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  • LES TROUBLES EN EGYPTE ET LA VICTOIRE (POSTHUME) DU PRESIDENT HOSNI MOUBARAK

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    LES TROUBLES EN EGYPTE ET LA VICTOIRE (POSTHUME) DU PRESIDENT HOSNI MOUBARAK

    Non, le président Moubarak n’est pas mort, heureusement, mais il doit bien rire dans sa chambre d’hôpital en voyant comment ceux qu’il avait promus aux plus hautes charges échouent lamentablement en prétendant instaurer la démocratie, tout en la confiant dans des frontières soigneusement délimitées. En fait, l’erreur porte sur l’appréciation de la nature même des Frères musulmans, stimulés par la victoire politique de leurs amis tunisiens.

    Ce parti extrémiste qui rêve d’en découdre avec tout ce qui pense pas comme eux a provoqué l’armée en organisant une manifestation monstre afin de peser sur la seule force connue et respectée du pays. Le résultat est là : près de quinze morts et des centaines de blessés.

    Il faut le dire et le répéter : les Etats arabes devraient s’occuper de leurs problèmes intérieurs, rétablir la démocratie, soigner leur économie, lutter contre l’extrémisme, la pauvreté et l’ignorance, au lieu de guerroyer contre l’Occident ou Israël, seul Etat démocratique de la région.

    Par ailleurs, les nouvelles venues de Syrie ne sont pas bonnes et laissent entrevoir pour Bachar un sort comparable à celui de Khadafi. La tenaille se resserre sur lui, la Ligue arabe, le condamne, le Conseil de sécurité fait les gros yeux et la Chine commence à prendre ses distances. La Russie ne continuera pas à s’isoler. Bachar devrait partir s’il veut sauver sa vie et celle de ses proches.

  • LA DIRECTION DU COLLEGE CEVENOL DOIT RENDRE DES COMPTES ET PARTIR

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    LA DIRECTION DU COLLEGE CEVENOL DOIT RENDRE DES COMPTES ET PARTIR

    A la mémoire d’Agnès ! Une société qui ne sait même plus protéger ses enfants n’est pas civilisée, elle n’a pas atteint le niveau de culture suffisant pour être considérée dignement. Le collège cévenol est un établissement de grande réputation et le Chambon sur Lignon jouit aussi d’une bonne réputation car ce lieu fut un refuge et un havre de paix pour les juifs de France, persécutés par les Nazis durant la seconde guerre mondiale.

    Nous présentons nos sincères condoléances aux parents d’Agnès et partageons leur douleur. Mais nous avons une grande défiance à l’égard de ceux qui, volontairement ou involontairement, ont menti par omission, caché tout ou partie de la vérité et laissé un animal sauvage, un prédateur ôter la vie à une gracieuse jeune fille, bien élevée, confiante en elle-même et qu’il a tuée de sang froid. Il est vraiment dommage que nos lois ne prévoient plus la peine capitale pour des crimes aussi abjects.

    Par ailleurs, la direction du collège cévenol doit partir. La version fournie des  faits est incroyable, au sens propre. Impossible qu’un directeur inscrive un élève dans son établissement sans demander mais pour quelle raison donc l’élève a t il passé quatre mois en prison ? Le père du meurtrier présumé devra lui aussi s’expliquer. Je ne doute pas que sa douleur soit grande après les actes de son fils (suivis d’aveux) mais sa peine n’est nullement comparable à celle des parents d’Agnès.

    Quel beau visage, quelle gracieuse jeune fille ! Mais pourquoi donc les méchants finissent-ils toujours par gagner ?

  • LE SANG COULE A NOUVEAU DANS L’EGYPTE DES GENERAUX

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    LE SANG COULE A NOUVEAU DANS L’EGYPTE DES GENERAUX
    On a tressé des couronnes au printemps arabe et c’était juste de le faire : des peuples entiers secouaient victorieusement le joug de régimes dictatoriaux pour respirer enfin l’air de la liberté. Partout, on entendait svander le terme magique Hurriya (liberté). Et partout aussi le même refrain : al-cha’b yourid iskat al n iddam (le peuple exige la chute du régime).
    Mais on avait oublié de préciser qu’une hirondelle ne fait pas le printemps. Ce n’est pas bien que le sang coule en Egypte, mais les généraux allaient ils se laisser déposséder de leur pouvoir par des Frères musulmans, non acquis à la démocratie mais toujours prêts à tirer les marrons du feu si le processus démocratique leur permet d’accéder au pouvoir pour ne plus le lâcher .
    Le problème dans ces pays est le suivant : une fois que les élections libres sont rétablies, le seul parti apte en tirer profit est toujours un parti extrémiste ou religieux (voyez le précédent tunisien !). Partant, il était prévisible que les généraux égyptiens dont la main mise sur l’économie du pays est indéniable, n’accepteront jamais d’être renvoyés dans leurs casernes ni de se retrouver devant des juridictions civiles afin de répondre de telle malversation ou telle autre.
    Un peu de réalisme. Quelle prévision pour l’avenir ? A la suite de troubles qui ne manqueront pas de naître, les chefs de l’armée suspendront le processus et instaureront pour une durée indéterminée l’arrêt de l’évolution. En fait, ils siffleront la fin de la récréation.
    Car, dans ces pays là, ce n’est pas la chute d’un homme qui résout tous les problèmes ( et D- sait qu’ils sont nombreux) c’est la mise sur pied d’un travail de fond qui réforme les mentalités. Et généralement, dans les meilleurs pays, cela prend 15 ou 20 ans.

    Alors, comme on dit en arabe, al-sabr maftah al faradj : la patience est la clé du paradis.

  • IL N’EST PAS ABSOLUMENT NECESSAIRE D’ALLER VOIR LES INTOUCHABLES AU CINEMA

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    IL N’EST PAS ABSOLUMENT NECESSAIRE D’ALLER VOIR LES INTOUCHABLES AU CINEMA
    Pourtant, hier soir à Deauville, ma femme et moi avons expédié le dîner afin de voir ce film dont on nous dit qu’il bat tous les records d’entrées  en salle… Voire. C’est vrai, Danielle et moi dûmes ^rendre des places séparées tant l’affluence était grand et quand, après près de 100 minutes nous avons quitté les lieux, une file non négligeable attendait la prochaine séance.

    Franchement, et sans vouloir gêner les jeunes et talentueux maîtres d’œuvre dont les noms me disent quelque chose (Tolédano et Nakache), le film est tout juste divertissant et mêle quantité de sketchs et de poncifs : depuis le gentil noir au chômage qui croupit en banlieue, a des frères trafiquants de drogue, une mère au bout du rouleau tant elle se dépense sans compter pour faire bouillir la marmite, jusqu’à des paroles soporifiques sur le handicap, on a l’impression d’une mise bout à bout de plusieurs scénettes sans grand importance.

    Ma fille est allée le voir et en a été enchantée. J’y suis allé pour lui être agréable. Cela n’en valait pas la peine. J’entends dire qu’il y a des millions de gens qui y vont. Est ce un argument ? On me dit qu’il va dépasser les Chtis, quelle comparaison ? C’est vraiment du même niveau. Mais que faire en ces temps de crise ? Il faut bien que le peuple s’amuse, même si de graves restrictions l’attendent. Cela fait passer le temps.

  • MARINE LE PEN, L’ECONOMIE DE LA FRANCE ET L’EURO

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    MARINE LE PEN, L’ECONOMIE DE LA FRANCE ET L’EURO

    La candidate du Front Nationale présente aujourd’hui son programme présidentiel. On sait qu’elle est créditée de la troisième place dans les élections de 2012 mais qu’elle ambitionne de se retrouver au second tour, soit contre l’actuel président de la république, soit contre le candidat socialiste/ Dans tous les cas, et quoiqu’il arrive, l’enseignement à tirer est l’installation pour longtemps du FN dans le paysage politique français. Son père avait battu au premier tour le socialiste Lionel Jospin, qui avait pourtant vécu à Matignon, cinq années d’affilée, c’est dire.

    Cela doit changer l’attitude des gens vis-à-vis de ce parti qui commence à représenter environ 20% de l’électorat. Cependant, le pivot du programme économique de Marine risque de poser un grave problème, en l’occurrence la sortie de l’Euro et le rétablissement de notre défunt franc. J’ai l’impression qu’une telle mesure est impraticable, irréaliste : que deviendrait alors la dette de la France ? A combien de dévaluations devrons nous nous attendre si l’Euro était mort et enterré ? Je ne crois pas la mesure préconisée, frappée au coin du bon sens. Certes, les critiques articulées contre la monnaie européenne sont partiellement fondées : comment avoir une monnaie commune sans une gouvernance économique ? Sans banque centrale qui fasse vraiment son travail ? Sans une fiscalité commune, au moins dans ses grandes lignes ? En fait, les technocrates qui ont d’ailleurs pris le pouvoir dans tous les pays économiquement malades, ont mis la charrue avant les bœufs… Et désormais nous en payons le prix.

    Il est un aspect, en revanche, sur lequel la candidate du FN a des chances d’être suivie, c’est la double question de la fraude et de l’immigration. Jadis, le FN confondait dans un même opprobre, immigration et délinquance, aujourd’hui et c’est nouveau le couple est formé par la fraude (sécurité sociale, allocations, chômage etc…) et l’immigration.

    Que vont faire les Français ? Nul ne le sait avec certitude, même si les sondages donnent des indications assez fiables. La crise identitaire, stimulée par la défaillance économique, risque de s’envenimer, de rejeter encore plus gravement des éléments considérés comme allogènes car inassimilables. Or, toute l’histoire de la nation française s’est fait autour de la cristallisation : la francité n’est pas une donnée d’avance, elle est in fieri, mais elle a un socle, un terreau dans lequel chacun doit s’enraciner si’l veut faire souche dans ce pays qui prie à l’église, mange du porc et boit de l’alcool, même si l’auteur de ces lignes ne le fait pas.
    Et un débat à la télévision hier soir, animé par Franz-Olivier Giesbert, était assez inquiétant. En Fait, comme le disait Monsieur Claude Guéant, l’excellent ministre de l’intérieur que le pays s’est donné, les Français veulent se sentir chez eux en France. Cette prise de conscience est nouvelle et demeure légitime.

  • LES VERTS, LES ÉCOLOGISTES, EVA JOLY : ENTRE L’INCOMPÉTENCE ET L’IRRESPONSABILITÉ…

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    LES VERTS, LES ÉCOLOGISTES, EVA JOLY : ENTRE L’INCOMPÉTENCE ET L’IRRESPONSABILITÉ…

    C’est très triste à dire, mais c’est ainsi : il y a des gens qui ne sont pas faits pour un job mais qui, pourtant, s’entêtent et parviennent à occuper une position à laquelle ils ne sont pas du tout destinés. C’est un peu le contraire de ce que les Américains appellent ; the right man in the right place. Depuis quelques jours, concernant les Verts, on se demande s’ils vont avoir the right woman…

    Avez vous bien regardé les deux têtes d’affiche des Verts en France ? Je ne voudrais pas être taxé de sexisme ni de snobisme, mais c’est vraiment incroyable. Oui, on a peine à y croire. Mais en plus d’une présentation qui laisse à désirer quelque peu, il y a l’inexpérience politique criante : les Verts disent ne pas être un parti comme les autres ; mais voilà, un parti fait de la politique et les Verts ne veulent pas en faire : alors qu’ils allient se promener ailleurs que sur l’échiquier politique…

    Comment jugez vous l’attitude d’Eva Joly qui va sûrement mettre ce week end pour dire si elle va poursuivre ou pas. A mes yeux, cela ne changera pas grand’ chose car elle est créditée de 3% des voix avant la crise dans un verre d’eau qui secoue les rapports PS / Verts. Et les électeurs n’admettront pas que l’on prétende aux plus hautes fonctions et qu’à la première secousse, au premier dissentiment, on se retire sur son Aventin.

    Le drame des Verts et des écologistes en général consiste en l’inadéquation fondamentale entre les idéaux écologiques et les personnes qui se chargent de les défendre. Un exemple : comment peut-on toucher à l’indépendance énergétique de la France, mettre en péril des centaines de milliers d’emploi et hypothéquer des dizaines de milliards, sans avoir la moindre conscience des conséquences ?

    Il est vrai que lorsque vous les regardez ou les entendez, vous avez l’impression d’être sur un marché public ou dans le hall d’un immeuble.

    C’est dommage pour nous et c’est surtout dommage pour l’écologie

  • La Syrie, un pays en pleine guerre civile

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    La Syrie, un pays en pleine guerre civile

    Sans vouloir houer aux oiseaux de mauvais augure, ni au prophète de malheur, la Syrie est perdue pour Bachar al Assad qui n’aura même pas duré une décennie après son guerre qui était, lui taillé, dans une autre dimension. Il est vrai qu’aujourd’hui, les réseaux sociaux mobilisés par des jeunes filles, comme en Egypte, ont provoqué la chute d’un homme indéboulonnable comme Husni Moubarak dont j’ai bonne opinion, ainsi que vous le savez. Certes, ce n’était pas un démocrate, mais de telles populations doivent elles respecter les critères occidentaux de la démocratie ? Les avis sont partagés.

    Depuis que les déserteurs de l’armée se sont organisés au point d’attaquer avec des moyens militaires le centre de renseignements militaires de la marine, la partie est perdue par BAchar qui n’est plus proptégé que par ses milices et sa prétorienne. Dans les semaines qui viennent, les dissensions politiques vont se traduire sur le terrain : les Kurdes, les sunnites, les chiites, les alaouites vont se retrancher, chaque communauté dans un réduit. Et la Syrie n’existera plus comma avant.

    Aujourd’hui, on entend parler d’une Armée syrienne libre (al-djish al-souri hor), c’est le point de non retour. Comment en sommes nous arrivés là ? Mon idée est que depuis des décennies, les gouvernants arabes ont cru occulter leur impéritie en arguant du danger israélien qui est toujours là, plus fort que jamais, une démocratie vigoureuse, une économie en expansion, une armée super puissante, alors que les Etats arabes sont en proie aux ferments de la discorde et de la désunion, de la Tunisie au Yemen. Et je peux vous le dire, dès à présent, l’Iran ne sera pas épargné, ce pays où se produisent depuis quelque temps des explosions mystérieuses et fait troublant, toujours dans des dépôts de munitions…

    Au lieu de pourfendre des ombres et d’imaginer un ennemi israélien qui est en réalité leur frère sémite, les Arabes auraient dû affronter leur vrai destin. Le résultats est là, sous nos yeux.

    Je souhaite de mes vœux l’arrêt de bain de sang et prie pour que les yeux de ces peuples s’ouvrent enfin.

  • Grâce pour DSK

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    Grâce pour DSK

    C’est triste à dire, mais l’affaire revient sur le tapis. Ne laissera-t-on donc aucun répit à un homme déjà à terre, qui ne peut, en tout état de cause, nullement se présenter à aucune élection d’importance ni causer de tort à personne ? Qui a, de surcroît, été lâché par tous, même par ses plus fidèles soutiens ?

    Il faut relâcher la pression sur un homme qui a besoin de temps pour se reconstruire, je ne dis pas professionnellement (car cela paraît très compromis) mais simplement humainement, dans sa vie, sa relation à son épouse et à ses enfants ?

    L’affaire de ce grand hôtel lillois a donné lieu à des spéculations assez étonnantes, je dois bien le reconnaître. Selon certains milieux, cette affaire de l’hôtel était en attente pour éclater au grand jour au moment où DSK aurait déclaré officiellement sa candidature. On nous dit que c’est de bonne guerre et qu’il suffit de jeter un coup d’œil sur ce qui vient de se passer outre-Atlantique où des femmes se sont soudain souvenues du harcèlement sexuel émanant, nous disent-elles, d’un candidat républicain à la Maison Blanche… L’affaire du Carlton devait donc, selon ces milieux, exploser la première.

    Et voici que DSK, dans son abyssale inconscience, donne à ses adversaires, l’occasion absolument inespérée de l’anéantir en leur offrant sur un plateau l’affaire du Sofitel de New York… Décidément, les grands hôtels se suivent dans la vie de DSK… En principe, Lille était seule en ligne et voilà que NY lui volait la vedette et l’exclusivité !

    Aujourd’hui, alors que DSK est arrivé par miracle et grâce l’ingéniosité de ses bons avocats à se sortir d’affaire, on s’acharne sur lui de nouveau, comme si on voulait l’achever.

    Que l’on me comprenne bien : je désapprouve de la manière la plus formelle les agissements de DSK, mais après tout la justice ne fait pas la morale, même si, à mes yeux, on ne doit pas agir comme il a agi. Aujourd’hui, il faut épargner cet homme, le laisser vivre. Car il y va de sa survie. Je sais que la poltique est un exercice cruel. Mais trop, c’est vraiment trop.

    Laissez cet homme enfin en paix. Le châtiment subi excède largement la faute commise.

  • La France et l’Allemagne : survol d’un contraste

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    La France et l’Allemagne : survol d’un contraste

    S’il y a deux peuples, deux cultures qui n’ont pas beaucoup de choses en commun et qui durent, sous la contrariante d’événements extérieurs, se réconcilier et s’allier, ce sont bien la France et l’Allemagne, devenue, il faut bien le dire, notre puissant voisin et dont dépend, aujourd’hui, presque exclusivement, le sort de l’Euro, donc de notre prospérité économique et, partant, de notre stabilité sociale.. Ce qui me conduit à parler de ce sujet aujourd’hui, c’est la prise de conscience d’un découplage (le mot est très adéquat puisqu’on parlait jusqu’ici du couple franco-allemand) entre nos deux pays : d’anciens responsables du Quoi d’Orsay, fins connaisseurs des rouages de la coopération franco-allemande, ont récemment dénoncé, en termes fort peu diplomatiques, ce suivisme qui leur semble à la fois humiliant et un peu tardif.

    Ceux qui me lisent régulièrement dans ce journal connaissent l’admiration que je voue à la culture allemande et la haute estime en laquelle je la tiens. J’ajoute que mes origines ne me rendent pas suspect d’une «germanolâtrie» de mauvais aloi… Je scrute simplement, ce qui dans un passé récent ou lointain, a creusé l’écart entre nos deux pays. Germaniste de formation et aussi philosophe (ce qui revient au même puisque la philosophie est grecque aux deux tiers et allemande pour le reste), j’ai enseigné près de 25 ans à l’Université de Heidelberg après avoir passé quelques années à la FU de Berlin. J’ai donc pu voir comment fonctionnent nos voisins et m’imprégner de leur Weltanschauung (un mot hélas galvaudé durant l’Occupation, mais que je prends dans son acception première) qui leur fait détester ce qui leur apparaît comme une «arrogance française»..

    Pour expliquer cette mentalité germanique, deux éléments s’imposent à mon esprit de prime abord :

    a) la sensibilité religieuse de cette population, catholique et protestante, dont la langue a été forgée par nul autre que Martin Luther lors de sa traduction de la Bible. On a coutume de dire que les Allemands ont deux Bibles : la vraie, celle de Luther et le Wilhelm Meister de Goethe, véritable ouvrage de formation (Bildungsroman) lu et enseigné dans les écoles et les universités. Pour parachever ce premier élément, j’ajoute qu’en Allemagne la religion est une matière académique (Religionsunterricht ist ein akademisches Fach)

    b) le profond respect, mieux encore la crainte révérencielle (Ehrfurcht) de l’autorité, ce qui a, hélas ! trois fois hélas, conduit à des catastrophes dans l’histoire allemande récente. Cette attitude apparaît le mieux dans la phrase de Luther (encore lui) : l’autorité vient d’en haut [Dieu] (Obrigkeit kommt von oben) et à laquelle celle d’Otto von Bismarck fera un lointain écho : l’homme n’est pas sur terre pour être heureux mais accomplir son devoir (Der Mensch ist nicht auf Erden, um glücklich zu sein, sondern um seine Pflicht zu tun.)

    C’est dans ce terreau -qu’il faut bien surveiller- que s’enracine la légendaire, la proverbiale discipline allemande dont nous percevons aujourd’hui encore les effets, désormais bénéfiques, et dont notre bon président nous invite enfin à nous inspirer.

    Comme tout un chacun, Nicolas Sarkozy a des défauts, sur lesquels par respect je ne m’étendrai pas mais il a aussi d’éminentes qualités, notamment une énergie débordante et un refus absolu de la fatalité. L’essence du Français est telle que nul ne peut, sans risque d’échec électoral, le brusquer. Je ne puis réprimer un léger sourire lorsque j’apprends qu’on entend enfin combattre d’innombrables abus et fraudes dans plusieurs domaines. Mais les Allemands ont réglé ces problèmes depuis fort longtemps et leurs tribunaux donnent tort à des chômeurs qui refusent trois offres d’emploi successives : des ingénieurs diplômés se sont vus offrir des emplois de «techniciens de surface (balayeurs), c’était cela ou rien, plus de prestation sociale…

    Au vu de ce qui précède, on mesure le chemin parcouru par Nicolas Sarkozy quand il parle, avec une bonne volonté touchante, de convergences avec l’Allemagne. C’est vrai, c’est la voie à suivre, mais il faudrait que les Français veuillent bien suivre, eux aussi. Et le pari n’est pas gagné d’avance.

    Une dernière référence à l’histoire intellectuelle allemande qui explique les succès de nos voisins : après la conquête napoléonienne, il se trouva un philosophe allemand (profond mais qui n’est pas préféré en raison de son antisémitisme), Fichte, qui lança un vibrant appel au patriotisme de ses concitoyens. Il s’agit des Discours à la Nation allemande (Reden an die deutsche Nation).

    François Fillon a été le premier à parler ouvertement de la situation actuelle. Il avait dû rectifier le tir en faisant un plaisant jeu de mots, passant de la rigueur à la vigueur. En fait, pour changer les choses, il faut les exprimer clairement.

    Oh, je ne me fais pas d’illusion car je vois pas un seul dirigeant politique actuel capable de faire comme Fichte, mais qui sait ? Parfois, on n’est pas à l’abri d’une bonne surprise…

     

    Maurice-Ruben HAYOUN

    In Tribune de Genève

    16 novembre 2011

  • Quel avenir pour la Syrie de l’après Bachar el Assad ?

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    Quel avenir pour la Syrie de l’après Bachar el Assad ?

    Au fond, les tyrans ne sont pas toujours bien servis par leur progéniture. Le père du président syrien avait jadis tenu son peuple d’une main de fer, ne respectant rien, ni les hommes ni les lois, écrasant tout ce qui osait se mettre sur son chemin, infligeant aux puissances occidentales de terribles pertes au Liban, ce qui les conduisit à quitter ce pays avec armes et bagages, sans demander leur reste. Et le terrorisme international ! Ne reculant devant rien, Hafez el-Assad a réduit en cendre la ville de Gama avec son frère Rifaat el-Assad au motif qu’elle s’était soulevée contre son régime : environ 25000 morts sans que l’Occident ne lève le petit doigt.

    Mais aujourd’hui, la situation n’est plus la même : on a parlé ici aussi, hier, de la décision de la Ligue arabe qui, sous l’influence du Qatar, a exclu la Syrie, et le roi Abdallah II de Jordanie a carrément conseillé à Bachar de quitter le pouvoir. Même le ministre des affaires étrangères Muallem, diplomate chevronné, n’en menait pas large hier à la télévision, en promettant une prochaine sortie de crise. Le phénomène de décomposition est venu du nombre croissant de déserteurs. L’armée syrienne est profondément divisée et ne veut pas tirer sur le peuple en révolte. Pire, des dizaines de morts sont recensés depuis hier car ce sont des forces armées qui s’affrontent désormais.

    Ne minorons pas les dessous politiques : les pays arabes modérés en ont assez de ce régime qui introduit le danger iranien au Proche Orient et entrave tout règlement définitif avec Israël. Le monde arabo-musulman, confronté au printemps des peuples, ne peut pas se battre sur deux fronts ; l’un extérieur et l’autre niché en son propre sein , comme un vers dans le fruit. Le régime de Bachar ne sert plus à rien, ou pour parler comme les Américains, it has outlived its efficiency..

    Non seulement Bachar va tomber et la Syrie va traverser des lendemains difficiles (menace de partition, de démembrement, de dépècement, car c’est une mosaïque) mais elle va entrainer dans sa chute les mouvements terroristes de la région qu’elle soutient. Et surtout, les USA vont avoir les mains libres pour s’expliquer avec l’Oran des Mollahs.

    Les événements internationaux ont éclipsé une mystérieuse explosion, la seconde en moins d’un an, dans un dépôt de munitions des Pasdarans, le bras armé de la République islamique. Un important général y aurait perdu la vie ainsi qu’une vingtaine de ses subordonnés. Les rumeurs les plus folles aliment le mystère, sans oublier les nouvelles sur l’imminence d’une attaque US contre le régime des Mollahs. La chute de Bachar pourrait, dans les prochaines semaines offrir une fenêtre de tir aux Américains qui voient en cette république un grave danger.

    Ce monde ne connaîtra-t-il jamais la paix ?