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  • Oradour sur Glane, soixante-dix ans après...

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    Oradour sur Glane, soixante-dix ans après

    On vient d’apprend qu’un homme de 88 ans, vivant paisiblement à Cologne, a été inculpé pour le meurtre de près de 25 personnes dans le village martyre d’Oradour, alors qu’il était un jeune SS de 19 ans ! On peut dire que la justice a pris son temps.

    On l’oublie parfois mais les règles de justice portent atteinte à sa manifestation au motif qu’il faut que la justice soit équitable et qu’elle ne doit accuser ni condamner sans preuves suffisantes.

    Je me demande s’il y a là une véritable avancée de la justice quand met près d’un siècle avant d’engager une procédure surtout lorsqu’il s’agit d’actes de barbarie, commis dans des conditions et des circonstances atroces : des centaines d’hommes, de femmes, de vieillards et d’enfants, enfermés dans une église et qui y seront brûlés vifs. Et avoir ainsi agi, alors qu’on n’avait que 19 ans……

    Une telle annonce intervient alors qu’en France on se trouve en présence d’un personnage qui nourrit ses «spectacles» de telles références en les tournant évidemment en dérision. Il y a un passé qui ne passe pas, il y a des haines qui ne s’expliquent pas et comme me le disait un ami médecin qui relèvent de la pathologie mentale la plus caractérisée : allez expliquer à un schizophrène qui se prend pour Napoléon ou pour autre chose qu’il ne l’est pas..

    Nous vivons une drôle d’époque.

  • Et si Dieudonné se rétractait, se repentait et changeait ne devrait on pas lui pardonner?

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    Et si Dieudonné se rétractait, se repentait et changeait, ne devrions nous pas lui pardonner ?

     

    Evidemment, je vais passer pour un aimable rêveur ou pour un philosophe utopiste, ce dernier adjectif pris dans son sens le plus péjoratif , comme quelqu’un qui veut échapper à la loi d’airain de la réalité. Et c’est même pire dans le cas d’un germaniste, censé ne jamais ignorer das Realitätsprinzip, le principe de réalité ? Je ne vous cacherai pas que dans cette sinistre affaire Dieudonné, quelque chose m’inquiète.

    Mais soyons clairs et sans ambiguïté aucune : comme l’a dit la ministre de la culture, cet homme s’est égaré, il a depuis bien longtemps quitté le territoire de l’amuseur publique, du satiriste ou du caricaturiste pour s’engager, de sa pleine volonté, dans l’espace boueux et marécageux de l’antisémitisme le plus abject. Je ne voudrais pas faire de la publicité à ce que l’on doit combattre : donc, je ne citerai pas ici les phrases de Dieudonné, rapportées sur LCI, par un maire qui s’en est servi pour justifier l’interdiction du «spectacle» de cet homme dans sa ville… Quand j’ai entendu cela, j’ai frémi et je me suis renseigné auprès de mes amis de la rédaction qui m’ont dit que cet homme  avait dit, au cours de ses «spectacles», des choses bien plus insoutenables……

    Depuis quelques jours, la France entière ne parle que de cela : depuis les plus hautes autorités de l’Etat jusqu’aux journalistes les mieux connus, tous le répètent à l’envi, même ceux qui estiment que la circulaire de Monsieur Valls n’est pas inattaquable, pensent tout de même qu’on peut réduire cet homme au silence par des voies judicaires plus probantes. Quelques  amis, travaillant au Conseil d’Etat, ses contentent, par respect pour leur obligation de réserve et des règles du droit, d’émettre quelques doutes sur le caractère réellement inattaquable de la circulaire ministérielle… Mais ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus.

    Je ne veux pas que cet homme fasse figure de victime expiatoire, qu’il apparaisse, aux yeux de quelques uns, comme un homme traqué dont on nie la liberté d’expression, un contribuable qui va bientôt voir s’abattre sur lui les limiers du ministère des fiances.. On entend  déjà dire que le fisc l’accuse de blanchiment d’argent, que des mouvements suspects de fonds en direction du Cameroun ont été détectés, qu’il doit au trésor public des sommes considérables, que son «théâtre» ne veut plus renouveler son bail, bref cet homme, par sa propre faute et son aveuglement antisémite, court à sa perte à une vitesse supersonique. L’horizon semble totalement bouché pour lui, sans le moindre espace de ciel bleu.. Pourtant, il ne tient qu’à lui de se régénérer.

    Cet homme doit retrouver l’usage de son libre arbitre, il doit faire son examen de conscience et ne pas choisir ce que le Psalmiste nomme une «terre de désolation» (Eréts guezéra) où règne la culture de la mort et du nihilisme. Pourquoi  ai je recours à la Bible hébraïque ? Eh bien, tout simplement parce que cet homme qui s’est si gravement fourvoyé porte (sans le savoir) un nom d’origine hébraïque qui correspond aussi au prénom français littéralement Natanaël : Dieu a donné !!

    Tout le monde peut se tromper, tout le monde peut se fourvoyer mais les portes du repentir sont largement ouvertes. Qu’il se repente donc et les choses iront mieux pour lui. Qu’il fasse teshuva, qu’il se détourne de son chemin vicieux et s’en tienne à ce qu’il fut jadis avant que l’esprit du mal et de la perversité ne s’emparent de lui.

    Mais pourquoi donc trouve t il un malin plaisir à tourner en dérision la Shoah ? Pourquoi donc flatte t il les bas instincts d’un public minable et désorienté qui se dit prêt à tout, juste pour rire sottement de tout et de n’importe quoi ?

    J’ignore la dénomination religieuse de Dieudonné et au fond elle ne m’intéresse pas, il est libre de croire ou de ne pas croire. Mais j’aimerais lui suggérer une lecture attentive du chapitre 18 d’Ezéchiel dans la traduction de la Pléiade. On y expose les fondements de l’individualisme religieux, c’est-à-dire en termes plus clairs, que personne ne paie pour les péchés de son père ou de son fils, seule l’âme pécheresse comparaîtra pour être jugée. Mais ce n’est pas sur ce point que je veux attirer l’attention, c’est sur la merveilleuse phrase que le prophète Ezéchiel met dans la bouche de Dieu: je ne recherche pas la mort du pécheur mais je souhaite qu’il abandonne ses mauvaises voies et qu’il VIVE !

    En fait, si Dieudonné  ne veut pas démentir son propre prénom, et s’il veut vraiment se montrer digne du prénom que ses parents lui ont donné, il doit changer, se rétracter, se repentir. Il retrouvera alors le sentier de la vie (orah hayyim) dont parle livre des Proverbes lequel ajoute : le sentier de la vie, POUR L’HOMME INTELLIGENT.

    Il doit faire preuve d’humilité mais aussi et surtout d’intelligence. Cette dimension lui a cruellement manqué depuis quelques années.

    Qu’il cesse de se fourvoyer et après tout, il lui sera pardonné. Une vieille tradition situe l’existence de la miséricorde et du pardon aux fondements de l’univers. Le monde ne pourrait pas subsister s’il était soumis exclusivement à la rigueur implacable du jugement. Il faut aussi une grâce dispensatrice de bienfaits.

    Encore faut il que ce Dieudonné (si mal nommé) accepte d’être enfin touché, à tout le moins, d’être effleuré, par la Grâce..

  • La Centrafrique et la France: bourbier ou guêpier?

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    La centrafrique et la France : bourbier ou guêpier ?

    On ne peut plus ignorer ce problème, tout en souhaitant que la France ait fait le bon choix en Centrafrique : la quasi totalité des commentateurs considère que l’intervention dans ce pays, intervention profondément généreuse et humanitaire, n’a pas été bien dimensionnée. Il fallait au moins 5000 hommes bien équipés comme le sont les troupes françaises sur place et non point 1600. Par ailleurs, il s’agissait d’une opération de police à effectuer par des policiers et des gendarmes et non pas par des forces combattantes même si une certaine présence de ces dernières s’imposait. Enfin, il ne fallait pas se faire d’illusions sur la présence ou l’efficacité des contingents africains qui semblent toujours avoir l’éternité devant elles, ne sont pas équipées et ne disposent pas d’avions de transport pour se rendre in situ. La France le savait et elle a fait comme si elle l’ignorait.

    En revanche, il faut louer la France pour la célérité de sa réaction tant au Mali qu’en Centrafrique, même si les deux interventions ne sont pas comparables. Au Mali, les troupes françaises ont victorieusement neutralisé les djihadistes, ont empêché la création d’un Afghanistan en pleine Afrique noire et sauvé des vies humaines, même si ce qui se passe à Kidal n’avait été vraiment prévu. En termes clairs : les autorités maliennes considèrent avec une certaine méfiance les négociations ourdies par les Français avec des forces centrifuges… Toutefois, si le drapeau noir des islamistes ne flotte pas sur les bâtiments officiels de Bamako, c’est à la France qu’on le doit.

    Mais alors pour quelles raisons n’a t on pas prévu de telles difficultés à Bangui et pourquoi avoir sous-estimé à ce point les besoins sur place ? Je ne m’en réfère plus aux commentateurs mais au rapport qu’un haut représentant de l’ONU a lu hier à New York devant le conseil de sécurité : la moitié de la population de ce pays, plus grand que la France, est menacée. Et là aussi, c’est la France qui a réagi la première, ses partenaires européens se sont contentés de l’écouter avec intérêt, un e certaine aide financière a été octroyée et seule la Pologne a fait un geste (dérisoire ?) en mettant à disposition un avion de transport et des pilotes..

    Bourbier ou guêpier ? Le ministre de la défense Jean-Yves Le Driant a dit qu’il n’y avait pas de danger d’enlisement. Soit. Mais comment les soldats français peuvent ils gérer ce qui se passe près de l’aéroport où plus de 100 000 personnes vivent dans une extrême précarité et une sécurité toute relative ? La responsable d’une ONG a affirmé hier sur LCI chez Michel Field que les humanitaires ne passaient plus la nuit dans ce camp près de l’aéroport car la violece y sévissait. Que faire ? Partir et laisser les ethnies rivales s’entretuer ? Rester malgré cet état d’impuissance et la montée d’une indéniable méfiance à l’égard de la France ?

    Cette position inconfortable ne pourra pas perdurer. Soit les Français partent, soit ils restent mais pour rester ils doivent soit augmenter le volume du contingent pour en faire un véritable corps expéditionnaire, soit recevoir une aide extérieure. Mais voilà, les Européens ne sont pas disposés à mettre le doigt dans cet engrenage africain où les problèmes sont immenses…

    Ma position, vous la connaissez, je n’ai donc pas besoin de l’exprimer de nouveau.

  • Les essais de philosophie juive d'Esther Starobinski-Safran

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    Les essais de philosophie juive d’Esther Starobinski-Safran

     

    Madame Esther Starobinski-Safran (E.S-S) professeur honoraire au département de philosophie de l’université Jean Calvin de Genève, vient de publier aux éditions Albin Michel un remarquable recueil regroupant différentes études de philosophie juive : l’auteur commence par une belle présentation des notions de paix et de guerre chez Philon d’Alexandrie et mène, par la suite, ses pénétrantes analyses jusqu’au XXe siècle avec Franz Rosenzweig, Martin Buber et Emmanuel Levinas.

     

    Lire ou relire certains extraits de l’œuvre Ô combien sublime de Philon, constitue toujours une délectation. Et ceux que l’on retrouve dans cette première étude de E. S-S ne font pas exception à la règle. Philon spiritualise et idéalise tout ce qu’il touche. Toutes son ouvre en est l’illustration, même s’il continue à garder les pieds sur terre. En jetant son dévolu sur ces deux notions opposées, la paix et la guerre, E.S-S montre que le maître alexandrin a su réintroduire sa vision idéaliste dans les récits bibliques et notamment les légendes patriarcales du livre de la Genèse. Les noms de Melchisédék et de Yérusalem sont interprétés dans ce sens : un roi de justice et d’équité pour une ville de paix. Dieu lui-même est présenté comme la seule entité qui connaît la sérénité absolue. Quant aux hommes, et notamment les plus sages d’entre eux, la paix tant interne qu’externe, reste leur objectif premier. Le sabbat est aussi considéré comme un maillon indispensable conduisant à la paix sur terre. Depuis le livre de Job  (25 ;1) jusqu’aux grands prophètes d’Israël (notamment Isaïe et Jérémie) Dieu lui-même constate que rien n’est plus profitable à Israël que la paix. Aaron le grand pontife est caractérisé par son amour et sa recherche constante de la paix. Mais la notion de guerre défensive, c’est-à-dire de légitime défense est aussi présente chez Philon. C’est l’idée du combattant pacifique qui se défend pour sauver sa vie et préserver la paix. Quand on réfléchit sur de si beaux textes, on ne peut s’empêcher de s’interroger : que serait devenue la philosophie juive, à quoi aurait elle ressemblé aujourd’hui si Philon et le midrash ne s’étaient pas mutuellement ignorés, ou si l’on n’avait pas attendu Azaria de Rossi pour redécouvrir Philon ? Ce contournement voulu ou accidentel de la pensée philonienne a pu profiter au christianisme primitif qui a absorbé une telle substance, se l’est incorporé et a pu bâtir sur son fondement l’antinomisme paulinien.

     

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  • Le cas Dieudonné et Pierre Joxe

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    Le cas Dieudonné et Pierre Joxe

    Certains d’entre vous, à Genève comme en Israël, se sont étonnés de mon silence concernant l’affaire Dieudonné. J’ai eu la chance d’écouter ce matin un homme que je connais et admire beaucoup, Pierre Joxe, qui était interrogé sur I-Télé. J’ai trouvé son intervention remarquable. Cet homme a été ministre de l’intérieur sous François Mitterrand et maintenant il est devenu avocat pour défendre une clientèle spécifique, celle de mineurs, français ou étrangers : un long article du Monde lui avait été consacré il y a quelques années. Il y rappelait ses origines judéo-protestantes dont il est fier et expliquait qu’ajoutées à ses convictions républicaines, elles lui commandaient de faire ce qu’il fait.

    Concernant l’humoriste en question, il trouve que le personnage est absolument inintéressant et qu’on lui a donné une surface médiatique qu’il ne méritait point. Je pense comme lui mais il a eu la sagesse d’ajouter que l’on ne pouvait pas en rester là et qu’il fallait agir. Il a raison. Il a aussi expliqué que cette affaire est devenue un sujet gouvernemental puisque le président de la République et le premier ministre se sont manifestés publiquement sur ce point.

    Alors que faire ? Les amis de ce personnage si controversé arguent de la liberté d’opinion et de l’autonomie des artistes et des humoristes qui ont le droit de dire tout ce qu’ils veulent. Soit, mais pas en se moquant des victimes de la Shoah.

    Par ailleurs, les préfets vont prendre dès cette semaine des arrêtés d’interdiction de ces spectacles en raison de troubles à l’ordre public. Il est regrettable qu’en 2014 on soit encore confronté à ce genre de choses.

    Mais je pense, pour ma part, que les choses seraient mortes de leur propre venin si l’on avait évité cette boursouflure médiatique d’un spectacle et d’un individu qui n’en valaient vraiment pas la peine.

  • L'Irak et Al-Quaida

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    V

    L’Irak et al-Quaida

     

     

     

    Ce qui est en train de se passer en Irak dans les villes de Falloudja et de Ramadié est vraiment inquiétant. Les insurgés affiliés à la mouvance islamique d’Al-Quaida, ont, à moins que tout ne trompe, mis l’armée irakienne en échec et contrôleraient l’ensemble d’au moins l’une de ces deux villes. Il faudrait que le torchon brûlait depuis un certain temps dans cette province de l’Anbar qui échappait lentement mais sûrement à l’autorité du gouvernement de Nouri al-Maliki, le Premier Ministre chiite accusé de marginaliser les Sunnites qui ont gouverné le pays sous Saddam Hussein, alors qu’ils n’étaient que 20% de la population globale … Aujourd’hui et depuis la chute du dictateur, les Chiites ont pris leur revanche et cherchent à faire sécession. M. El Maliki ne l’entend pas de cette oreille et a envoyé les forces spéciales reprendre la province, au lieu d’ouvrir de véritables négociations.

     

     

     

    Depuis que le premier ministre chiite a exigé le départ des Américains de son pays, les troubles ont fini des centaines de morts et l’Iran s’est infiltré dans le pays au grand dam des autres composantes de la mosaïque irakienne qui crient à l’ingérence. M. Al Maliki a beau rappeler que le pays est uni et doit le rester, il faut bien reconnaître que les Kurdes ont, par exemple, cimenté leur propre unité et gagné leur autonomie. Ils ont même leur propre milice armée qui veille sur la sécurité de leur province.

     

     

     

    La situation ne serait pas alarmante si le voisin syrien n’était pas en pleine déliquescence. Or, les groupes d’Al-Quaida livrent en Syrie un combat intense afin de faire chuter Bachar. Que se passerait il si les groupes des deux pays faisaient alliance ou unissaient leurs forces ? Aurions nous un nouvel Afghanistan en plein Proche Orient ? On n’imagine pas ce qui se passerait alors.. En outre, la coalition anti –al Maliki se renforce et risque fort de ne pas se tenir tranquille si les urnes ne lui donnaient pas raison dans un avenir relativement proche.

     

     

     

    Cela fait beaucoup dans cette région du monde : le Liban, l’Egypte, la Libye, la Syrie et l’Irak.. Mon Dieu, mais où allons nous ?

     

  • Les excès alimantaires des lendemains de fêtes

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    Version:1.0 StartHTML:0000000250 EndHTML:0000012363 StartFragment:0000002553 EndFragment:0000012327 SourceURL:file://localhost/Users/mauricerubenhayoun/Documents/Les%20exc%C3%A8s%20alimentaires%20des%20lendemains%20de%20f%C3%AAtes%E2%80%A6.doc

    Les excès alimentaires des lendemains de fêtes…

     

     

     

    Je me suis souvent posé la question suivante : mais pour quelles raisons les non Européens, disons les non judéo-chrétiens en général, nourrissaient une défiance, pour ne pas dire une haine sans cesse croissante à l’égard de nos valeurs, de notre mode de vie, en gros de l’ensemble de notre civilisation qui a, malgré toutes les critiques, apposé durablement son empreinte à toute l’humanité monothéiste et donc civilisée ? Et aussi, pour quelles raisons, l’autre grande civilisation, également monothéiste, combat nos valeurs  avec acharnement partout dans le monde, capturant des otages, tuant des Chrétiens en Afrique noire et ailleurs et tentant même, à l’occasion, de les convertir par la force à leur propre credo ?

     

     

     

    En effet, le monde civilisé ou prétendu tel, le nôtre, en gros, n’a peut-être pas encore su ni voulu restructurer les principes éthiques et religieux qui gisent à ses fondements. Quand nous disons culture ou civilisation, pensons nous vraiment à des concepts qui, pour parler comme Kant, devraient  sans le moindre doute s’appliquer à tous, donc avoir une valeur universelle transcendant toutes les différences et les variantes nationales ou autres ? Ce n’est plus si sûr et notre éthique, que Hegel voulait scientifique (wissenschaftliche Ethik), afin justement qu’elle connût une application sans restriction aucune, n’en est peut-être plus une…

     

     

     

    La culture disait une sociologue aujourd’hui presque oubliée, Margaret Mead, va de la manière de langer les bébés jusqu’à la mise en bière des morts. Elle englobe tout et ne laisse rien en dehors d’elle. Cette vision globalisante que nous héritons du découvreur de la philosophie de l’Histoire, celui là qui prétendait avoir fait le tour de tous les concepts et qu’après lui, on ne ferait que répéter ou commenter, oui cette approche a quelque chose de totalitaire : ne dit-on pas que l’un des péchés capitaux de Hégel fut justement d’avoir divinisé l’Etat (notamment prussien), d’avoir conféré à sa spéculation un trait de l’absolu et d’avoir même affirmé que la pensée trinitaire préfigurait le raisonnement logique par excellence : thèse, antithèse et synthèse !) ? N’oublions pas que ce grand philosophe parlait parfois de la France comme d’un Negervolk… Je vous laisse traduire cette expression parfaitement délicate.. Mais on ne saurait le résumer à ces détails.

     

     

     

    Après cette brève entrée en matière, redemandons nous pourquoi notre discours philosophique et notre modèle culturel ne font plus recette. Penchons nous sur ce qui a occupé nos esprits, nos cœurs, nos familles, nos enfants, nos amis, bref tout absolument, ces dernières semaines, depuis grosso modo la mi-décembre jusqu’à aujourd’hui : les fêtes, les cadeaux, la nourriture (et pour les plus privilégiés la haute gastronomie), les boissons alcoolisées, les bons cigares (dont je raffole à Genève, je dois ‘avouer pour être juste), bref, toutes sortes de réjouissances matérielles, pendant tout ce temps nos préoccupations ont été stomacales ou même infra stomacales…

     

     

     

    Mais pourquoi dis-je tout cela, alors que j’ai déjà commis ici même une chronique, qui fit quelque bruit, sur Noël est –il encore Noël ? La réponse est la suivante : j’ai vu sur des chaînes de télévision un reportage sur les lendemains de fêtes où des gens qui avaient trop bu et trop mangé vont dans des pharmacies se faire délivrer des décoctions, des élixirs pour guérir de ce qui leur paraissait être un plaisir, celui de la table… Incroyable ! Comment une civilisation, telle que la nôtre, fondée sur des monuments littéraires et religieux quasi insurpassables, aussi vénérables et beaux que la Bible et les Evangiles a pu en arriver là ? Permettre de trop boire et trop manger à l’occasion des fêtes (et quelles fêtes, originellement religieuses puisque le 24 au soir c’est la naissance de Jésus et le 1er janvier, ce fut aussi sa circoncision : mais ce dernier détail, présent dans l’almanach de la Poste de mon enfance, a disparu depuis), oui, comment s’est opérée cette dévaluation de célébrations originellement spirituelles ? Personne n’a jamais songé à re-spiritualiser nos fêles, leur insuffler un peu de l’esprit sacré et religieux (sans fanatisme) qui en est la motivation et leur fondement social ?

     

     

     

    Voulez vous savoir ce que cette attitude me rappelle ? La décadence, voire la dégénérescence de l’empire romain, et, partant, celle de notre civilisation qui en est l’héritière. Et cela me fait penser aux critiques de la Rome antique (Tacite, notamment) qui décrivaient les gourmands pour ne pas dire les goinfres qui mangeaient, mangeaient jusqu’à en être malades et provoquaient un vomissement pour reprendre leur petit jeu : manger encore et toujours, puis vomir de nouveau.. Et remettre cela ! Tacite (que je prise modérément en raison de son antisémitisme : pensez, il a écrit que les juifs pratiquaient la circoncision pour mieux se reconnaître dans les thermes romains !!) dans sa Germanie, est bien conscient de la décadence de sa nation et lui présente en guise d’exemple à suivre, les Germains, race noble à ses yeux, qui est restée fidèle à ses idéaux du temps jadis et n’a pas reculé…

     

     

     

    Le déclin couronne généralement la décadence. Comment voulez vous que les immigrés qui vivent parmi nous s’assimilent à nos mœurs et à nos pratiques lorsqu’ils voient les effets dévastateurs de nos excès aux lendemains de fêtes ? Cette remarque ne veut rien gâcher du tout, elle tend seulement à remettre en ordre et en état de bonne marche notre conscience.

     

     

     

    Un philosophe andalou de religion musulmane, luminaire du Moyen Age de Cordoue, que je cite souvent ici et dont j’ai édité maints manuscrits en traduction hébraïque ; écrivait dans son Régime du solitaire (Tadbir al-Mutawwahed) que la société parfaite ne requiert ni juges ni médecins car car peut déterminer par lui-même ce qui est bon ou nuisible, où vont ses droits et où commencent ses devoirs…

     

     

     

    Il n’est pas inutile de s’en souvenir puisque commence la galette des rois. Me revient à l’esprit une phrase de grand homme que fut Saint Augustin : Faites tout mais avec modération…

     

     

     


     

     

     

     

     

     

     

  • Ariel Sharon et sa trace dans l'Histoire

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    Ariel Sharon et sa trace dans l’Histoire Hier soir, sur une chaîne française, j’ai entendu un journaliste parler d’Ariel Sharon en des termes déplacés, allant jusqu’à lui reprocher les massacres de Sabra et de Chatila, qui furent, comme chacun sait perpétrés par des milices chrétiennes libanaises, désireuses de se venger des Palestiniens, responsables, selon elles, des désordres graves et de la guerre civile ravageant alors le pays du Cèdre.. Il y eut aussi l’assassinat du président Béchir Gemayel, commis par les Syriens et leurs féaux libanais. Il est indéniable que Menahem Begin et Ariel Sharon voulaient trouver une solution définitive aux agressions contre Israël à partir du Liban, ce qui contraignit Tsahal à aller à Beyrouth afin d’en chasser Arafat et ses miliciens. Ce qui fut fait. Lorsque les Israéliens parvinrent dans la capitale libanaise et ses environs, leurs alliés chrétiens leur faussèrent compagnie pour s’en prendre gravement aux réfugiés palestiniens : il est donc inexact d’affirmer que cela fut fait avec la complicité délibérée de Sharon et des unités de Tsahal qui encerclaient ces camps par mesure de sécurité. Lorsque l’enquête parlementaire eut lieu en Israël, aucune preuve ne fut apportée impliquant Ariel Sharon. Et si tel avait été le cas, cela aurait stoppé sa carrière politique tout simplement et une fois pour toutes. Les adversaires d’Ariel Sharon en Israël et dans le monde sous estiment la valeur de sa décision stratégique et gravement impopulaire de quitter la bande de Gaza. S’il avait été le centurion sanguinaire et sans scrupules, aurait-il offert ainsi, presque sur un plateau d’argent tout ce territoire à ses ennemis ? C’est peu probable. En revanche, il est fort possible qu’un dessein politique moins généreux et même plutôt intéressé ait sous-tendu cette évacuation : enfoncer un coin entre les factions palestiniennes et en faire des frères ennemis irréconciliables. On peut dire que cet objectif a été atteint. Mais aujourd’hui, alors que Ariel Sharon est immobilisé depuis huit années, que se passe t il en Palestine et que se passe t il au Liban ? Qui pourrait imputer à une main invisible les attentats à répétition qui ensanglantent la capitale libanaise ? Les factions libanaises se livrent une guerre de l’ombre sans merci. Le pays lui-même n’a pas de gouvernement depuis plus de huit mois. Et le Hezbollah s’est engagé militairement en Syrie aux côtés de Bachar, permettant au conflit de déborder au Liban. Tout esprit doté de saines facultés se dirait qu’il est temps aujourd’hui de parler de paix au lieu de s’entretuer. C’est hélas mal connaître le Moyen Orient : Le secrétaire d’Etat John Kerry en sait quelque chose, lui qui entame des navettes entre son pays et la zone depuis si longtemps, au point de faire penser au fameux diplomate suédois Gunnar Jarring

  • Faut il maintenir le général Ariel Sharon en vie artificiellement?

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    Faut-il continuer à maintenir en vie l’ancien premier ministre d’Israël, le général Ariel Sharon ?

     

     

     

    Pour l’Etat d’Israël et la société israélienne, l’année civile commence avec un redoutable défi : quelle décision prendre en ce qui concerne cet acharnement thérapeutique qui dure depuis plus de huit années, au cours desquelles le général Sharon a été maintenu en vie artificiellement ? Je le dis d’entrée de jeu avant même la conclusion : je ne sais pas, je me demande simplement qui doit décider : est ce la famille du patient ou sont ce les médecins ? Et justement, comble de malchance, la famille opte pour le maintien en vie coûte que coûte, alors que les médecins de l’hôpital Tel ha-Shomer ne sont pas d’accord.

     

     

     

    Pourquoi ce soudain regain d’intérêt pour la santé du général ? C’est qu’au bout de ces huit années, ses reins ne fonctionnent plus normalement et la question est de savoir s’il faut le dialyser ou non. Les médecins sont réticents alors que les fils d’Ariel Sharon ne veulent pas que leur père disparaisse ainsi… On peut les comprendre comme on peut comprendre les médecins. Mais par delà ce cas personnel, c’est une grave question d’éthique médicale qui se pose. Et ce dilemme est sérieusement compliqué par l’attitude de la tradition juive dans ce domaine. Permet elle de débrancher les machines d’assistance respiratoire et cardiaque ou l’interdit elle ? C’est toute la question.

     

     

     

    Je sais que la société israélienne, véritable laboratoire des valeurs bonnes ou mauvaises  de notre temps et de leur compatibilité avec l’évolution des mœurs, aime ce genre de confrontation qui la tiennent en haleine de temps en temps. Mais dans ce cas précis, il ne s’agit pas d’un citoyen lambda, il s’agit d’une des grandes figures de l’Israël contemporain, d’un ancien premier ministre, d’un officier de Tsahal le plus décoré, de l’homme qui est entré avec ses chars à Beyrouth, bref un homme dont la vie se confond avec celle de son pays et dont le sort aura nécessairement un impact sur l’Etat d’Israël…

     

     

     

    On peut aussi se demander s’il est opportun que les lois religieuses s’immiscent dans un problème strictement médical. Ces questions ne se  posaient pas en ces temps reculés en raison d’une médecine se trouvant dans ses premiers balbutiements. D’un autre côté, la médecine ou la science en général ne saurait tenir lieu de morale : la médecine ne domine pas l’éthique médicale. Au contraire, elle est lui est soumise et ne doit pas l’absorber. La question s’était déjà posée pour les fameux bébés-médicaments.

     

     

     

    Franchement, je ne voudrais pas être à la place des médecins ni à celle de la famille. Mais moralement je les soutiens quelle que soit la décision prise.

     

  • Les voeux du président Hollande; une tradition bien française

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    Les vœux du président François Hollande aux Français

     

    C’est une tradition typiquement française, le président du pays présente ses vœux à ses compatriotes et leur donne une idée de ce qu’il entend faire durant l’année qui commence. Cette fois ci, depuis son accession à la magistrature suprême, les choses se sont compliquées et M. Hollande s’est empressé de le dire d’entrée de jeu : année 2013, difficile et intense, une année que les Français ont ressenti très durement pour au moins deux raisons : le chômage qui ne faiblit pas et les impôts qui furent particulièrement lourds, voire insupportables pour ceux qui ont dû les payer. Le président en a convenu.

     

     

     

    Qu’ a-t-il promis au juste ? Là règne une certaine accumulation  qui jouxte un peu la confusion. Le président a tenté de rassurer en disant que les impôts n’augmenteraient plus mais déjà l’opposition crie au scandale et pointe les dénis et les fuites de la réalité.

     

     

     

    Mais Fr. Hollande a tout de même innové en proposant aux entreprises un nouveau pacte, et surtout en promettant de réduire les dépenses publiques, ce que l’opposition réclamait à cor et ç cri depuis son élection. Il est même allé plus loin en soulignant que les déficits de la sécurité sociale ne pouvaient pas continuer et qu’il était très au fait de ces dysfonctionnements récurrents… Ce qui veut dire que le dossier sera enfin pris à bras le corps.

     

     

     

    Le président a aussi fait une remarque que les commentateurs patentés vont scruter sous toutes ses coutures : il entend suivre en personne les dossiers en question, ce qui laisse planer quelques doutes sur la constitution actuelle du gouvernement.

     

     

     

    Tous les experts, à l’exception de ceux qui se veulent des militants avant toute autre chose, donnent le choix entre deux pistes pour redresser les comptes et assainir la situation : augmenter les impôts et / ou réduire les dépenses publiques. Jusqu’à ce jour, le gouvernement a tout misé sur les impôts, causant une très grande exaspération des Français. La colère grondait et Fr Hollande a, semble-t-il, compris, ce qui se passait. Le problème est que la gauche ne peut pas trop réduire les dépenses sociales car celles-ci bénéficient en tout premier lieu à son électorat. Il est vrai qu’aujourd’hui le gouvernement se trouve à la croisée des chemins ; il ne peut plus différer des mesures que tout le monde réclame.

     

     

     

    Sera t il enfin entendu ? Réduira t il les dépenses sociales dans des proportions acceptables pour les rien et supportables pour les autres ? C’est un véritable cas de conscience : on se trouve entre le marteau et l’enclume.

     

    Gouverner ce pays est un art difficile.