas vraiment les monarchies arabes du Golfe qui ne veulent pas être sacrifiées sur l’autel des intérêts américains et qui devront un jour faire face, seules, au danger iranien. Cette défiance s’est encore considérablement accrue depuis que l’actuel secrétaire d’Etat US John Kerry a tenté d’imposer une médiation turco-qatarie pour régler le conflit autour de Gaza, tournant le dos à la pièce maîtresse qu’est l’Egypte où le maréchal-président al-Sissi n’a toujours pas digéré que Washington voit en lui l’auteur d’un coup d’Etat alors qu’il se veut, lui, l’homme providentiel, le sauveur de l’Egypte.

    Sans même parler du gouvernement israélien avec lequel Barack Obama ne songe même plus à dissimuler ses divergences et ses approches si différentes du conflit en cours. On ne peut pas reprocher à Barack Obama de déplorer les victimes civiles de Gaza mais en agissant ainsi il suscite l’ire de son allié israélien qui lui reproche, in petto, de ne pas comprendre ce qui se passe…

    L’une des conséquences de cette impéritie présidentielle est l’émergence d’une coalition qui ne dit pas son nom, celle des déçus de l’Amérique, regroupant en son sein Israël et les pays arabes, alliés traditionnels des USA. L’Egypte, encore elle, n’est pas prête d’oublier le dédain de John Kerry qui a tout fait pour l’écarter des négociations alors qu’elle est partie prenante à toute l’affaire. Sans le pays du Nil, aucune solution durable n’est concevable : même ce fait élémentaire a été méconnu par les USA. Et cela laissera des traces. On relève avec tristesse que l’Amérique ne veut plus se mêler de tout. Et c’est là tout le problème : comment une grande puissance, la seule hyperpuissance peut elle méconnaître à ce point les réalités incontournables de notre monde ?

    Il est sûr qu’à Tel Aviv l’establishment militaire se frotte les mains en découvrant que le chef de la Maison a été contraint de se soumettre aux faits sur le terrain et à se départir de sa posture idéologique de non-intervention. L’Amérique peut-elle laisser massacrer des centaines de milliers de réfugiés dans les montagnes arides de l’Irak alors que c’est elle qui a projeté ce pays dans la décomposition et l’instabilité politique ? Peut-elle assister l’arme au pied à des massacres, les mêmes qu’elle prétend dénoncer à Gaza ?

    Le successeur de Barack Obama, qu’il s’agisse d’un démocrate ou d’un républicain, aura fort à faire pour restaurer la crédibilité de son pays er rendre compatible mieux une éthique politique avec le statut de grande puissance.

  • La place des USA de Barack Obama dans le monde

    Imprimer

    La place des USA de Barack Obama dans le monde

    Décidément, les démocrates américains ne changent pas, même quand ils sont au pouvoir. Ils n’arrivent pas à maitriser leur idéologie d’un pacifisme bêlant, même dans un monde devenu de jour en jour de plus en plus dangereux. Vous vous souvenez peut-être de la terrible phrase de Henry Kissinger, l’étincelant secrétaire d’Etat de l’époque, qui n’avait rien à voir avec celui que nous avons aujourd’hui, John Kerry, décrivant l’inaction dramatique d’un président démocrate, Jimmy Carter : tous les président US ont l’ambition de changer le monde, de lui insuffler des valeurs éthiques, bref un ordre moral, le président Carter, lui, se comporte comme s’il l’avait créé !

    Hélas, après ces trois décennies, les présidents démocrates à la Maison Blanche perpétuent cette regrettable tradition.

    Alors que les djihadistes de l’état islamique sont en tarin d’étendre leur domination sur le territoire irakien et qu’ils se sont même étendus à la Syrie, Barack Obama s’est enfin décidé à intervenir ou à donner l’impression qu’il le ferait. Il lui a fallu attendre que des centaines de milliers de chrétiens, de Yazidis et de Kurdes soient chassés de leurs foyers et risquent leur vie en se réfugiant dans des montagnes inhospitalières pour envoyer enfin deux avions bombardiers détruire quelques pièces d’artillerie islamistes.

    Cela fait des mois que les USA auraient dû intervenu pour sauver le Kurdistan qui est leur seul fidèle et loyal allié en Irak. Fallait-il attendre que les djihadistes, encouragés par la couardise de l’armée irakienne, prenant ses jambes à son cou et abandonnant ses armes sur le terrain, pour intervenir ?  Et encore, ce président US qui a considérablement affaibli la puissance de son pays, a bien souligné qu’il n’irait pas plus loin, qu’il n’enverrait pas de troupes au sol, bref qu’il ne prendrait aucun risque. Comme si la raison d’Etat avait quelque chose à voir avec l’éthique ou la bonne conduite. On a vu les USA ne pas prendre des gants quand ses intérêts vitaux étaient menacés. Et rappelons que les intérêts USà Erbil ne sont pas négligeables.

    Demandez donc au Hamas ce qu’il pense des valeurs morales : je viens d’entendre un gentil fonctionnaire de l’ONU détailler le nombre de victimes à Gaza et dire que la bande de ce territoire est si étroite que la population n’a pas où aller pour trouver refuge et échapper aux bombes.  Evidemment, nul ne restera insensible aux souffrances réelles d’un peuple écartelé, tiraillé entre tant de contradictions et qu mérite, comme tous les autres peuples, de vivre bien et en sécurité..

    Outre que c’est le Hamas qui refuse  toute idée de trêve et de cessez le feu, il est un fait que personne ou presque ne relève : le Hamas a creusé d’innombrables galeries souterraines à plus de 10m de profondeur. Pourquoi ne pas permettre aux civils de s’y abriter et sauver ainsi leur vie ? Pourquoi exposer toutes ces victimes innocentes pour ensuite se prévaloir de ces morts et apparaître comme la victime alors que le Hamas est le tortionnaire de son propre peuple ?

    M. Obama lui-même oublie ce fait et préfère concentrer ses critiques contre Benjamin Netanyahou dont il déplore dans une interview au Time la grande popularité dans son pays. Ne craignant pas le ridicule il déplore aussi que la situation de Mahmoud Abbas soit inverse de celle de son homologue israélien. Mais que faire ? M. Obama restera le président US le plus critique à l’égard de l’Etat juif. Et ce quoiqu’en pensent les juifs américains qui votent pour le parti démocrate…

    En regardant ce matin ces files interminables de pauvres chrétiens réfugiés dans les montagnes pour échapper au terrible choix imposé par les djihadistes, l’islamisation ou la mort, je pensais à ce que diraient toutes ces instances internationales si, un jour, par malheur, et ce qu’à Dieu ne plaise, la fortune des armes venait à être défavorable à Israël. Alors reprendra le concert des pleureuses, des lamentations sur le sort tragique de ce même peuple juif se retrouvant bien seul pour enterrer ses morts.

    Mais nous n’en sommes pas là. Et l’Etat d’Israël sait se défendre et a de quoi se défendre. Il n y aura jamais de seconde Shoah.

    Aujourd’hui, M. Tsipi Livni a proposé un bon plan pour sortir de l’impasse. Il est équilibré et va dans le bon sens. Il est guidé par la reconstruction de Gaza et la dévolution de ce territoire à Mahmoud Abbas. Le Hamas comprendra t il qu’il a fait son temps et qu’il doit devenir un parti comme les autres ?

    Seul Dieu le sait : Allah ‘alem

  • L'insupportable tragédie des chrétiens d'Orient

    Imprimer

    L’insupportable tragédie des chrétiens d’Orient

    On a vu sur les chaînes de télévisions étrangères une jeune femme en pleurs, une adepte de la religion des Yazidis, implorant pour sa communauté aide et assistance contre les équipées meurtrières des islamistes qui mettent de plus en plus le territoire irakien sous coupe réglée. Je n’oublierai jamais le visage ni les larmes de cette jeune femme qui hurlait en arabe à l’intention des grandes puissances et de l’opinion publique internationale : sauvez nous, sauvez nous, je parle au nom de tous les miens, nous sommes en grand danger !

    Il semble ce matin que durant la nuit, cet appel au secours ait été entendu : les USA ont lancé des attaques aériennes pour briser l’élan dévastateur des islamistes, et aussi parachuté dans le refuge montagneux des fugitifs des vivres et du matériel médical. Quant à la France, tout donne à penser qu’elle ne restera pas les brase croisés.

    Sommes nous dans une guerre où des civilisations s’affrontent ? Il faut veiller à ne pas mettre tout le monde dans le même sac. Ce serait faire preuve d’un manque criant de discernement. Les forces de l’Etat islamique, dont on se demande comment elles ont pu se constituer et disposer de tant de matériels et d’armement, ne sont pas tout l’islam qui est une religion, en principe, comme toutes autres, mais dont certaines branches traversent une période de maladie infantile. Pourquoi vouloir par la force imposer une sorte d’unification religieuse sur un même territoire ? Après tout, c’est dans cette région de l’ancienne Mésopotamie, du Proche Orient en général, qu’est né le christianisme et c’est là qu’il a fait ses premiers pas. C’est si vrai que nombre d’expressions évangéliques, issues de cette antique histoire religieuse sont entrées dans notre langue : certes, on dit «aller à Canossa» pour signifier l’attitude de quelqu’un qui vient à résipiscence mais on dit surtout «prendre le chemin de Damas», allusion à Saint Paul qui a une vision, où il entend une voix lui dire : Paul, pourquoi me persécutes tu ? L’apôtre change alors son fusil d’épaule, si j’ose dire..

    Les enseignements qu’on peut tirer des troubles graves se déroulant dans ce lointain pays qu’et l’Irak, pour nous Européens, c’est que les conséquences se font sentir jusqu’ici : il faut recueillir quelques réfugiés, s’engager peut-être même militairement et prendre part à ce conflit. Ce qui signifie s’exposer à des représailles éventuelles.…

    Mais je reviens sur la singularité de ce paysage : la plupart des régimes arabes modérés ont fini par comprendre quel était leur intérêt réel. A terme, des pays comme l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Jordanie et quelques autres sont menacés. Et ils s’organisent, sans trop le dire, pour neutraliser cette menace pesant sur leur existence.

    On a déjà évoqué ici même les étonnantes réactions que cette situation a suscitées : tous ces pays deviennent des alliés objectifs d’Israël car ils contemplent l’aspect destructeur et dissolvant de cet extrémisme religieux. Le fanatisme ignore la notion même d’un agenda politique, ce qui compte c’est la lutte armée, la destruction et la mort.

    Mais il convient de ne pas oublier ces pauvres chrétiens d’Orient, la branche la plus ancienne de cette religion dont certains parlent encore la langue de Jésus, l’araméen.

    Le monde ne devrait pas, par lâcheté, les sacrifier. Cela ne ferait que repousser le problème à plus tard au lieu de le régler.