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  • L’avant et l’après Toulouse : plus rien ne sera comme avant en France

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    L’avant et l’après Toulouse : plus rien ne sera comme avant en France

     

    Sans chercher à verser de l’huile sur le feu, il faut bien se livrer à ce triste constat : un petit délinquant de province, maintes fois condamné pour des vols avec violence, un assassin d’enfants et de militaires, bref un lâche et un couard, tient en échec toutes les polices d’un grand pays au motif que les lois républicaines empêchent de donner l’assaut et de le traiter comme il conviendrait de le traiter.

     

    Son appartenance auto-proclamée à je ne sais quelle branche d’al-Quaida est largement mythique et ses actes odieux sont ceux d’un déclassé social, d’un garçon en échec scolaire et professionnel, qui n’a rien réussi sinon à faire tristement parler de lui dans un bain de sang.

     

    Mais ses actes posent un certain nombre de questions et confrontent les autorités à de nombreux problèmes.

     

    Le premier point, le plus important à nos yeux, est la nature de la religion islamique et son statut en Europe, et surtout en France. En disant cela, nous mettons immédiatement en garde contre les amalgames, les généralisations abusives et les condamnations sommaires. Mais il n’en demeure pas moins que le seul fondamentalisme religieux actuel provient d’un seul terreau. Il convient donc que les principaux intéressés s’attellent à cette tâche qui consiste à distiller à leurs ouailles que toutes les convictions religieuses sont respectables mais que la vie en commun dans une société non confessionnelle implique que l’on se respecte. C’est à cette seule condition que l’on peut sauvegarder un minimum de paix civile.

     

    Ce qui est encore plus préoccupant, c’est que ce gravissime problème ait surgi au beau milieu d’une campagne électorale qu’il a même contribué à stopper : rendez vous compte ! Le drame n’est pas seulement franco-français mais implique aussi l’international car les victimes de l’école juive de Toulouse avaient la double nationalité, française et israélienne.

     

    En fait, nous payons des années d’impréparation et de laxisme. Cela fait si longtemps que nous savons les banlieues infestées de caches d’armes, d’explosifs et de drogues. Cela ne signifie pas que tous les immigrés ou leurs descendants sont des délinquants, loin de là. Cela signifie simplement qu’une large reprise en main s’impose. Que l’octroi de la nationalité française devra être plus strict, que l’Etat devra délivrer très peu de visas et inverser les flux migratoires.

     

    Nul ne pourra contester l’effet désastreux que cet acte inqualifiable aura sur la suite. Il y aura un avant et un après Toulouse. La France a connu tant de vagues d’immigrations successives dont les membres se sont bien intégrés dans l’ethnie et la socio-culture françaises. Le problème est que l’on ne rencontre pas d’intellectuels ni de religieux musulmans dont la voix serait assez forte pour dire à leurs coreligionnaires ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire.

     

    Mais, je le répète avec force, les amalgames seraient encore plus nocifs que ce qui se passe. Et en outre, ils seraient injustes.

  • L’affaire de la tuerie de Toulouse

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    L’affaire de la tuerie de Toulouse

    La police française a fini par mettre la main sur le coupable, je dis coupable et non pas suspect puisqu’il revendique son acte, cherche même à le justifier et négocie en ce moment même sa reddition à la police et aux unités du Raid.

    Cette découverte est un véritable séisme : c’est un jeune Français, âgé de vingt-quatre ans, qui a séjourné en Afghanistan et au Pakistan, plus précisément dans les zones tribales où il a suivi un entraînement militaire et s’est familiarisé avec le maniement des armes. Il se revendique de la nébuleuse terroriste islamiste et entend punir la France de son intervention en Afghanistan. C’est ainsi qu’il explique son assassinat des parachutistes de Montauban. Quant aux enfants juifs e Toulouse il prétend avoir voulu venger les enfants palestiniens.

    Duc coup, on n’en reste plus à une piste de néo-nazis, affiliés à un mouvement d’extrême droite mais on est contraint de situer cet acte innommable dans le cadre du terrorisme international. Les enquêteurs s’en doutaient quelque peu puisqu’ils ont associé la DCRI à leurs investigations et c’est cette dernière qui a révélé surveiller le meurtrier en raison de ses séjours dans les pays musulmans concernés.

    Pratiquement, cela va exercer un certain impact sur la campagne électorale et va donner du grain à moudre au parti français qui dénonce depuis des lustres l’islamisation de la France et la radicalisation des banlieues. Déjà des voix s’élèvent pour réclamer une réorientation de la campagne et exiger des musulmans et des Arabes en général une condamnation publique plus explicite du terrorisme et du djihadisme.

    Attention à ne pas commettre d’amalgames qui pourraient compromettre la cohésion nationale. Tous les hommes ont le droit inaliénable de professer le culte ou la religion qu’ils souhaitent. Mais il y a encore beaucoup de travail à faire dans ce domaine.

    Espérons et prions ! Mais au préalable, des mesures énergiques s’imposent.

  • Aux enfants juifs tués à Toulouse , in memoriam

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    De l ’innocence absolue des enfants dans la tradition juive…

    Aux enfants juifs tués à Toulouse , in memoriam

    Comment répondre à l’abjection la plus achevée, à la bestialité la plus totale qui défigure si gravement les traits de l’humain ? Depuis que les prophètes d’Israël ont proclamé (Isaïe au VIIIe siècle avent notre ère) la suprématie absolue de l’esprit de D- par rapport à la force et à la violence, la tradition religieuse juive s’en est tenue à ce postulat : l’esprit, impérissable par nature, invincible et invaincu jusqu’à ce jour, finira par l’emporter quel que soit le prix à payer. Aucun événement dramatique n’est parvenu à changer cette attitude : ni les deux destructions du Temple de Jérusalem, ni l’exil et la déportation, ni même la Shoah avec son cortège de morts sans sépulture…

    Les lignes suivantes ne dérogeront pas à cette règle presque trimillénaire.

    Durant ma prime enfance, alors que je n’avais pas encore dix ans, mes parents surveillaient strictement mon éducation, notamment religieuse ; au lieu de jouer aux billes avec mes camardes, je devais rester à la maison écouter les leçons d’hébreu biblique et de talmud que me prodiguaient différents précepteurs privés. Et l’enfant que j’étais fut particulièrement attentif à certains passages de la tradition concernant l’innocence des enfants, le pouvoir de leurs chants et de leurs prières auprès de D- ; je trouvais alors cette responsabilité écrasante pour les frêles épaules de si jeunes créatures.

    Je me souviens du commencement des études, marquées par le livre du Lévitique, le troisième livre de Moïse qui brille par son aridité et son sérieux tout judaïque, pour reprendre une expression de Renan… Le Lévitique parle presque exclusivement du culte sacrificiel et des différents modes de purification de nos péchés. Et je me demandai alors pour quelle raison on imposait aux enfants une telle lecture au lieu de nous raconter de belles histoires…

    Je découvris bien plus tard que le talmud répondait de lui-même à cette interrogation : les enfants sont purs et innocents, or les sacrifices permettent justement d’acquérir la pureté et l’innocence. Que les purs et les innocents s’occupent donc, en priorité, de pureté et d’innocence. Cela ne m’avait guère convaincu jadis, mais aujourd’hui, à la lumière lugubre des derniers événements de la ville rose, je vois plus clair…

    Le second passage talmudique qui m’avait, enfant, ému aux larmes, s’en réfère textuellement aux enfants de l’école de Rabbane (célèbre érudit des Ecritures) qui n’ont jamais commis de péché (tinokot shel beyt rabbane shé lo hat’ou) et dont les prières sont toujours exaucées par l’Eternel. Les sources juives anciennes ont beaucoup brodé autour de cette référence talmudique, expliquant que même lorsque Titus assiégeait la ville de Jérusalem, les légionnaires romains ne parvenaient pas à effectuer une percée car les enfants ne cessaient pas de prier et d’implorer la grâce et la pardon divin. Mais un jour, ils furent contraints de s’arrêter… C’est alors que la catastrophe fondit sur la ville sainte.

    Mais qui étaient ces enfants et quel âge pouvaient ils bien avoir ? Les circonstances ne me permettent pas de faire ici un cours de philologie hébraïque, je m’en tiendrai au strict minimum : ce terme hébraïque utilisé ici est tinok qui vient de la racine allaiter, donner le sein. Aujourd’hui, en hébreu moderne, il signifie bébé ou nourrisson. Mais dans la littérature talmudique les enfants que l’on désignait ainsi devaient avoir entre 5 et 13 ans, âge de la majorité religieuse.

    C’est un très beau symbole que de faire des enfants la quintessence de l’innocence, le modèle de la pureté. Tout juste entrés dans la vie, ils n’ont pas encore eu le temps matériel de s’avilir par des ambitions voraces ou des compromissions repoussantes. Le souffle de leurs lèvres, quand ils récitent les prières et notamment les Psaumes de David, le culte intérieur, celui du cœur, qu’ils offrent à D- font d’eux les meilleurs messagers de l’humanité en quête de rémission de ses péchés, et ce, quelle que soit la religion dans laquelle ces enfants sont nés.

    Pour les juifs, cette religiosité s’exprime le plus fortement dans les Psaumes attribués à David., un homme qui commença par être un aventurier, un redoutable chef de bande avant de devenir le roi mythique et sacré d’Israël. Et le talmud en fit un roi-prêtre, un roi-lévite. David qui figure même dans le jeu de cartes (le roi de pique) est devenu le modèle du bon roi chrétien car il fut le premier à être un monarque de droit divin.

    Pour illustrer son repentir et son inébranlable foi en D-, on lui a attribué l’écrasante majorité des cent-cinquante Psaumes (un de plus dans les Bibles chrétiennes : 151). C’est pour cette raison que chaque veillée funéraire comporte une émouvante récitation des Psaumes où les endeuillés proclament, en dépit du malheur qui les frappe, leur foi en la justice divine.

    J’ai tout particulièrement une pensée pour cette petite fille de huit ans, je devine l’expression terrifiée de son regard lorsque son assassin lui a ôté la vie d’une balle en pleine tête.

    El malé rahamim, Dieu de bonté et de miséricorde…

  • L’atenttat fou de Toulouse : au moins quatre morts

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    L’atenttat fou de Toulouse : au moins quatre morts

     

    L’attentat fou de Toulouse : au moins quatre morts

    La France est stupéfaite. Le président de la République s’est déjà rendu sur place. Le ministère de l’intérieur est mobilisé au plus haut niveau.

    Un tireur fou, ivre de haine et de démence violente a tiré sur les enfants d’une école juive de Toulouse. Depuis l’attentat de la rue Copernic, la France n’avait pas connu pareille tragédie.

    De leur propre chef, les ténors de la campagne électorale décident de l’interrompre. Marine Le Pen demande le report de son débat ce soir sur France 2. Nicolas Sarkozy a demandé que soit respectée une minute de silence demain mardi, à onze heures, dans tous nos établissements d’enseignement, en solidarité avec les victimes de cette école juive.

    Ce qui est encore plus consternant, ce sont les solitudes avec l’attentat contre les parachutistes de Montauban : apparemment, c’est le même modus operandi qui est à l’œuvre et les enquêteurs ne se sont pas trompés qui ont dit redouter une nouvelle action du tireur fou…

    La France a du mal à comprendre, à réaliser qu’elle abrite chez elle, en son sein, et sans qu’elle y soit pour quelque chose, un fou furieux, assoiffé de sang, qui doit être immédiatement neutralisé avant qu’il ne récidive. Mais comment faire ? Les policiers par dizaines sont à pied d’œuvre et hormis quelques détails sur l’itinéraire sur ce meurtrier, on ne dispose de rien.

    Sauf qu’a présent on voit à peu près d’où il peut bien provenir puisque ces dernières victimes n’ont pas été choisies au hasard, elles ont été ciblées avec aplomb et détermination. Mais ne commettons ni amalgame ni généralisation abusive.

    Le régime démocratique avec la liberté d’opinion, de mouvement, de rassemblement etc est quelque chose de terriblement fragile et vulnérable.

    La justice fera son travail et le coupable ne tardera pas à être pris et châtié.

    Quant aux victimes, des enfants et un adulte, tous juifs, nous disons la formule traditionnelle à leurs proches et à leurs familles, min ha-shamayim tenouhamou.

    Maurice-Ruben Hayoun in TDG du 19 mars 2012

  • L’attenttat fou de Toulouse : au moins quatre morts

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    L’attenttat fou de Toulouse : au moins quatre morts

    La France est stupéfaite. Le président de la République s’est déjà rendu sur place. Le ministère de l’intérieur est mobilisé au plus haut niveau.

    Un tireur fou, ivre de haine et de démence violente a tiré sur les enfants d’une école juive de Toulouse. Depuis l’attentat de la rue Copernic, la France n’avait pas connu pareille tragédie.

    De leur propre chef, les ténors de la campagne électorale décident de l’interrompre. Marine Le Pen demande le report de son débat ce soir sur France 2. Nicolas Sarkozy a demandé que soit respectée une minute de silence demain mardi, à onze heures, dans tous nos établissements d’enseignement, en solidarité avec les victimes de cette école juive.

    Ce qui est encore plus consternant, ce sont les solitudes avec l’attentat contre les parachutistes de Montauban : apparemment, c’est le même modus operandi qui est à l’œuvre et les enquêteurs ne se sont pas trompés qui ont dit redouter une nouvelle action du tireur fou…

    La France a du mal à comprendre, à réaliser qu’elle abrite chez elle, en son sein, et sans qu’elle y soit pour quelque chose, un fou furieux, assoiffé de sang, qui doit être immédiatement neutralisé avant qu’il ne récidive. Mais comment faire ? Les policiers par dizaines sont à pied d’œuvre et hormis quelques détails sur l’itinéraire sur ce meurtrier, on ne dispose de rien.

    Sauf qu’a présent on voit à peu près d’où il peut bien provenir puisque ces dernières victimes n’ont pas été choisies au hasard, elles ont été ciblées avec aplomb et détermination. Mais ne commettons ni amalgame ni généralisation abusive.

    Le régime démocratique avec la liberté d’opinion, de mouvement, de rassemblement etc est quelque chose de terriblement fragile et vulnérable.

    La justice fera son travail et le coupable ne tardera pas à être pris et châtié.

    Quant aux victimes, des enfants et un adulte, tous juifs, nous disons la formule traditionnelle à leurs proches et à leurs familles, min ha-shamayim tenouhamou.

    Maurice-Ruben Hayoun in TDG du 19 mars 2012

  • la situation en Syrie

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    la situation en Syrie

    On semble ne pas y prêter une grande attention mais il faut pourtant surveiller de très près ce qui se passe en Syrie, en raison notamment de l’implication massive de l’Iran et du Hezbollah libanais, mais aussi, depuis peu, suite à l’intervention à peine déguisée des monarchies pétrolières du Golfe, lesquelles ont très bien compris qu’elles seraient menacées et, à terme, liquidées, si le régime d’Assad parvenait à se maintenir en Syrie.

    Depuis deux ou trois jours, le Qatar et l’Arabie Saoudite ne font plus mystère de leur volonté d’en finir avec le régime syrien actuel, au point que la presse officielle du régime de Damas accuse clairement ces deux pays arabes d’organiser des attentats à la voiture piégée en plein cœur de la capitale. Et aussi de fournir des armes lourdes dont l’insurrection a désespérément besoin…

    Les Arabes modérés ont compris que Bachar se réclame du passé de son père et de son oncle, que les massacres peuvent encore durer comme il y a trente ans à Hama et que la Russie et la Chine ne sont de grandes démocraties humanistes, émues par tant de souffrances, ni même par le martyre du peuple syrien. Bachar se dit que l’opinion publique finira par se lasser, que dans l’actualité un drame chasse l’autre et qu’on finira par oublier ce qui se passe sur place. Mais Bachar se trompe d’époque car tant les USA qu’Israël et les pays arabes modérés veulent exploiter cette occasion unique de bouter l’Iran hors du Proche Orient et d’annihiler le Hezbollah car ces deux éléments sont les seuls obstacles à une paix dans la région.

    Une autre idée nous vient à l’esprit : l’aventurisme du régime syrien qui n’a plus rien à perdre et qui serait prêt à mettre le feu à la région en organisant par exemple une grave provocation au pied du Golan, entraînant une cinglante réaction de Tsahal ou en incitant le Hezbollah libanais à se manifester. Souvenez vous de l’attaque et du rapt des deux soldats israéliens à la frontière libanaise : les Iraniens avaient lancé ce coup afin de faire diversion, à un moment où l’ONU et le monde entier faisaient pression sur eux au sujet de leurs activités nucléaires clandestines…

    Mais, tout de même, cette fois ci, la ficelle serait trop grosse et les sanctions économiques contre l’Iran sont d’une rigueur sans précédent. Le régime, déjà très contesté, ne tentera pas ce coup là. En revanche, à Damas, plus aucune mission diplomation n’est possible. Les dés sont jetés. Bachar partira ou sera exécuté par son peuple. Toute la question est de savoir avant combien de temps et au prix de combien de milliers de victimes. Ce matin encore, les journaux télévisés ouvraient leurs éditions en faisant de violents échanges de tir au cœur même de la capitale syrienne entre l’armée régulière et des flots sans cesse grossissants de déserteurs…

  • DE L’ANTISARKOZYSME…

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    DE L’ANTISARKOZYSME…

    Le président de la République a eu raison de dire que cette campagne présidentielle n’était comparable à aucune autre et qu’elle était la première d’une ère nouvelle. Cette remarque est juste et appropriée mais elle ne rend pas vraiment compte de la singularité absolue ni de l’altérité intégrale de cette consultation électorale. C’est un sondage, un seul, qui a retenu toute mon attention des derniers jours et qui me fait penser que ce n’est ni le programme, ni la conjoncture générale du pays qui sont décisivement déterminants (pour parler comme Renan) …

    , Dans la mesure où de telles photographies instantanées sont fiables et ont une valeur prédictive pour l’avenir, Ce sondage nous apprend, que 75% (je dis bien soixante-quinze pour cent, en toutes lettres) des personnes sondées expliquent qu’ils voteront pour François Hollande dans le but exclusif d’écarter Nicolas Sarkozy de la présidence. C’est l’archétype, la racine même de ce que les commentateurs ont nommé l’anti-sarkozysme.

    Ce fait est à la fois préoccupant et incompressible : comment donc les Français, vieux peuple doté d’une grande expérience, nourrie d’événements marquants, même à l’échelle planétaire (Révolution française, charte des Droits de l’homme, etc) peuvent ils jouer ainsi leur avenir et apporter leurs suffrages pour les cinq prochaines années à un candidat uniquement parce qu’ils rejettent non point le programme mais la personnalité du candidat sortant ? Enfin, ce rejet est incompréhensible car on ne parvient pas à en saisir la nature profonde: Nicolas Sarkozy a, comme nous tous, des défauts, mais n’a-t-il pas aussi les qualités de ses défauts, à savoir une inépuisable énergie, une inlassable combativité,  du courage et de la détermination ?

    Que reprochent les Français au président actuel ? Essayons de résumer ces griefs, réels ou prétendus, de la manière la plus objective possible :
    N.S. a rompu ( et de quelle manière !) avec la léthargie et le régime soporifique de son prédécesseur. Il a réveillé la France qui se laissait doucement aller, un peu comme la belle au bois dormant… Il a rendu les Français conscients d’eux-mêmes et de leur situation. En fait, il a réveillé la France en sursaut : or, une telle attitude est impardonnable dans un pays qui était profondément assoupi, sérieusement arc-bouté sur ses privilèges et ses rentes de situation et qui rêve (aujourd’hui encore) de la retraite à soixante ans alors que tous nos voisins empruntent le chemin inverse.

    Mais ce sont les débuts du quinquennat qui ont puissamment nourri ce rejet de la personnalité du chef de l’Etat dont l’action, tant à l’intérieur quà l’extérieur, je le répète, mérite un traitement plus équitable : l’hyper présidence, les sempiternelles apparitions à la télévision, l’asphyxie du Premier Ministre (un homme compétent, dévoué, fidèle et très bien secondé), la désacralisation de la fonction présidentielle, bref une sorte d’ivresse du pouvoir qui n’a pris fin qu’après l’enracinement de ce rejet au sein de l’opinion.

    Mais tout ceci ne parvient pas à justifier ni même simplement à motiver ce rejet de la personne. Au fond, N.S. s’est voulu toujours plus proche des Français, il a rompu avec ce côté impérial de ces prédécesseurs, il a mis fin à cette pompe artificielle, à cette solennité d’un autre âge, pour saisir le taureau par ls cornes. Ses adversaires politiques se sont sentis violemment attaqués, remis en cause par ce style et cette énergie, qui tranchaient par rapport aux situations précédentes, à ce consensus mou qui caractérisait la vie politique française.

    Tels sont, selon moi, les principaux ingrédients de ce phénomène troublant que l’on appelle l’anti-sarkozysme. Etrange, car même François Mitterrand, pourtant honni par un grand nombre de Français, n’a pas été victime d’un tel rejet. La presse a joué ici un rôle qui ne plaide pas nécessairement en faveur de son objectivité. Comme on n’aime pas en France les gens qui réussissent, elle a inventé cette image d’un président bling bling, et le principal intéressé l’y a imprudemment aidé. Mais il faut être juste : l’homme, car c’en est aussi un, a traversé de grandes épreuves au moment même où il accédait à la magistrature suprême et si ses larmes coulaient, alors c’était en silence en sans témoin…

    Que va-t-il se passer, à présent ? Est-ce que ces 75% de nos compatriotes (qui ont le droit incontestable de voter pour qui ils veulent) ne vont pas chercher à motiver autrement leur mentalité ? Oublient-ils que NS a prouvé ses capacité d’homme d’Etat en résistant avec une pugnacité peu commune à toutes les crises ? Et D- sait qu’il y en a eu…

    Les semaines à venir s’annoncent décisives, on sent un recentrage dans l’opinion, NS repasse en tête. S’agit-il d’un frémissement sans grande portée ? Je ne le crois pas, je pense, au contraire, que NS a enfin trouvé le bon angle d’attaque et que les retouches apportées à sa personnalité (j’insiste plus sur cet aspect que sur le programme proprement dit, lequel me paraît réaliste et adapté à la situation) modifieront en profondeur la perception qu’en auront les Français le jour du vote.

    Maurice-Ruben HAYOUN
    In Tribune de Genève du 18 mars 2012

  • Fiscalité et nationalité : les exilés fiscaux de France

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    Fiscalité et nationalité : les exilés fiscaux de France
    Depuis qu’on ne parle plus d’abattage riteul, on s’est mis en quête d’un nouveau thème retenant apparemment l’attention des foules, la réforme fiscale et la chasse à la fraude ou à l’évasion de ce même type… Et dans ce cas précis, c’est François Hollande qui a tiré le premier en parlant assez confusément, il faut bien le dire, de taxer à 75% les revenus et salaires dépassant le million d’Euro par an… Devant le ollé suscité par cette déclaration, le candidat socialiste a dû rectifier le tir et préciser que ne serait concernée par cette imposition que la part dépassant le million et non l’ensemble.

    Pour se départir de l’image –fausse- que l’(on cherche à donner de lui, Nicolas Sarkozy a aussitôt contre attaqué en disant qu’il exigera l’impôt dû par les exilés fiscaux volontaires (ceux des contribuables qui ont quitté la France pour ne pas plus payer leur quote-part à la collectivité), exception faite des expatriés qui disposeront, eux, de contrats de travail en bonne et due forme.

    Dans les deux cas, on se demande où sont passés les vrais problèmes, les vraies questions. Et D- sait qu’il y en a ! Alors pourquoi cette indigence dans les propositions ?

    La réponse tient à la conjoncture socio-économique : il n’y a plus d’argent, la croissance est atone et personne ne songe plus à relancer l’économie par la production, donc tout le monde se rabat sur la fiscalité afin que les inégalités qui se creusent ne suscitent pas trop de troubles ni de renversements dans l’opinion publique.

    Au plna philosophique, la question qui se pose revient évidemment sur l’indigence de la politique en tant matière et en tant que science. Depuis Platon et Aristote, on sait que les dirigeants ne sont plus des philosophes-hommes d’Etat. Au cours du Moyen Age, on y avait même ajouté le nom du prophète afin de ne pas laisser en dehors de la cité les préoccupations religieuses. Aujourd’hui, c’est la préoccupation sociale qui prime sur tout le reste. Attention, je ne fais pas peu de cas de la solidarité entre les classes sociales, cependant je crois qu’il est dangereux de confondre égalité et égalitarisme.

    Ceux qui travaillent plus que nous, prennent plus de risque que nous, dorment moins la nuit que nous et prennent moins de vacances que nous, comment leur reprocher de jouir du fruit de leur travail ou de leur intelligence ? En France, me disait récemment l’ambassadeur à Paris d’une importante puissance, on n’aime pas la réussite, on jalouse ceux qui réussissent. Du coup, ces personnes s’exilent pour payer moins d’impôts et parce qu’ils se sentent mal aimés.

    Si, d’aventure, un gouvernement, quel qu’il soit, venait à renégocier les conventions fiscales avec la Suisse, l’Angleterre  et la Belgique, eh bien ces mêmes exilés partiront bien plus loin.

    Il ne faut pas déshabiller Paul pour habiller Pierre. Les socialistes ont toujours pensé que pour donner à ceux qui n’ont pas, il fallait prendre à ceux qui ont. C’est à la fois juste et faux car si la fonction redistributrice de l’impôt est bienvenue, les gens se rebiffent quand cela devient confiscatoire…

    Mais que personne ne s’inquiète ! Une fois l’élection faite, l’heureux élu, quel qu’il soit, oubliera tout cela. L’effervescence n’aura duré que le temps d’une campagne…

  • l y a cinquante ans prenait fin la guerre d’Algéri

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    Il y a cinquante ans prenait fin la guerre d’Algérie

     

    Depuis quelques jours, la télévision française offre d’excellents documentaires et des débats de qualité sur la guerre d’Algérie. Un demi siècle s’est écoulé et pourtant ce passé ne passe toujours pas. Dans le sud de la France se trouvent encore des centaines milliers de rapatriés dont les racines sont restées de l’autre côté de la Méditerranée, des hommes et des femmes qui ne se sont pas remis de ce déchirement et qui ressentent leur départ d’Algérie comme un douloureux déracinement. Je me souviens de Jacques Soustelle que j’ai bien connu vers la fin de sa vie. Il m’avait parlé de son livre intitulé Aimée et souffrante Algérie…

    Aujourd’hui, les problèmes sont devenus plus aigus et ont changé de nature. Les relations entre la France et son ancienne colonie, celle où l’on est resté le plus longtemps, sont toujours aussi passionnelles. Bien pires qu’un divorce. On sent chez certains la volonté de vomir ce passé colonial mais aussi une contrainte forgée par près d’un siècle et demi d’vie commune, ou presque. Tant d’Algériens vivent en France et tant d’autres souhaiteraient obtenir des visas pour y venir.

    Or, situation économique de l’Europe et de la France en particulier interdisent à de tels espoirs d’exister. On parle de plus en plus de réduire de manière drastique la venue d’étrangers en France. Et l’on peut admettre que certains trouvent cette mesure injuste. Mais c’est un aspect collatéral, ce qui paraît incompréhensible, c’est la haine qui ne s’est toujours pas apaisée. Le serait-elle un jour ?

    Les liens tissés par l’Histoire ne sont faciles à défaire. L’Algérie est un pays arabe qui évolue dans une orbite qui n’est pas celle de la France. Cette dernière a tendance à se replier sur elle-même et à définir de manière plus stricte son identité nationale. Ce qui peut choquer celles et ceux qui rêvent de revenir vers elle. La décolonisation n’a pas réglé tous les problèmes. Même, et surtout, dans le cas de l’Algérie, pays riche mais dont les habitants ne vivent que mieux.

    J’ignore si l’union pour la Méditerranée sera d’un quelconque secours pour favoriser un rapprochement. Un demi siècle, déjà, c’est fou !

  • La délation en France durant l’Occupation…

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    La délation en France durant l’Occupation…

    Le docimentaire de France 3 hier soir sur le drame de la délation en France durant l’Occupation fut particulièrement poignant. ON a vu des hommes et des femmes témoigner de mleurs coupables activités passées au service de l’ennemi nazi. Des gens qui ont considéré que dénoncer leurs compatriotes aux forces d’occupation était quelque chose de banal, de courant. mais ce qui frappe encore, c’est le nombre de lettres, des centaines de milliers, toujours non signées et souvent peu étayées : telle concierge a jeté son dévolu sur les meubles d’une famille juive qu’elle dénoncera à la Gestapo pour cette même raison, tel voisin qui repère une mère et sa fille, trahies par leur fort accent russe, et surtout leur parler yddishn et qu’il dénonce à la Gestapo alors qu’il les croisait poliment chaque matin dans les escaliers… Bref, le bréviaire classique de tout bon délateur.

    Mais le plus terrible est le cas de cet honorable professeur de médecine qui voit son fils fréquenter une jeune juive et qui, pour l’en éloigner, ose dénoncer la demoiselle aux autorités allemandes. Le drame est que cette jeune fille périra en déportation et que son fils trouvera la même d’une autre façon, en se lançant éperdument à la recherche de sa bienaimée. Quels drames !

    Lorsque André Malraux demanda au général de Gaulle ce qu’il avait éprouvé en reprenant pied sur le sol de France, le chef de la France libre répondit par un mot terrible, un seul : le mensonge !

    Que cela serve de leçon. Les mêmes qui avaient acclamé de Gaulle sur la place de l’hôtel de ville avaient déjà acclamé son adversaire Pétain quelques semaines auparavant…