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  • Questions syriennes…

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    Questions syriennes…

     

    Les récents développements en Syrie suscitent bien des interrogations dont nous attendons les réponses. Et le développement le plus sillant et le plus extraordinaire est effectivement l’attentat perpétré contre les hommes clés du système sécuritaire du régime d’el Assad.

     

    Comment, donc, des membres de corps francs, en guenilles, mal équipés et mal commandés, ignorant tout de l discipline militaire, ont-ils pu pénétrer le cœur d’un régime policier parmi les mieux protégés au monde ? La réponse ne fait pas le moindre doute : ils ont bénéficié de l’aide stratégique de services de renseignements, arabes et occidentaux. Une telle action d’éclat n’aurait jamais pu être réalisée sans cette aide, à la fois fine,, aboutie et très bien pensée. Les insurgés, à eux seuls, auraient agi à la manière d’al-Quaida : on sélectionne un candidat prêt au suicide qu’on place au volant d’un camion chargé d’explosifs et qu’on lance à toute vitesse contre le bâtiment visé. Ce fut le modus operandi à Bagdad et ailleurs. Le résultat obtenu eut été aléatoire, c’est la différence qui sépare le sniper, le tireur d’élite de celui qui tire dans le tas. Or, cela ne fait pas encore partie de la culture des insurgés syriens… Mais il ne fait pas écarter un hypothèse voisine, le ralliement de certains membres des services sécuritaires syriens qui lâchent un régime en perte de vitesse. Le plus étonnant est que Bachar en personne eût pu figurer parmi les victimes…

     

    L’autre sujet d’étonnement et qui signe la présence indéniable d’experts étrangers aux côtés des insurgés, c’est l’apparition, soudaine, ces derniers jours, d’actions stratégiques coordonnées, ordonnées, suivant scrupuleusement un plan préétabli. Certes, on peut attribuer ces performances à la prise en main des opérations par des généraux qui ont fait défection et communiquent à leurs nouvelles troupes les points faibles du système sécuritaire. Ce n’est pas à exclure. Mais, je le répète, la bataille de Damas, est un pas décisif et assez risqué qui témoigne d’un changement totale. Cette hypothèse est renforcée par l’insurrection qui secoue Alep, la seconde ville du pays. Enfin, le troisième point qui devrait sérieusement inquiéter ce qui restent des troupes loyalistes, c’est le grignotage, le mordançage des extrémités du pays : les frontières. En prenant le contrôle de plusieurs postes frontières avec l’Irak et la Turquie, les insurgés libèrent des portions du territoire national qui leur permettent d’accueillir des experts étrangers mais aussi des armes et des munitions.

     

    On se rapproche donc de la fin. Comment de temps durera la contre offensive de Bachar ? Ses troupes sont épuisées par plus de 18 mois de répression. A moins de 100 km de Damas, veillent, sur le Golan, l’artillerie lourde et les canons à longue portée des Israéliens… Le risque de démembrement de la Syrie existe, il est bien réel. Je ne vois pas Bachar et son clan quitter avec armes et bagages la Syrie qu’ils ont toujours considérée comme leur propriété personnelle. Le clan alaouite se barricadera sûrement dans la région de Lattaquié où ils créeront une entité politique nouvelle. A l’abri des canons russes de la base navale de cette cité.

     

    Bachar ne réussira pas à reconquérir Damas qu’l quittera pour Lattaquié. Mais il ne quittera pas la Syrie.

  • Bon mois de Ramadan, joyeuses fêtes aux Musulmans

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    Bon mois de Ramadan, joyeuses fêtes aux Musulmans

     

    Le mois de Ramadan est un mois sacré pour les musulmans. Ils ajoutent toujours en évoquant ce mois, les épithètes de prédilection et de sacralité ( shahr al fadil wal moubarak). Durant ce mois de prières et de repentance, l’adepte de l’islam amende sa présence au monde (maslahah), ses relations avec ses voisins, une sorte de jour des propitiations (yom kippour) qui lui, dure un mois, trente fois plus.. N’oublions pas aussi les veillées de prières des Américains et le jour de repentance et de prières des Allemands, Bet- und Bußtag

     

    On a souvent parlé de la notion de djihad pour s’en méfier et s’en préserver. Mais on oublie presque toujours que cette racine a aussi donné le terme ijdihad qui signifie : se confronter au texte sacré pour en extraire une exégèse appropriée. Alors que la Tora ne revendique que soixante dix facettes, le texte sacré des musulmans ont revendique, lui, soixante-dix mille…

     

    D’où cette mise en garde du Coran qui recommande de ne pas s’engager dans des controverses religieuses avec des adeptes d’autres religions du Livre (la Bible : ahl al-Kitab). En fait, on apprend au bon croyant de remporter des victoires pacifiques sur lui-même, d’aller au bout de ses possibilités psychologiques, de se pénétrer de la sacralité du texte révélé et d’aimer son prochain.. C’est donc un vibrant appel à grandir et à se grandir en grandissant la gloire de Dieu (ad majorem gloriam Dei) qui est lancé durant ce mois ci.

     

    Assurément, il y a, hélas, loin de la coupe aux lèvres et nombre de mes lecteurs pourraient penser que je vis dans un autre univers, irénique, idéel, voire irréel. C’est vrai. L’islam et le discours sur l’islam ne se recoupent pas toujours parfaitement. Pourtant il existe à la fois un islam spirituel, celui d’Ibn Arabi (ob. 1240), et un islam libéral, comme il existe un judaïsme libéral ou un christianisme social (sozialchristentum), c’est-à-dire des mouvements qui prennent naissance dans un creuset religieux mais qui finissent par le dépasser et transformer.

     

    Un être humain qui jeûne tout un mois, récite cinq fois par jour ses prières, ne devrait pas nourrir la moindre once de haine dans son cœur. C’est la remarque faite par les vieux prophètes hébreux du VIIIe siècle avant notre ère, Isaïe notamment, qui critiquaient ceux qui jeunaient, priaient, offraient des sacrifices tout en se conduisant très mal dans leur vie quotidienne.

     

    Je pense, venant de l’extérieur de l’islam, que le jeûne et la prière peuvent avoir une dimension cachée, supérieure, laquelle est nécessairement d’essence spirituelle. Au fond, toutes les religions, toutes les spiritualités se rejoignent sur ce point : l’homme tente de s’affranchir de sa nature charnelle pour jeter à des moments précis de son existence des clins dans un univers étranger, celui d’où provient son âme. En ce sens, nous nous ressemblons tous tout en tenant fermement à nos traditions religieuses respectives.

     

    Je me souviens d’une phrase de Théodore Monod, rencontré lors d’un séminaire protestant au Bois Tiffrais, berceau vendéen du protestantisme. Nous parlions des spiritualités et des religions révélées. Monod me raconta alors l’histoire suivante : un jour, alors qu’il effectuait des recherches dans un désert d’Afrique, il fit une halte pour la nuit dans un campement dirigé par un marabout parlant français. Le saint homme invita notre génial explorateur sous sa tente et lui offrit un verre de thé. Il lui tint ensuite le discours suivant, à peu de choses près : Monsieur Monod, vous êtes un grand homme de science, donc un homme de Dieu puisque vous cherchez la vérité. Pourquoi donc ne vous convertissez vous pas à l’islam qui est la vraie religion ? Théodore Monod lui répond : Mon cher collègue, quand on monte, on finit toujours par se rejoindre. Quel que soit le versant de la montagne qu’on escalade, le sommet atteint est le même pour tous…

     

    L’histoire ne dit pas si le marabout a compris cette allégorie digne des discours paraboliques de Jésus dans l’Evangile.…

    Bonne fête de Ramadan.

     

    In TDG du 21 juillet 2012-07-20 Maurice-Ruben HAYOUN

  • Jacques-Pierre GOUGEON/ France Allemagne : une union menacée ?*

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    Jacques-Pierre GOUGEON/ France Allemagne : une union menacée ?*

    Voici un livre qui arrive, pour ainsi dire, à point nommé : d’abord pour son auteur, devenu entre temps, le conseiller spécial du Premier Ministre français Jean-Marc Ayrault, et pour le sujet lui-même qui continuer de jouir d’une actualité brûlante. Le lien franco-allemand, ce couple, ce moteur qui sert de locomotive à l’Europe, est-il menacé ? C’est le sous titre de cet ouvrage très stimulant ,qui fourmille d’aperçus judicieux et témoigne d’un une minutieuse connaissance du sujet par l’auteur.

     

    Quiconque se plonge dans la lecture de ce livre, rédigé dans un style élégant et sobre, a l’impression de lire l’étude d’un contraste, tant l’auteur pose les vrais problèmes qui voilent un peu le beau ciel bleu franco-allemand. Pas de langue de bois, pas de clins d’œil, juste des faits, des comparaisons bienvenues, dépourvues de toute complaisance : on se félicite que le livre ait été écrit avant l’entrée en fonctions de son auteur…

     

    Le premier chapitre est d’une lecture assez rude pour un Français, fût-il un germaniste aguerri et un germanophile avéré. Ce n’est pas le style qui est en cause, mais simplement l’image que se font de la politique française certains éditorialistes et publicistes allemands, une image qui pourrait choquer, tant les thèmes du déclin et du décrochage de la France sont omniprésents dans la presse d’outre-Rhin. JPG se demande donc, tout à fait légitimement, s’il faut opposer une France affaiblie à une Allemagne en pleine croissance, affichant une prospérité presque insolente. Je ne peux pas reprendre par le menu la démarche ni le raisonnement de l’auteur qui étaie parfaitement son propos. On chercherait vainement ailleurs un tel maillage, tant la liste des articles et livres cités est impressionnante.

     

    Mais les prises de position ou les appréciations, plus ou moins subjectives de tel publiciste ou de tel autre peuvent se discuter, les faits historiques, la mémoire de ces deux peuples que sont la France et l’Allemagne ne manquent pas de réserver des surprises lorsqu’on se penche sur leurs visions du passé. Dans les toutes premières années de la République fédérale, on parlait beaucoup de Vergangenheitsüberwältigung (maîtrise du passé) : c’est l’objet du second chapitre de ce livre, probablement le plus riche et le plus abouti.

     

    J’avoue avoir été assez abasourdi en lisant les faits mentionnés par JPG, notamment concernant la seconde guerre mondiale et ce qu’il faut bien nommer la guerre d’Algérie, et non plus, comme l’écrivait jadis si pudiquement l’Echo d’Oran, «les événements»… L’auteur pointe le caractère artificiel de cette mémoire artificielle, fabriquée par des hommes politiques et des historiens présentant une France entièrement acquise aux idéaux de la Résistance et ayant refusé, dans son écrasante majorité, de collaborer avec l’occupant nazi. Nous sommes des millions à croire que le fameux mur de l’Atlantique, censé empêcher toute tentative de débarquement, avait été érigé par les Allemands. Il n’en fut rien, il le fut, certes, sous leurs ordres mais par des milliers d’ouvriers et d’entreprises bien tricolores… On lit ici aussi que certains Français dont on taira charitablement le nom en raison de leur passage à l’éternité, avaient librement répondu aux demandes allemandes de main d’œuvre lesquelles n’avaient rien à voir avec le STO (service du travail obligatoire), au motif que l’offre était alléchante. On relève aussi que même en 1951 un important cardinal de notre pays faisait applaudir le nom du maréchal Philippe Pétain dont la tombe sera fleurie bien des années après… Que l’on me comprenne bien : il n’y a là aucun esprit vindicatif ( les Allemands disent : Rache bis ins Grab !) : loin de moi, pareille idée. Mais le réhabilitation, même biaisée, même indirecte de Vichy, est particulièrement malvenue. Pourtant, la démarche a été tentée…

     

    Dieu sait que les défauts de Jacques Chirac sont plutôt nombreux, tant sur le plan personnel que sur le plan politique. Mais l’Histoire, la grande, celle qui marque, retiendra qu’il fut le premier à dénoncer comme il convenait, la rafle du Vel d’hiv : ce jour là, la France a commis l’irréparable… Il fallait oser, il l’a fait.

     

    Un autre grand chapitre de l’histoire française récente, presque une autre plaie béante qui refuse de cicatriser, l’Algérie : La torture, pourtant dénoncée par des ministres de l’époque, reconnue par des généraux en charge du maintien de l’ordre, mais surtout l’abandon à leur très triste sort des harkis, massacrés, martyrisés, eux et leur familles par les nouveaux maîtres de l’Algérie qui s’étaient pourtant engagés par écrit à ne pas tenir compte de ce qui s’était produit avant la signature des accords d ‘Evian.

     

    Toujours, ce passé qui ne passe pas (p 76), cette mémoire encombrante, partagée ou non, meurtrie, enfouie, édulcorée, partisane, mais jamais, ou pas encore, apaisée et assumée. Le général de Gaulle, qui ose, (alors qu’il avait personnellement connu la défaite, l’exil, l’ingratitude et l’abandon) distinguer entre les rapatriés (les Européens, les Pieds noirs, les Français d’Algérie) et les réfugiés que seraient, selon son raisonnement, les harkis dont la France ne serait pas la mère alors qu’ils sont morts pour elle…

    Et JPG a raison de conclure son propos par une phrase plutôt tranchée (p 83) : on le voit, la France peine à regarder son passé récent avec lucidité…

    Quid de notre voisine, l’Allemagne ? Les choses se présentent de façon radicalement différente, le pays ayant été divisé à la suite de la défait nazie et l’émergence de deux Etats allemand admis à l’ONU a fait le reste. Pendant quatre décennies, l’Allemagne en tant que telle n’existait pas et les conflits mémoriels étaient puissants, la RDA rejetant sur sa voisine la RFA l’héritage de la politique Bismarcko-hitlérienne et s’accordant à elle seule une noble et irréprochable tradition antifasciste. La réunification du pays a donc constitué un énorme défi à la fois pour les contemporains, obligés de revoir tous leurs raisonnements précédents, mais aussi pour ceux, nés après 1990, qui ne disposent que d’une connaissance livresque de l’histoire récente. On se souvient, dans un tout autre contexte, de la phrase un peu maladroite du père de l’unité allemande, Helmut Kohl parlant de la grâce d’une naissance tardive, le soustrayant à toute question embarrassante sur ce qu’il aurait pu faire du temps du régime national-socialiste.

     

    L’historiographie est un art à la fois difficile et risqué, je pense à un ouvrage très fin et bien écrit de Stefan Heym sur le roi David, ce dernier ne servant que de prête-nom pour décrire une situation à laquelle l’écrivain était confronté dans son pays, la RDA. Voici le cadre fictif de cette affaire : Le roi Salomon sélectionne un comité de sages pour rédiger une chronique à la gloire de son père, le roi David. Mais le comité ne suit pas vraiment. Alors le roi Salomon réécrit le rapport du comité sur son père tel qu’il le souhaite, un peu comme le comité central du parti des paysans et des travailleurs imposait sa loi et sa vision des choses. De l’histoire nous passons à l’hagiographie et à la légende, un peu comme le firent les deux livres de Samuel en retraçant la saga du roi David.

     

    L’histoire de nos deux pays présente des différences considérables, la France n’ayant pas subi ce que ses voisins d’outre-Rhin ont eu à subir en raison du régime hitlérien. La question de l’identité est très présente en Allemagne, elle l’est beaucoup moins de ce côté ci de la frontière., C’est un peu comme si les Allemands passaient une bonne partie de leur temps à s’interroger sur eux-mêmes…

    Et je comprends mieux, dès lors, ces deux expressions assez récurrentes dans le grand hebdomadaire de Hambourg (Die Zeit) : meinungsbildend und identitätsstiftend… (formateur d’opinion et fondatrice d’identité)

    Voici un livre qui fera date par la solidité de sa documentation et la finesse de ses analyses. Je ne ferai qu’un tout petit reproche (qui ne compte pas vraiment) de germaniste à germaniste : certaines phrases sont trop longues, un peu à la Thomas Mann… Mais cela n’enlève rien aux grandes qualités de cet ouvrage.

     

    Maurice-Ruben HAYOUN

    In Tribune de Genève du 20 juillet 2012

    *Paris, Armand Colin.

  • Rumeurs de coup d’état à Damas…

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    Rumeurs de coup d’état à Damas…

     

    Des rumeurs, même les plus folles, circulent dans les salles de rédaction en Occident : on se demande ce qui s’est vraiment passé à Damas il y a plus de trente six heures après l’annonce de la mort violente d’au moins trois personnalités de premier plan au sein de l’appareil sécuritaire du pays : ont ils été vraiment victimes d’un attentat perpétré par l’armée syrienne libre ou s’agit il d’une purge cachée qui met fin, peut-être à des complots entre personnalités soucieuses d’écarter Bachar du pouvoir ?

     

    Je dis tout de suite que je crois guère à cette mise à l’écart radicale de soi-disant dirigeants, réunis en vue de préparer la relève et de prendre le pouvoir, même si, dans le cadre d’un tel régime, les liquidations au sein même de l’équipe dirigeante et du sommet de l’Etat sont monnaie courante…

     

    En effet, ce qui frappe, ce sont de prime abord les conditions de cet attentat : comment avoir réussi à introduire des explosifs dans la salle même où se réunissaient des dirigeants de tout premier plan ? Comme ce pays policier où fourmillent les services de sécurité a t il pu laisser se produire une telle chose, sans que l’une des fractions du pouvoir n’y soit associée ?

     

    Il y aussi la personnalité des victimes : le propre beau-frère de Bachar est mort dans cette explosion, or sa toute puissance était avérée. N’a-t-il pas été des années durant à la tête de la très redoutée sécurité militaire ? Est-il soudain devenu gênant pour les autres car il en savait trop ? Se préparait-il à faire défection pour sa peau et s’enfuir ? Autant de réponses demeurées sans réponse tant l’opacité du régime syrien est impénétrable…

     

    Ce qui frappe aussi les journalistes, c’est l’absence de la moindre photographie de l’immeuble où se serait produit l’attentat. Tout ceci est très étrange, surtout si l’on y ajoute les rumeurs selon lesquelles Bachar aurait quitté Damas où il ne se sentait plus en sécurité pour se réfugier à Lattaquié où ses partisans claniques sont nombreux et solidement implantés.

     

    Il se pourrait aussi que toutes ces supputations fussent absolument fausses, mais comment le savoir de science sûre ? En revanche, une chose est certaine : les jours de ce régime sont comptés, dans un cas comme dans l’autre. Que ce soit un authentique attentat ou un complot qui a coûté la vie à ses auteurs.

  • La bataille de Damas a commencé : la fin du régime de Bachar el-Assad

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    La bataille de Damas a commencé : la fin du régime de Bachar el-Assad

     

    Au moment où nous écrivons, la guerre civile en Syrie connaît un tournant : sans rien dire, les rebelles, armés par les pays arabes conservateurs (Arabie Saoudite, Qatar et les Emirats Arabes Unis) ont silencieusement fourni aux insurgés les armes nécessaires pour affronter les forces du régime au sein même de la capitale. Comment s’est opéré ce tournant ?

     

    Lassés de voir que les Russes et les Chinois faisaient obstruction au Conseil de sécurité de l’ONU, les pays en question ont aidé les rebelles qui ont coordonné leurs efforts et unis leurs forces pour venir à bout du régime. On se bat dans les faubourgs de la capitale syrienne et les télévisions satellitaires arabes rendent compte de ces combats acharnés pour le contrôle de la capitale. J’ai entendu des généraux rebelles, qui ont fait défection, dire qu’ils lutteraient jusqu’au bout pour la victoire. En fait, les Russes ont fait preuve d’autisme en soutenant jusqu’au bout un régime que ses actes cruels condamnaient .

     

    Il semble bien que le régime ne tiendra plus très longtemps. Selon les renseignements militaires israéliens, Bachar el Assad a dû dès hier dégarnir le front du Golan pour appeler à la rescousse des divisions blindés qu’il jette dans la bataille. Israël ne bougera pas mais cela prouve que le régime jette ses dernières forces dans la bataille. Les Russes ont donc mal défendu leurs intérêts en Syrie : au lieu de tempérer Bachar et lui faire entendre raison, ils ont cru qu’une solution militaire prévaudrait contre tout un peuple qui défie la mort pour vivre enfin dans la liberté.

     

    J’ai entendu un débat d’une violence extrême sur al-Jazeera, opposant les partisans du régime aux représentants des insurgés. C’est un point de non retour : tous demandent le départ de Bachar alors que les Russes s’opposent justement à cette mesure. L’après Assad est en marche. Je ne sais pas si les données fournies par les insurgés sont véridiques mais ils ont parlé d’un million et demi de déplacés au sein même du pays et d’un flot sans cesse en augmentation d’hommes, de femmes et d’enfants fuyant les bombardements pour se réfugier dans les pays voisins. Plus grave encore : ils parlent d’une centaine de généraux et d’officiers généraux qui ont déserté pour se mettre du côté des insurgés. Comment la diplomatie russe peut-elle faire preuve d’une elle cécité ?

     

    L’intérêt bien compris des Russes serait de nouer des contacts avec les insurgés pour pouvoir ensuite négocier la défense de leurs intérêts en Syrie. On parle de dizaines de milliards d’investissements russes en Syrie.

     

    Les troubles en Syrie vont révolutionner la situation au Proche Orient. Le Hezbollah n’est pas en odeur de sainteté en Syrie. L’alliance avec l’Iran ne dupera pas non plus. Le pays, à ce qu’on dit, est en ruines. L’économie est paralysée, l’extraction de pétrole est stoppée et les fonctionnaires ne pourront plus être payés. Certains journaux des pays du Golfe commencent à dire ouvertement que le régime, imité des décennies durant par les autres états de la région ont instrumentalisé la ause palestinienne pour imposer des régimes dictatoriaux. Ces derniers tombent les uns après les autres ; même le Soudan connaît des troubles après une partition douloureuse. Le Liban voisin de la Syrie redoute par dessus tout une extension de la guerre sur son territoire.

     

    La fin de cet été connaîtra un Proche orient nouveau. Peut-être vivons nous les prémices d’une époque nouvelle. Khadafi n’est plus là, Moubarak est retourné dans a prison, Ben Ali s’est enfui, Ali Abdallah Saleh est parti. C’est un véritable tremblement de terre qui s’est produit. Et pendant ce temps, Kofi Anan fait du tourisme à Moscou, Bgdad, Damas et Téhéran.

     

    Les surgés syriens ont compris qu’il ne servait à rien d’attendre quoi que ce soit de l’ONU. Au fond, la leçon de l’histoire est la suivante : l’ONU connaît le plus grave discrédit de son histoire.

  • Qui doit être astreint au service militaire en Israël ?

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    Qui doit être astreint au service militaire en Israël ?

     

    La situation en Israël rendait cette réforme nécessaire tant du point de vue de l’égalité entre les citoyens que du point de vue éthique. De quoi s’agit-il ? Il y a dans cette société un peu spéciale au moins deux catégories, certes de poids et de nature radicalement différents, qui bénéficient depuis 1948 d’une sorte de traitement de faveur ou de discrimination positive : le groupe ultra-orthodoxe, d’une part, et les Arabes israéliens, d’autre part. Pour éviter tout malentendu, je précise immédiatement que je ne mets pas ces deux groupes sur un pied d’égalité. Les uns fortifient l’âme juive et enracinent l’étude de la Tora dans le cœur de leurs concitoyens juifs alors que les autres, tout aussi citoyens à part entière que les précédents, se considèrent comme des «Palestiniens de l’intérieur» et sont encore en gésine d’intégration.

     

    Les ultra-orthodoxes n’étaient pas très nombreux en 1948 lorsque David Ben Gourion, dans sa sagesse et sa perspicacité politiques a décidé de les intégrer en leur accordant quelques privilèges. Il avait compris qu’ils étaient (et continuent d’être) une composante incontournable de la nation juive et que leur dévouement à l’étude de la Tora ne pouvait qu’être bénéfique à l’édification du pays. En réalité, le grand homme d’Etat juif qui ne mettait jamais les pieds dans une synagogue, (à une exception près, le jour de la proclamation de l’indépendance d’Israël), avait compris que les ultra-orthodoxes étaient moins nuisibles à l’intérieur qu’à l’extérieur. Ajoutons qu’à leurs yeux, le culte de la Tora est formateur d’opinion et fondateur d’identité, deux thèmes essentiels pour l’émergence d’un nouveau portrait du juif contemporain, notamment israélien.

     

    Mais au moment où Ben Gourion prit cette décision d’exempter les ultra-orthodoxes de l’armée et de leur accorder moult exonérations d’impôts, ils n’étaient qu’une poignée, alors qu’aujourd’hui ils sont près de 10% de la population et n’hésitent plus à jouer les partis-charnières au point de faire chuter les gouvernements et de priver tel ou tel gouvernement d’une majorité à la Kenését. La situation ayant changé, il fallait changer de système, d’autant que la cour suprême donne au gouvernement jusqu’au 1er août pour légiférer.

     

    Tsahal est une armée juive où l’on mange cacher et où l’on peut respecter les lois juives concernant le repos et la solennité du chabbat. Mais, même dans de telles conditions, ce n’est pas toujours facile pour les ultra-orthodoxes aux yeux desquels la présence de jeunes filles dans les casernes et les exercices de défense effectués le chabbat sont inacceptables. La question qui se pose est alors la suivante= est ce que les autres, l’écrasante majorité de la population, doit se sacrifier pour que des poignées de religieux (qui ne sont pas tous très sincères et qui instrumentalisent la religion) puissent vivre conformément à leurs souhaits et à leurs croyances ? Au regard du droit et de l’éthique, voilà une inégalité de traitement qui ne saurait perdurer. Et comme le sujet est assez sensible, je ne m’étendrai pas sur d’autres aspects qui sont tout aussi inacceptables.

     

    Afin de ne pas transformer cette dualité en dualisme au sein de la société israélienne qui a déjà bien des difficultés à assurer sa cohésion, le premier ministre Benjamin Netanyahou avance prudemment et propose que les ultra-orthodoxes soient affectés à des travaux d’intérêt général. Ceux-ci protestent car ils décèlent dans ces mesures la volonté cachée de briser cette autarcie spirituelle dans laquelle ils se complaisent mais qui assurent leur pérennité. C’est donc un vaste débat qui touche aux fondements mêmes de la société israélienne qui se prépare.

     

    Avant de passer aux Arabes israéliens, remarquons que l’Etat éprouve des difficultés à intégrer deux catégories fondamentalement opposées mais qui lui posent les mêmes problèmes mais avec des origines absolument différentes : les Arabes ne veulent pas servir un Etat juif qu’ils jugent illégitimes et spoliateur, les ultra-orthodoxes trouvent que cet Etat n’est pas assez juif ni assez orthodoxe à leurs yeux.

     

    Les Arabes israéliens posent problème, non pas qu’il faille réduire leurs droits ni leur imposer la moindre discrimination qui soit, mais le fait que l’Etat où ils sont nés et dont ils portent la nationalité soit en guerre avec leurs frères en religion met un frein puissant à leur intégration.

     

    Ce matin encore, j’entendais sur France 24 un jeune Arabe israélien dire vertement qu’il n’entendait pas servir «un Etat qui tue ses frères, colonise leurs terres et terrorise Gaza» (sic). Si pardonnables que soient les excès verbaux de jeunes âmes, il faut tout de même reconnaître que cet adolescent peut faire des déclarations offensantes pour l’Etat où il vit, sans être inquiété. Mais cette liberté d’opinion qui n’a jamais existé dans les pays arabes ne résout pas le problème.

     

    Fidèle aux principes de l’éthique juive qui commande de ne prendre que des mesures humanitaires, le gouvernement israélien envisage de confier à ses citoyens arabes, non point de porter les armes mais d’accomplir pendant une durée déterminée des missions d’intérêt collectif dans leurs propres hôpitaux et organismes communautaires. Ce qui ne devrait pas poser de difficultés insurmontables et faciliter aussi une meilleure intégration.

     

    Il est tout de même symptomatique que Arabes israéliens d’une part et juifs ultra-orthodoxes, d’autre part, se retrouvent, à leur corps défendant, d’un même côté de la barrière. Quelle ironie de l’histoire !

     

    Maurice-Ruben HAYOUN

    In Tribune de Genève du 17 juillet 2012

  • IL Y A SOIXANTE-DIX ANS LA RAFLE DU VEL D’HIV

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    IL Y A SOIXANTE-DIX ANS LA RAFLE DU VEL D’HIV

    Dieu sait que Jacques Chirac des défauts, et même d’impardonnables, mais il est un mérite qui ne lui sera jamais dénié : avoir dit, il y a quelques années et pour la première fois que la France, avec la rafle du vel d’hiv, avait commis l’irréparable.

    Je me souviendrai toujours de ce me disaient mes vieux amis Willy Rickner et Marcel Stourdzé au sujet de cette rafle : tu ne peux pas imaginer ce que cela représentait pour nous le fait d’être arrêté par des policiers et des gendarmes français en uniforme, alors que étions des citoyens à part entière. Et on nous rappelait brutalement que nous ne l’ions pas ou que nous ne l’étions plus.

    Souvenez vous des mascarades de François Mitterrand en personne qui jouait sur les mots, niait la légitimité de Vichy pour laver la république et l’état de toute souillure. Souvenez vous de ses prédécesseurs qui se refusèrent obstinément à reconnaître cette énorme faute morale. Mais aujourd’hui, la France a reconnu sa faute. Et comme le disait le vieux prophète hébreu= celui qui dissimule ses fautes n’ira pas loin , mais celui qui les confesse et s’en détounr, sera grâcié (mekhassé pecha’aw lo yatsliyah u-modé we ozev yeruham).

    Je reviendrai plus tard sur la localisation d’un ancien criminel de guerre hongrois, repéré dans un appartement à Budapest.

  • Psychanalyse et spiritualité de Marie Balmary

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    Psychanalyse et spiritualité sont-elles incompatibles ?

    A mon ami Marc Pievic, en hommage cordial

    Aux yeux de l’auteur de ce sympathique et très instructif livret écrit par Marie Balmary, joliment intitulé  Freud jusqu’à Dieu (Actes Sud, 2010), la réponse est univoque : la psychanalyse et la spiritualité sont loin de s’exclure mutuellement, elles peuvent même se rejoindre en alliant la libération à la guérison. Même si la pratique de Freud lui fit croire que le tréfonds de l’âme humaine n’était guère engageant et  les pulsions qui s’y donnent libre cours  guère recommandables. Si l’auteur a choisi ce titre si parlant, c’est pour faire écho au bonheur qui consiste en un transfert jusqu’à Dieu en personne !

    Adoptant une méthode qui revient à répondre à des questions posées lors de débats avec un auditoire de conférences, l’auteur commence par s’interroger sur la notion de luxe : la psychanalyse est-elle un luxe et , dans l’affirmative, qui pourrait vraiment se l’offrir… ? On rapproche ensuite ce luxe que serait le traitement psychanalytique de la spiritualité puisque ce terme qui dérive de l’esprit, spiritus, désigne notamment l’âme, dans sa totalité ou en partie.

    Sont citées quelques lignes de Michel Foucault selon lequel, la psychanalyse n’aurait pas su se pencher dans le tranchant historique de la spiritualité et de ses exigences… Que voulait dire le défunt professeur au Collège de France ? Probablement que les préoccupations et surtout les découvertes de la psychanalyse concernant les recoins et les replis de l’âme humaine ne laissaient que très peu de place à des problématiques plus élevées. Alors que la psychanalyse se préoccupe, comme son nom l’indique, de la psyché et du spiritus, l’âme, qui dérive de la même racine comme le terme spiritualité, en paraît bien loin. On verra infra que ce qui provoque ce paradoxe n’est autre que l’intrusion d’un élément impondérable, absolument inséparable de la matière et de la nature humaine, le mal. Or, de toutes les métamorphoses de ce mal la psychanalyse entend nous libérer et nous guérir. Nous y reviendrons infra.

    Cette question de l’origine et de la nature du mal préoccupe l’auteur qui s’est toujours signalé par sa volonté, O combien justifiée, d’opérer un rapport entre la psychanalyse et la Bible, en raison de son intérêt soutenu pour les deux : ce n’est guère le fruit du hasard, écrit-elle, si la psychanalyse a été découverte ou inventée par un juif mécréant, qui se déclarait athée.

    Pour bien étayer sa thèse en faveur de la compatibilité entre la spiritualité et la psychanalyse, Marie Balmary s’interroge sur la différence entre un directeur de conscience et un psychanalyste. L’un, dit-elle, pardonne sans guérir tandis que l’autre guérit sans pardonner.

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  • La presse fabrique-t-elle des vedettes politique artificiellement ?

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    La presse fabrique-t-elle des vedettes politique artificiellement ?

    J’y pensais ce matin parcourant les journaux de la semaine. Je me suis rendu compte que des vedettes politiques qui eurent leur quart d’heure de gloire durant les derniers mois ont totalement disparu des écrans radars. Je ne remonterai aux Brice Lalonde et autres Antoine Waechter, mais à des gens comme Olivier Besancenot et Jean-Luc Mélenchon.

    Comment expliquer ce phénomène essentiellement médiatique ? La presse est en mesure de pousser sur les devants de la scène qui elle veut et quand elle veut. On n’a toujours pas compris comment un simple postier, certes jeune et présentant plutôt bien, pouvait, du jour au lendemain, devenir une vedette nationale, réclamée par des journalistes paresseux et conformistes ? Et voilà qu’une fois son successeur désigné pour être candidat à l’élection présidentielle, il est retomber dans les oubliettes de l’histoire qu’il n’aurait jamais dû quitter…

    Le cas de Jean-Luc Mélenchon est à peu près similaire, même si dans ce cas précis, on a affaire à un ancien ministre, ancien parlementaire et aujourd’hui député européen ou sénateur. On nous le présentait comme un homme capable de tournebouler tout le système, un homme dont les meetings étaient fréquentés par des centaines de milliers de personnes (voire !) et voilà que voulant forcer le succès ou le destin, il finit piteusement face à une Marine Le Pen triomphante et reconnaît sa défaite à Hénin Beaumont devant un parterre clairsemée de journalistes qui pensent à autre chose et regardent ailleurs.

    Quelles sont les motivations de la presse en agissant de la sorte ? Je ne crois qu’il ne faut pas aller chercher fort loin : la presse est une industrie qui doit vendre afin d’équilibrer ses comptes. Or, aujourd’hui, pour vendre il faut du sensationnel. Au fond, la presse nous renvoie une image peu flatteuse de nous-mêmes.

    Des auditeurs, des lecteurs sur-sollicités par une avalanche de nouvelles qui tombent sur nous à la maison, au travail, dans la voiture, sur nos téléphones portables etc…

    Comment voulez vous qu’il y ait du discernement dans tout cela ?

  • Le monde peut-il tolérer encore longtemps ce qui se passe en Syrie ?

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    Le monde peut-il tolérer encore longtemps ce qui se passe en Syrie ?

     

    Comme un vent de folie s’était emparé hier soir de la chaîne de télévision al-Jazeera. Je me rendis compte de quelque chose d’affreux s’était produit en Syrie car le mot arabe pour désigner une boucherie, un massacre revenait sans cesse da ns la bouche des journalistes et de leurs invités.

     

    Dans un village de l’ouest de la Syrie, les troupes régulières ont procédé à un encerclement suivi d’un bombardement intensif afin de bloquer les habitants chez eux. Après cette effroyable préparation d’artillerie, ils ont laissé passer les miliciens d’al chabihah qui ont massacré d’une balle dans la nuque ou à l’arme blanche près de deux cents victimes, y compris des femmes et des enfants.

     

    J’ai rarement vu sur une télévision des échanges aussi vifs entre les journalistes de la chaîne et les représentants des autorités syriennes, lesquelles attribuent les massacres à des terroristes. Oui, effectivement, mais alors il faut reconnaître les milices du régime agissent comme et sont des terroristes. Le représentant de l’assemblée nationale syrienne était bien embarrassé lorsqu’il s’est agit d’expliquer ce qui s’était passé.

     

    Combien de temps encore le monde civilisé va-t-il laisser faire ? Les Russes et les Chinois portent une lourde responsabilité dans cette affaire. Certes, les Occidentaux ont un plan concernant l’après Bachar. Le proche orient sera débarrassé d’un régime terroristes qui appuie une organisation de même nature, le Hezbollah et du cou, l’Iran sera expulsé de la région où il sème le trouble et la zizanie. Le peuple syrien aura alors recouvré la liberté et le Liban sa souveraineté pleine et entière.

     

    Et personne ne regrettera le régime syrien actuel. Mais quand ?