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  • La Turquie et la Syrie : enjeux et arrière-pensées…

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    La Turquie et la Syrie : enjeux et arrière-pensées…

     

    Il faut reconnaître qu’en dépit du tempérament un peu excessif du premier ministre turc M. Erdogan (que l’on dit préoccupé par des problèmes très personnels), il a tenu le cap dans cette affaire syrienne qui dure depuis près de 13 ou 14 mois et qui ne peut pas se régler de manière définitive dans les semaines suivantes.

     

    La Turquie est prise entre plusieurs exigences et doit naviguer délicatement entre maints écueils/ La Syrie représente pour elle un enjeu économique et financier, mais aussi avec des arrière-pensées.. Elle a d’abord commencé par voir en sa voisine une ennemie qui pactisait avec les rebelles et séparatistes kurdes, au point qu’en 1998 on n’était pas très loin d’une confrontation armée. Puis, avec l’arrivée des islamistes turcs au pouvoir et le renversement de l’alliance avec Israël, les positions se sont rapprochées, notamment grâce à l’influence iranienne, soucieuse d’isoler Israël et de se constituer dans la région un noyau dur de pays amis et alliés.

     

    Mais depuis les troubles et la contestation armée en Syrie, M. Erdogan ne pouvait plus ignorer le vrai visage du régime de Bachar et a dû se désolidariser et ouvrir ses frontières aux réfugiés qui se comptent par milliers. A présent, Ankara demande l’aide internationale pour faciliter l’accueil des réfugiés. Et comme on l’écrivait ici même, Kofi Anan n’est plus dans le coup et vient d’essuyer un humiliante gifle diplomatique : Bachar l’accuse publiquement d’avoir mal compris la proposition syrienne… Un comble pour un ancien secrétaire général de l’ONU, réputé être un diplomate dans la bonne moyenne. Bachar n’a jamais eu l’intention de retirer ses chars des villes, il entend continuer à tuer ses opposants jusqu’au dernier et mener son affaire comme à l’accoutumée, sans rien lâcher.

     

    Et en effet, comment avoir pu comprendre un seul instant que Bachar qui tue son peuple pourrait engager des négociations avec lui ? Eh bien, M. Anan l’a cru, ce qui est proprement sidérant. Ce qui en dit long sur les capacités diplomatiques de certains. En fait, il suffirait que Washington offre quelques fortes compensations à Moscou pour que celle-ci retire son soutien à Bachar et 15 jours plus tard, son régime s’effondrera.

     

    Mais laissons M. Anan à ses illusions et revenons vers M. Erdogan : la Turquie a une armée mal équipée et des effectifs pléthoriques. Elle a besoin de l’arrière-pays syrien pour parachever sa pénétration en Irak, pays riche en pétrole et où tout est à reconstruire. L’économie turque est l’une des rares cartes dans la main des islamistes au pouvoir à Ankara. Par ailleurs, l’accession au rang de puissance régionale par la Turquie exigeait une entente avec Damas sous quelque force que ce fût… Ceci pari s’avère très aléatoire ! C’est pourquoi le r »égime turc actuel n’est peut-être pas si solide que cela.

     

    Que va faire M. Erdogan, à part attendre une hypothétique victoire des insurgés en Syrie ? Probablement laisser passer plus d’armes lourdes en provenance du Qatar et de l’Arabie saoudite, à destination des insurgés. Mais aussi, même si cela est inavouable, renouer (d’abord) en sous main avec Israël, ce que demandent avec insistance les milieux laïques turcs et des pans entiers de l’armée, équipée de drones et de puissants matériels israéliens.

     

    Mais vraiment, la vieille tradition avait raison qui déclarait que la destruction s’était abattue sur notre monde : comment faire pour en sortir ? Changer l’homme !

  • Les massacres en Syrie et l’inertie de l’ONU

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    Les massacres en Syrie et l’inertie de l’ONU

     

    L’ONU se conduit en Syrie d’une manière fort étrange. En demandant un cessez le feu pour le 15 avril afin de laisser à Bachar le temps de faire sortir ses chars et son artillerie des villes et des villages en guerre contre lui, l’ONU accorde au tyran un permis de tuer les populations civiles jusqu’à cette date.

     

    Or, à quoi assistons nous depuis quelques jours ? A une incroyable recrudescence de la répression qui a fait, rien que pour la journée d’hier, environ 133 morts, sans même compter les blessés. C’est du jamais vu. L’ONU aurait dû exiger un cessez le feu immédiat. Elle ne l’a pas fait et Marx avait eu raison de dire que les Etats sont des monstres froids…

     

    En tout état de cause, Bachar ne fera pas cesser sa terrible répression. Chacun le sait. Alors pourquoi ces simagrées ? Pour se donner l’impression d’agir et de peser sur les choses, alors que la seule chose dont on soit certain, c’est que le peuple syrien se fait tuer par dizaines de victimes.

     

    Aucun dialogue n’est plus possible entre les deux partis. Aucun leader de l’opposition n’osera jamais proposer un dialogue ou une entente avec le boucher de son peuple. Du reste, personne ne se fait plus d’illusion : Bachar n’a qu’une idée en tête : sauver son clan familial et ethnique. Et pour ce faire, il ne peut compter que sur les chars et les baïonnettes de ses soldats qui brûlent maisons et récoltes, tirent sur les femmes et les enfants, sans aucune retenue.

     

    Les Etats ont un drôle de comportement, notamment la Chine et la Russie : sous prétexte qu’elles ont été prétendument flouées lors du vote sur la Libye, elles se refusent obstinément à débloquer le vote du conseil de sécurité à l’ONU. En fait, il y a derrière ce refus une forte odeur de pétrole et de facilités portuaires pour la marine de guerre russe.

     

    Je regardais tout à l’heure al-jazeera qui exhibait des enfants en sang et en pleurs. Mais le cœur des Etats s’est endurci. Quelle tristesse…

  • L’islam et la République

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    L’islam et la République

     

    Après l’attentat de Toulouse, les choses pour les musulmans de France ne se présentent plus de la même manière qu’avant. Certes, quelques milieux ont une attitude ambivalente, voire ambiguë, mais il serait exagéré et injuste d’assimiler tous les musulmans à des terroristes. C’est pourtant ce qui se passe dans certains secteurs de la société française, horrifiée par des actesinhumains et proprement barbares. En fait, il ne faut pas parler de l’islam, mais des musulmans et considérer cette appartenance éthique et religieuse comme un simple fait culturel. Une attache confessionnelle.

     

    Aujourd’hui, alors que les musulmans de France ou une bonne partie d’entre eux se rassemblent au Bourget pour suivre le mot d’ordre de l’UOIF, un certain nombre de voix se sont fait entendre pour rappeler quelques principes républicains de base : pas d’appel à la haine religieuse, pas d’incitation au combat des autres religions ou tout autre motif de trouble à l’ordre public. Cette mise en garde, venue du plus haut niveau de l’Etat, a un peu choqué certains musulmans qui se sont plaints d’un éventuel amalgame.

     

    J’ai entendu ce matin à la radio, en me rendant au culte pour la fête de Pessah, des jeunes filles se plaindre d’être rejetées des deux côtés/. Lorsqu’elles se rendent dans leur pays d’origine, les autochtones les traitent de françaises avec dédain et, ici, on les traite d’Arabes, donc de non-françaises. J’ai été sensible à cette plainte mais je dois tout de même dire que pour être admis totalement en France, il faut s’intégrer. Et s’intégrer, ce n’est pas rappeler par sa mise vestimentaire ou des signes religieux ostentatoires, qu’on est autre. On peut veiller à l’altérité, si chère au philosophe français Lévinas, mais cette altérité se passe au fond, dans le cœur de l’invité, dans son moi profond, elle n’a guère besoin de s’afficher comme certains le font. Faute de quoi, cette expression de la différence devient de la provocation. Ce qui suscite les réactions que l’on connaît.

     

    Aujourd’hui, Juifs et Chrétiens, unis par les liens d’une ancienne religion commune à l’origine, fêtent séparément et différemment la Pâque : pour les premiers, il s’agit de commémorer la sortie d’Egypte, l’Exode, considéré comme le premier événement nationale du peuple hébreu en tant que peuple. Il n’en n’existe pas d’autre, si ce n’est le rappel de l’adventicité de l’univers suite à l’œuvre divine de la Genèse. Pour les autres, il s’agit de la Résurrection, un acte majeur sans lequel tout le catholicisme s’effondre : il faut que Jésus ait triomphé de la mort, faute de quoi tout l’édifice construit sur lui s’écroule…

     

    Ces deux religions vivent dans l’attente d’un Sauveur, rédempteur d’une humanité à la fois pécheresse et souffrante, bref elle sont en gésine d’un libérateur. Ne retenons pas nécessairement l’idée d’un péché originel, pourtant marquée dans les premiers versets du Psaume LI (Dans la faute est mon origine, dans le péché ma mère m’a conçu…), gardons plutôt en mémoire l’idée que la nature humaine dépend grandement d’une force qui l’a mis au monde et qui lui est nettement supérieure. Cela s’appelle l’espérance eschatologique laquelle bannit la guerre, la domination, le crime, le sang versé et la barbarie pour faire place au royaume de la paix infinie… Le temps historique s’est figé en éternité. L’humanité est parvenue au stade ultime de son accomplissement.

     

    Comment les autres nationalités ou les vagues d’immigration se sont-elles intégrées harmonieusement en France ? Certes, les peuples d’extraction chrétienne n’ont eu aucune difficulté à se fondre, à cohabiter et à s’identifier avec ce qui les entoure ainsi qu’avec l’histoire du puys où ils vivent.

     

    Je dis bien vivent et non pas seulement habitent, c’est toute la différence.

     

    Mais alors les Juifs, comment ont-ils réussi leur intégration au point que peu de décennies après la Révolution ils ont été (certes, avec quelques inévitables aléas, e.g. l’affaire Dreyfus) intégrés dans la socio-culture française. Quand j’étais jeune étudiant, j’ai souvent écouté la blague juive suivante : qu’est-ce qui sépare un marchand ambulant juif d’un polytechnicien de même confession ? Réponse : une génération !! Comme tous les mots d’esprit juifs (e.g. Sigmund Freud), celui-ci est d’une grande densité.

     

    Il est un point qui est loin d’être un détail et qui pourrait , si on le réglait, grandement faciliter l’intégration de tous les ressortissants musulmans en France : il faut se considérer comme une communauté religieuse, une simple religion, et non une communauté nationale, un peuple. Faute de quoi, c’est un peuple au sein d’un autre, ou en latin, un status in statu, un Etat dans l’Etat. C’est d’ailleurs ce à quoi appellent les gouvernants lorsqu’ils parlent d’une appartenance pleine et entière à la communauté nationale, reléguant la religion dans la sphère privée.

     

    Jean-Pierre Chevènement que j’ai bien connu quand il était Place Beauvau m’avait dit lors d’un déjeuner que ses interlocuteurs musulmans lui opposaient la oumma, la nation musulmane, lorsqu’il leur tenaient le discours intégrationniste que je viens de résumer.

     

    Et c’est là tout le problème.

  • Pessah

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    Pessah et Pâques chrétiennes…

    Il n’est pas inutile, dans le présent contexte, de dire un mot de la divergence d’interprétation de cette fête chez les juifs et chez les chrétiens. Le récit vétéro-testamentaire de l’Exode est univoque mais les adeptes de l’Eglise primitive, tout juifs qu’ils étaient, l’ont interprété dans un autre sens, celui de la Résurrection tout en s’appuyant sur des versets prophétiques. Donc en restant dans le cadre juif, quoique non rabbinique.

    L’Exode, d’une part, tel que le relate la Bible hébraïque, et la Résurrection de Jésus, telle qu’elle se lit dans les Evangiles, d’autre part, sont des événements majeurs de l’Histoire sainte. En termes de sociologie religieuse, on pourrait parler de «mythes fondateurs» qui gisent à la base même de la foi. Comme le recommandait Ernest Renan dans son Histoire des origines du christianisme, il ne sert à rien de bannir la légende puisqu’elle est la forme que revêt nécessairement la foi de l’humanité.

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  • Le Mali, nouvel Afghanistan d’Al-Quaida en Afrique ?

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    Le Mali, nouvel Afghanistan d’Al-Quaida en Afrique ?

     

    Serait-ce l’hydre à dix têtes qui repoussent chaque fois qu’on en coupe une ? Al-Qaida rejaillit là où on l’attendait, mais pas aussi vite ! Comment est- ce possible ? Le problème, c’est la constitution même des Etats africains, partis pour l’indépendance, sans jamais l’avoir préparée sérieusement. Comment voulez vous exercer une authentique souveraineté, un vrai gouvernement, bref une vie étatique digne de ce nom, quand vous n’avez pas d’argent, pas d’économie sérieuse, pas d’armée, pas de nourriture suffisante pour entretenir votre population ?

    Combien d’Africains ont assez à manger et de l’eau potable à boire ? Quand on voit dans le XVIe arrondissement le côté majestueux de leurs ambassades, les voitures de luxe de leurs diplomates, les banquets qu’ils offrent dans les relais et châteaux de Paris et les emplettes que leurs dirigeants font pour leurs dames dans les plus beaux magasins (où ils paient en espèces), on est ébahi…

    Ce qui arrive au Mail (dont 120.000 ressortissants vivent en France) n’est que l’illustration de ces dysfonctionnements criants. Voici un pays dont la superficie dépasse plusieurs fois celle de la France mais dont l’armée ne fait même pas le poids face à quelques poignées de rebelles Touaregs ou d’Al-Qaïda, lesquels ont déjà conquis une bonne partie du nord de ce pays…

    Jadis on critiquait la France et son rôle de gendarme de l’Afrique. Aujourd’hui, c’est ce quarteron d’officiers qui a pris le pouvoir sottement et sans réflexion qui appelle à l’aide… Pendant ce temps, les organisations africaines, pourtant menacées par l’avancée rapide d’Al-Qaïda, se livrent à d’interminables palabres. Alors qu’il faudrait agir vite.

    Si les Africains en faisaient enfin la demande, l’armée française réduirait en quelques heures ces rebelles, et ce par une simple intervention aérienne. Dans la région, le seul pays, en mesure de stopper l’avance des islamistes, est l’Algérie dont les finances lui permettent d’entretenir une flotte aérienne militaire digne de ce temps et des moyens de transports adéquats.

    L’Afrique n’a pas pris le bon départ. Elle doit réfléchir sur son orientation et son avenir. La mal gouvernance a déjà fait assez de mal.

    Il est grand temps d’en changer. Sinon Al-Qaïda va se tailler un nouvel Afghanistan de la taille de tout un continent, l’Afrique !

  • Quand Alexandre Adler nous ouvre son cœur et nous livre sa vision de l’avenir…,

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    Quand Alexandre Adler nous ouvre son cœur et nous livre sa vision de l’avenir…,

    Lorsque vous prendrez ce livre en main, si ce n’est pas déjà fait, vous ne le lâcherez plus, vous en lirez le contenu d’une seule traite et avec avidité. Dès l’ouverture qui fait officie de préface, vous vous sentirez puissamment entraîné par un Alexandre Adler qui mêle avec une éblouissante dextérité sujets d’actualité (crise iranienne, inquiétude israélienne) et exégèse traditionnelle de la Bible (talmud, midrash, Rashi)

    . Même pour les lecteurs qui connaissent un peu l’auteur, c’est une découverte.

    Tant d’années de militantisme d’extrême gauche ne sont pas venues à bout d’une âme juive qui a su préserver son identité et son essence. Il faut reconnaître, toutefois, qu’Alexandre Adler ne s’est jamais rendu coupable de la moindre bassesse qu’il aurait à se faire pardonner aujourd’hui. Toutefois, à le lire, on se rend bien compte qu’il revient de loin.

    Les premières pages sont une captivante présentation de la spiritualité juive, avec pour point central les deux moments kabbalistiques, celui de l’ancienne kabbale espagnole et enfin, celui du renouveau de Safed à partir du XVIe siècle. C’est un peu comme si Alexandre Adler jugeait cette expression intellectuelle plus légitime et plus authentique que la philosophie maïmonidienne dont l’auteur ne serait qu’une sorte de représentant juif de la pensée grecque…

    L’auteur se réapproprie deux mille d’histoire hébraïque et juive, remonte même à la monarchie davidique, voire plus haut encore, puisqu’il parle de la mort du roi Saül sur le mont Guilboé, évoque la destruction des deux temples de Jérusalem en -586 et en 70 par Titus, et laisse poindre son inquiétude à l’idée que les nouveaux maîtres de la perse moderne, les Mollahs, puissent perpétrer une nouvelle Shoah. Ces quelques pages sont traversées par une authentique émotion qui ne dégénère jamais en fébrilité.

    Ces quelques lignes écrites d’une plume ferme nous apprennent tout sur l’auteur : d’où il vient, ce qu’il cherche, les longs détours que la vie ou le hasard lui ont imposés, comment il a fini par se ressaisir et se retrouver tel qu’en lui-même, un fils d’Israël, de cette tradition juive trimillénaire qui a connu un renouveau sur la terre ancestrale après une si longue absence. Tout ceci, Alexandre le vit intensément et nous le fait partager

    Le lecteur ébahi voit défiler devant lui toute une galerie de grands hommes qui furent eux aussi égarés par les muses trompeuses des siècles, qui initièrent des révolutions sans vraiment connaître l’apaisement ni la sérénité : Marx, Einstein, Freud, Wittgenstein ( j’ai des réserves sur ce dernier nom), Arthur Schnitzler et tant d‘autres qui n’eurent pas l’heur de se présenter vraiment tels qu’ils furent en eux-mêmes.

    Il y a chez Alexandre quelque chose de jubilatoire dans cette redécouverte d’une tradition qui est sienne et dont il scrute les richesses avec une joie profonde, en se laissant guider par les maîtres qu’elle a produits au fil des siècles. L’auteur n’est pas attiré par une pratique juive bornée et mécanique, débouchant sur un ritualisme fossilisé ; ce qui l’intéresse, c’est un judaïsme jeune et dynamique, vivifiant, qui n’abdique pas devant les idéologies ni l’air du temps, un judaïsme digne de son histoire, porteur d’un projet d’avenir et animé d’une vision, comme au temps des prophètes.

    On lit ensuite une intéressante digression, sémillante d ‘intelligence, sur le féminin et le féminisme, notamment à travers les grandes figures bibliques, depuis Sarah jusqu’à la reine Esther dont le rouleau est examiné avec tant de soin par l’auteur : ce texte incorporé au canon biblique ne contient aucune référence explicite au Dieu d’Israël, ni à la terre d’Israël ni à la rédemption finale (gué’ulla) d’Israël. En fait, les spécialistes de la critique biblique rapprochent l’idéologie de ce texte de celle de l’histoire de Joseph en Egypte : le message est clair : on peut vivre heureux et en juif fidèle à la tradition ancestarle, même à l’extérieur des frontières de l’Etat juif. Esther y est devenue reine et Joseph vice-roi… Et les deux ont contracté une union maritale avec des conjoints… non-juifs !

    Dans ce même chapitre, l’auteur en vient à la place de l’étude dans la vie d’une famille juive traditionnelle. Le juif apprend la Tora chaque jour que Dieu fait, il la réinvente constamment comme l’incite à le faire cette phrase des sages du talmud : remue la, remue la dans tous les sens, tout y est , tout s’y trouve.

    Mais l’auteur n’oublie pas qu’l n’est pas seulement un normalien agrégé d’histoire, c’est aussi un chroniqueur inspiré dont les papiers sont attendus et lus dans els journaux ou écoutés sur les ondes. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec la critique, modérée et intelligente qu’il fait du sionisme car je la trouve imprégnée d’une trop forte dose d’idéalisme, en revanche, j’ai lu avec ravissement les alliances, les connivences, voire les complicités qu’il suggère à Israël de nouer avec la Chine, l’Inde et même les pays arabo-musulmans. Sur ce dernier point, il me semble qu’il a parfaitement raison, Israël devrait devenir un modèle pour les Arabes, si ces derniers n’étaient pas aveuglés par une haine aussi tenace qu’injustifiée. Dans un récent discours de Nicolas Sarkozy, sa plume Henri Guaino a eu cette belle formule : Israël, ce miracle de la volonté et de la démocratie… Nul ne restera insensible à ce si bel hommage à la persévérance et l’ingéniosité pluriséculaires du peuple juif.

    Peu de gens ont relevé que le «printemps arabe» survint à un moment où la cause palestinienne ne bouche plus entièrement l’horizon des peuples islamiques, une cause derrière laquelle tous les tyrans, tous les potentats d’Orient et d’ailleurs, s’abritaient pour opprimer leurs peuples, leur refuser les libertés fondamentales et se maintenir ainsi indéfiniment au pouvoir.

    Ce livre est à maints égards une réévaluation originale et intelligente du destin d’Israël et de son avenir. L’auteur montre que le jeune Etat juif n’appartient pas vraiment à son environnement régional, plongé dans l’obscurantisme moyenâgeux. Si la raison reprenait le pouvoir, Israël serait un phrase pour tous ses voisins.

    Avec ce livre, qu’il faut absolument lire, Alexandre Adler a gagné son triple A

     

    Maurice-Ruben HAYOUN

     

    Alexnadre Adler, le peuple-monde. Destins d’Israël. Albin Michel, 2011

  • La campagne présidentielle en France : Sarkozy, Hollande, Mélenchon

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    La campagne présidentielle en France : Sarkozy, Hollande, Mélenchon

     

    Que se passe-t-il au sein de la campagne présidentielle ? Un subtil jeu de billard à trois bandes est en cours et il pourrait bien profiter à Nicolas Sarkozy. Certes, les sondages ne sont pas vraiment fiables, même s’ils indiquent tout simplement une tendance.

    Cependant, ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux montre qu’il faut toujours se méfier de ses propres amis, ou, à tout le moins, de ceux qui prétendent se situer dans le même camp.

    Jean-Luc Mélenchon a distancé Marine et François Bayrou. C’est donc le troisième homme qui monte. Donc, plus il monte et plus il prend des voix aux deux autres candidats. A qui en prend il le plus ? A Fr Hollande, évidemment. Donc, Mélenchon monte, Hollande baisse et Sarkozy au mieux monte lui aussi ou se stabilise. Partant, c’est Hollande qui perd.

    Comment s’expliquent alors les pronostics du second tour et ont-ils vraiment une pertinence ? J’en doute personnellement. Mais le problème posé est celui du report des voix. Pouvons nous être sûrs que la majorité des voix du front de gauche se reporteront vraiment sur le candidata socialiste ? De prime abord oui, mais quand on regarde la composition très hétéroclite de cet électorat, on constate qu’il est essentiellement protestataire et guère marqué idéologiquement. Je veux dire qu’il n’est pas discipliné au plan idéologique. Ce qui signifie que certains resteront sagement chez eux le jour du vote, d’autres se laisseront convaincre par Hollande et d’autres, enfin, par Sarkozy…

    Dans quelles proportions ? Bien malin qui le dira et c’est là tout le problème.

    Cependant, la vraie question est celle de l’abstention, près de 32%. Du jamais vu.

    Et pourquoi une telle attitude ? Parce que les Français savent enfin que la marge de manœuvre du futur élu sera en tout état de cause, très réduite.

    L’heure est à la prudence. Un vieux proverbe judéo-arabe que les Marocains citaient souvent, alors que j’étais un petit enfant, mêlait le bon sens à l’ironie : mieux vaut, disaient-ils, un âne qui connaît le chemin de la maison que celui qui ne le connaît pas.

    Nous ne comparons aucun candidat à un âne…

  • Richard Wagner, un antisémite, maître spirituel de Hitler ?

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    Richard Wagner, un antisémite, maître spirituel de Hitler ?

    A propos du livre de Pierre-André TAGUIEFF, Wagner contre les juifs (Berg International, 2012)

     

    Définir aussi précisément que possible l’antisémitisme de Wagner, sans tomber dans l’anachronisme, ni céder à des raccourcis faciles, tel est l’objectif largement atteint de ce nouveau livre de notre éminent collègue Pierre-André Taguieff. Depuis le beau livre du grand historien israélo-hongrois Jacob Katz qui avait travaillé sur cette même question (Der Fall Wagner, Le cas Wagner), deux écoles s’affrontent sur cette question, à la fois épineuse et cruciale : existe-t-il une ligne historique directe ou indirecte entre la détestation des juifs par Wagner et l’antisémitisme exterminateur des Nazis ? En termes plus crus : Wagner a-t-il été d’une manière ou d’une autre une sorte de maître à penser d’Hitler, au point de l’influencer dans son génocide largement planifié du peuple juif ? De la réponse à cette question dépend l’honorabilité ou, au contraire, la déchéance morale du grand musicien. Sans même parler du discrédit qui rejaillirait alors immanquablement sur son œuvre. Il y a, comme vient de l’écrire deux tendances, grosso modo : l’une prétend que l’auteur de toute cette mythologie musicale germanique n’avait rien à voir avec l’hitlérisme et que sa judéo phobie, largement partagée par d’innombrables secteurs de la population allemande au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, faisait partie du Zeitgeist, tandis que l’autre entend établir un rapport incontestable de cause à effet entre les écrits théoriques de Wagner et l’antisémitisme racial et génocidaire des Nazis.

    Pierre–André Taguieff a subtilement évité cet écueil dès son titre puisqu’il parle d’un Wagner contre les juifs. Sans plus. Le reste, le lecteur attentif le découvrira s’il a, comme nous l’espérons, la patience de regarder les choses de près.

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  • La situation en Syrie

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    La situation en Syrie

     

    On croit rêver ! Bachar el Assad a dit avoir accepté le plan de Kofi Anan prévoyant le retrait des chars des villes syriennes en soulèvement, la fourniture d’une aide humanitaire aux assiégés, la libération des prisonniers, l’accès des journalistes aux zones de guerre, etc… Et M. Anan a eu la naïveté de le croire, il se rend compte aujourd’hui que comme tous les potentats de la région, Assad signe tout ce qu’on veut mais n’applique jamais rien ! Ce triste constat m’a été confirmé à Paris par l’Ambassadeur d’un grande puissance qui a été longtemps en poste en Afrique noire et au Proche Orient…

     

    Entretemps, le peuple syrien souffre et paie dans sa chair et dans son sang la tyrannie du clan Assad. Hier, le porte parole du ministère syrien des affaires étrangères a fait une déclaration surréaliste : les insurgés sont totalement défaits, le régime de Assad ne tombera pas ! Verbatim !

     

    Nous avons toujours cru que ce régime ne partira jamais sans une violence extrême. Il se maintient depuis plusieurs décennies, il a organisé des actions terroristes contre des intérêts étrangers et leurs représentants diplomatiques, il a occupé le Liban durant trois décennies, s’est rendu coupable des méfaits les plus atroces, et que font les puissances occidentales ? Elles se réunissent à Istanbul, refusent d’armer la rébellion et espèrent encore un heureux dénouement, un peu comme si on s’attendait à voir Bachar faire ses valises et quitter le pays !

     

    Je peux comprendre l’hésitation des Occidentaux en ce qui concerne l’armement des rebelles. On a déjà ce que cela a donné en Afghanistan, et auparavant en Irak. Pour agir de la sorte, il faut être sûr qu’on n’aidera pas des islamistes, ennemis irréductibles de l’Occident judéo-chrétien, qui aurait alors réchauffé l’œuf dans son sein… La CIA connaît cela par cœur.

     

    Mais alors quelle est l’option restante ? Les sanctions économiques ? visiblement, elles ne touchent que le peuple, la caste dirigeante est à l’abri. En fait, le verrou est constitué par l’alliance sino-russe au profit de Damas, ces deux pays n’ont pas répondu à l’invitation des membres des Amis de la Syrie.

     

    Le problème est que l’on s’avance, hélas, vers les 10.000 morts ! Il semble même que la répression aille de plus belle et que les insurgés, sans ressources venues de l’extérieur, vont s’effondrer. Il faut des armes anti-char et anti aériennes et une zone tampon. Seuls deux pays sont en mesure de le faire : la Turquie, pays musulman disposant d’une armée présentable et un autre pays, grand puissance militaire du Proche Orient, mais dont le nom est anathème pour les arabes.

     

    Pourtant, si une ou deux brigades motorisées se mettaient en mouvement, l’armée syrienne déjà épuisée par un an de campagne, ne pourrait pas supporter le choc.