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  • VERS UN REGLEMENT DU CONFLIT ISRAELO-PALESTINIEN ?

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    VERS UN REGLEMENT DU CONFLIT ISRAELO-PALESTINIEN ?
        C’est un curieux ballet qui se joue actuellement au Proche Orient entre Israéliens et Palestiniens ; un plan de paix fantomatique apparaît dans les journaux alors que les négociateurs palestiniens jurent leurs grands dieux qu’ils n’en ont pas eu connaissance. Certains parlent même d’une feinte destinée à entretenir l’illusion de la recherche d’un règlement . D’autres vont jusqu’à ajouter que M. Ehud Olmert n’a pas dit son dernier mot et qu’il veut, jusqu’au bout, donner l’illusion qu’il cherche à aboutir à un règlement.
        Mais qui réglera un jour ce problème de co-existence entre Juifs et Arabes, entre Israéliens et Palestiniens ? Et a quand remonte cet antagonisme ? Ernest Renan écrivait au XIXe siècle qu’Israël était une tribu arabe (mais non musulmane !) et que Mahomet lui-même a manqué de devenir chrétien… Quoiqu’il en soit, ce conflit n’est pas simple. Les Arabes considèrent que les Juifs n’ont rien à faire dans ce coin de la planète et les Israéliens considèrent (à juste titre !) qu’ils sont chez eux et que leurs voisins sont l’essence de la duplicité…
        Au rythme où vont les choses, et contrairement à ce qu’on croit généralement, le temps ne travaille pas contre les Israéliens. Plus cela va et plus ils gagnent du terrain et recouvrent une souveraineté, perdue depuis près de vingt siècles, sur leurs anciens territoires. Cette question territoriale n’est, au fond, pas la plus importante. Même Jérusalem que les Arabes appellent al-Qudsh (ce qui n’est traduction qu’une traduction arabe de l’expression hébraïque ha-Qodésh) ne devrait pas revendiquer trop l’attention des négociateurs : au fond, Jérusalem est là où l’on vient bien la placer ! Que les Juifs prennent la souveraineté sur tout Jérusalem, c’est normal, mais ils doivent laisser aux Arabes la haute main sur les lieux de leur culte. La même chose vaut des Chrétiens, secte judéenne qui s’est séparée du tronc principal mais qui se nourrit des mêmes racines.
        Au fond, encore, les trois grands monothéismes devraient faire émerger une fraternité retrouvée, celle des fils d’Abraham. Même si historiquement et archéologiquement, Abraham n’a pas existé tel qu’on le dit ou tel qu’on le lit, il demeure une figure archétypale de l’harmonie universelle perdue. C’est elle qu’il faut retrouver, à tout prix, pour redonner aux choses leur vraie valeur…

  • GAGNER OU PARTICIPER ?

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    GAGNER OU PARTICIPER ?
        Ces Jeux Olympiques permettent aussi une compétition qui passerait presque inaperçue, bien qu’elle soit omniprésente : il s’agit du décompte des médailles obtenues par les grands pays… Cette compétition n’est pas, à proprement parler, livrée par les sportifs eux-mêmes car ils sont occupés par l’essentiel, eux, non, elle est livrée par les commentateurs et les reporters qui rivalisent d’ingéniosité pour dire que si ceci et si cela, eh bien leur pays ne serait pas à la énième place, mais à la quatrième, voire même (rêvons un peu) à la toute première !
        J’avoue ne pas avoir tout suivi et ne sais donc pas comment se comporte la Suisse, mais j’ai écouté des reporters français, toujours égaux à eux mêmes, faire le décompte des médailles tricolores : 7e ou 9e place ! Pas si mal.
        Les Américains font de leur mieux pour égaler, voire dépasser les hôtes chinois qui font tout pour ne pas se laisser détrôner…
        Enfin, soyons philosophes ! Il vaut mieux cette confrontation que celle que se livrent Russes et Géorgiens, ces pauvres Géorgiens victimes d’un désastreux calcul de leur président. Mais victimes quand même et qu’il convient de soutenir.
     

  • LA LECON DU DALAÏ LAMA

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    LA LECON DU DALAÏ  LAMA
        Croyants ou athées, religieux ou laïcs, nous avons tous quelque chose à apprendre du Dalaï Lama qui combine en lui-même l’homme politique et le guide spirituel.  Dans le conflit qui l’oppose à la République populaire de Chine, le grand maître tibétain n’accepte pas –et il a raison- que son pays soit asservi, ses concitoyens dé-culturés  et les idéaux bouddhistes foulés au pied par une soldatesque qui a conduit la répression dans son pays, peu avant la tenue des jeux olympiques.
        Dans cet article, il n’entre pas dans mes intentions de prendre parti ni d’accabler les ou les autres, la situation est claire : un jour, la Chine communiste décide d’envahir le Tibet, dit le toit du monde, et de lui imposer sa culture et son mode de vie. Pour que les Tibétains ne soient plus maîtres chez eux, le PC chinois a favorisé une émigration massive de l’ethnie Han ; On comprend, dès lors, l’émotion et la panique des Tibétains.
        Ce qui m’intéresse ici, c’est de montrer comment le grand maître incarne à lui seul, l’idée même de résistance spirituelle. Venu en France pour une durée d’environ douze jours, le Dalaï Lama distingue nettement entre la tournée pastorale et l’action politique en faveur de son peuple opprimé. Ses conférences sur la spiritualité bouddhiste ont été suivies par des milliers de gens, venus d’Europe et d’ailleurs. Son discours sur la paix, la fraternité universelle et une solution négociée du conflit peut paraître désuet, mais quand on y réfléchit un peu, on se rend compte que notre accoutumance au mal nous le fait accepter sans vraiment rechigner. Les sceptiques, ceux qui sont revenus de tout, l’écoutent une seconde, l’air à la fois dubitatif et goguenard, voire même parfois compatissant
        Cette attitude me fait penser la phrase authentique ou apocryphe de Staline :  le pape, combien de divisions ? Voilà la réaction type de ceux qui ne croient qu’en la force nue et rejettent comme de l’obscurantisme toute croyance en l’au-delà. Moins de 45 ans plus tard, Staline, s’il avait vécu jusque là, aurait peut être assister à l’effondrement de son empire, fondé sur le feu, le fer et le sang. En Allemagne de l’est, ce sont des pasteurs protestants qui ont orchestré la résistance contre la dictature communiste. La force de l’esprit e fini par l’emporter.
        Le PC chinois ferait bien de se méfier : le vent de l’histoire qui a balayé les démocratie dites populaires s’est nourri des idéaux d’hommes comme le Dalaï Lama. Quand on pense à la littérature prophétique qui stigmatise les grands empires, l’Egypte, l’Assyrie, Babylone, on se rend bien compte que l’apocalypse n’était pas uniquement métaphorique… Et je ne parle même pas des visions dramatiques du prophète Daniel !
        Pour en revenir au Dalaï Lama, nous sommes bien obligés de reconnaître qu’il nous donne aussi une superbe leçon de tolérance dont d’autres, fourvoyés dans les voies du terrorisme international feraient bien de s’inspirer. Les Tibétains, que je sache, n’ont jamais détourné ni fait sauter d’avions de lignes, ils n’ont pas pris d’otages.  Et lorsqu’ils demandent la fondation de leurs temples en France ou ailleurs, nul ne s’en inquiète. Qui protesterait en France ou en Suisse contre l’érection d’un temple bouddhiste ? Personne. Demandez vous pourquoi.
       

  • SOLJENITSYNE ET LES JUIFS…

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    SOLJENITSYNE ET LES JUIFS…
        Un article paru dans Le monde du 16 août en page 2 et qui s’intitule «Soljenitsyne, un ‘héros inquiétant’» mérite que l’on s’y arrête. Après avoir rendu hommage au grand écrivain disparu, on y sent une certaine gêne dont le motif, chemin faisant, finit par apparaître…
        Pour mieux enrober son propos, l’auteur parle des critiques essuyées par l’auteur lors de la publication en français : Août 14, L’archipel du Goulag et  Une journée d’Ivan Denissovitch. Evidemment, les critiques émanaient de communistes en rupture de ban ou simplement repentis mais qui n’admettaient toujours pas l’énormité de leur erreur, une erreur qui coûta la vie à des millions et des millions de personne, au motif qu’elles représentaient un obstacle pour la bonne marche de la Révolution… Mais personne parmi les thuriféraires de l’ancien régime communiste ne s’était demandé comment  une Révolution mettait plus de 70 ans à défendre ses acquis et pourquoi les portes du paradis socialiste tardaient à s’ouvrir… Et quand les bévues communistes étaient trop énormes, on imputait l’échec de la Révolution aux manigances des classes bourgeoises et à l’impérialisme capitaliste des USA.
        Soljenitsyne a mis fin à tout cela. Même si –et c’est vrai- il s’est laissé  aller à une pente nationaliste regrettable, incriminant les juifs  et leur imputant des fautes qu’ils n’avaient jamais commises, il n’est pas juste de dire qu’il appartient au passé ou à l’histoire de la littérature. L’écrivain russe a contribué à détruire l’URSS comme le pape polonais Jean-Paul II, à des degrés divers mais aussi efficacement.
        Soljenitsyne a cru devoir imputer à la première génération juive communiste  une partie au moins égale que celle prise par les autres peuples, russe notamment.  Il a cru devoir mettre en avant l’habileté, le savoir-faire, l’instruction, bref toutes ces capacités que les juifs, membres de l’intelligenzia soviétique a mis au service de la Révolution…
        Il est difficile de porter sur les juifs des jugements objectifs et mesurés. Aucun grand auteur vivant le XXe siècle n’est à absoudre de ce point de vue là.  Et il est vrai qu’il s’agit là de l’une des plus grandes injustices au monde.
    Lorsque j’étais jeune germaniste, je désespérais de trouver enfin un philosophe ou un penseur, un poète ou un écrivain allemand qui n’ait jamais rien écrit contre les juifs ! Mais Goethe a osé écrire à F.H. Jacobi des mots désagréables sur Moïse Mendelssohn.
                Et je laisse de côté des centaines d’autres. Faut-il pour autant les oublier ainsi que nous le recommande le journaliste du Monde un peu inconsidérément ? A demander de manière si déplacée d’oublier les grands hommes c’est soi-même que l’on risque fort de faire oublier…

  • VERS UNE LEGALISATION DU SUICIDE ASSISTE ?

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    VERS UNE LEGALISATION DU SUICIDE ASSISTE ?
        Voici une nouvelle interpellation qui nous concerne tous : le dernier drame de ce jeune malade qui a choisi de mettre fin à ses jours afin de ne pas connaître, jusqu’au bout, la souffrance et l’humiliation d’un corps qui sombre dans la dégénérescence, sans aucun espoir thérapeutique… Dans un tel cas, devons nous attendre la délivrance de la mort au lieu de se la donner pour préserver un peu de sa dignité et s’épargner d’indicibles souffrances ? C’est tout le débat qui occupe l’humanité depuis que celle-ci a pris conscience d’elle-même, a réalisé des avancées scientifiques considérables, en médecine notamment, et a pris en main sa vie et son avenir. Mais son droit au suicide ?
        Depuis que l’humanité est digne de ce nom, s’est posée à elle la question, demeurée irrésolue parce qu’insoluble, de savoir si, dans certaines conditions, on pouvait se tuer, pire, si la médecine, appelée à soigner et à guérir, pouvait changer de rôle et aider à mourir. Toutes les commissions d’éthique en France ont répondu par la négative, mais certains pays européens, notamment de tendance réformée ( c’est-à-dire non catholique) ont permis de mettre fin aux jours d’un malade qui souffre pour rien et qui gît là, à attendre, sans autre horizon que la mort qui, le plus souvent, tarde à venir.
        Nous ne pouvons pas, pour des raisons de décence et de dignité, porter un jugement sur la décision de ce jeune homme qui a préféré partir alors qu’il avait écrit aux plus hautes autorités de l’Etat dans l’espoir qu’on l’aide à mettre fin à ses souffrances. En somme, une légalisation du suicide assisté.
        Il faut bien comprendre ce qu’une telle démarche implique : tout d’abord, notre civilisation judéo-chrétienne a placé la vie, la naissance, le maintien en vie, le retour à la vie, au centre même de ses préoccupations morales. Un philosophie, un sage comme Aristote a bien écrit que l’être était préférable au non-être et l’existence à la privation. Ce principe s’accordait parfaitement avec les doctrines cardinales des trois grands monothéismes qui poursuivent dans cette voie, aujourd’hui encore.
        Aider quelqu’un  à mourir reviendrait à enfreindre plusieurs millénaires de pensée et d’éthique judéo-chrétiennes. Pire, ce serait, en cas d’assistance médicale, subvertir la vocation même du médecin qui est de préserver la vie. Enfin, qui peut nous assurer que le malade a décidé en toute connaissance de cause et qu’il ne viendrait pas, lui ou son entourage, à se raviser… Et qu’en serait-il s’il était  trop tard ?
        Et pourtant, tout porte à croire que les mentalités ont changé sur ce sujet grave et que la législation devra, elle aussi, suivre le même chemin d’évolution. Si un malade est en fin de vie, s’il souffre gravement, si même des doses massives de morphine ne parviennent pas à calmer le mal qui le ronge, au nom de quoi devrait-il souffrir et attendre la survenue de la mort ? Quel serait le sens de cette souffrance ?
        Nul n’a la solution de ces problèmes. Il faut avancer prudemment et lentement, sans promulguer de loi générale mais privilégier, pour le moment, les cas particuliers. Peut-être aussi éviter la médiatisation excessive. Il se pourrait même que dans certains hôpitaux, là où se trouvent nos congénères en fin de vie, des mains aussi charitables que discrètes font, à l’abri de tout tintamarre publicitaire, les gestes requis pour abréger la souffrance des mourants.

  • Alain BERNARD

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    ALAIN BERNARD, L’ANTI-LAURE MANAUDOU ?
        Enfin un athlète équilibré, tant au physique qu’au mental, qui sait gérer sa vie, n’a pas quitté son entraîneur, qui est fier de lui, et a fini i par récolter le salaire de son ascèse : une poignée de médailles et en or, s’il vous plaît.
        Un jeune homme de vingt-cinq ans, souriant, heureux de vivre, plein de confiance en soi tout en n paraissant jamais arrogant. Quelle leçon donnée à ceux qui  doutent, varient sans cesse et ne savent pas à quel saint se vouer. Aucune histoire personnelle, en tout cas qui défraie la chronique ni journalistique ni amoureuse ! La France a enfin trouvé en natation un fils digne d’elle et non point un champion qui fond en larmes devant les caméras de télévision du monde entier, au terme d’un itinéraire chaotique qui mène là où il doit mener : dans une impasse.
        Quelle revanche de voir ce jeune homme chanter la Marseillaise qu’il accompagne en évoquant le jour de gloire enfin arrivé… Quelle joie de voir sa mère dans son village boire du bon champagne en évoquant devant les caméras de télévision l’itinéraire de son champion de fils. Un garçon doux et attentionné, aimé de ses parents, que sa mère accompagnait chaque jour (lever à six heures et demi chaque matin) d’Aubagne à Marseille… Sa sœur aussi qui parle de son petit frère. Bref une famille vraiment unie et heureuse.
        Quelle différence avec d’autres ! Bonne chance, Alain !

  • LE PROCÈS DE SADDAM HUSSEIN

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    LE PROCÈS DE SADDAM HUSSEIN
        La récente diffusion d’extraits du procès de Saddam a remis l’opportunité de ce procès et surtout son équité au centre de l’actualité. La question qui se pose en voyant ce reportage est en fait unique (même si elle en contient une multitude d’autres) : fallait-il juger Saddam ? Et si oui, la condamnation à mort était-elle inéluctable ?
        Pour tenter d’apporter un ou des éléments de réponse, il convient d’opérer une très brève rétrospective : un peuple opprimé, des communautés politiques ou religieuses constamment humiliées et persécutées ne peuvent-elles pas secouer le joug qui pèse sur elles, et de la façon la plus violente ? Comment s’est fait la révolution française, pas par des votes ni par des consultations pacifiques, mais (hélas !) par la prise violente de la Bastille (symbole du pouvoir despotique) et ensuite par la Terreur qui finit par engloutir ses initiateurs comme la Révolution a fini par dévorer ses propres enfants.
        Les communautés ethniques et religieuses formant la mosaïque irakienne ont fini par souhaiter l’arrivée d’un libérateur, fût-il chrétien, fût-il américain, le résultat seul comptait : la mise à l’écart de Saddam qu’aucune force politique dans le pays ne pouvait renverser sans aide extérieure. Je laisse de côté dans mon raisonnement le bien-fondé ou au contraire le mal fondé de l’intervention militaire américaine (que je trouve très bonne, n’était la mort de tant de civils innocents !) pour me focaliser sur le procès et la verdict de mort.
        Saddam errait comme un animal traqué dans son propre pays, hirsute, visiblement mal assuré, ayant perdu sa superbe, serrant fort contre lui cette mallette contenant près d’un million de dollars cash, abandonné des siens et terré dans une ferme isolée aux confins de son ancienne capitale. A force de persévérance et de moyens financiers et de ressources du renseignement, Saddam est pris : deux possibilités s’offraient aux troupes US, le tuer sur place ou le faire prisonnier et organiser un procès. C’est la seconde solution qui a prévalu.
        Les commentateurs ont relevé que les forces américaines ont voulu organiser ce procès pour justifier devant le peuple irakien et le monde entier l’opportunité de leur intervention pour mettre fin aux agissements d’un tyran sanguinaire qui n’avait même pas épargné son propre sang ( ses beaux-frères, ses gendres, sans compter des dizaines de milliers de ses compatriotes). Ce devait être une sorte de catharsis, une procédure de purification, de justification et aussi de légitimation face au monde entier. Les américains ont bâti les fondements de leur Etat sur ces principes que certains taxent aussi de mythologie politique car la puissance a beau se parer des plus grandes vertus, elle reste l’expression de la force brutale. Certes oui, mais sans les USA qu’aurons nous fait, qui aurait eu le courage d’envoyer plus de 150.000 hommes se battre à des milliers de kilomètres de leur pays ?  Il ne faut pas condamner les USA : ils ont donné à leur intervention les allures d’une croisade pour la paix et la justice, mais sans eux Saddam serait encore en place et le peuple irakien soumis à d’effroyables souffrances…
        On se souvient que la constitution irakienne, faite sur mesure pour le tyran, ne prévoyait pas de traduction en justice du chef de l’Etat, Saddam et ses avocats l’ont assez souvent rappelé. Il fallut donc constituer un tribunal spécial, et dans ce cas, les adversaires de cette mesure ont parlé de tribunal d’exception dont le verdict est nécessairement entaché d’irrégularité… Une fois acquis le principe d’une telle juridiction, si contestée qu’elle fût, il fallut passer à la composition : et de nouveau, les critiques fusèrent. Il ne fallait pas, nous dit-on, donner la présidence à un Kurde ou à un Chiite, au motif (peu sérieux) que ces deux communautés avaient été durement éprouvées par Saddam et qu’elles chercheraient à se venger au leu de dire le droit et de faire justice. Elles seraient très tentées de se faire justice .
        Il est vrai que certains débats, retransmis après avoir été visionnés par la censure, montraient une cour plutôt prévenue contre Saddam ; mais je pose la question : lorsque vous vous trouvez face à un immonde sanguinaire qui a fait exécuter des dizaines de membres de votre famille, de votre tribu ou de votre parti, pouvez vous rester de marbre ? Même du tribunal céleste on ne peut exiger une telle tenue.
        Mais laissons de côté la partialité ou l’impartialité des juges, car, si l’on voulait être absolument juste, il eût fallu dépayser le procès et faire juger Saddam en Suède ou en Finlande par des juges indiens ou sri lankais ! On devine déjà les protestations des défenseurs de la souveraineté irakienne, réclamant que l’ex chef d’Etat soit jugé par eux et chez eux…
        Enfin, l’acte d’accusation, sa rédaction, son étaiement et le respect des droits de la défense : dans ce chapitre, même les défenseurs les plus acharnés de Saddam ne pouvaient nier les innombrables charges : meurtres, exécutions sommaires, maintien au secret d’opposants politiques sans aucun procès, main basse sur les richesses de l’Etat, confusion absolue entre les intérêts privés et les caisses de l’Etat, etc… Mais surtout l’accusation de génocide contre les Kurdes et les Chiites.
        La sentence de mort allait presque de soi… Une fois prononcée, fallait-il surseoir au verdict et commuer la peine de mort en détention à perpétuité ? Le peuple irakien, au nom duquel la justice est rendue, ne l’aurait ni accepté ni même simplement compris. Nous commettrions une funeste erreur en voulant imposer à des peuples, issus d’autres cultures, notre propre système judiciaire.. Toutes proportions gardées, le Général de Gaulle a gracié le Maréchal Pétain (condamné à mort) qui avait pourtant rabaissé la France et conduit le pays sur la voie honteuse de la collaboration… En Irak, une telle magnanimité eût été incompréhensible.
        Venons en à l’acte final, au dernier  terme: l’exécution. Même les Américains qui avaient pourtant tout fait pour ne pas paraître furent effondrés en voyant les images volées de l’exécution où les bourreaux chiites crient le nom de leur chef Moktada al-Sadr en passant la corde au cou de Saddam . Certes, on entend la voix en arabe d’un procureur priant l’assistance de se conduire dignement car il s’agissait de l’exécution d’un homme, après tout…  Et soudain, le bruit sec de la trappe qui s’ouvre sous les pieds du condamné qui psalmodiait des versets du Coran.
        De telles images ont fait le tour du monde, elles étaient visibles même sur internet. Mais ce que nous découvrons avec horreur, c’est la suite ! Les mots me manquent pour décrire ce qui se serait passé, autour du cadavre encore chaud de Saddam, sous les yeux des plus hautes autorités irakiennes. Cette danse macabre était peut-être destinée à convaincre les nouveaux maîtres de Bagdad, anciennes victimes de Saddam, de la disparition définitive du monstre qui avait décimé leurs familles et les avait précipités dans l’exil. Mais tout de même, l’humanité a des frontières qui la situent bien loin des confins de la barbarie.
        Les forces US ne sauraient être tenues pour responsables de ce qui est arrivé après qu’elles avaient remis le condamné entre les mains de la justice irakienne. 
        Lorsque les tyrans sont mis à mort, il faut savoir se conduire dignement, faute de quoi un peu de leur barbarie retombe sur ses justiciers. Parce qu’ils se sont fait justice au lieu de rendre la justice. Mais nous vivons dans notre monde et non au paradis. Comme le veut la belle phrase latine : tu n’as pas épargné les autres et tu voudrais que l’on t’épargnât…

  • LA MODERNISATION DE L’UNIVERSITÉ FRANÇAISE

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    LA MODERNISATION DE L’UNIVERSITÉ FRANÇAISE
        Dans une excellente tribune libre publiée par le Le Monde en date du 14 août (page 15), le professeur Jacques Blamont, éminent universitaire français et membre de l’Académie des sciences, soumet quelques réflexions en vue de moderniser et de relever le classement des établissements d’enseignement supérieur.
        Ayant enseigné dans de grandes universités américaines, avantageusement classées d’après les critères de Shangaï, M. Blamont procède à une étude comparée des universités françaises et des établissements américains. De cette étude comparative il appert que nos universités sont paralysées par une série d’handicaps qui constituent autant de tabous difficiles à combattre, voire seulement à nommer, tant les rancœurs idéologiques sont ancrées et tant toute réforme de notre système éducatif est rapidement perçue comme une insupportable menace pesant sur la promotion sociale.
        M. Blamont rend un hommage mérité à la ministre Valérie PÉCRESSE QUI A SU SE BATTRE POUR DONNER AUX UNIVERSITÉS UNE autonomie tant recherchée et jamais obtenue. Ensuite, il propose de mettre bout à bout les performances de nos universités et d’une université du Michigan. Les revenus financiers de cette dernière sont sept fois supérieurs à ceux de sa consœur française. L’américaine perçoit de l’argent d’importants droits d’inscription, de l’Etat, des entreprises et de revenus boursiers, suite à de judicieux placements.  Face à ces multiples sources de revenus, notre pauvre université française ne soutient pas la comparaison.
        L’académicien propose d’éloigner de l’université des gens qui n’ont rien à y faire et il a raison. Mais une telle suggestion va mobiliser contre lui le banc et l’arrière-banc de gens de gauche qui considèrent que c’est une hérésie ! Enfin, il propose d’augmenter sensiblement les frais d’inscription… ce qui est impensable en France. Prudent, il fait une contre-proposition qui consiste à mobiliser les entreprises et les fondations pour que cette augmentation soit contre-balancée par d’autres moyens mis à disposition.
        On a besoin d’une vraie réflexion sur le rôle et la fonction de l’enseignement universitaire en France.

  • LA GUERRE RUSSO-GEORGIENNE… II

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    LA GUERRE RUSSO-GEORGIENNE… II
        La presse européenne ne cesse de consacrer articles et éditoriaux au conflit armé qui oppose les Russes aux Géorgiens  à cause de l’Ossétie. Les avis divergent évidemment, mais je voudrais vous signaler un éditorial de Alexandre Adler dans Le Figaro du 16 août. L’auteur y déploie une virtuosité indubitable mais ne peut toujours pas se départir de ce ton sentencieux et supérieur qui ne sied pas vraiment à des analyses que l’on retrouve par ailleurs et sur un mode bien moins prétentieux. Ceci dit, sans animosité particulière car je connais un peu Aleixandre et l’estime grandement.
        Quels sont les faits qui se dégagent avec de plus en plus de netteté depuis la fulgurante mais injuste réaction des Russes suite à l’initiative, légitime mais Ô combien malheureuse, de la direction géorgienne ?
        Une fois passées les premières réactions épidermiques, on comprend mieux -sans l’excuser du tout- la violence de la réaction russe, opérée au premier chef par  Vladimir Poutine. Depuis plusieurs années, on parlait du déclin de la Russie, de son effacement sur la scène internationale, de la baisse inéluctable de sa population et de sa décadence à venir. Ce sentiment de secondarisation était renforcé , aux yeux des Russes, par le grignotage constant, sournois, des USA aux marches de l’ancien empire. Songez que les pays de l’ancien glacis soviétique se sont tous ou presque invités dans l’Union Européenne et au sein de l’OTAN… Inacceptable pour les maîtres du Kremlin ! Songez que le président géorgien est considéré par le Kremlin comme un agent de la CIA qui modernise son armée grâce à du matériel et à des instructeurs US… Toutes ces démarches, jointes à l’invasion de l’Irak, ont donné lieu au sentiment persistant que les Russes étaient des has been et appartenaient au passé…
        La goutte d’eau qui fit déborder le vase, comme l’on dit, fut le faux pas du président géorgiens qui se devait, en tout état de cause, d’intervenir mais sans penser que les USA viendraient à son secours ou lanceraient une intervention militaire contre les Russes…  Ce fut l’acte de trop !
        Le chef géorgien aurait dû mieux faire son compte : les Russes avaient commencé par spolier ce pauvre Khodorowski, démantelant son empire gazier et pétrolier, le condamnant de façon inique à la prison pour fraude fiscale… Ainsi ils s’arrogeaient un droit de pression , voire de chantage sur les Occidentaux qui, eux, hélas, ont des comptes à rendre à leurs parlements nationaux et à leurs opinions publiques. A l’ONU, la direction russe s’amusait à faire de la résistance pour bloquer l’hyper-puissance américaine, alors que les Occidentaux demandent à cor et à cri le renforcement des sanctions contre un Iran en voie de nucléarisation.  Il faut ajouter à tout cela la décision américaine d’installer des missiles anti-missiles en République tchèque et en Pologne… deux pays, entre tant d’autres, affolés par le retour du spectre de la guerre froide : l’ours soviétique qui lance ses chars comme s’il n’existait aucune légalité internationale… Tous ces faits ont été incompréhensiblement oubliés ou minorés par le président géorgien…
        Mais l’horizon finira par se dégager : l’opération en Géorgie est d’abord destinée à la consommation intérieure ; ensuite, elle comporte un avertissement lancé à l’extérieur pour rappeler les lignes rouges (signal compris parfaitement par les Ukrainiens) ; enfin, la Russie montre qu’elle peut encore intervenir dans son arrière-cour sans craindre une réaction musclée des USA.
        Ces derniers ont tout de même su tirer parti de la nouvelle donne en signant des accords sur les missiles anti-missiles ; aucune opinion publique des pays concernés ne saurait s’y opposer. La direction russe a sans doute décodé comme il convient le message. Ce qui ouvre la voie à un accord sur l’Iran. Sauf, ce qui n’est pas à exclure, si les USA profitant du désordre international, infligent à l’Iran une frappe chirurgicale, épaulés par les Israéliens.
        On est en plein jeu de poupées russes ! Ceci fait penser à la phrase célèbre : le battement d’ailes d’un papillon à Tokyo provoque un raz de marée ou un tremblement de terre à l’autre bout de la planète…
     

  • EROME CLEMENT, PLUS TARD, TU COMPRENDRAS. Grasset & Fasquelle, Livre de Poche, 2005

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    JEROME CLEMENT, PLUS TARD, TU COMPRENDRAS. Grasset & Fasquelle,  Livre de Poche, 2005

        Ce livre qui se lit d’une seule traite et en retenant son souffle, tant la charge émotionnelle est forte, n’est pas un essai autobiographique déguise par l’intermédiaire duquel un fils éploré, pleurant le décès de sa mère, mettrait cet événement grave à profit pour ne parler que de lui-même. Non. C’est un livre entièrement centré autour de la personnalité d’une mère aimante qui a tout représenté pour son fils lequel fut son admirateur, son enfant chéri et sa  grande consolation face à l’incontournable lot d’épreuves qui jalonnèrent sa vie. La phrase qui sert de titre était un leitmotiv de cette même mère lorsqu’elle s’adressait à son cher petit…
        Raymonde Gorrnick, fille d’émigrés juifs russes ayant fui les pogroms tsaristes, naît à Paris où elle mène à bien des études de pharmacienne et rencontre un camarade de promotion, un certain Yves Clément, qui tombe amoureux d’elle et souhaite l’épouser. Les deux famille ne sont pas très enthousiastes concernant cette union entre une juive, certes non pratiquante mais attachée viscéralement à ses origines ethniques et religieuses, et un jeune catholique breton dont la famille plonge ses racines dans le terroir français depuis tant de générations. Malgré toutes les oppositions, le mariage a bien lieu (sans cérémonie religieuse, ce qui heurte la famille Clément) et les choses ont l’air de s’arranger tant bien que mal : le jeune couple donne naissance à une fille, Catherine, devenue épouse d’ambassadeur à Vienne et à Dakar, et surtout écrivain connu. L’année de naissance de cette fille promise à un brillant avenir est aussi celle de la déclaration de guerre… Et c’est là que commence dans le présent ouvrage, le malaise existentiel d’un fils, Jérôme, qui naîtra six ou sept ans plus tard. Les lois raciales de Vichy conduisent l’époux de Raymonde Gornick à des démarches étranges,voire ambiguës, dont la nature même suscite, bien des années après les faits, la perplexité de son fils.  Le couple est obligé de se séparer pour éviter à Raymonde, juive de père et de mère, les affres de l’arrestation et de la déportation. Ces années de guerre sur lesquelles l’auteur-fils ne s’étend guère par pudeur doivent avoir instauré entre les époux une distance que même la naissance d’un nouvel enfant, Jérôme, ne parvient pas à supprimer.  Apparemment, le cœur d’Yves Clément semble avoir jeté son dévolu sur une autre femme, proche de la famille, avec laquelle il finira ses jours, divorçant de sans ménagement de la mère de ses enfants.
        Tous ces événements sont racontés avec un savant suspense ; on prend connaissance, par tableaux successifs, des événements à venir que le narrateur détaille en fouillant les affaires de sa défunte mère et aussi après la mort de son beau-père ; mais ce qui frappe le plus, dès les toutes premières pages, c’est l’omniprésence d’une mère aimante, véritable figure tutélaire d’un système où le père est quasi absent, sauf dans un savoureux chapitre, intitulé L’homme à la pipe  sur lequel nous reviendrons.
        En écrivant ce bel ouvrage d’où toute mièvrerie est absente et où les sensations de blessure et d’abandon sont exprimées avec pudeur, le fils-auteur a en vue plus qu’une simple quête identitaire. Est-il juif, lui le catholique baptisé, ayant fait ses communions, récitant ses prières quotidiennes (à la demande expresse de sa mère juive…), se rendant à la messe tous les dimanches sous la conduire de la grand mère Clément, alors que sa mère n’a jamais quitté formellement sa religion native, le judaïsme : comment peut-on être le fils chrétien d’une mère juive ? J’avoue ne pas avoir trouvé de réponse satisfaisante après avoir posé ce livre…  même si Jérôme récitera le kaddish pour celle qui l’a mis au monde. Peut-être faut-il quitter le champ conceptuel pour aborder le terrain de l’unité organique qui fixe les rapports sans pouvoir déterminer leur nature exacte…
        Reprenant sans le savoir, une formule langagière pathétique du patriarche Jacob dans le livre de la Genèse, mais qui se lit aussi dans les Psaumes, l’auteur écrit : la nuit, elle me chantait en russe ; le jour, elle me parlait en français. Etre partagé, mais non écartelé entre deux mondes, voici ce qui lui fait écrire quelques pages plus loin : la maison était russe, l’école française. Cette opposition ne se réduisait pas à une simple question linguistique puisque le judaïsme, non religieux, mais culturel et viscéral, est constamment présent. J’ai été ému par ces brefs récits où le fils décrit sa mère qui s’éclipse la veille de yom kippour, probablement pour prier à la synagogue et jeûner toute la journée en pleurant, en cette occasion unique, ses parents déportés à Auschwitz et morts sans sépulture alors que la défaite programmée du IIIe Reich n’était plus qu’une question de mois.  En effet, les juifs ashkénazes récitent le Yzkor, la prière pour le repos de l’âme des disparus, le jour de kippour.  Raymonde, les larmes aux yeux,  dira à son fils qu’il ne peut s’imaginer la peine de ceux qui ignorent le lieu de sépulture de leurs chers parents, partis en fumée depuis les cheminées des fours crématoires d’Auschwitz… Pas de lieu de sépulture, pas de tombe où se recueillir, rien. Enfin, il y eut ce monument à la mémoire des morts de la Shoah où furent gravés les noms de tous les juifs de France, victimes de la barbarie nazie. Cette trace sert de lieu de mémoire…
        Plus encore que le sort peu enviable de cette mère éplorée qui finit par partager la vie d’un autre homme, sincèrement amoureux d’elle -un juif alsacien qu’elle fait promettre à son fils de ne pas abandonner après sa propre mort- l’auteur ressent douloureusement le départ d’un père qui, à l’en croire, ne lui manifesta jamais un intérêt digne de ce nom : je vis entre deux femmes, ma mère et ma nourrice, avec un père distant et une sœur éloignée. Presque du Musset…
        Mais là aussi l’authenticité des sentiments est incontestable. J’en veux pour preuve l’indignation à peine contenue du jeune homme qui voit les grands parents Clément, bons catholiques bretons, ayant confortablement traversé la guerre, s’installer dans le domicile des grands parents juifs Gornick, exterminés par les Allemands. Mais comment la mère vivait-elle cette substitution ? Douloureusement, à n’en pas douter. Ces deux mondes, juif et catholique, russe et français, se croisent mais ne se rencontrent jamais. Ils cohabitent sans vraiment se côtoyer. Ce qui touche le plus le jeune garçon qui est ce qu’il est, c’est-à-dire un descendant des Clément, catholique et bien français, c’est cette injustice, cette iniquité qui s’est abattue sur cette autre moitié de sa famille dont il tire aussi ses origines : la famille de sa mère a dû changer de pays, de nom, de milieu, de langue etc… alors que les autres ne changent, en général, que de nom et en plus à la faveur d’un mariage. C’est cette problématique qui traverse tout le livre, tel un fil rouge.
        Alors autour de quel élément fondamental s’est noué le drame de la séparation, du divorce, concrétisé par le départ du père après de longues années de rupture virtuelle, masquée de tant de non-dits ? Jérôme n’a que douze ans lorsque son père lui annonce qu’il quitte sa mère et le domicile familial. Pour l’enfant s’ouvrit alors une ère d’incertitude où l’amour maternel reste certes surabondant mais où il faut s’identifier à un homme autre que son père…
        Par l’un de ses actes manqués dont le contenu révélateur porte la marque de l’inconscient, le fils-auteur découvre, après le passage des commissaires priseurs venus expertiser les valeurs de la défunte mère, l’existence d’un tableau anonyme estampillé L’homme à la pipe. Intrigué par cette œuvre qu’il ne connaissait pas, Jérôme Clément finit par repérer le tableau qui représentait nul autre que son propre père. Contempler ainsi son géniteur, se retrouver en tête à tête avec lui dans cet éprouvant face à face le conduit à se libérer d’un fardeau devenu insupportable. Ce n’est pas vraiment La lettre au père de Kafka, mais cela m’y a fait penser : on peut tout pardonner à un père inexistant ou peu affectueux, sauf d’avoir fait souffrir une mère qu’on aime et qui nous a tout donné.
        Ce sont encore les traces de cette mère aimée et parfois mystérieuse qui conduisent un fils devenu adulte sur le seuil de la synagogue, une veille de kippour. Mais là encore ce n’est pas l’événement marquant, l’Erlebnis de Franz Rosenzweig par exemple qui, découvrant la ferveur religieuse et les accents plaintifs de la prière des Polonais de Berlin  au cours de l’office de yom kippour, décide de ne jamais se convertir au christianisme et de rester juif.  Le milieu était bien celui de juifs déjudaïsés. La mère n’a pas transmis à son fils cette flamme juive qui semblait pourtant l’habiter. Il n’y eut pas de rencontre marquante avec la religion des Gornick, ce que relève le fils auteur avec pudeur en rédigeant un petit paragraphe, le plus succinct du livre, sur ce qu’il savait du judaïsme…
        C’est un peu à l’image de Raymonde, puisqu’elle gronde son fils Jérôme qui donne à deux de ses filles  de si beaux prénoms hébraïques, Sarah et Judith.  Théodore Lessing, l’auteur de la Haine de soi : le  refus d’être juif (Berlin, 1930 ; Paris, 1990) avait des explications à ce sujet : refuser de transmettre à des êtres chers une identité pathogène à laquelle on tient  mais qui a été source de tant de grands malheurs et d’indicbles souffrances…
        Si je rédige un si long compte rendu pour la Tribune de Genève, c’est parce que j’ai trouvé le personnage de Raymonde très attachant, très vrai et si humain. Presque le paradigme des drames conjugués de l’assimilation, de l’intégration et de la préservation de soi. On y sent une femme, une mère, une juive, confrontée à des circonstances adverses… Quel destin !
    Poir finir, que l’on me permette d’évoquer une anecdote personnelle , survenue il y a plus de dix ans, à un moment où je ne pouvais nullement  prévoir qu’aujourd’hui je rendrai compte d’un livre consacré à cette dame : Lorsque je me trouvais à Dakar, à l’invitation du gouvernement sénégalais de l’époque, l’ambassadeur d’Israël me confia lors d’un dîner dans sa résidence que Catherine Clément, épouse de l’ambassadeur de France au Sénégal, avait déployé des efforts surhumains pour rassembler un minyane, un quorum religieux, afin que soit prononcé le kaddish rituel pour le repos de l’âme de sa mère juive.
    Mais quels furent donc les mérites exceptionnels de cette mère juive qui eut droit à un kaddish récité par dix hommes juifs adultes sur le continent noir ? Réunir ce quorum fut une prouesse. Pour le savoir, lisez ce beau livre où un homme de cœur déclare sa flamme à sa défunte mère, qu’il porte en lui, qui voyage avec lui et à laquelle il parle chaque fois qu’il en ressent le besoin.
     Je vous  recommande chaleureusement la lecture attentive de ce beau livre.