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  • la mentaliité ou le caractère de l’Israélien moyen

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    la mentaliité ou le caractère de l’Israélien moyen

    Un membre de l’Académie Française me posait récemment une question à laquelle je n’avais pas, alors, apporté la réponse qui convenait. Comment, me demandait-il, les Juifs sont-ils devenus des Israéliens ? Venant de la part d’un éminent historien, âgé aujourd’hui de près de 80 ans et issu d’une grande et vénérable famille judéo-alsacienne, la question méritait considération. Aujourd’hui, j’ai la réponse : qui a transformé les Juifs en Israéliens ? Les Arabes et leur refus obstiné d’accepter le nationalisme juif au même titre que le leur ; un refus si sanglant, si obstiné et si inflexible a convaincu les Israéliens de devenir une nation soldatique où tous les hommes et les femmes alides accomplissement un service armé sous les drapeaux.

    Croyez moi ; ceci vous change un homme. Depuis au moins 1929, date du massacre des juifs d’Héron par des émeutiers arabes, les juifs d’Israël vivent en état de guerre permanent, imposé par des voisins intraitables. Ceci finit par influer sur votre caractère, un caractère qui, parfois finit par m’agacer : cette indiscipline, ce toupet (houtzpa), cette désinvolture, cette inattention accordée aux autres au motif que «personne ne nous aime», «tout le monde nous condamne» etc… m’ont exaspéré.

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  • ur la tombe de mon cher ami André CHOURAQUI (Zal)

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    sur la tombe de mon cher ami André CHOURAQUI (Zal)

    En visitant le Mont des oliviers dont il fut question dans le blog précédent, D. me rappela que notre ami le célèbre André Chouraqui, reposait dans ce même cimetière. Je m’adressai donc à ce digne gardien arabe en le priant de me guider vers la tombe recherchée. Miracle ! Elle se trouvait au même niveau à quinze mètres de celle de l’oncle. Je remis au gardien ce qu’il fallait pour sa diligence et me mis à lire l’inscription sur la prière tombale. Annette, la digne et aimante épouse, compagne dévouée de toute une vie et mère des enfants d’André, avait fait graver une citation biblique de la traduction de son défunt mari. Il y est question de joie et d’allégresse.

    Cette citation résumait tout André que j’ai bien connu et fréquente au cours des dix dernières années de sa vie. Auparavant, je dévorais ses livres.

    Se recueillir sur la tombe d’un Ami est toujours émouvant. A quoi rime la vie, en fin de compte ? Un passage du Talmud stipule que l’espace qui revient à chacun d’entre nous sur cette terre ne dépasse pas quatre coudées : arba ammot, shé-zé meqomo shel Adam…

    Mais l’œuvre d’André lui survit. Et elle prend plus de place dans le cœur et le souvenir de ceux qui le lisent et l’aiment.

  • Sur le Mont des oliviers et sur le Mont Scopus.

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    Sur le Mont des oliviers et sur le Mont Scopus.

    Sur le Mont des oliviers, sur les hauteurs de Jérusalem (vous contemplez le Mur des lamentations ainsi que le dôme de la mosquée) se trouve l’un des plus vieux cimetières juifs du pays, un cimetière régulièrement profané par des vandales issus du village arabe voisin que vous devez traverser de toute façon pour accéder au cimetière…

    C’est peut-être paradoxal, mais c’est un si beau cimetière ! On aimerait presque y reposer, mais le plus tard possible. C’est un cimetière en escaliers, dont les étages les plus bas, comportant des tombes fort anciennes, font, comme on le disait supra, l’objet de dégradations qui déshonorent leurs auteurs…

    Permettez moi de vous raconter cette équipée qui m’a appris tant de choses sur la situation réelle entre Israéliens, juifs et arabes.

    D. ayant un oncle qui décéda en février, sa vieille tante (plus de 90 ans), donc la veuve, exprima le souhait que sa nièce l’accompagne pour se recueillir sur la sépulture du cher disparu. Nous nous rendons sur place et parvenons à ce village arabe qui surplombe comme je le disais toute la cité du roi David. Nous traversons en voiture de magnifiques espaces verts, des endroits propres et visiblement très bien entretenus, quand soudain, nous entrons dans un gros bourg où la totalité des femmes adultes sont voilées, les hommes munis d’un keffieh et toutes les échoppes surmontées d’inscriptions en arabe. Nous passons devant les bureaux de la télévision al-Qoudsh… Mon regard est attiré par des enfants en uniforme scolaire, sortant des cours, mais d’autres, des lycéens, retiennent aussi mon attention. D. dissimule mal son inquiétude, mais en quelques centaines de mètres, nous arrivons devant l’entrée principale du cimetière du Mont des oliviers (Har ha-zétim) .

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  • Chavouot, la Pentecôte juive en Israël

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    Chavouot, la Pentecôte juive en Israël

    Pour le calendrier liturgique, la fête de Chavou’ot marque la commémoration du don de la Tora aux enfants d’Israël , au pied du Mont Sinaï.

    On l’appelle en hébreu les semaines car il faut compter sept semaines après la fête de Pessah, la sortie d’Egypte, pour arriver à ce stade ultime où, nous dit-on, le peuple juif accède à la liberté et se donne une loi, la Tora, a après avoir eu la libération de l’esclavage : libération n’est pas encore liberté. Kant lui-même comparera le rôle de l’homme en tant que législateur (se donner une loi) à un privilège quasi-divin… Et son disciple Hermann Cohen (ob. 1918) a voulu voir dans la doctrine chrétienne de l’Incarnation, l’action de se donner une loi. Se donner une loi, c’est devenir une sorte de Dieu…

    Pour la spiritualité judéo-hébraïque, le fait de se donner une loi, en l’occurrence d’inspiration divine, est l’acte suprême de se gouverner soi-même et de dépasser le stade de la nature. C’est toute la grandeur de Chavou’ot.

    A cette occasion, je suis allé dans une autre synagogue, celle des Algérois qui ont une lieu de prière à Paris rue Saint-Lazare. Malgré le prêche du rabbin qui laissait fort à désirer et dont le français était plus qu’hésitant, j’ai bien apprécié l’office religieux car j’ai rencontré tant d’amis que je côtoyais dans la capitale française.

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  • Chroniques israéliennes…

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    Chroniques israéliennes…

    Enfin, de retour. Pardon aux chers longueurs pour ce long silence, motivé par un séjour à caractère familial en Israël où les circonstances m’ont privé de l’avantage de rester en contact avec vous. J’espère que tout va bien et je m’apprête désormais à faire les dix papiers manquant, qui seront donc consacrés à ce que j’ai vu et entendu (mais aussi lu en Israël)…

    Les différentes rubriques traitées dans ces chroniques seront les suivantes :

    L’arrivée

    La fête de Chavouot (Pentecôte) en Israël

    Sur le mont des oliviers et le mont Scopus

    Sur la tombe d’André Chouraqui

    La sociologie contemporaine d’Israël

    Les manœuvres militaires au nord d’Israël

    Vers une libération de Gilad Shalit

    La solitude éprouvante de Saad Hariri

    Comment l’opinion publique israélienne voit le président Barak Obama

    La logique du développement d’Israël

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  • Faut-il interdire les soi-disant «apéro géants» ?

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    Faut-il interdire les soi-disant «apéro géants» ?

    Nous parlions récemment des innovations et comportement nouveaux induits par l’internet, et notamment par des associations sociales à caractère absolument massif, comme Facebook. Les effets de cet outil de communication de masse sont largement positifs et ont agréablement modifié la vie de millions de nos congénères. Mais il y a aussi des aspects négatifs, comme, par exemple, les soi-disant apéro géants où les jeunes, ivres de convivialité mais aussi d’alcool, troublent l’ordre public, provoquent des accidents et de la consommation de drogues, voire même, comme dans le cas d’hier ou d’avant-hier, ont coûté indirectement la vie à un garçon de 21 ans.

    Ce n’est pas la cause directe de la mort du jeune homme mais tout de même, cette imprégnation éthylique n’aurait probablement pas eu lieu sans ce rassemblement alcoolisé.

    Qu’est-ce qui pousse les jeunes à se rassembler ainsi et à boire ? Est ce que nos sociétés sont devenus des prisons où les sentiments de liberté sont devenus synonymes d’anarchie auto-destructrice ? Pourquoi les jeunes, insouciants et en bonne santé, ayant tout l’avenir devant eux, éprouvent-ils le besoin de perdre conscience –conscience de la réalité- en s’enivrant, comme pour fuir quelque chose ou lever des inhibitions ?

    Est-ce que nos sociétés sont devenues trop dures, trop difficiles ? Est-ce que la compétition y est féroce au point des êtres encore jeunes et tendres ne résistent plus ? J’inclinerais vers cette solution.

    Le problème posé aux forces de l’ordre et aux autorité est énorme. Comment encadrer de tels rassemblements sans enfreindre la constitution qui permet aux gens de se rassembler comme ils l’entendent ? Mais doit on consommer autant de boissons alcoolisées sur la voie publique ? Au point d’en mourir ? J’en doute.

    L’évolution de nos sociétés, et singulièrement de notre jeunesse, vers l’antinomisme ou l’anomisme, m’inquiète. D’autant que nous ignorons tout des organisateurs : il suffit qu’un membre avisé de réseaux sociaux à grande échelle lance un appel pour un grand rassemblement pour que les jeunes affluent : a-t-on imaginé ce qui se passerait s’il s’agissait de mots d’ordre politiquement pernicieux ou simplement anti-démocratiques ?

    Vigilance !

  • ISRAËL, MEMBRE DE L’OCDE

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    ISRAËL, MEMBRE DE L’OCDE

    J’ai longtemps hésité sur l’intitulé du blog de ce soir, devant remplacer ceux des jours suivants au cours desquels je serai en déplacement et incertain de fournir la denrée quotidienne… J’ai pensé parler de M. Gordon Brown que j’ai toujours respecté pour sa loyauté et ses convictions. Et sa force de caractère.

    Quand j’ai appris la nouvelle de son départ, j’ai salué son fair-play britannique qui est la vraie loi fondamentale de ce pays et de ses citoyens. Alors allais-je parler de M. Brown ou plutôt de l’admission glorieuse de l’Etat d’Israël dans l’OCDE ? Cette conquête extraordinaire, évidemment !

    En fait, le monde entier devrait s’en réjouir, à commencer par les ennemis actuels d’Israël, appelés, un jour prochain, à devenir ses partenaires et ses amis au plan économique.

    Israël, membre de l’OCDE, c’est un puissant rayon de soleil de la prospérité et de la stabilité qui pénètre enfin le ciel bouché du Proche Orient.

    Héritier d’une tradition juive pluri millénaire, Etat fondé sur le régime démocratique, issu du peuple qui donna le Décalogue à l’humanité (cette remise de la Tora lors de la fête de chavouoth que nous célébrerons, D- voulant, dans la paix, prochainement), Israël a été accepté à l’unanimité. Quelques rares et timides remontrances se font entendre pour donner le change.

    Mais le résultat est là et bien là : Israël a marqué un point . Puissent d’autres Etats de la région l’imiter et le suivre dans cette voie…

  • Mais que se passe-t-il donc au journal Le Monde ?

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    Mais que se passe-t-il donc au journal Le Monde ?

    Il y a tout juste quelques semaines, nous nous arrêtions sur le devenir du journal Le Monde. Et voici qu’après mon retour de Genève, j’apprends par la presse télévisuelle et radiophonique que Le Monde est au plus mal et que de grands industriels de gauche s’apprêtent à le renflouer à grands renforts de millions d’Euros.

    Nous souhaitons sincèrement que le journal soit sauvé. Il est indispensable à la liberté d’opinion et au renforcement de la démocratie. Mais cela ne change rien aux critiques, souvent fondées, que nous lui avions adressées. Et nous ne fumes pas les seuls.

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  • CONFÉRENCE PRONONCÉE LE MARDI 11 MAI À PARIS AU MJLF, POUR HONORER LA MAMOIRE DE LA REGRETTÉE COLETTE KESSLER (ZAL) A L’INVITATION DU RABBIN Stephen Berkovitz CARACTÉRISTIQUES GÉNÉRALES DE L’ŒUVRE EN

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    CONFÉRENCE PRONONCÉE LE MARDI 11 MAI À PARIS AU MJLF, POUR HONORER LA MAMOIRE DE LA REGRETTÉE COLETTE KESSLER (ZAL)

    A L’INVITATION DU RABBIN

    Stephen Berkovitz

    CARACTÉRISTIQUES GÉNÉRALES DE L’ŒUVRE

    ENTRE LA PHILOSOPHIE ET LA THÉOLOGIE de Léo BAECk (1873-1956)

    Par Maurice-Ruben HAYOUN

    Voici les premières lignes de ce Sens de l’existence juive, le tout dernier ouvrage de Léo Baeck qu’on vient de lire, celui qui renferme sa conception ultime de l’aventure juive, en 1956, peu de temps avant sa mort :

    Ce livre fut écrit en des heures sombres. Jadis, alors que la vie juive était menacée d’une extermination largement entamée, l’auteur de ces lignes ressentit le besoin impérieux de se rendre compte à lui-même, oui de rendre compte de cette existence juive et de ce peuple juif.

    Les premiers chapitres furent rédigés dans mon ancien lieu de résidence, les suivants dans le camp des déportés, chaque fois que je pouvais mettre la main sur une feuille blanche et qu’un instant de calme s’offrait à moi. Et lorsque sonna l’heure de la libération, cet amas de feuilles, dissimulé de cachette en cachette, était devenu un bien auquel je tenais beaucoup. En fait, c’était aussi le témoignage d’une survie miraculeuse.

    Les événements devinrent alors de l’histoire et les moments vécus de l’esprit. Le temps présent s’anima et se mit à interroger les temps anciens. J’eus alors l’impression que ce livre devait aussi mentionner ces hommes afin de porter témoignage.

    Puisse-t-il leur parvenir!

    Léo Baeck a donc voulu témoigner des ravages de cette Shoah qui a manqué de peu de tout emporter dans son sillage (… alors que la vie juive était menacée d’une extermination largement entamée) ; mais il a aussi voulu interpréter et s’interroger sur la signification de la vie multimillénaire de ce peuple (…oui, de rendre compte de cette existence juive et de ce peuple juif). Et comme le flux de l’histoire s’écoule sans discontinuer, Léo Baeck a compris que les survivants finiraient par disparaître, eux aussi. Son vœu le plus ardent fut alors de maintenir vivante la mémoire et de mentionner ces hommes et le martyre enduré par eux (Puisse-t-il leur parvenir).

    Le plan de ce Sens de l’existence juive est simple et se décompose en deux livres principaux, eux-mêmes subdivisés de sous-parties qu’on va mentionner. Le premier livre s’ouvre sur une déclaration qu’on a reproduite ci-dessus, suivie des rubriques suivantes : l’alliance, l’Exode, la révélation, le désert et le territoire. Le second livre s’ouvre lui aussi sur une brève préface, suivie de substantielles sous-parties : croissance et renaissance, le chemin et la consolation, prier et apprendre, le royaume de Dieu et enfin l’espérance.

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  • réflexions sur notre judaïsme contemporain… quel avenir pouvons nous espérer ?

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    ALLOCUTION PRONONCÉE À GENÈVE LE 10 MAI 2010 DEVANT LE CONGRÈS ANNUEL DES RABBINS LIBÉRAUX ET MASSORTIS D’EUROPE FRANCOPHONE

    réflexions sur notre judaïsme contemporain…

    quel avenir pouvons nous espérer ?

    Mesdames et Messieurs les Rabbins,

    C’est un honneur pour moi de prendre la parole devant vous qui êtes réunis ce jour à Genève pour votre congrès annuel. Je vais développer devant vous, pour la première fois dans ma carrière, des idées propres sur le judaïsme contemporain. Pour la première fois, je ne parlerai ni du Moyen Age, ni de la renaissance, ni des XVIII-XIXe siècles… Mais du temps présent et de l’avenir.

    Est-il nécessaire d’ajouter que ces pensées hâtivement mises sur le papier ne se veulent qu’un point de départ pour une réflexion plus fournie, grâce aux observations et remarques que vous ne manquerez pas de faire.

    Il me semble que l’essentiel de nos réflexions doit porter sur la manière de sortir d‘un judaïsme de l’exil, en vigueur depuis près de deux millénaires, pour favoriser l’émergence d’un judaïsme post exilique qui prenne en considération des perspectives d’avenir.

    Ce n’est pas une tâche facile car la chose la plus difficile à préserver n’est autre que le continuum de la tradition juive et de préserver l’unité doctrinale du judaïsme d’aujourd’hui.

    Introduction : la démographie

    Le paysage du judaïsme mondial se présente comme un phénomène inséré dans trois grands blocs : l’Etat d’Israël, les USA et l’Europe. On a tendance à passer sous silence le tarissement[1] des anciens centres juifs d’Afrique du Nord et du monde arabo-musulman en général. Pourtant, cela représente la disparition d’un énorme réservoir humain ; c’est aussi une menace pesant sur le renouveau ou le simple maintien de ces traditions ancestrales qui remontent au moins à Saadya Gaon (Xe siècle) et qui se sont poursuivies jusqu’à l’expulsion des Juifs d’Espagne, dont le célèbre Moïse Maimonide, grand auteur judéo-arabe, s’il en est, est l’incarnation la plus connue. Le judaïsme est donc en passe de perdre l’une des langues qu’il a créées, parallèlement au yiddish et au ladino… Pourtant, cette langue est encore pratiquée à certaines occasions festives, notamment le second séder de Pessah au cours duquel les juifs séfarades, d’Orient et d’Afrique du Nord, lisent la version judéo-arabe du récit de la sortie d’Egypte que leurs enfants et petits enfants, hélas, ne comprennent plus, voire ne prisent guère.

    On ne compte plus que sur ces trois grands centres puisque le judaïsme, jadis retenu prisonnier dans l’ancienne et désormais défunte URSS, a été absorbé soit par Israël, soit par les USA, soit, enfin par la RFA. Il n’existe donc plus de réserves. En plus de l’incommensurable drame humain qu’elle représente, la Shoah constitue aussi une saignée à blanc (Léo Baeck), une irrémédiable atteinte à l’évolution démographique du judaïsme Or, nous savons que la religion juive est la seule à perdre régulièrement des adeptes et ne pas pouvoir maintenir le même taux de reconstitution que les deux autres confessions monothéistes.

    I.L’origine des différentes obédiences ou orientations au sein du judaïsme contemporain.

    Dans le judaïsme, tout part de la Bible et tout finit par y revenir. C’est une façon de dire que même si l’on s’occupe d’un état de lieux contemporain, on doit nécessairement remonter plus loin dans le passé. Nous ne retomberons pas dans l’historicisme de la Wissenschaft des Judentums en nous focalisant sur ce qui est derrière nous, encore qu’il faille toujours tirer les enseignements de ce qui nous a précédés…

    Notre réflexion sur la situation actuelle peut se nourrir des sagaces pensées d’un éminent rabbin allemand du XIXe siècle, Zacharias Frankel (1801-1875), fondateur avec ses disciples préférés, Jacob Bernays (1824-1881) et Heinrich Grätz (1817-1891), du fameux Séminaire juif de Breslau qui a les mêmes initiales que le JTS de New York dont l’emplacement institutionnel dans le judaïsme américain actuel est incontournable. Lors de l’inauguration de ce séminaire rabbinique à Breslau en 1851, Frankel a prononcé des paroles frappées au coin du bon sens où il reconnaissait à la science des droits sur le judaïsme et au judaïsme la nécessité de participer à la culture universelle. Ce sont des paroles qu’on aimerait entendre aujourd’hui de la bouche de certains guides spirituels de France, par exemple. Helléniste, ayant achevé un long cycle universitaire parallèlement à ses études rabbiniques proprement dites, Frankel s’offrit le luxe d’écrire en hébreu au moins trois ouvrages : Mavo la-Mishna, Mavo la-Yerushalmi et Darkhé ha-Mishna. Mais ses travaux sur la Bible des Septante furent rédigés en allemand.

    Cette idéologie qui pourrait s’apparenter au fameux mot d’ordre de Samson-Raphaël Hirsch (1808-1888) (mais dans un sens plus ouvert, moins intransigeant) de talmud Tora ‘im dérékh éréts (l’étude de la Tora et la culture contemporaine), fut réaffirmée avec plus de force encore lorsque Isaac Heinemann, l’un des successeurs à la tête de ce séminaire (Jüdisch-Theologisches Seminar de Breslau, l’actuelle Wroclaw) prononça un beau discours à l’occasion du 75e anniversaire de cette institution. Il insista sur la nécessité de réconcilier la tradition et la modernité, la religion juive et la culture européenne[2]. Heinemann finit ses jours comme professeur à l’Université Hébraïque de Jérusalem était ; comme Frankel, il fut à la fois un excellent hébraïsant et un remarquable helléniste, ainsi que l’attestent ses travaux sur Philon d’Alexandrie.

    Aujourd’hui, les successeurs de ce judaïsme historique qui revendiquait le concours de l’examen critique seraient les communautés orthodoxes modérés, dites conservative au sens américain du terme.

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