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  • LES HISTORIENS DEVANT LA JUSTICE ?

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    LES HISTORIENS DEVANT LA JUSTICE ?
        Le Figaro du mercredi 8 octobre consacre sa page 18, affectée aux débats, à la question des lois dites mémorielles. Est-ce que les juges doivent juger ce qui s’écrit en matière d’histoire ? Est ce que les représentants de la nation, les députés et les sénateurs sont assez érudits, ou simplement suffisamment instruits pour promulguer de telles lois qui risquent, si elles venaient à se généraliser, à faire comparaître n’importe quel grand historien devant une cour de justice, pour la simple raison que je ne sais quelle association obscure se sera sentie offensée et demanderait réparation ?
        Pierre Nora et François Chandernagor (qui joint aux lents de romancière les hautes compétences de juriste) disent leurs craintes devant une législation qui pourrait conduire les juges à peser sur l’écriture de l’histoire.
        Ce débat n’est pas artificiel car on ou voir, par le passé, comment les révisionnistes et les négationnistes opéraient en arguant de seule volonté de retrouver la vérité historique. On se souvient de la proposition faussement honnête d’un pseudo homme d’église qui souhaitait l’installation d’une sorte de commission dont le but serait de faire la lumière sur la Shoah !!!  Six millions de morts, de disparus sans sépulture , partis en fumée ne suffisaient don pas aux yeux de cet homme…  Parlons aussi du génocide arménien de 1915 qui valut  à un éminent historien anglais mais installé aux USA, brillantissime mais un peu trop turcophile, de répondre devant le tribunal d’une rédaction d’article paru dans un grand journal du soir…
        Mais là n’est pas le plus grave. De telles lois, proposées par des députés animés des meilleures intentions du monde mais pourvus d’une formation historienne une peu courte, prétendent remontent jusqu’à la nuit des temps : par exemple, pour le commerce triangulaire, pour la traite négrière, pour l’esclavage en général, on veut couvrir des époque où l’Amérique n’avait pas été encore découverte.
        François Chandernagor développe un argumentaire sans faille et stigmatise l’absence de certaines matières dans l’enseignement dispensé aux jeunes juges dans le cadre de l’école de la magistrature. Elle a raison. Chaque jour qui passe on en demande de plus en plus aux juges.
        Comme je le disais dans le précédent article : Dieu aide et éclaire les juges.
     

  • DOMINIQUE DE VILLEPIN ET LA JUSTICE

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    DOMINIQUE DE VILLEPIN ET LA JUSTICE
        Etrange, ou plutôt assez inattendue la décision du parquet de retenir contre l’ancien Premier Ministre Dominique de Villepin, quelques charges, même les moins graves, ce qui laisse augurer de l’émission d’un non-lieu partiel alors que tout le monde s’attendait à un non-lieu général … Il est dangereux, voire interdit de contester les décisions du parquet, il y a des règles à respecter pour cela car les voies de recours sont clairement définies. Notre propos ici est tout autre puisque c’est  à Messieurs les juges qu’il revient de décider si oui ou non, ils renvoient le Premier Ministre devant le tribunal correctionnel.
        Ce que je souhaite faire, c’est livrer quelques réflexions respectueuses de l’institution judiciaire mais aussi qui tiennent compte de la dignité et de la sérénité d’un justiciable qui est un être humain comme les autres. Et à ce propos, je me souviens du discours d’un premier président de la Cour de cassation, devenu, depuis, Membre du Conseil Constitutionnel, qui disait, en substance,  que nous rendons la justice les mains tremblantes…  ou encore que le justiciable est comme nous, un autre soi-même.
        Est-ce que fortes paroles, ces sages recommandations sont prises en compte ? Est-ce que chacun des juges en charge de nos libertés et de notre quiétude, les a placardées au-dessus de son bureau ? L’avenir nous le dira mais nous espérons fortement que la réponse sera positive.
        Quant à renvoyer un Premier Ministre devant le tribunal correctionnel, je pense que c’est un acte d’une exceptionnelle gravité. Certains esprits malicieux pensent que des juges saisissent parfois l’opportunité de leurs fonctions pour régler certains comptes… et il se trouve même assez de mauvaises langues pour aller le répéter.
        Et là nous retombons dans le sempiternel problème de l’indépendance de la justice : la justice est libre et elle doit le rester mais les juges dépendent du pouvoir politique pour leur carrière. On prête à un ancien premier ministre, Michel Debré la considération désabusée suivante :  les juges ne pensent qu’à une chose ; leur avancement… Est-ce vrai ? Ou est ce que la citation est apocryphe ? Je ne sais.
        En revanche, ce que savons tous c’est que l’ancien Premier Ministre s’était réconcilié avec son ancien rival, qu’on parlait même d’un retour et que certains ont jugé bon d’introduire ce petit grain de sable pour montrer qu’ils étaient bien là. Que penser ? Je ne sais, sinon que juger est difficile.
        Dieu aide et éclaire les juges.
     

  • L’IMMIGRATION ET L’EUROPE…: la tribune de Monsieur Louis MICHEL, Commissaire européen

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     Cette note annule la précédente car l'ordinateur n'a pas enregistré les corrections. Pardon. Respectueusement, PE

     

    L’IMMIGRATION ET L’EUROPE…: la tribune de Monsieur Louis MICHEL, Commissaire européen

        Monsieur Louis Michel, commissaire européen a signé une tribune dans la rubrique Débats du journal Le Monde, daté du jeudi 9 octobre (p 20)  et intitulée  Gérer conjointement l’immigration.
        J’avoue avoir lu avec une grande attention cette note mais ne pas avoir été convaincu par les bonnes intention de l’ancien ministre, qui restent louables mais irréalisables car irréalistes. Je dis cela avec un infini respect pour les qualités d’homme d’Etat du signataire.
        Il commence par évoquer –et c’est tout à son honneur, le sauvetage de plusieurs centaines d’immigrants clandestin d’Afrique noire, secourus en haute mer par des marines européennes ; ces hommes et ces femmes eurent, Dieu soit loué, plus de chance que d’autres voyageurs sur des navires de fortune et dont les corps sans vie jonchent hélas pour nous le fond des mers et des océans. Le commissaire européen poursuit ses développements en affirmant qu’on n’arrêtera pas l’émigration et qu’il faut l’accepter tout ne la canalisant et en aidant les gouvernements des pays concernés à retenir chez eux les candidats au départ. Il expose enfin ses idées sur cette agence créée au Mali afin de guider les gens et les expliquer comment ils doivent agir pour améliorer leur sort.
        Monsieur Louis Michel dont je ne partage nullement toutes les idées est un homme animé de bonnes, voire de très bonnes intentions. Mais dans cette affaire, il se trompe un peu. Et je dis cela avec un infini respect pour l’homme et pour ses idées.
        D’abord, l’Europe ne peut plus recevoir ni assimiler tant d’immigrants, c’est un fait historique que peu de gens disent clairement, de peur d’être accusés de je ne sais quelles noires arrières pensées. La crise, le chômage, la réduction drastique des richesses ont conduit à une certaine frilosité, un repli, pour ne pas dire un recroquevillement des gens, des mentalités et des identités. Les habitants de l’Europe ne portent pas seuls la responsabilité de ce changement. Pendant des décennies, on a demandé à l’Europe de changer, de tout accepter, on lui a mis sous le nez tous ses crimes, réels ou imaginaires, tous les péchés d’Israêl ; on lui a fait comprendre qu’elle devait assimiler cette haine de soi, si chère à Théodor Lessing… Et maintenant, on lui demande d’accueillir chez elle des hommes dont elle aurait colonisé précédemment les pays. Les puissances européennes ont décolonisé et elles ont bien   fait de rendre leur indépendance à des Etats qui doivent devenir indépendants.
        Mais qu’on fait ces Etats de leur indépendance ? Pas grand chose ! Ren dez vous dans les capitales européennes et visitez les ambassades de ces pays dont parfois, un habitant sur trois n’a pas d’eau potable ! Les représentations diplomatiques de ces pays sont somptueuses. Mais comment et pourquoi ? C’est interdit de le demander et si vous le faites, vous êtes un néo colonialiste et un affreux !
        Il y a un vrai problème qu’on ne règlera pas par l’idéologie mais par une analyse objective et rationnelle. Peut-être faut-il une vraie catharsis (pardonnez ce terme grec de professeur) mais nous ne devons plus accepter d’être critiqués tout en étant sommés d’accepter de recevoir sur le sol européen des gens qui n’en peuvent plus de rester sur le africain.
        L’Europe est plus qu’un continent, c’est une culture. Elle a, comme toutes les cultures, commis des crimes, voire le crime des crimes, l’holocauste, la Shoah. Mais sa vraie constitution spirituelle, sont les Dix commandements, la sacralisation de la vie, le refus de l’exclusivisme religieux, les droits de l’homme, l’égalité des sexes, de l’homme et de la femme… Et tout ceci est la conquête du judéo-christianisme.
        Je crois aussi que Monsieur le Commissaire européen Louis Michel devrait aussi dire que la natalité africaine va bientôt faire du continent noir l’un des endroits les plus densément peuplés du monde. Déjà, à l’heure actuelle, la population africaine égale le double de celle de l’Union Européenne… Pouvons nous envisager une immigration, même réduite, sans risque de déséquilibres profonds, donc dangereux ?
        Il faudrait une bien meilleure gouvernance pour tous ces pays qui ont, comme nous, une grande richesse, celle de leurs habitants. Ils ont une population plus jeune, plus dynamique, plus idéaliste que nous. Pourquoi n’ont-ils pas une meilleure répartition, plus éthique, de leurs richesses nationales ?
        J’aime l’Europe et je reconnais bien volontiers que la politique de la canonnière, que la colonisation a causé des torts graves. Et qu’il faut aider, sans conteste, l’Afrique à sortir du marasme économique. Mais quand on voit des pays riches en hydrocarbures dont les habitants ne rêvent que d’une chose : partir ! On est en droit de se poser des questions.
        L’auteur de ce blog a eu un jour l’idée de parler du nouveau contrat de travail en France. Il a exposé les avantages  et les inconvénients de cette nouvelle législation. Eh bien,  savez vous, des centaines de jeunes gens et de jeunes femmes ont pris cette note pour une agence de placement et se sont déclarés prêts à accepter n’importe quel travail en Europe, malgré tous leurs diplômes !!!
        Monsieur Louis Michel qui est un excellent Commissaire européen devrait aussi examiner cet aspect de la question. C’est vrai que les racines de notre civilisation judéo-chrétienne plongent dans l’exil et l’émigration : voir le cas de la figure légendaire d’Abraham, figure tutélaire de l’humanité monothéiste et donc parangon de l’homme croyant ou pensant… Lui-même qui tout quitté pour s’ouvrir aux autres et fonder une culture ouverte et généreuse. Mais ceux qui se sont reconnus en lui n’ont rien imposé, ils ont accepté son message et son héritage, ils n’ont  pas généré cette haine de soi qui risque de se retourner contre ses instigateurs.
        L’Europe n’est pas un eldorado, ce n’est pas un grenier à Euros, c’est une culture, On peut donc l’adapter chez soi, en mettant de l’ordre, on rénovant la gouvernance et en respectant partant la dignité humaine. Alors, le monde se couvrira d’innombrables petites Europes. Partout.
        Cette note, d’une inhabituelle longueur sur un tel sujet, montre l’intérêt pris à la lecture de la belle tribune de Monsieur le Commissaire européen Louis Michel auquel nous souhaitons respectueusement plein succès dans sa belle mission humanitaire et généreuse.
     

  • ’IMMIGRATION ET L’EUROPE…: à propos d'une tribune de Monsieur Louis MICHEL

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    L’IMMIGRATION ET L’EUROPE…: à propos d'une tribune de Monsieur Louis MICHEL
        Monsieur Louis Michel, commissaire européen a signé une tribune dans la rubrique Débats du journal Le Monde, daté du jeudi 9 octobre (p 20)  et intitulée  Gérer conjointement l’immigration.
        J’avoue avoir lu avec une grande attention cette note mais ne pas avoir été convaincu par les bonnes intention de l’ancien ministre, qui restent louables mais irréalisables car irréalistes. Je dis cela avec un infini respect pour les qualités d’homme d’Etat du signataire.
        Il commence par évoquer –et c’est tout à son honneur, le sauvetage de plusieurs centaines d’immigrations clan destin d’Afrique noire, secourus en haute mer par des marines européennes ; ces hommes et ces femmes eurent, Dieu soit loué, plus de chance que d’autres voyageurs sur des navires de fortune et dont les corps sans vie jonches hélas pour nous le fond des mers et des océans. Le commissaire européen poursuit ses développements en affirmant qu’on n’arrêtera pas l’émigration et qu’il faut l’accepter tout ne la canalisant et en aidant les gouvernements des pays concernés à retenir chez eux les candidats au départ. Il expose enfin ses idées sur cette agence créée au Mali afinde guider les gens et les expliquer comment ils doivent agir pour améliorer leur sort.
        Monsieur Louis Michel dont je ne partage nullement toutes les idées est un homme animé de bonnes, voire de très bonnes intentions. Mais dans cette affaire, il se trompe un peu. Et je dis cela avec un infini respect pour l’homme et pour ses idées.
        D’abord, l’Europe ne peut plus recevoir ni assimiler tant d’immligrants, c’est un fait historique que peu de gens disent clairement, de peur d’être accusés de je ne sais quelles noires arrières pensées. La crise, le chômage, la réduction drastique des richesses ont conduit à une certaine frilosité, un repli, pour ne pas dire un recroqueville ment des gens, des mentalités et des identités. Les habitants de l’Europe ne portent pas seuls la responsabilité de ce changement. Pendant des décennies, on a demandé à l’Europe de changer, de tout accepter, on lui a mis sous le nez tous les crimes, réels ou imaginaires, tous les péchés d’Israêl ; on lui a fait comprendre qu’elle devait assimiler cette haine de soi, si chère à Théodore Lessing… Et maintenant, on lui demande d’accueillir chez elle des hommes sont elle aurait colonisé précédemment les pays. Les puissances européennes ont décolonisé et elles ont bien   fait de rendre leur indépendance à des Etats qui doivent devenir indépendants.
        Mais qu’on fait ces Etats de leur indépendance ? Pas grand chose ! Ren dez vous dans les capitales européennes et visitez les ambassades de ces pays dont parfois, un habitant sur trois n’a pas d’eau potable ! Les représentations diplomatiques de ces pays sont somptueuses. Mais comment et pourquoi ? C’est interdit de le demander et si vous le faites, vous êtes un néo colonialiste et un affreux !
        Il y a un vrai problème qu’on ne règlerait pas l’idéologie mais par une analyse objective et rationnelle. Peut-être faut-il une vraie catharsis (pardonnez ce terme grec de professeur) mais nous devons plus accepter d’être critiqués tout en étant sommés d’accepter de recevoir sur le sol européen des gens qui n’en peuvent de rester sur le africain.
        L’Europe est plus qu’un continent, c’est une culture. Elle a, comme toutes les cultures commis des crimes, voire le crime des crimes, l’holocauste, la Shoah. Mais sa vraie constitution spirituelle, sont les Dix commandements, la sacralisation de la vie, le refus de l’exclusivisme religieux, les droits de l’homme, l’égalité des sexes, de l’homme et de la femme… Et tout ceci est la conquête du judéo-christianisme.
        Je crois aussi que Monsieur le Commissaire européen Louis Michel devrait aussi dire que la natalité africaine va bientôt faire du continent noir l’un des endroits les plus densément peuplés du monde. Déjà, à l’heure actuelle, la population africaine égale le double de celle de l’Union Européenne… Pouvons nous envisager une immigration, même réduite, sans risque de déséquilibres profonds, donc dangereux ?
        Il faudrait une bien meilleure gouvernance pour tous ces pays qui ont, comme nous, une grand richesse, celle de leurs habitants. Ils ont une population plus jeune, plus dynamique, plus idéaliste que nous. Pourquoi n’ont-ils une meilleure répartition, plus éthique de leurs richesses nationales ?
        J’aime l’Europe et je reconnais bien volontiers que la politique de la canonnière, que la colonisation a causé des torts graves. Et qu’il faut aider, sans conteste, l’Afrique à sortir du marasme économique. Mais quand on voit des pays riches en hydrocarbures dont les habitants ne rêvent que d’une chose : partir ! On est en droit de se poser des questions.
        L’auteur de ce blog a eu un jour l’idée de parler du nouveau contrat de travail en France. Il a exposé les avantages  et les inconvénients de cette nouvelle législation. Eh bien,s avez vous, des centaines de jeunes gens et de jeunes femmes ont pris cette note pour une agence de placement et se sont déclarés prêts à accepter n’importe quel travail en Europe, malgré tous leurs diplômes !!!
        Monsieur Louis Michel qui est un excellent Commissaire européen devrait aussi examiner cet aspect de la question. C’est vrai que les racines de notre civilisation judéo-chrétienne plongent dans l’exil et l’émigration : voir le cas de la figure légendaire d’Abraham, figure tutélaire de l’humanité monothéiste et donc parangon de l’homme croyant ou pensant… Lui-même q tout quitté pour s’ouvrir aux autres et fonder une culture ouverte et généreuse. Mais ceux qui se sont reconnus en lui n’ont rien imposé, ils ont accepté son message et son héritage, ils n’ont  pas généré cette haine de soi qui risque de se retourner contre ses instigateurs.
        L’Europe n’est pas un eldorado, ce n’est pas un grenier à Euros, c’est une culture, On peut donc l’adapter chez soi, en mettant de l’ordre, on rénovant la gouvernance et en respectant partant la dignité. Alors, le monde se couvrira d’innombrables petites Europes. Partout.
        Cette note, d’une inhabituelle longueur sur un tel sujet, montre l’intérêt pris à la lecture de la belle tribune de Monsieur le Commissaire européen Louis Michel auquel nous souhaitons respectueusement plein succès dans sa belle mission humanitaire et généreuse.
     

  • MOROSITE…

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    MOROSITE…
        Un vieux proverbe oriental implore le Seigneur de nous éviter toute détresse mais il ajoute, réaliste, que toute détresse nous enrichit d’un nouveau savoir. C’est un peu ce qui nous arrive avec la crise financière. Chacun sait que nous allons le calice jusqu’à la lie et qu’il faut, à présent, tirer les enseignements de cette crise puisque, en tout état de cause, nous ne pourrons guère l’éviter.
        Réformer en douceur notre système est une aimable illusion entretenue par d’aimables rêveurs. Il faudra un engagement écrit et contraignant, doublée probablement d’une loi votée par les parlements nationaux afin d’imposer aux banques un code de bonne conduite minimum
        On lit dans la presse européenne, et notamment française, que les milieux dirigeants redoutent une explosion sociale malgré l’échec retentissant des dernières grèves orchestrées par la CGT. Ce n’est pas un danger imaginaire : des restaurateurs, des imprimeurs, même des coiffeurs vous diront que le client se fait rare, que les annulations se multiplient en ce qui concerne les séminaires, les voyages, etc Bref, tous les prodromes de la récession et du manque de confiance.
        Il faut faire très attention à ces bouleversements économiques : on lit dans la presse que les drames familiaux se multiplient, que les divorces deviennent plus nombreux suite à des pertes d’emploi, à des expulsions etc… Seigneur, quand donc tout cela va-t-il s’arrêter ?
        Il y a aussi un autre phénomène , plutôt grave, mais auquel on n’accorde pas encore assez d’attention : ce sont les délocalisations de nouveaux métier. Je fais allusion aux centres de téléappels qui prennent une place croissante dans la nouvelle économie. Nous avons eu l’occasion de demander une adresse ou un un numéro de téléphone et c’est une voix de… Casablanca qui nous répond. Il y a sur le boulevard d’Anfa à Casablanca plus de trente immeubles où sont installés de tels centres. Les téléopérateurs sont payés entre 350 et 400 € par mois, ce qui, dans ces pays méditerranéens, est un bon salaire.
        Je ne suis pas contre. Bien au contraire. Mais si on continue dans cette voie, cela signifie que l’Europe n’est plus en mesure d’assurer un vie décente à ses classes moyennes et que nous allons vivre une régression sociale généralisée après avoir traversé une grave récession économique. Est ce bien ce que nous cherchons ? Le politique doit reprendre le dessus.
       

  • PIE XII ET ANNE FRANK

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    PIE XII ET ANNE FRANK
        Parfois, les hasards du calendrier font bien les choses… Ce mardi, il y eut sur France 2, une très belle émission évoquant le calvaire d’Anne Frank et de sa famille. ET c’est la masse de choses à régler tant à Genève qu’à Paris qui m’a contraint de surseoir à la rédaction d’un petit article sur Anne Frank, cette petite fille juive née en Allemagne mais dont le père, Otto Frank, avait décidé d’émigrer en Hollande, à Amsterdam, après la prise du pouvoir par Hitler. L’histoire est rrop connue pour qu’il soit nécessaire d’y revenir.
        Et parallèlement à cela, voilà que le Vatican organise une grande messe à la mémoire d’un pape un peu contesté de cette même époque, Pie XII, qui se voit reprocher une certaine inertie ou une  action insuffisante à l’encontre des Nazis. Je préfère être prudent car la question est très discutée : les uns allèguent que l’encyclique  (que je connais dans sa version allemande : mit brennender Sorge) n’allait pas assez loin, que le pape aurait dû dénoncer publiquement et fermement les intimidations politiques et ensuite les meurtres, les assassinats et, pour finir, les camps de la mort,  tandis que d’autres prétendent qu’il a fait ce qu’il a pu, que l’on ne pouvait guère faire plus face à un tyran sanguinaire, atteint de folie meurtrière, et que même Golda Méir, alors ministre des affaires étrangères de son pays, Israël, avait, en quelque sorte, rendu hommage à l’action de ce peuple, lorsque le peuple juif traversait le plus grave de ses calvaires…
        Mais cet avis ne semble pas unanimement partagé puisque même le grand rabbin de Haïfa, Shear-Yashuv ha-Cohen, présent au synode  des évêques, n’est pas d’accord et trouve injustifié la démarche du pape Benoît XVI en faveur d’une béatification…
        Que dois-je en penser ? Franchement cette période noire de l’histoire de l’Europe et de l’humanité dans son ensemble, comporte parfois des zones  mystérieuses, où le clair et l’obscur cohabitent intimement. Sans condamner le défunt pape, je trouve qu’il n’en a pas assez fait car, né bien après la fin de la guerre, je suis habitué à d’autres réactions face aux entreprises génocidaire. Mais avec une nuance de taille : ce pape là vivait à une époque où les relations judéo-chrétiennes étaient très tendues, où l’on nourrissait l’espoir, non point secret mais bien publique, de voir les juifs reconnaître enfin la messianité de Jésus…
        C’est toute la question : une certaine idéologie produit toujours les mêmes effets. Changez l’idéologie et les effets seront différents… Ma respectueuse considération pour Benoît XVI et les liens d’amitiés que j’entreprends avec certains princes de l’église au Vatican me commandent de ne pas en dire plus. Mais je fais confiance à la haute conscience morale de ces hommes qui ont voué leur existence à l’amour de Dieu et au respect de toutes ses créatures.
     

  • André Chouraqui ou une vie sous le signe de la grâce…

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     Après le décès du grand écrivain ANdré CHIURAQUI, sa veuve Annette m'a prie de donner un texte de souvenir du grand homme. Ce texte est paru dans un périodique de l'Université Hébraïque de Jérusalem. Je le donne en lecture à nos internautes de la Tribune de Genève. PE.

     

            André Chouraqui ou une vie sous le signe de la grâce…

                  Ce fut un don du Ciel de rencontrer un être aussi charismatique qu’André Chouraqui ! J’ai tenté de me souvenir du contexte au sein duquel j’entendis prononcer son nom pour la première fois. Hormis les journaux parlant soit l’Alliance Israélite Universelle, soit d’Israël et de la ville de Jérusalem. Ce fut, si ma mamoire ne me trompe, de la bouche de mon maître Georges (Yehuda Aryé) Vajda, l’éminent spécialiste de la philosophie médiévale juive, notamment judéo-arabe. Vajda évoqua devant mes condisciples et moi-même le nom d’André Chouraqui, traducteur de l’Introduction aux devoirs des cœurs de Bahyé ibn Paquda de Saragosse…  Je revécus cet épisode plus de trois décennies plus tard, lorsque André et Annette, devenus nos amis, me remettait une réédition superbe de sa belle traduction française de ce grand moraliste juif du Xe siècle dont l’œuvre maîtresse continue d’être présente dans toute bonne bibliothèque…
             Vajda n’était pas toujours d’accord avec cette traduction si bien menée ; en sombre philologue judéo-hongrois qu’il était, il privilégiait nettement les traductions claquées sur l’original, la langue française dût-elle en souffrir gravement. Mais je savais qu’une profonde amitié unissait ces deux grands hommes que j’admirais déjà.  Au cours du dîner mentionné supra, André me narra certains épisodes de sa vie avec Vajda et quelques autres, durant la geurre au Chambon sur Lignon. De son côté, mon maître Vajda me fit quelques confidences lorsque je devins professeur des universités et après que j’avais soutenu mes thèses… Il me confia que André lui avait un cadeau, la Bible de Stuttgart éditée par Rudolf Kittel et Paul Kahle. Il ajouta même, je m’en souviens :  c’est le genre de cadeau que l’on n’oublie pas…
            Quant à André, lorsqu’il présenta sa traduction de la Bible dans une belle tribune du journal Le Monde, il écrivit, parlant de la traduction d’un verset du Cantique des Cantiques (u-lekhi lakh) : et le plus érudit d’entre nous, Georges Vajda opte pour la version suivante : et viens t’en…
                Enfin, il y eut la participation d’André à ma propre formation intellectuelle, comme à celle, d’ailleurs, de centaines de milliers d’étudiants et de lecteurs francophones de ses Que sais-je ? sur La pensée juive et l’Etat d’Israël. 
          Mais ces évocations sont loin d’épuiser le sujet ; mais comme on ne peut pas tout dire, il faut se limiter à l’essentiel. Notre première rencontre se fit dans un cadre très spécifique : Dans le cadre de ses anciennes fonctions à l’AIU, André avait eu à diriger la collection SINAÏ aux Presses Universitaires de France… Comme toutes les collections portant sur le judaïsme, cette série, si prometteuse à l’origine,  cessa de produire des publications nouvelles. Devenu moi-même dès 1983 le directeur de la collection Patrimoines-Judaïsme, j’envisageai alors de reprendre les volumes de la Social and Relgious History of the Jews déjà parus dans la collection SINAÏ et d’en poursuivre la traduction française…  C’est ce projet qui me permit de rencontrer André pour la première fois dans son appartement de Neuilly sur Seine. Le projet n’aboutit jamais, faute de moyens, mais cette rencontre fut pour moi une révélation : cet homme que je considérais alors comme l’un des pionniers de la reconstruction d’un judaïsme français était là assis à m’écouter et à me prodiguer des encouragements.
        Comme je lui avais apporté un exemplaire des deux volumes de mes Lumières de Cordoue à Berlin, il m’interrogea longuement sur ce qu’il qualifiait de tropisme germanique… Pourquoi, me dit-il, un brin provocateur, êtes vous devenu un  Maghrébin germaniste ?  L’expression me parut un peu cavalière et produisit sur moi un effet  peu favorable… Mais tel était le but recherché par André ; et lorsqu’il me montra le bel compte-rendu de ce livre qu’il destinait au Figaro, j’eus les plus grandes peines du monde à lui faire barrer cette mention de Maghrébin germaniste…
        Après cet épisode, nous nous revîmes en famille et nos relations devinrent franchement cordiales.
          Je souhaite à présent dire un mot de l’auobiographie d’André que je dévorais et dont je rendis même compte jadis, à la fois dans L’Arche et dans le Mondes Livres. Ces mémoires sont exemplaires et paradigmatiques à la fois car elles permettent à chaque juif natif d’Afrique du Nord et réimplanté en France métropolitaine de revivre ses propres expériences, son vécu, à travers celui d’André. C’est un peu l’histoire de la rencontre entre l’identité juive et la culture européenne.
               
    D'Aïn-Temouchent à Jérusalem, tel pourrait bien être la trame principale de cette volumineuse mais si attachante autobiographie d'un homme dont l'histoire personnelle se confond presque avec le judaïsme de notre siècle. Né en 1917, année de la Déclaration Balfour, ainsi qu'il le souligne lui-même, André Natan Chouraqui  -qui tient beaucoup à son prénom hébraïque-  est originaire d'un monde qui n'est plus et qui jamais ne ressuscitera. C'est un peu Le monde d'hier (Die Welt von gestern) de Stefan Zweig, un monde englouti par l'Histoire, par l'oubli d'où l'auteur l'a opportunément sorti et sauvé. Enfin, cette œuvre, plus de cinq cents bonnes pages écrites avec cœur et chaleur, se lit presque d'une traite sans jamais se lasser, tant l'auteur a su éviter les pièges de l'introspection et du récit intimiste.
    André Chouraqui nous parle de son Algérie natale qui l'a vu naître et qu'il a tant aimée, lui qui traduisit les documents sacrés des trois grandes religions, juive, chrétienne et musulmane. La société coloniale est, certes, critiquée et l'auteur n'a jamais repris à son compte, tout sioniste qu'il soit, le moindre racisme anti-arabe qui fut longtemps le discutable apanage des pieds-noirs. La société juive qu'il dépeint est encore inentamée, marquée par un attachement sourcilleux aux traditions, scandée par les trois prières quotidiennes et par l'observance scrupuleuse des règles du chabbat. Les portraits brossés par André enfant sont pétris d'émotion et d'amour. Je pense même  -et ce sont les nombreuses références de l'auteur lui-même à cette triade que constituent à ces yeux la Bible, le Talmud et la kabbale-  qu'une phrase placée dans la bouche de rabbi Siméon ben Yohaï résume admirablement son propos: ana ba-havivuta talya milleta  : pour nous, tout tient à l'amour! Cet amour qui a même donné son titre à cette autobiographie , L'amour fort comme la mort  (Cantique des Cantiques 8; 6).
    Et pourtant, le livre s'ouvre par une profonde réflexion sur la mort. Des considérations graves mais point maussades nous présentent un André Chouraqui conscient de ce que l'aventure humaine ne peut déboucher que sur la mort, une mort dont le corollaire semble bien être la résurrection, une sorte de passage obligé avant de renaître à l'éternité: des êtres qui n'ont jamais été aussi vivants que depuis leur mort… écrit l'auteur! 
    Le lecteur doit savoir que ce prélude sur la mort fraye la voie vers la vie: ne lira-t-il pas avec quelque étonnement l'épitaphe que l'auteur a lui-même écrit: mort de joie?! Une telle inscription n'étonne plus lorsque l'on prend connaissance de la paralysie qui frappa le tout jeune adolescent, momentanément privé de l'usage de certains membres qu'il retrouvera, cependant, à force de volonté et de persévérance. Mais cette infirmité n'avait pas atteint les facultés intellectuelles de l'enfant que ses institutrices destinaient à de très belles études: le jeune André découvrira au Lycée de garçons d'Oran que son monde, celui de la tradition ancestrale, n'était pas le Monde, que la nourriture n'y était pas cacher et qu'il convenait désormais de devenir un fils digne et reconnaissant de la mère patrie… André Chouraqui vécut lui aussi ce traumatisme de l'acculturation et du modernisme qui le prépara, pour ainsi dire, à ce qui l'attendait à Paris où il débarqua en 1935 et où il décida, parallèlement à ses études de droit, de suivre les cours de l'Ecole Rabbinique de France.  La foi naïve des tendres années n'avait pas disparu sans laisser quelques traces: le jeune homme, éveillé à l'amour mais aussi à la connaissance et à la réflexion philosophique, souhaitait découvrir l'essence du judaïsme et mieux comprendre ce que ses ennemis lui reprochaient. L'école française, écrit-il avec une implacable lucidité, du jardin d'enfants à l'université, m'avait coupé de mes racines ancestrales ( p 155).
    Mais la France, c'était aussi la femme française et le jeune André se verra un jour présenter Colette, belle chrétienne entièrement spiritualisée, qu'il découvrira, pour la première fois souffrante et alitée. 
    Tout dans cette autobiographie est passionnant et digne de mention, mais faute d'espace il faut se cantonner à l'essentiel. Durant les sombres années d'occupation, lorsque l'Ecole Rabbinique se replie sur Chamalières, Chouraqui côtoie certains maîtres rencontrés rue Vauquelin. Il cite le rabbin Back, l"orientaliste Georges Vajda, (voir supra) le théologien Jacob Gordin et le Grand Rabbin Maurice Liber qui lui tint un intéressant discours sur la vocation rabbinique… Enfin, et dans un tout autre registre, Marc Chagall qui s'apprêtait alors à faire ses superbes œuvres bibliques. Mais il ne faut pas omettre les rencontres et les conversations avec Albert Camus qui travaillait jadis à  La peste  et L'étranger . L'écrivain demanda un jour au bibliste en herbe de lui parler des références scripturaires à la peste. Chouraqui nomme  dévér  pour dire la peste en hébreu et signale que la même racine a donné  davar, la parole. Et Camus d'observer:  Ainsi la peste serait la conséquence d'une déformation de la parole… ( (p 243).   
    L'heure de la Libération ayant sonné, Chouraqui ne peut plus résister à une terrible dépression consécutive à tant d'années de privations et de souffrances aussi bien physiques que morales: les souvenirs  m'assaillent de jour comme de nuit.: je ne dors pas, je mange à peine.  Les épisodes atroces des quatre dernières années, vigoureusement refoulés, m'assaillent, ne me laissant plus de reste. Les alertes aériennes, les bombardements,  les cadavres sur le bord des routes, l'odeur des cadavres, leurs regards glauques , nos routes aveugles ne menant nulle part, la voix démente de Hitler, les gémissements d'agonie de ses victimes, le râle des juifs étouffés dans les chambres à gaz, mon enfant mort dans mes bras, l'avortement de Colette,… les affamés, les évadés, des camps ou des villes…  (p 246).  Mais une telle crise, même passée, entraîne nécessairement des changements: Chouraqui embrasse temporairement la carrière juridique, Colette s'en va   -non sans lui écrire de merveilleuses lettres d'amour-,  Annette apparaît, belle brune aux yeux verts. Désormais, Chouraqui a trouvé son éshét né'urim, elle l'accompagnera à Jérusalem où ils fonderont une belle famille et bâtiront une splendide demeure à Eyn Roguél. A Jérusalem, André apprend  à connaître la rugueuse réalité israélienne; certes, il attire l'attention de David Ben Gourion qui en fait son conseiller. Cette situation était inouïe puisqu'en ces années là, les sefarades étaient presque entièrement bannies des sphères dirigeantes et constituaient ce que l'on a appelé le second Israël.
    Et pourtant, l'action de Chouraqui sera relevée même par un observateur aussi illustre et aussi attentif que le roi Hassan II du Maroc qui l'invitera à Marrakech pour s'entretenir avec lui de paix mais aussi de la situation de ses anciens sujets établis en Israël. La réaction de l'establishment politique israélien est prévisible: si le Roi veut nous parler il sait où et comment nous joindre… Une fois encore, Chouraqui bravera l'interdit et fera au Maroc un voyage mémorable…
    Les relations avec le Vatican et les différents papes ne sont pas oubliées dans cette autobiographie où elles occupent un important chapitre. On sait que les relations judéo-chrétiennes ont longtemps préoccupé l'auteur que ses traductions ont littéralement plébiscité dans ces milieux…                          
    Mais un homme, le penseur judéo-arabe du Xe siècle, mentionné au début, a marqué André Chouraqui par un livre de profonde piété qui affleure à travers toutes ces pages: il s'agit de Bahyé ibn Paquda que André traduisit en français durant les sombres années d'occupation sou le titre des Devoirs des cœurs (Hovot ha-Levavot). C'est probablement la spiritualité de ce penseur inoubliable qui grava dans le cœur d'André ces quelques lignes qui se lisent dans ce qu'il nomme  En guise d'épilogue :
    Je te cherchais en chacune de mes routes, en chacune des  lettres de ce livre, aimé de toute ma passion, parce qu'il est  le seuk au monde à chanter ton vrai Nom ---- l'Être qui a été, qui est, qui sera de toute éternité.  (p 479)

                                                                                                                                                                                                                                                                        
     

  • PRIÈRE, REPENTIR ET PARDON Le message de kippour

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    PRIÈRE,  REPENTIR ET PARDON
                                               Le message de kippour
            Le Nouvel An et kippour forment un tout dans le calendrier liturgique juif et s’orientent autour de trois grands axes : confesser ses fautes et implorer le pardon divin, réaliser que Dieu est bien le créateur de l’univers et, enfin, la symbolique de la ligature (et non du sacrifice) d’Isaac. C’est un peu le sommet que la spiritualité juive atteint en ces journées de prières et de contrition. L’enseignement tiré de ce triptyque tient en peu de mots : l’infinie miséricorde divine accordant la rémission des péchés et la supériorité de la conscience morale de l’homme qui affirme ses droits : à une humanité éthique répond donc un monothéisme éthique, une divinité monothéiste, amie de l’homme, ne souhaitant que son repentir et non point sa mort. Dans le contexte monothéiste, la prière fait fléchir Dieu et provoque en lui une sorte de mutation puisqu’il abandonne la rigueur implacable du jugement pour dispenser, en fin de compte, bienfaits et bénédictions. On peut dire que le repentir sincère de l’homme est générateur de miséricorde divine.
        Que peut-on bien dire pendant tant d’heures passées à prier à la synagogue ? on prononce bien sûr des pétitions privées, des demandes personnelles ; mais il y a surtout des appels à la paix entre les nations,  à la concorde entre les êtres humains, à la clémence des cycles de la nature, en une phrase au bien-être universel.
        J’extrais deux prières qui brillent par leur vocation universaliste : les orants juifs implorent Dieu de donner  de la semence au semeur et de la nourriture au mangeur. Un peu plus loin, dans le cadre non plus des prières pénitentielles mais des grâces invoquées en faveur du genre humain, on prie Dieu que l’année nouvelle soit une année au cours de laquelle aucune femme ne perde le fruit de ses entrailles… Ces deux pétitions illustrent bien le caractère universaliste de cette journée où Israël est censé prier pour lui-même mais aussi pour l’ensemble de l’humanité. C’est pour cette raison que la figure, à la fois tutélaire et charismatique, d’Abraham, parangon de l’humanité monothéiste, est omniprésente. En effet, ce patriarche incarne l’abandon confiant à Dieu, l’invincible foi en sa providence.
        Kippour remet à l’honneur le seul instrument de musique dont le peuple juif est familier depuis l’Antiquité biblique : la corne de bélier  (shofar).  En réalité, cette sonnerie ne vise qu’à signaler la fin de la prière et du jeûne, mais pour la conscience religieuse, elle est devenue synonyme d’exaucement des prières. Les sons continus ou saccadés de cette sonnerie plongent l’orant dans un état de vigilance et l’incitent à reconsidérer tous les actes de l’année écoulée. Mais il y a aussi une symbolique moins évidente : le fait d’immoler   un bélier en lieu et place d’un être humain et de se servir de sa corne (instrument symbolisant sa puissance) pour rendre culte au Dieu unique devait montrer que cette nouveauté théologique était à la mesure de la révolution monothéiste (Ex. 14).
    Kippour est aussi le jour au cours duquel on lit à la synagogue le livre du prophète Jonas qui ne compte qu’un seul chapitre où Dieu, contre l’avis de son émissaire, se révèle être synonyme d’amour et de bonté. Jonas, ce prophète un peu impatient qui quitte, le cœur léger, une ville promise à la destruction et entend être, de loin, le témoin de sa ruine. Dans son insondable naïveté, Jonas avait tout prévu, excepté la nature conciliante et charitable d’un Dieu miséricordieux.

                                                     
    Petite Histoire de la philosophie juive (Ellipses, octobre 2008)

  • L’OMNIPRESENCE DE LA CRISE FINANCIERE

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    L’OMNIPRESENCE DE LA CRISE FINANCIERE
        Voilà des semaines que l’on ne peut  parler que de la crise financière, c’est un sujet qui cannibalise tous les autres : que ce soit yom kippour, l’exposition de Picasso et des maîtres au Grand Palais à Palais, le retour du redoux ou toute autre chose, c’est la crise qui domine dans nos écrans de télévision, nos radios et les unes de nos journaux. C’est en fait la pire des punition, nous sommes châtiés par où nous avons péché : le sacre de l’argent roi, l’omniprésence de l’aisance matérielle etc…
        Or, que vivons nous aujourd’hui ? L’effondrement de ce type de développement et de cet idéal de vie. Certes, il faut de l’argent pour vivre, une certaine aisance matérielle, mais dans des limites acceptables par ou compatibles avec la dignité humaine.
        Prenons le cas critique de l’immobilier. La spéculation y était reine depuis des décennies : impossible pour un citoyen moyen d’avoir acquis un toit au-dessus de sa tête. Des millions d’être qui usent précocement leurs tissus par près de trois heures de transports quotidiens, aller-retour, entre le lieu de travail et la maison…
        Je n’opte pas pour une étatisation de l’économie, ni pour quelque dirigisme économique que se soit, mais tout de même ! Il faut un minimum de régulation, surtout quand on sort les cadavres des coffres des banques… Chaque jour qui passe met au jour un nouveau désastre, une nouvelle catastrophe. Je me souviens d’une phrase, passée inaperçue de Madame Christine Lagarde qui demandait, au cœur de l’été, que les banques disent la vérité sur l’étendue des dégâts. Vox clamans in deserto (qol qoré ba-midbar). Sans écho. Rien. Et voilà où nous en sommes…
     

  • LA BIBLE ET SON INTERPRETATION PAR L’EGLISE CATHOLIQUE

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    LA BIBLE ET SON INTERPRETATION PAR L’EGLISE CATHOLIQUE
        Depuis au moins trois jours, et pendant environ deux semaines, se trouvent réunis à Rome, au Vatican, près de trois cents évêques du monde entier afin de réfléchir à l’intelligence de la Bible par l’église catholique romaine. Ce qu’il y a de nouveau dans ce rassemblement c’est que, pour la première fois, le Vatican a invité un religieux juif, le grand rabbin de Haïfa, Shear-Yashuv Cohen.
        Il faut reconnaître à la fois les grandes promesses mais aussi les limites de ce grand rassemblement. Tout d’abord, j’appré »cie que l’église catholique organise une sorte de tour de lectures du texte sacré, ancien comme nouveau Testament. Le pape lui-même a choisi de lire des passages du livre de la genèse, livre Ô combien contesté par la critique biblique depuis au moins le milieu du XVe siècle, date à laquelle le médecin Jean Astruc de Montpellier avait publié son fameux mémoire où il signalait le caractère composite de ce texte. Sont venus ensuite les remarques sagaces des théologiens protestants hollandais, allemands et, pour finir, français.
        Les limites de cette manifestation tiennent au fait ( mais c’est tout à fait légitime) que l’Eglise veut mettre en relation interprétation du texte biblique et Eucharistie. C’est-à-dire que toute la recherche du sens véritable de la Bible viserait à faire connaître le sacrifice du Christ.
        Ce qui est acceptable pour les catholiques ne l’est guère pour les juifs ni même pour les simples adeptes du Siècle des Lumières ou les partisans de l’approche rationnelle. Mais nous reviendrons sur cette question lorsque le synode romain aura pris fin. Il fera connaître sa position car les résultats de synthèse ne seront, eux, connus, que dans deux ans. A suivre, donc.