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  • Pauvre Syrie et pauvre Proche Orient

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    Pauvre Syrie et pauvre Proche Orient

    Je ne peux pas ne pas parler à nouveau du drame qui se déroule sous nos yeux en Syrie, même si j’ai une pensée émue pour ce tragique accident d’autobus impliquant un car de j’jeunes enfants de Belgique, rentrant chez eux depuis la satiation de ski valaisanne non loin de Sierre (une région que je connais bien pour l’avoir fréquenté quand j’étais jeune étudiant… On imagine l’angoisse indicible des parents apprenant cette affreuse nouvelle ou restant dans l’incertitude sur le sort réel de leurs enfants.

    Les images qui nous viennent de Syrie sont toujours les mêmes ; scènes de violence, de torture et d’enterrements. Un détail horrible : il n y a plus de place dans les cimetières, soit qu’ils sont saturés, soit que les snipers tirent tous ceux qui s’y rendent. Alors, on se met à enterrer les morts dans les jardins , les squares ou les parcs. Les révolutionnaires syriens ne peuvent même plis accompagner leurs proches et leurs compagnons d’armes vers leur dernière demeure. Les Russes et les Chinois devraient tout de même réfléchir car ils font un mauvais calcul ; aucun tyran, aucun tortionnaire n’a jamais pu l’emporter durablement contre son peuple. Ils ont tous soit fini en exil soit au bout d’une corde. Le massacre a assez duré.

    Mais à l’horreur vient s’ajouter le cynisme : Bachar avait déjà organisé un référendum auquel personne ne croit et qu’il a effectivement gagné ! Voici qu’il nous promet des élections législatives pour le 7 mai. Cette date est affreuse car le pouvoir syrien juge qu’à cette date là il aura rétabli l’ordre à coup de tueries et de bombardements.

    Nous sommes déçus de voir que même les injonctions des USA et de l’UE restent sans effet. Certes, on comprend les hésitations des puissances occidentales, refusant d’armer des gens dont on ne sait rien et qui, plus grave encore, seraient susceptibles de faire le lit des islamistes, une fois débarrassés de leurs ennemis tyranniques : voyez l’exemple libyen où les gens que nous avons aidé ravagent des cimetières de soldats alliés, tombés sur cette terre lors de la seconde guerre mondiale….

    Que ceux qui ont une meilleure idée nous la fassent connaître.

  • La trêve entre Israël et Gaza.

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    La trêve entre Israël et Gaza.

    Combien de temps va-t-elle durer ? Probablement un bon bout de temps car les dessous de cette soudaine flambée de violence demeurent quelque peu mystérieux. Je m’explique ;

    Il y a quelques jours, Tsahal élimine soudainement un chef terroriste et son adjoint dans leur voiture. Motif invoqué : le terroriste préparait un grand attentat contre Israël en passant par le Sinaï. Disposant d’un puissant maillage d’espions au sein même des groupes palestiniens largement infiltrés, Tsahal a eu vent de ces préparatifs et a voulu éviter le bilan désastreux (8 morts) du mois d’août lorsque des palestiniens avaient tiré sur des civils israéliens à partir de la frontière égyptienne, le long de la route d’Eilat.)

    Cette action préventive entraîne des tirs d’obus de mortier et autres projectiles sur le sud d’Israël. Avec, en réponse, de grands raids d’hélicoptères de combat. Bilan, près de 25 morts de Palestiniens.

    Mais ce qui frappe, c’est ce qui s’est passé après. Comment avoir choisi cette date ? Cela aurait pu attendre… Il semble qu’Israël ait voulu tester quelque chose, notamment la capacité de réaction du Hamas et des groupes terroristes palestiniens en général. Or, cette réaction fut étonnamment faible et modérée. En outre, le système de missiles anti-missiles a plutôt bien fonctionné. Ce fut donc un test. Le Hezbollah, quant à lui, n’a pas bronché, il est très inquiet de ce qui se passe en Syrie et sait que les jours de Bachar sont comptés. Or, sans le régime syrien, l’Iran ne pourra plus le fournir en armes et en munitions, le plaçant dans une situation désespérée face à Tsahal. Enfin, aucun parti syrien ne voudra renouer avec l’Iran et ses affidés libanais au sein d’un nouveau régime à Damas.

    Partant, la seule interprétation qui vient à l’esprit, le seul principe d’explication de toute cette affaire, c’est que le grand Etat-Major israélien s’apprête à frapper l’Iran et voulait tester la capacité de rétorsion de ses deux ennemis locaux ; Hamas et Hezbollah.

    Tous les observateurs sont unanimes : le Hamas est affaibli, il n’aura plus la majorité à Gaza et lui aussi est très inquiet de voir le régime syrien s’effondrer. Son chef du bureau politique, Khlaed Meschaal quitte progressivement Damas pour s’installer au Caire où les généraux ont choisi leur camp : l’alliance avec les USA et la paix avec Israël.

    Dans les prochains jours ou les prochaines semaines, l’Iran va connaître des développements nouveaux.

  • Nicolas Sarkozy va-t-il renverser la tendance après Villepinte ?

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    Nicolas Sarkozy va-t-il renverser la tendance après Villepinte ?

    Sans aucun doute, la campagne présidentielle française a changé de tempo et de rythme : à Villepinte, Nicolas Sarkozy a évidemment marqué des points car il a su mobiliser des foules innombrables et pu donner à son affaire une impulsion nouvelle. Qui a toutes les chances d’être décisive. A l’évidence, le président était en grand forme et l’organisation matérielle du meeting était parfaite. Je ne crois pas que les auteurs candidats soient en mesure de présenter une telle machine de guerre.

    Il faut dire un mot du contenu : on ne peut pas nier que le candidat-président prête le flanc à la critique quand il promet de faire ce qu’il n’a pu réaliser au cours des cinq années écoulées. A cette critique fondée, NS apporte une réponse incontestable ; personne n’avait prévu cette cascade de crises de toutes sortes qui se sont abattues sur l’Europe et sur le monde. Notre continent a été attaqué sur sa monnaie, son économie et son développement. Pouvait-on, par exemple, réaliser le fameux mot d’ordre, travailler plus pour gagner plus ?

    NS a toujours dit qu’il voulait remettre la France au travail et voici que les gens qui veulent travailler ne trouvent pas de travail. NS a toujours voulu la prospérité du pays mais voici que l’argent se fait rare et que le chômage augmente dans des proportions insoutenables.

    Il y a la pression des autres candidats qui critiquent les choix du gouvernement, ce qui a conduit NS à reprendre quelques idées de l’opposition, notamment l’immigration et le protectionnisme. Qu’on s’en félicite ou qu’on s’en lamente, les faits sont là : les Français ne veulent pas être envahis, ils veulent rester ce qu’ils sont et ne veulent plus accueillir des gens qui ne respectent pas leur socio-culture. C’est ainsi : on peut dissoudre une assemblée nationale, une assemblée du peuple, mais nul ne peut dissoudre le peuple. Cela donne parfois lieu à des dérapages, mais que peut-on faire lorsque certains partis surfent avec succès sur de tels thèmes ?

    Quant au protectionnisme, il n’existe pas d’autre moyen de défendre les travailleurs français soumis à une concurrence avec des pays qui n’assurent aucune protection sociale à leurs main d’œuvre. Comment faire pour résister décisivement à des ateliers chinois qui travaillent comme on le faisait du temps de Charles Dickens ?

    Il semble bien que NS ait réussi à ajuster ses choix et à cibler un peu mieux les désirs des Français. A moins que tout ne trompe, il va gagner quelques points. Mais attendons pour voir. Et si ce n’est pas le cas, alors NS aura quelques motifs d’inquiétude…

  • LES SUISSES NE SONT PAS DES FAINÉANTS…

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    LES SUISSES NE SONT PAS DES FAINÉANTS…

    Contrairement à leurs chers voisins français, les Suisses aiment travailler. Je le vois avec mes étudiants et doctorants de Genève et de Bâle qui font preuve d’un esprit constructif et de réalisme.

    Les Suisses doivent se prononcer aujourd’hui sur l’opportunité d’acquérir deux nouvelles semaines de congés payés. En France, tout le monde aurait voté à 100% pour l’adoption d’une telle mesure aussi ruineuse qu’inutile. En Suisse, cette loi ne passera pas car les gens ont une autre mentalité.

    Quelle différente entre les mentalités, que ce soit en France ou en Suisse. Promenez vous à Genève et adresser à un horloger si votre montre doit être réparé. On vous reçoit sur le champ, on examine la montre et si la réparation est mineure, on l’exécute sur place et vous n’avez rien à payer.

    Et la même loi s’applique aux hôtels, aux magasins et aux restaurants, aux trains, à tout…

    Un jour, à la fin des conférences, mes étudiants m’ont invité à prendre le thèse avant que je me rende dans mon hôtel. L’un d’entre eux a raconté la blague suivante : tous les pays d’Europe vont se plaindre devant Dieu auquel ils reproche sa grave partialité à l’égard de la France. Ils lui tiennent le discours suivant : Seigneur, vous avez comblé la France : elle a tous les climats, les meilleurs vins, les meilleurs fromages, les meilleurs pains, etc… etc…
    Gêné, Dieu répond que tout ceci est vrai mail il ajoute ceci : pour contrebalancer tous ces avantages, j’ai installé en France… les Français !

  • L’ECHEC DE LA MISSION DE KOFI ANAN A DAMAS

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    L’ECHEC DE LA MISSION DE KOFI ANAN A DAMAS
    C’était prévisible : Kofi Anan a bel et bien échoué, il a même reçu un violent camouflet de la part du pouvoir syrien puisque même durant son séjour, que dis-je ? ses pourparlers avec el Assad, l’armée a donné l’assaut à une ville rebelle proche de la Turquie… Bilan : près de 70 morts !

    Cela semble assez incroyable, c’est comme si celui que l’on voudrait présenter comme un éminent diplomate découvrait soudain la vraie nature du régime syrien, un clan prêt à tout, tous les massacres et toutes les destructions, pour se maintenir et conserver le pouvoir.

    Anan a commis une lourde erreur pour laquelle il devra rendre des comptes : il a refusé de militariser la résistance, redoutant la survenue d’une guerre civile. Mais la guerre civile est déjà là et bien là ! En revanche, les pauvres insurgés sont encore plus vulnérables face à une armée que la Russie et l’Iran continuent d’approvisionner en armes et en munitions.

    Cet émissaire devrait rentrer chez lui et les pays arabes ainsi que la CIA et Israël devraient infiltrer des armes et des engins anti chars à travers le Golan ou à travers la Turquie, car la stratégie du clan au pouvoir en Syrie est très claire : reprendre par la force un à un les foyers de l’insurrection et rétablir l’ordre, le même qui règne depuis plus d’un demi siècle en Syrie.

  • DSK A L’UNIVERSITE DE CAMBRIDGE, LE RETOUR.

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    DSK A L’UNIVERSITE DE CAMBRIDGE, LE RETOUR.

    Existe-t)il dans ce bas monde la possibilité d’un rachat, d’une repentance, d’une régénération, surtout lorsqu’on a été blanchi par la justice d’un pays qui ne plaisante pas avec les affaires de mœurs ? A voir les vociférations des quelques dizaines de manifestants devant les portes de l’université de Cambridge, on peut légitimement s’interroger.

    Ainsi que le prévoyais il y a quelques semaines, DSK sera de plus en plus souvent invité à donner des conférences sur l’état de l’économie mondiale et sur les finances internationales pour la bonne raison qu’il est l’un des rares hommes sur cette planète à pouvoir le faire.

    Je ne minimise guère sa lourde responsabilité morale dans l’affaire Diallo, mais quel que soit le blâme inséparable de cet acte inqualifiable, le procureur a abandonné toutes les charges et des enqu^tes plus poussées laissent espérer un déplacement de l’accusation vers d’autres. En termes plus clairs, il ne semble plus si évident que DSK soit l’accusé principal…

    Mais revenons à des choses plus consistantes : DSK, régénéré, assume sa faiblesse passagère et remonte la pente. Ses compétences en matière économique et financière sont reconnues par tous. On murmure même que les grands de ce monde continuent de solliciter ses avis et conseils en toute discrétion. Et même dans la crise grecque, on lui aurait discrètement demandé son avis.

    Un problème reste entier : DSK pourra-t-il un jour, proche ou lointain, revenir sur la scène publique ? C’est plus compliqué à prévoir, même si l’homme, encore relativement jeune, a de beaux jours devant lui. Chaque jour que D- fait, DSK médite sur ce qu’il a fait et sur sa propension à rechercher le sexe.

    Mais fallait-il vraiment venir hurler sous les fenêtres de l’amphithéâtre de Cambridge ? Est-ce qu’un ancien professeur peut être banni ad vitam aeternam de l’alma mater qu’il a longtemps servi avant d’embrasser une carrière ministérielle ? Ce serait injuste et ce ne serait pas servir l’équité.

    Je relève avec tristesse que pas un mot n’a encore été dit ni écrit sur le contenu même de la conférence. Alors que cela reste l’essentiel. L’information spectacle bannit les faits et se concentre toujours sur le parfum du scandale.

    Que je sache, plus aucune charge ne pèse sur DSK dans l’affaire du Sofitel. L’homme se déplace librement, jouit de tous ses droits civiques, se rend où bon lui semble.

    Les portes du repentir, largement ouvertes, lui seraient-elles obstinément fermées ? Quelle injustice, même si elle se veut juste et équitable !

    Laissons cet homme se reconstruire.

  • Les souffrances indicibles du peuple syrien

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    Les souffrances indicibles du peuple syrien

    En Syrie, les jours se suivent et se ressemblent ; un lot de morts, de blessés et de réfugiés scandent le quotidien de ce pays, un quotidien sanglant auquel le monde assiste sans broncher. Même si la Ligue arabe qui avait commencé par réagir énergiquement, semble se fourvoyer en confiant une mission à l’ancien secrétaire général de l’ONU, comme s’il restait encore quelque chose à négocier. Le départ d’un homme qui est le boucher de son propre peuple ne se discute pas, il s’impose.

    Le problème avec ces anciens, ces ex qui ne veulent pas partir une fois pour toutes est qu’ils retardent les solutions et ne prennent pas le chemin qui mène en droite ligne vers une solution : comment voulez vous que s’instaure un dialogue dit national entre un gouvernant que séparent de son peuple une montagne de cadavres, près de 8000, au moment où nous écrivons ? Or, que dit l’ancien diplomate ghanéen ? Il met en garde contre la militarisation de l’insurrection et l’armement de ses membres ? En somme, ceux ci doivent tendre leur gorge vers les lames de leurs bourreaux et ainsi, en très peu de temps, la question sera réglée par un véritable bain de sang (hammama al-dam).

    Dans cette affaire, le Qatar et l’Arabie Saoudite sont du bon côté, qui pensent que l’insurrection doit recevoir argent, armes et munitions. On ne voit pas comment la crise syrienne pourrait être résolue autrement. Enfin, la chute inéluctable de ce régime syrien nettoiera le Proche Orient où le Hezbollah et l’Iran sont des ferments de discorde et de facteurs de déstabilisation. Certains rescapés des massacres de Homs et de Deraa affirment avoir été victimes d’exactions conduites par des membres du Hezbollah libanais et des Iraniens… Il faut le vérifier.

    En traînant les pieds, en multipliant des manœuvres dilatoires, comme l’inutile et pernicieuse mission Anan, on permet à Bachar de tuer encore plus de gens. J’ai souvent vu Kofi Anan se promener seul dans les rues de Genève, suivi à distance par son unique garde du corps, je comprends qu’il ait voulu rompre la monotonie de son existence sur les rives du lac Léman.

    Mais il ne devrait pas se mêler d’une grave conflit qui le dépasse. Il y va du bien être et de l’avenir de tout un peuple qui souffre.

  • à la culture : A propos de l’interview donnée au Monde (12-12 février, p 15) par Madame Françoise Héritier

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    De la civilisation à la culture :  A propos de l’interview donnée au Monde (12-12 février, p  15) par Madame Françoise  Héritier

    Claude Guéant n’imaginait certainement pas qu’une simple  phrase dans un discours de près de dix pages allait susciter un si large débat où, dernier mais non moindre, notre grand quotidien national, Le Monde, n’hésite pas à mobiliser une  de nos plus éminentes collègues du Collège de France, Me François Héritier. Avec tout le respect dû à la finesse d’analyse et à la grande compétence de cette universitaire de renom, je n’arrive pas me convaincre que le ministre de l’intérieur ait proféré des insanités, tenu un discours indigent ou émis des pensées impures. Après deux relectures attentives, je n’arrive pas à voir pourquoi on prête à  Claude Guéant de noires arrière-pensées qu’il n’a certainement pas. D’autant qu’il a maintes fois fait l’exégèse de ses propres propos : ne pas lui accorder le moindre crédit relève du procès d’intention.

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  • Pourim ou la défaite du premier antisémite de l’Histoire

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    Ce soir la fête juive de Pourim ou la défaite du premier antisémite de l’Histoire

    En effet, ce soir s’achève le jeûne commémoratif de la reine Esther dont parle le rouleau du même nom, qui institue la fête de Pourim, une fête non prescrite par le Pentateuque, donc non-mosaïque, mais très prisée par les communautés juives, depuis son instauration. C’est un peu le carnaval juif, les rues de Tel Aviv et de Jérusalem sont exubérantes de joie, les enfants des écoles se déguisent, tout le monde est content, les enfants reçoivent des cadeaux… Bref, c’est l‘une des rares fois où le sérieux judaïsme reste au vestiaire !

    Pourquoi un jeûne avant les festivités ? C’est que la reine Esther, belle jeune fille juive devenue reine de Perse (devinez le contexte actuel de cette célébration avec Ahmaninedjad) apprend par son oncle Mardochée que le premier ministre, le méchant Haman veut exterminer tous les juifs de ses provinces. Son oncle lui demande de casser le funeste décret en intervenant auprès de son impérial époux, ce qu’elle consent à faire mais demande, au préalable, que tous les juifs de la capitale perse, Suze, se soumettent à une journée de jeûne et de contrition afin que D- lui soit propice et favorise la requête qu’elle doit adresser au roi.

    Curieux roman que cette affaire qui s’est introduite dans la tradition scripturaire hébraïque depuis des temps immémoriaux et qui pose, de manière romancée et partiale, le problème qui a toujours accompagné le peuple juif, celui de l’antisémitisme ou de la judéophobie.

    Le rouleau d’Esther se présente de la manière suivante : un puissant monarque, roi des Perses et des Mèdes, dirige 127 provinces, pas une de moins. Il donne une fête somptueuse que l’auteur hébraïque décrit avec force détails : vaisselle en or, nourriture et surtout boissons alcoolisées abondantes, et pour finir, lorsque le roi est de très bonne humeur, il ordonne à son épouse, la reine, de venir se produire (littéralement) devant ses invités afin que tout le monde puisse admirer sa beauté. Je me demande ce que ce roi, nommé Assuérus, avait à l’esprit en donnant un tel ordre à sa chaste épouse, mais toujours est-il que la reine refuse de se donner en spectacle, et sa désobéissance provoque la grande colère du roi.

    Quand il reprend ses esprits, il réunit son conseil qui décide de chasser la reine (et probablement de la faire exécuter) et lance un vaste concours pour lui trouver une remplaçante.

    Et c’est là que le roi Assuérus jette son dévolu sur la belle Esther, une jeune fille juive qui cache son appartenance religieuse, à la demande de son oncle Mardochée. Devenue reine, elle apprend le complot que Haman trame contre son peuple et réussit, avec l’aide du Ciel, à le déjouer et à faire condamner le méchant qui est pendu ainsi que l’ensemble de sa famille…

    En fait, c’est une belle histoire qui a plusieurs implications :

    a) les auteurs ont voulu montrer que l’on pouvait vivre en bon juif à l’extérieur des frontières du royaume d’Israël, voire même accéder à la royauté, ce qui n’est pas rien. C’est donc une novellæ de l’exil, une sorte de billet adressée aux frères restés dans la mère patrie pour leur dire que la vie est tout aussi agréable à l’extérieur qu’à l’intérieur du royaume juif.

    b) On a un autre exemple biblique du même genre : l’histoire de Joseph, vendu comme esclave par ses frères et devenu vice-roi d’Egypte, ayant épousé la belle Asénét, la fille d’un prêtre local, et qui lui donna deux fils, Manassé et Ephraïm. Même topo, même message que le rouleau d’Esther : on peut rester juif et réussir, en dehors des limites du territoire. Encore un plaidoyer en faveur de la vie en diaspora.

    c) Le troisième enseignement, le plus important, peut-être, est que l’antisémitisme peut jaillir à n’importe quel moment et n’importe où, un peu comme un violent orage après un grand ciel bleu… Mais la leçon est la suivante : avec un peu d’intelligence (le complot de Mardochée, la participation d’Esther) et surtout le concours divin (le jeûne et les prières) on peut réduire à néant le funeste décret…

    Ce rouleau exprime aussi le wishfull thinking de l’ancienne théologie juive qui veut croire en une défaite de l’antisémitisme et de ses promoteurs : car le motif invoqué par le Premier Ministre Haman, premier antisémite violent (i.e. génocidaire) de l’Histoire, est la différence, l’altérité incarnée par les juifs qui ne sont pas comme les autres. D’où sa volonté de les exterminer.

    Le célèbre spécialiste allemand de la Rome antique au XIXe siècle, Théodore Mommsen, un historien protestant cher à mon cœur, a écrit ceci : en apparaissant pour la première fois sur la scène de l’histoire mondiale, Israël n’était pas seul, il était accompagné d’un frère jumeau… l’antisémitisme !

    C’est bien vrai et l’ancien grand rabbin d’Israël, Rabbi Ovadia Yossef, avec lequel je ne suis pas toujours d’accord mais que j’assure de ma très respectueuse considération, a dit avant-hier que la Perse a un nouveau Hamman, qui se nomme aujourd’hui Ahmaninedjad…

  • Israël, les USA et l’Iran

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    Israël, les USA et l’Iran

    En apparence, mais en apparence seulement, des divergences semblent se faire jour entre la voie à suivre concernant l’Iran. Il n’est pas sûr que cette apparence soit soutenue par des effets solides. Les USA et Israël sont si proches et si solidaires militairement que L’Iran aurait tort de croire qu’il peut mener ses petites affaires à l’abri de toute attaque.

    Il faut bien cerner la personnalité de Benjamin Netanyahou. Certes, ce n’est pas un intellectuel même si son père, centenaire, a été un excellent professeur de philosophie médiévale juive. Il a écrit une thèse (encore rééditée) sur Isaac Abrabanel, philosophe juif et homme d’affaires, contemporain de l’expulsion des juifs d’Espagne en 1402. Benjamin Netanyahou est surtout un homme d’action et un militaire, même s’il n’a pas aussi bien réussi dans l’armée que Ehoud Barak.

    Il n’est donc pas du tout exclu qu’il se lance seul dans l’aventure, sans l’aval, mais avec l’appui discret des USA, lesquels ne peuvent pas, pour l’instant, déclencher la foudre contre la république islamique laquelle a déjà fait savoir qu’en cas d’attaque, elle s’en prendrait aux intérêts US dans la région.

    Alors, à qui a servi cette visite officielle de Benjamin N. aux USA ? Probablement à mettre la dernière main à une stratégie restée secrète qui combinera sûrement des sanctions économiques et des actions subversives.

    J’écoutais hier soir une télévision satellitaire arabe qui croyait savoir qu’Israël envisageait de déclencher une attaque grâce à des drones predators. Qui sait ? On sait seulement qu’Israël est très avancé dans ce domaine et qu’il n’a pas tout dit concernant cet aspect des choses..

    Attendons pour voir car il n’est pas exclu que les sanctions économiques accomplissent enfin leur effet.