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  • La France et Al-Quaida

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    La France et Al-Quaida

     

    On a entendu parler d’une menace de Ben Laden (mais est- il encore en vie ?) adressée à la France et lui enjoignant de quitter l’Afghanistan, faute de quoi il lui en cuirait et surtout, les otages détenus dans le Sahel en pâtiraient gravement. Evidemment, la France a aussitôt rejeté un tel ultimatum, réitérant son refus de céder aux menaces d’une poignée de terroristes.

    La question qui se pose est évidemment celle concernant la conduite à tenir face aux terroristes dans des Etats incapables d’assurer leur sécurité intérieure et l’imperméabilité de leurs frontières, donnant ainsi à des bandes armées d’immenses champs de manœuvre où elles se livrent impunément à toutes sortes de trafic, dont celui des êtres humains. Car avec l’argent des rançons, ces terroristes achètent de l’armement, voire même subventionnent les tribus nomades qui deviennent ainsi leurs complices, leurs yeux et leurs oreilles.

    L’attitude nouvelle de la France consiste désormais à poursuivre les terroristes et à les neutraliser. Est-ce la bonne méthode ? On ne conçoit pas de négocier avec des ravisseurs, chaque fois qu’ils enlèvent quelqu’un, même si cette attitude est douloureuse pour les otages et leurs familles. Mais que faire d’autre que réagir par la force armée ?

    Un journaliste libanais connu, expert de ces régions sahariennes et proche orientales, a souligné que cette réponse de la France redonnait confiance aux nomades livrés pieds et poings liés au bon vouloir de ces terroristes et leur montrait que la France n’était pas «une chiffe molle» (verbatim, ce sont ses propres termes)…… et que les terroristes n’étaient plus du tout certains pour pouvoir agir sans risque ni impunément. Le fait que les forces spéciales leur aient montré de quoi elles étaient capables en les attaquant au canon de 20 par hélicoptères et à la roquette, alors que les terroristes se croyaient déjà dans le sanctuaire malien, va en dissuader plus d’un : ce ne sera plus une promenade de santé d’enlever des Français et d’exiger ensuite une rançon.

    Telle est la nouvelle politique de la France. Espérons qu’elle sera efficace et dissuasive. En revanche, il est grand temps d’aider efficacement au développement de l’Afrique pour décourager toutes ces entreprises de déstabilisation.

    Cela dit, je ne comprends toujours pas comment on peut enlever des gens au cœur même d’une capitale africaine, dans un quartier réputé sécurisé… C’est l’Afrique.

  • La badaliya de Louis Massignon; un piège?

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    La badaliya, au nom d’autre de Louis Massignon (1947-1962)

    Cerf, Paris, 2010

     

    Voici un curieux ouvrage, certes d’une importance documentaire incontestable mais qui jette sur la personnalité et l’œuvre de Louis Massignon, insurpassable islamologue, une lumière plutôt crue, voire étrange.

    Dans ce même blog, j’ai déjà eu la possibilité de rendre hommage à l’œuvre du célèbre professeur de sociologie musulmane au Collège de France en rendant longuement compte de deux volumes de ses Ecrits mémorables, parus dans la collection Bouquins. J’avais donc déjà rencontré cette notion de badaliya, en français sodalité, et qui consiste à prendre la place d’un autre.

    Massignon, qui fut, sa vie durant, écartelé entre sa foi chrétienne, d’abord perdue et ensuite retrouvée en Orient arabe, et son amour pour la langue et la civilisation islamiques, était habité par des visées prosélytistes assez incroyables. Tant elles étaient fortes et ne cédaient devant rien.

    Je ne remets nullement en cause l’incomparable expertise philologique et sociologique de l’homme, il suffit de voir le soin scrupuleux qu’il mit à établir l’édition des textes d’al-Hallaj pour s’en convaincre. Ce que je conteste respectueusement et sans offusquer en quoi que ce soit sa mémoire, c’est sa volonté de racheter, de convertir à la foi chrétienne tout ce qui ne l’est pas, ou ne l’est pas encore. Comme si c’était, comme disent les Allemands, eine allein seligmachende Kirche. Non, un même D. nous a tous créés avec la même dignité et la même valeur.

    La badaliya, telle que conçue par Massignon et son amie Mary Kahil, chrétienne de rite melkite, descendante égyptienne d’une très vieille famille grecque établie sur les rives du Nil, vise à remplacer des non chrétiens, en l’occurrence des musulmans par des chrétiens, dont l’amour manque au Christ. En soi, le but est louable, mais imaginez un peu ce qui se passerait aujourd’hui si les fondamentalistes musulmans (et je ne parle même pas des radicaux violents de Ben Laden) prenaient connaissance de telles visées qui aboutissent nécessairement à l’apostasie, voire à une mort certaine, puisque même à l’époque, des musulmans égyptiens qui s’étaient rapprochés de l’idéal de Massignon, furent assassinés.

    En tout état de cause, les présentateurs de ce volume se sont choisis le préfacier qu’il leur fallait, en la personne de SE le cardinal Tauran lequel commence son texte en relatant le discours tenu par le roi Saint Louis à l’ambassadeur du roi de Tunis, alors que le monarque franc venait de convertir un adulte juif. Pour illustrer le dialogue interreligieux, on peut mieux faire…

    En fait, la passion (car c’en fut une) de Massignon pour l’islam lui faisait découvrir des similitudes imaginaires entre cette religion et la sienne propre qui n’existaient pas en réalité : ne va-t-il pas jusqu’à discerner dans Fatima les traits de la Vierge Marie ?

    Mais je ne veux pas être juge trop sévère, il faut prendre ce document pour ce qu’il est : une attestation de ce qu’éprouva un homme et quelques autres personnes en voyant que la terre qui avait vu naître le Christ et le christianisme faire ses premiers pas, était désormais entièrement occupée par une autre confession, balayant tout sur son passage…

    Je relève quelques définitions de ce livre, insinuant dans cette direction (p 28) : la badaliya… un témoignage évangélique de vie chrétienne en esprit de compassion et de substitution pour leurs amis ou compatriotes musulmans…

    Mais même en 1955, moins de sept ans avant sa mort, Massignon eut tout de même quelques lueurs de lucidité : (p 43) : on nous dit que la badaliya est un leurre, car on ne peut pas se mettre à la place d’un autre, et que c’est un rêve d’amoureux.

    Le reste du livre est de la même veine. En soi, pourquoi pas ? Mais si certains se saisissaient de ce livre pour dénoncer le zèle convertisseur des chrétiens, la volonté de convertir des millions de musulmans, aurait aujourd’hui des effets dévastateurs. Et compromettrait pour les décennies à venir le dialogue entre les cultures car l’une des deux parties y décèlerait un piège.

    On nous répondra qu’il faut faire un effort sur nous même et comprendre que notre sainte mère l’Eglise se soucie du salut de notre âme… Dans la Realenzyklopiae für Theologie und Kirche, j’ai pourtant bien lu que l’adage Extra ecclesiam… (Hors de l’Eglise, point de salut) était un simple apocryphe. Alors, c’est un apocryphe qui a la vie dure…

    De nos jours, les rares chrétiens encore en vie en Orient ont besoin de tout autre chose. Mais ce livre a cependant une grande valeur documentaire que les historiens ne sauraient négliger.

  • Existe-t-il une solution pacifique au nucléaire iranien ?

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    Existe-t-il une solution pacifique au nucléaire iranien ?

     

    La question se pose désormais avec une certaine acuité, en raison de la tenue imminente d’une réunion à Istanbul en présence de l’Iran et des grandes puissances, la Chine, la Russie et l’Union Européenne et les USA.

    Il n’est pas certain que cela réussisse car les Iraniens sont passés maîtres dans l’art des manœuvres dilatoires et la façon de gagner du temps : cela dure depuis 2005 ! Depuis cette année, les sanctions de nature économique étranglent toujours un peu plus l’économie iranienne, rendant de plus en plus difficile l’existence quotidienne de millions d’Iraniens : certes, les puissances occidentales se méfient du régime des Mollahs dont les dernières élections présidentielles ont montré la vraie nature, mais est-il juste que de pauvres citoyens souffrent en raison de la politique menée par leur gouvernement ?

    Les Russes ne veulent pas d’un renforcement unilatéral des sanctions mais ils le disent mollement, comme s’ils voulaient donner le change et faire diversion aux yeux des Iraniens avec lesquels ils entretiennent de ,ombreux rapports commerciaux et techniques. Mais ils savent que les USA et le Européens sont partisans d’exercer une pression accrue sur un Iran récalcitrant.

    Ce qui saute aux yeux des observateurs impartiaux n’en reste pas moins le fait suivant : si l’Iran n’a rien à cacher, alors qu’il laisse libre accès aux observateurs et aux inspecteurs de l’ONU. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

    Par ailleurs, ceux qui pensent que le régime sera prochainement victime d’une révolution anti-Mollahs se trompent lourdement car la situation ne ressemble nullement à celle de la Tunisie où la troupe a refusé de tirer sur la foule. Si elle avait accepté de le faire, Ben Ali serait encore dans son palais de Carthage. Le pouvoir à Téhéran dispose des Gardiens de la Révolution qui ont déjà fait feu sur leurs frères.

  • La kabbale de Safed et le renouveau d’Isaac Louria au XVIe siècle

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    (Conférence d'hier soir à la Mairie du XVIe arrondissement)

     

    La kabbale de Safed et le renouveau d’Isaac Louria au XVIe siècle

    Généralités : l’expulsion des juifs de la péninsule ibérique

    Mesure-t-on réellement ce qu’a pu signifier pour la mémoire collective des juifs de l’Europe méridionale, si ancrés dans la socio-culture de leur terre d’adoption, un tel décret d’expulsion signé en 1492 par Isabelle la catholique et son époux Ferdinand ? D’un trait de plume, les juifs étaient chassés d’un territoire devenu leur patrie d’adoption tandis que tous leurs repères séculaires disparaissaient. Ils s’étaient sentis intégrés dans ces possessions de la couronne espagnole, arrachés, au terme de luttes longues et âpres, à l’expansionnisme musulman qui avait réussi à se maintenir dans la péninsule pratiquement jusqu’à la fin du XVe siècle.… La symbiose avec le milieu ambiant fut si totale que les juifs avaient même donné naissance à une langue judéo-espagnole comme le ladino, dans laquelle ils rédigèrent certaines de leurs prières, intégrées à la liturgie hébraïque ancestrale.

    Leurs aïeux s’étaient illustrés dans tous les secteurs de la vie publique  et avaient conquis une place enviée dans la direction politique du pays, à la cour des monarques, dans les arts et les lettres, la médecine, les sciences etc… L’un des leurs, le célèbre Moïse Maimonide (1138-1204), contraint de quitter sa ville natale, Cordoue, n’avait jamais oublié la cité qui l’avait vu naître, même dans son lointain exil égyptien[1]… Au soir de sa vie, il continuait d’être en relation épistolaire avec ses frères demeurés sur place. Il ne fut pas le seul puisque la plupart de ceux qui allaient, des siècles plus tard, subir le terrible décret d’expulsion, se feront appelés les mégorashim (expulsés d’Espagne) même après avoir fait souche dans les pays du pourtour méditerranéen.

    Aucun secteur n’était soustrait à l’influence des juifs de la péninsule, excepté le culte établi, la religion majoritaire, qui finit par avoir raison d’eux. Le seul secteur qu’ils n’avaient pas pu investir en raison de leur fidélité à la religion de leurs ancêtres. Une fidélité qui ne pesa pas lourd face aux exigences du clergé catholique, soucieux de renforcer son pouvoir en parachevant l’unité religieuse du royaume : tous les territoires de la couronne, en Castille, en Andalousie, en Aragon, dans le territoire de Léon, partout, la puissante église catholique entendait affirmer son hégémonie qu’elle croyait menacée par la montée en puissance des juifs dont tant de hautes personnalités l’avaient pourtant déjà rejointe. Nous reviendrons dans les chapitres suivants sur le cas de convertis célèbres comme Abner de Burgos devenu Alfonso de Valladolid ; mais il y eut aussi des milliers d’anonymes, notamment lors de la vague de conversions de 1349 dont Fritz Isaac Baer parle dans son célèbre ouvrage.[2] S’étant fortement impliqués dans tous les secteurs de la vie politique et culturelle, les juifs s’étaient progressivement assimilés. Leur fusion ethnique et religieuse au sein du corps social traditionnel devenait une nécessité absolue aux yeux de l’église catholique qui craignait qu’une puissance, originellement juive, ne portât atteinte à l’identité même du royaume.

    Il fallut choisir entre le départ, donc l’exil, et la conversion. C’est ainsi que naquit le phénomène marrane qui ne manqua pas de réserver quelques surprises à l’église catholique. L’écrasante majorité des juifs refusa d’abjurer sa foi et préféra l’exil à l’apostasie. Les pays du Maghreb, mais aussi la Turquie et l’Europe bénéficièrent de cet important afflux de populations. Les cités-Etats d’Italie accueillirent les expulsés, notamment la ville de Venise dont le ghetto abrita des personnalités aussi prestigieuses que Isaac Cardoso[3] et Isaac Abrabanel, le grand philosophe et exégète biblique, familier des rois et des reines.

    Cette rupture et ce traumatisme ne peuvent pas ne pas avoir laissé de traces profondes dans le vécu et le penser de ces hommes qui durent tout abandonner pour conserver leur foi. Empreints d’une religiosité profonde, ils ne manquèrent pas de s’interroger sur ce coup du sort. Pourquoi Dieu les avait-il abandonnés, une fois encore ? Eminemment convaincus de l’existence d’une impeccable théodicée, ils ne pouvaient s’en prendre à Dieu ni lui adresser le moindre reproche : leur seule ressource consistait à découvrir en eux-mêmes les raisons d’un tel malheur qui frappait une nation dans son ensemble. Il ne s’agissait plus des manquements d’une seule personne ou d’un groupe limité, mais de tout un peuple : qu’avait-il bien pu commette comme délit pour en être arrivé là ? Il fallut chercher en son for intérieur ce qui avait déclenché une telle punition divine. Même un esprit aussi rassis que Abrabanel, homme de conviction mais aussi de savoir scientifique, a cru que si les juifs avaient essuyé l’ire divine, c’est parce qu’ils avaient trop cultivé les lettres grecques, délaissant les textes sacrés de la Révélation, c’est-à-dire la Tora… L’expulsion d’Espagne a largement pesé sur le mode de pensée d’Abrabanel qui, sans ce grave accident politique, aurait peut-être pris une tout autre direction. On perçoit nettement dans ses écrits le procès qu’il intente aux averroïstes, coupables, à ses yeux, d’avoir singulièrement tiré vers eux les thèses du Guide des égarés de Maimonide.[4] En d’autres termes, d’avoir déformé la pensée de Maimonide et d’avoir substitué leurs propres idées aux siennes.

    Cette attitude dénote au moins une chose : face au drame du déracinement et de l’exil, les intellectuels juifs de la fin du XVe et du début du XVIe siècles ont cherché à apporter une réponse, à défaut d’une explication : les enfants d’Israël ont été chassés par la main de Dieu d’un lieu où ils s’étaient crus à l’abri d’un coup du sort pour la seule raison qu’ils avaient abandonné leur héritage religieux traditionnel. Ils n’auraient pas dû conceptualiser leur judaïsme au point de le transformer en philosophie pure. Il convenait donc d’en tirer les conséquences et de revenir sur le terrain de la tradition ancestrale

    Dans ce contexte, la kabbale lourianique constitue une sorte de réponse mystique à cette mesure d’expulsion, de nature religieuse elle aussi, mais avec d’indéniables conséquences politiques. L’âme juive, acculée de toutes parts, livrée, pieds et poings liés, à l’arbitraire de ses ennemis, ne pouvait plus placer son espoir en un rationalisme maimonidien qui l’avait menée là où elle se trouvait

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  • Les réseaux sociaux (Face Book, Twitter, etc) et les dictatures

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    Les réseaux sociaux (Face Book, Twitter, etc) et les dictatures

     

    Entendu, vu ce matin sur BFM TV : les réseaux sociaux ont grandement participé à la chute et à la fuite du dictateur tunisien en dépit d’un contrôle très serré des organes de presse, écrite et parlée. On a l’impression qu’à travers les ondes, mais de manière absolument irrépressible, les nouvelles, les communications entre internautes ont défié le pouvoir en place, provoquant sa chute quasi-immédiate et sa fuite éperdue à l’étranger.

    Mais cette télévision française ne s’en est pas tenue à cela. Elle a présenté un tableau de contagiosité des autres régimes arabes dictatoriaux et a fait état de ceux qui seraient susceptibles de s’effondrer comme des châteaux de cartes. Et, à ma grande surprise, celui que les internautes arabes visent, celui qu’ils placent immédiatement sur la liste est le régime syrien de Bachar el Assad. J’avoue ma surprise, non point que ce régime brille par son respect scrupuleux de la démocratie mais parce que les internautes arabes ont établi un parallélisme entre la nature des deux dictatures : un volet politique qui fruste les habitants de toutes les libertés, mais aussi un volet économique qui révèle des similitudes frappantes avec le désossement de l’économie syrienne…

    La télévision exposait aussi le contenu des messages échangés entre les internautes de tous ces pays qui voient s’ouvrir devant eux des perspectives inespérées, voilà tout juste quelques semaines…

    Il est indéniable que si un régime enfin démocratique voyait le jour à Damas, plusieurs gouvernements et plusieurs pays, dont le pauvre Liban, pourraient pousser un soupir de soulagement. Cela changerait tant de choses.

    Le malheur est que la comparaison entre la Tunisie et la Syrie n’est pas parfaite. Il y a même une différence de taille qui change entièrement la donne : l’armée tunisienne, réduite et constituée d’hommes du peuple, non fanatisés par des doctrines politiques extrémistes, n’a pas voulu tirer sur le peuple alors que l’armée syrienne, sur le pied de guerre avec Israël depuis des décennies risque de réserver des surprises, non point aux gouvernants mais au peuple manifestant.

    Souvenons nous de ce qui s’était passé à Hamma il y a plusieurs décennies : une révolte avait occis des dizaines de jeunes cadets militaires. Le pouvoir en place a pratiquement rasé les poches de résistance, même lorsque les insurgés se sont retranchés dans des lieux du culte. Ils furent pulvérisés par l’artillerie lourde.

    Enfin, ce Proche Orient ! Un seul pays n’a pas souci à se faire de ce point de vue, car c’est une démocratie parlementaire absolue : Israël.

  • les dictatures arabes menacées par la contagion tunisienne ?

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    les dictatures arabes menacées par la contagion tunisienne ?

     

    Il faut le redouter. Mais d’un autre côté, si c’est l’unique manière d e faire rentrer tous ces pays dans les vertus démocratiques, eh bien, que les peuples opprimés se mettent au travail.

    J’ai écouté hier et avant hier sur les télévisions arabes des reportages faisant état d’au moins un ou deux cas d’hommes qui se seraient immolés par le feu, pour suivre l’exmple tragique de ce pauvre jeune homme de Sidi Bouzid, l’homme dont le sang a permis à la Tunisie de prendre enfin le sentier de la liberté. Il s’agit d’un Egyptien, d’une part, et d’un Algérien, d’autre part, qui se serait immolé à Tébessa, loin d’Alger.

    Le problème est que les désordres subséquents aux révolutions pourraient dégénérer et les islamistes, généralement mieux organisés, tenter de tirer les marrons du feu.

    On lit dans le Figaro d’avant-hier que des affiches et des pancartes islamistes commencent à faire leur apparition. Mais, d’autres manifestants ont intimé le silence à ces personnes qui tentaient de les frustrer de leur victoire.

    Pour ce qui est des régimes menacés au premier chef, on parle surtout de l’Algérie, du Yémen et de la Syrie. Des pays qui gagneraient à assouplir leur régime. Le feront-ils ? Auront-il la sagesse et le courage de se réformer ? Ce serait bien et cela éviterait à leurs peuples respectifs des souffrances dont ils n’ont été que trop abreuvés depuis si longtemps.

  • La situation en Tunisie : la France a-t-elle fait fausse route ?

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    La situation en Tunisie : la France a-t-elle fait fausse route ?

     

    Décidemment, le lien, le cordon ombilical, pourrait-on dire, entre la France, ancienne puissance tutélaire et son protectorat, en l’occurrence, la Tunisie, a du mal à se distendre ou simplement à s’estomper. Alors que la révolution dite du jasmin (on oublie que ce terme provient de la l’arabe yasmine, comme d’ailleurs couffin ou toubib ou encore mousseline qui vient de la ville de Moussoul)) est en passe de s’affirmer malgré des troubles somme toute prévisibles, certains, en France, entendent instruire le procès de l’incompétence ou de l’impéritie de notre diplomatie : pourquoi n’a-t-on rien vu venir ?

    En fait, on ne peut pas faire ce reproche aux seuls diplomates, même si tous nos chefs de poste à l’étranger sont nos yeux et nos oreilles. Ce sont les ambassades qui renseignent et conseillent le gouvernement, lequel est seul à décider de la marche à suivre. Dans ce cas d’espèce, la Tunisie, avec tout le respect dû aux plus hautes autorités de l’Etat, il y a eu maldonne, et singulièrement les réactions étranges de certains ministres proposant d’aider, de manière insolite, il faut bien le reconnaître, un dictateur à rétablir l’ordre dans son pays.

    Mais il ne faut pas instruire à charge, exclusivement. Les choses sont allées trop vite. Ce qui donne à titre posthume encore une fois raison à la phrase de Clausewitz ( De la guerre) : Les conflits ne naissent pas de la volonté des hommes, mais de la rupture d’équilibres…

    Les trois prestations télévisions de l’ancien chef d’Etat tunisien tendaient à faire croire qu’il avait repris les choses en main et qu’il était aguerri par un quart de siècle de règne sans partage. Les Etats étant ce qu’ils sont, nul ne doit s’étonner de ce qui est arrivé. Après tout, je me souviens de ce que Henry Kissinger, monstre sacré de la politique internationale, disait de l’ancien dictateur de Panama, qui purge actuellement une peine de prison dans l’Hexagone : c’est un fils de p…, mais le problème, c’est que c’est bien NOTRE fils de p…

    Je ne transfère pas une telle appellation au président tunisien déchu, mais il faut bien reconnaître que nul ne songeait à s’en prendre à lui, pas même les USA, ni l’ONU, qui organisa chez lui, il y a peu, une manifestation internationale. Cet homme passait pour l’unique rempart contre l’islamisme. Et je ne suis pas loin de penser qu’il serait encore là s’il n’avait pas cédé à cette dérive mafieuse qui le conduisit à laisser ses proches mettre son pays au pillage.

    Mais revenons au sujet : la France a-t-elle fait fausse route ? Oui, c’est probable, même s’il eut été difficile de rapprocher l’immolation du jeune diplômé de Sidi Bouzid de l’immolation de Jan Palach, jadis en Prague, après l’invasion de la Tchécoslovaquie. Et qui déclencha un mouvement d’une ampleur insoupçonnée.

    Mais au-delà des réactions compassées de quelques diplomates de l’ancienne école, qui craignent d’aller à l’encontre de la pensée unique et de freiner ainsi leur carrière, il y a un véritable effort à faire, dans le domaine du renseignement.

    Que nous arriverait-il si d’autres jeunes gens s’immolaient dans les deux autres pays d’Afrique du nord, dans lesquels nous avons, jadis, exercé notre autorité ? Pour l’instant, le peuple tunisien, descendant des Carthaginois, n’est pas encore secoué par un ressentiment anti-français. Mais prenons garde et surveillons l’évolution de la situation, sur place comme dans les deux autres pays voisins, comme on surveille le lait sur le feu. Ainsi, nous n’aurons pas de mauvaises surprises.

    Enfin, la France a tout de même bien redressé la situation, et suffisamment vite : d’une part, en faisant savoir qu’il ne fut jamais question d’accueillir le fuyard chez nous et d’autre part en plaçant ses avoirs et ceux de ses proches sous séquestre.

    Et enfin, en proclamant notre solidarité avec le peuple tunisien en lutte pour recouvrer sa liberté.

    C’est le retour de la France des droits de l’homme…

  • Bréviaire à l’usage des princes etdes pauvres gens.

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    Bréviaire à l’usage des princes etdes pauvres gens. Sentences des XIVe et XVe siècles réunies par Joël Blanchard. Agora, 2011.

     

    Avez vous déjà eu un bréviaire entre les mains ? Si cela n’est pas le cas, je vous recommande la lecture de celui-ci, compilé par un auteur attentif et scrupuleux.

    On y lit des sentences, des proverbes, des enseignements moraux issus de la plume d’hommes et de femmes comme, par exemple, Christine de Pisan.

    L’ouvrage suit l’ordre alphabétique : amour précède avocat et cour, courtisan et ainsi de suite. On trouve aussi dans ce bréviaire de nombreuses dues, entre autres, à Philippe de Mézières et à Philippe de Commynes.

    Les descriptions de l’avare et de l’avarice sont savoureuses ; et il en est de même de toutes les passions humaines.

    Au fond, et c’est là le premier enseignement de ce livre, quand on parcourt ces pages, on constate que la nature humaine n’a pas changé en plus d’un demi millénaire. Les mêmes hommes qu’il y a des siècles se retrouvent aux commandes d’engins et de machines les plus sophistiqués, que même un génie comme Léonard de Vinci n’a pu imaginer. C’est dire combien de services ce bréviaire rendra à ceux qui voudront bien le feuilleter.

    Quelques exemples : Christine de Pisan sur la fortune : Nul ne doit se plaindre de perdre les biens que Fortune dispense, elle ôte, donne et en dispose à son gré. ( p 75à

    Générosité : Tout comme la lumière qui partout se répand et n’est pas diminuée, de même les biens de l’homme généreux ne diminuent pas parce que tous en ont leur part.

    Une petite réserve, cependant : sous le vocable hypocrisie on produit un texte de Philippe de Mézières qui stigmatise les pharisiens, adeptes du Templum domini… ( p 89)

  • Marine Le Pen, les classes moyennes et les jeunes

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    Marine Le Pen, les classes moyennes et les jeunes

     

    La dynamique semblée désormais lancée. Vu ce matin sur BFM Tv, chez Jean-Jacques Bourdin, Marine Le Pen lançant un appel à peine dissimulé aux classes moyennes dont elle se voudrait le défenseur face à l’impuissance conjuguée des deux grands partis de gouvernement, l’UMP et le PS.

    L’émission était assez heurtée, l’intervieweur ne laissant pas toujours son invitée parler et cette dernière réagissant vivement à sa tactique.

    Ce qui frappe, c’est que la toute nouvelle président du FN cherche à se démarquer de son père, même si elle s’en défend. Ce qui retient aussi l’attention, c’est que le nouveau président d’honneur ne cherche pas à se faire oublier et donne déjà dans les mauvais jeux de mots ou les dérapages afin d’attirer sur lui l’attention de la presse. Interpellée sur le dérapage paternel d’hier (concernant le journaliste de France 24), la nouvelle élue, visiblement gênée, a préféré éluder la question plutôt que de condamner son père.

    Ce qui m’a encore plus frappé, c’est la réaction des jeunes du FN qui souhaitent tourner la page du vieux Le Pen et condamnent au fond d’eux mêmes tout dérapage raciste ou xénophobe. Certes, ils sont toujours très regardants sur l’identité nationale, rejettent massivement ce qu’ils nomment l’islamisation de la France et se veulent un parti de gouvernement. Apparemment, c’est un nouveau processus qui est en marche : le FN, ou plutôt son aile modérée, veut rompre son isolement et devenir un parti de la droite extrême, fréquentable et doté d’un programme.

    Sur ce dernier point, celle qui se dit déjà candidate à l’élection présidentielle de 2012, a exposé les grandes lignes de son futur programme qui tourne entièrement autour des classes moyennes, tentant de faire coïncider la majorité sociologique avec la majorité politique dont elle se veut l’incarnation. Elle préconise l’abandon de l’Euro, le combat pour la laïcité, la préférence nationale et une plus grande justice fiscale. Elle veut aussi, dit-il, retenu un contenu sérieux à l’action de l’Etat auquel elle prête un rôle de stratège. C’est la seule idée que j’ia trouvé vraiment intéressante et qui ne soit pas du déjà vu… Au fond, rien de bien nouveau.

    A l’évidence, la nouvelle présidente du FN va quitter les sentiers largement battus par son père pour s’engager sur une nouvelle voie, celle de la conquête du pouvoir. Car, et ce n’est un secret pour personne, son père n’a jamais sérieusement envisagé d’exercer ce même pouvoir, fût-ce sur un tout petit strapontin.

    Visiblement, les choses ont changé.

  • MARINE LE PEN, PRESIDENT DU FRONT NATIONAL

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    MARINE LE PEN, PRESIDENT DU FRONT NATIONAL

    Il ne reste plus à la nouvelle présidente du FN qu’à se faire un prénom puisque le nom, elle l’a déjà. Que va-t-il se passer ? Le FN va-t-il changer ? Y aura-t-il une évolution idéologique ou en restera-t-on aux thèmes habituels : nationalisme,  immigration et insécurité ?
    C’est probable car ce sont des thèmes certes éculés mais éprouvés et qui ont permis à ce parti de continuer de vivre et d’exister. Marine Le Pen dispose aussi d’atouts que n’avait pas son père : c’est une femme, elle est encore relativement jeune et a trois enfants. De cette façon, elle fera moins peur aux classes moyennes qu’elle entre prend de séduire et de faire voter pour elle.
    Et c’est là tout la question : la prochaine élection présidentielle risque d’être mouvement pleine de surprises si Marine Le Pen peut continuer à surfer  en tête dans les sondages. Si elle se présente et dépasse les 10%, ce sera très difficile pour la droite parlementaire de faire triompher son candidat . Et si le FN dépasse les 10% à l’élection présidentielle, le canidat de la droite, qel qu’il soit, risque d’être absent du premier tour.
    Mais nous n’en sommes pas là. Il y a fort à parier que les partisans de Bruno Gollnisch ne se rangeront pas sagement sous la bannière de l’heureuse élue. Ils sont au moins 30%, c’est la minorité, certes, mais elle n’est pas symbolique. Et rien ne dit qu’il n’y aura pas une scission au sein du FN où ka misogynie et une certaine xénophobie se portent plutôt bien.
    Si une telle évolution se produisait, le score de la nouvelle président passerait inévitablement sous les 10%, et, dans ce cas, le candidat de la droit peut espérer réaliser un bon score. Mais pour y arriver, à supposer que la scission se produise, il faudrait alors une droitisation de la campagne électorale…
    Mais tout ceci est pure spéculation et il faudra attendre que la nouvelle élue fasse ses premiers pas. Ensuite, nous verrons bien. Mais si la droite au pouvoir répondait aux attentes des électeurs, ces derniers se reporteraient sur elle. Et plus sur la droite extrême