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  • LA CONVOCATION D’UNE RÉUNION EXTRAORNINAIRE DE L’EUROPE À LA DEMANDE DE NICOLAS SARKOZY

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    LA CONVOCATION D’UNE RÉUNION EXTRAORNINAIRE DE L’EUROPE À LA DEMANDE DE NICOLAS SARKOZY
        Il y a fort à parier que le lien transatlantique sortir très fortifié de la réunion extraordinaire de l’Union Européenne, convoquée en urgence par M. Nicolas Sarkozy, président en exercice. L’inquiétude gagne en Europe, surtout du côté des anciennes démocraties populaires qui eurent à souffrir, des décennies durant, de l’occupation soviétique etd es ravages de la doctrine de la souveraineté limitée.
        Ce qui frappe le plus les démocraties occidentales européennes, pratiquement toutes réunies sous le parapluie de l’OTAN, c’est, bien sûr le non respect par la Russie du texte qu’elle a signé, mais aussi et surtout les atermoiements qu’elle met à appliquer les accords pourtant fort clairs, sauf, hélas, sur l’intégrité territoriale la Géorgie.
        Et nous n’oublions pas le récit des destructions systématiques des bases militaires géorgiennes, aériennes et maritimes, par les soldats russes. Ils n’ont pas seulement détruit systématiquement, ils ont aussi pillé avec application. Dans toutes les armées du monde, issues d’Etats démocratiques, des actes de pillage sont sévèrement réprimés car il y va de la discipline des troupes.
        Il est temps pour la direction russe de se reprendre, si le but était de donner une leçon (immérités) à la Géorgie, c’est fait. Et la leçon a porté. Si les intentions sont différentes, alors la suite est imprévisible. Et les conséquences pour la Russie pourraient être désastreuses.  Et elle sont déjà perceptibles : le lien transatlantique sort renforcé, les pays européens se méfient de la Russie quant à la sécurité de leurs approvisionnements en hydrocarbures et le spectre des chars russes qui déferlent sur un petit pays sans défense vient de reprendre consistance.
        Le plus grave, c’est aussi la disparition de la crédibilité et donc de la confiance. Il faut que les hommes de Medvedev prennent le pas sur ceux de Poutine. La Russie a tout à y gagner… Et je ne parle même des retombées financières et économiques. Les nouveaux oligarques russes soutiennent Poutine aussi longtemps que c’est bon pour les affaires. Si ce n’est plus le cas, l’alliance peut devenir caduque du jour au lendemain… Or, les milieux boursiers avancent qu’au moins 10 milliards de dollars ont quitté la Russie depuis l’attaque contre la Géorgie. M. Poutine a beau être puissant, il n’est pas tout puissant.
        Et l’Europe a parler d’une seule voix pour condamner l’agression et le non retrait des troupes  russes. Peut-être croyait-on naïvement qu’on pourrait faire chuter le président géorgien en organisant, à l’abri des baïonnettes, une sorte de coup d’Etat qui aurait mis en place un gouvernement fantoche à la solde de Moscou ? Comme au bon vieux temps…
        Dans Août 14, l’écrivain Soljenitsyne écrivait en substance qu’il fallait effacer la poussière du cadran de nos montres… Oui, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts des capitales des anciennes démocraties populaires.
       
       
     

  • LA RUSSIE ET LA GEORGIE IV

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    LA RUSSIE ET LA GEORGIE IV
        Les éditoriaux du week end ont encore porté sur l’attaque russe contre la Géorgie. Les journalistes se demandent si la Russie veut rester une partenaire de l’Europe et des démocraties occidentales ou si elle veut devenir une menace.
        Au fond, la Russie lutte contre le déclin qui la menace. Toutes propotions gardées, on peut se demander ce que cherche La Russie et la comparer au sort de l’empire austro-hongrois avant et après la première guerre mondiale. Alors que Vienne était la capitale de l’empire le plus puissant d’Europe avec sa fameuse double monarchie, en 1955, il fallut qu’elle renonce à tout, absolument tout, pour que les Russes, contre la proclamation de la neutralité, veillent bien se retirer de son territoire… Et pourtant, le pays est resté démocratique, sans menacer le moindre de ses voisins.
        Ce qui nous fait un peu peur, c’est que les USA ont commencé à envoyer des navires de guerre chargés, dit-on, d’aide humanitaire… Enfin, souvenez vous, s’il vous plaît, de mon blog consacré à Hegel et au concept de la formidable positivité du négatif : en attaquant la Géorgie, M. Poutine a poussé la Pologne à signer le pacte de bouclier anti-missile, la chancelière fédérale à dire qu’on accueillerait à bras ouverts la Géorgie dans l’OTAN et enfin, l’Ukraine, grand pays qui compte, à demander qu’on accélère son intégration dans l’Alliance de l’Atlantique Nord.
        Il n’y a pas que le président géorgien qui a commis une erreur, le premier ministre russe en fit autant.
     

  • LE DÉPART DE PERVEZ MUSHARRAF

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    LE DÉPART DE PERVEZ MUSHARRAF
        Ce n’est pad demain que se réaliseront les idéaux de paix universelle, rêvés par des hommes aussi différents que le prophète Isaïe (VIIIe siècle avant Jésus) et le philosophe allemand Kant (mort en 1804). Les tribulations d’un pays comme le Pakistan, pays né dans la douleur et l’arrachement, le prouvent à l’envi. Issue d’une partition de l’Inde en 1947, le Pakistan qui regroupe la majorité des musulmans du sous continent a presque toujours été dirigé par des militaires et les coups y furent légion.
        Su le général Musharraf part, c’est, en autres parce que les USA ne supportaient plus son double jeu, notamment celui de l’ISI, les puissants services secrets de l’armée qui aident les talibans plus ou moins ouvertement. L’attaque perpétrée contre l’ambassade de l’Inde à Kaboul l’a, semble-t-il, montré.
        Le monde occidental ne peut se permettre une défaite en Afghanistan, ce pays même que les généraux pakistanais considèrent comme vital pour servir de profondeur stratégique en cas d’attaque indienne…  Mais comme rien n’est simple dans ces régions là, il faut ajouter à cela les menées d’al-Quaida qui réussit à s’infiltrer partout où elle peut : le terrible attentat suicide contre l’usine d’armement au Pakistan l’a montré ces jours derniers. Si cela continue, on pourra hélas comparer l’Irak et le Pakistan, au plan des victimes des attentats suicides.
        Que va faire le nouveau gouvernement pakistanais et qui remplacera le général-président ? Il semblerait que le nouveau chef d’Etat-major, formé aux USA et ami  de Washington, ne veille pas s’impliquer directement. Mais l’armée, seul corps vraiment constitué au Pakistan, continuera d surveiller de près la situation : toujours cette hantise d’une attaque indienne et ce souvenir cuisant de deus humiliantes défaites militaires.
        Et quand sait que l’Inde et le Pakistan sont des puissances nucléaires…
     

  • RUSSIE ET GÉORGIE III

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    RUSSIE ET GÉORGIE III
        La petite Géorgie est en train de se rendre compte de la duplicité et du cynisme du gouvernement russe. Malgré la signayue d’un accord en six points, les soldats russes ne se retirent pas vraiment du territoire de l’ancienne république soviétique, et même lorsqu’ils le font, ils entendent occuper une portion de territoire non négligeable, ce qui laisse augurer de graves difficultés par la suite.
        Certains comportements russes sont inacceptables, par exemple vouloir contrôler la route allant de la capitale Tbilisi vers la Mer noire, un peu comme si on voulait garder un doigt menaçant posé sur la jugulaire de la petite république du Caucase.
        Membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, la Russie bloque toute résolution et toute condamnation de ses actes inconsidérés. Mais ce qui est intéressant, c’est la lutte qui fait rage au sommet de la direction russe : apparemment, le président Medvedev serait pour calmer le jeu tandis que M Poutine, qui détient la réalité du pouvoir, incarne la ligne dure visant à décourager tout nouvel exemple d’indépendance ou d’inconduite (aux yeux de Moscou) d’autres régions de la fédération de Russie.
        La seule sortie possible de la crise, c’est l’intégration de la Géorgie au sein de l’OTAN et dans ce cas il y a une solidarité de défense entre les membres : les autres états doivent se porter au secours d’un état attaqué… On voit d’ici les dangers de confrontation que cela implique.
        La nervosité de M. Poutine et des généraux russes s’explique par leur hantise de voir l’OTAN s’installer en Ukraine, dans les états baltes, la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie, la république tchèque, etc… et la Géorgie.
        Il y a fort à parier que les USA et la Russie vont devoir se livrer à un marchandage qui modifiera la donne en Europe et dans le monde. Les Géorgiens feraient bien de me méfier : dans cette partie d’échecs, Russes et Américains pourraient conclure un accord de frappe contre l’Iran et on oublierait un peu la petite république. Les états sont des monstres froids, ne l’oublions pas. Et la Russie est prête à des concessions, si cela peut sauver son pré carré.

        La petite Géorgie est en train de se rendre compte de la duplicité et du cynisme du gouvernement russe. Malgré la signayue d’un accord en six points, les soldats russes ne se retirent pas vraiment du territoire de l’ancienne république soviétique, et même lorsqu’ils le font, ils entendent occuper une portion de territoire non négligeable, ce qui laisse augurer de graves difficultés par la suite.
        Certains comportements russes sont inacceptables, par exemple vouloir contrôler la route allant de la capitale Tbilisi vers la Mer noire, un peu comme si on voulait garder un doigt menaçant posé sur la jugulaire de la petite république du Caucase.
        Membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, la Russie bloque toute résolution et toute condamnation de ses actes inconsidérés. Mais ce qui est intéressant, c’est la lutte qui fait rage au sommet de la direction russe : apparemment, le président Medvedev serait pour calmer le jeu tandis que M Poutine, qui détient la réalité du pouvoir, incarne la ligne dure visant à décourager tout nouvel exemple d’indépendance ou d’inconduite (aux yeux de Moscou) d’autres régions de la fédération de Russie.
        La seule sortie possible de la crise, c’est l’intégration de la Géorgie au sein de l’OTAN et dans ce cas il y a une solidarité de défense entre les membres : les autres états doivent se porter au secours d’un état attaqué… On voit d’ici les dangers de confrontation que cela implique.
        La nervosité de M. Poutine et des généraux russes s’explique par leur hantise de voir l’OTAN s’installer en Ukraine, dans les états baltes, la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie, la république tchèque, etc… et la Géorgie.
        Il y a fort à parier que les USA et la Russie vont devoir se livrer à un marchandage qui modifiera la donne en Europe et dans le monde. Les Géorgiens feraient bien de me méfier : dans cette partie d’échecs, Russes et Américains pourraient conclure un accord de frappe contre l’Iran et on oublierait un peu la petite république. Les états sont des monstres froids, ne l’oublions pas. Et la Russie est prête à des concessions, si cela peut sauver son pré carré.
     

  • La femme, l'amour et la fécodnité

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    NATALITE, FECONDITE ET RENOUVELLEMENT DE LA POPULATION.
        Dans cet été finissant qui ne nous a pas apporté que de bonnes nouvelles, c’est le moins qu’on puisse dire, voici une annonce qui montre que parfois aussi on peut renouer avec les forces de la vie et de l’amour : les femmes françaises détiennent la palme avec en moyenne deux enfants ; c’est une très bonne nouvelle.
        Il ne faut pas confondre la natalité et la fécondité, le second élément est nettement plus intéressant que le premier puisqu’il signale la possibilité, la potentialité tandis que l’autre marque le nombre d’enfants effectifs que chaque femme met au monde.
        Il semble que la France, comme on vient de le dire, se distingue et fasse mieux que l’Allemagne, la Pologne et les pays du nord de l’Europe. A cela plusieurs explications : d’abord, les femmes se rendent compte que la chose la plus valorisante, après l’indépendance économique et l’épanouissement professionnel, c’est l’accomplissement de la maternité.
        Il y a la possibilité, permise par la médecine, d’avoir des enfants plus tard ; il n’est pas rare que des femmes aient des enfants entre 35 et 40 ans, ce qui était moins fréquent avant. Enfin, il y a une évolution nette en faveur d’un cadre moins contraignant que le mariage, les femmes se choisissant un compagnon comme père de leurs enfants, sans être passé devant Monsieur le Maire…
        L’attachement d’une mère est quelque d’irremplaçable, d’incomparable. Même quand on a perdu ses parents, ce qui est l’évolution normale de toute existence humaine, on se souvient, certes, de ses deux parents, mais la mère occupe dans notre cœur une place à part.
        Pour finir, l’hommage du philosophe allemand Friedrich Nietzsche qui, bien que ne s’étant jamais marié et ayant une relation ambiguë avec les femmes, s’était écrié : O ! Etres humains, vénérez la maternité, l’homme n’est jamais qu’un hasard.
        A méditer.
     

  • La Légion étrangère

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    GEORGES BLOND, HISTOIRE DE LA LEGION ETRANGERE. PREFACE DE ETIENNE DE MONTETY (1964, 1981, 2008 PERRIN, COLLECTION TEMPUS.
        Si vous aimez l’histoire militaire, sans le moindre a priori, si vous voulez savoir ce qu’est une troupe d’élite, à la fois combattante mais aussi constructive avec de vrais bâtisseurs, alors lisez ce beau livre de Georges Blond. J’ai beaucoup appris en le lisant, l’auteur décrit des combats et des batailles, comme si vous y étiez. L’évocation de la base de légion à Sidi Bel Abbès est frappante, plus encore que leur départ après l’indépendance en 1962…
        En treize chapitres enlevés au pas de charge, l’auteur vous fait faire un véritable tour du monde, depuis les origines à la seconde moitié du XXe siècle. Cet homme a du style et il aime légion. Il entreprend de détruire les préjugés qui en déparent l’image et montrent que très souvent le mythe s’est substitué à la réalité.
        J’ai bien apprécié le chapitre où la légion se bat en Chine contre les Pavillons noirs. On y voit l’épopée de la légion se battit avec l’énergie du désespoir à Son Tay, devenu Sontay à Paris, sans que personne ou presque ne sache qu’il s’agissait d’un haut lieu de la légion.
        Ceux qui peuvent suivre le défilé du 14 juillet à la télévision française ont dû remarquer qu’avec les pompiers de Paris, la Légion était le corps de troupe le plus applaudi.
        Un livre non seulement divertissant mais même amusant et instructif…
     

  • LA FIN DE L’HISTOIRE…

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    LA FIN DE L’HISTOIRE…

                Aux soldats français tombés en Afghanistan, in memoriam

        En fait, c’est le hasard qui détermine par ses incroyables combinaisons l’ordre, la simultanéité ou la successivité de nos actions et donc des événements. C’est là aussi l’un des mystères de l’Histoire, ce gigantesque réel en devenir, comme aidait à le dire le philosophe allemand Hegel qui tint la chaire de philosophie à l’Université de Berlin jusqu’à sa mort en 1832, si je ne me trompe.
        On se rend bien compte que plus le temps passe, plus les siècles s’écoulent et plus les familles humaines se rejoignent, militairement ou pacifiquement, pour n’en former plus qu’une.  Existe-il une main invisible qui tire les ficelles dans les coulisses ? L’avenir est-il déjà écrit quelque part, sans que nous n’en sachions rien ? Les croyants l’admettent qui pensent que la divine Providence confie à d’humaines mains le soin de nous mener à un port prévu d’avance. Les Grecs qui ne croyaient pas une telle chose, en bons polythéistes qu’ils étaient, ont pourtant fourni le terme technique pour désigner cette doctrine, la téléologie, de telos en grec qui signifie le but, l’objectif, le dessein éloigné… Ce furent eux, encore, qui nous livrèrent les balbutiements de l’historiographie, c’est-)-dire lécriture de l’Histoie, avec des hommes tels que Hérodote et Thucydide.
        Les jeunes soldats tombés pour la cause de la liberté et de la démocratie savaient qu’ils exerçaient un métier dangereux, celui des armes, et qu’un jour, ils pouvaient consentir au sacrifice suprême. Mais en Afghanistan !! Si loin de chez eux, dans des territoires auxquels la France s’est peu intéressée dans son histoire…
        Histoire, ce terme revient comme un leitmotiv … Il y a déjà plusieurs jours, je voulais livrer quelques réflexions sur cette passionnante question lorsque je remarquai ans les colonnes du journal Le Monde sous le titre évocateur de «rétrolecture 1992», une analyse éclairante de mon ami Daniel Vernet. Il y comparait le retentissement de deux ouvrages diversement appréciés en leur temps et aussi assez imparfaitement compris.
        Comme je vous l’annonçais hier, il s’agit de Francis Fukujama, La fin de l’Histoire et le dernier homme   et Samuel Huntington, Le choc des civilisations.
    Ces deux livres furent écrits par deux collègues américains qui y exposèrent le fruit  de tant  d’années de recherches, de réflexions et de séminaires post-graduates avec leurs doctorants, c’est dire que la vulgate qui nous fut livrée par les lecteurs rapides ou journalistiques ne suffit guère. Essayons de revoir la chose d’un tout petit peu plus près.
        Fukuyama qui a lu et médité les œuvres de Hegel, auteur de la Philosophie de l’Histoire, part d’une phrase, d’une boutade de celui-ci pour amorcer sa riche réflexion. Je rappelle que c’est Victor Cousin qui introduisit en Sorbonne les leçons de philosophie de l’histoire après avoir rendu visite à Hegel en 1816, je crois, à Iéna, avant même que celui-ci ne soit appelé à Berlin.
        La boutade de Hegel, en 1806, alors qu’il aperçut Napoléon Bonaparte passer à cheval sous ses fenêtres, fut, en substance : voici l’Idée à cheval . Je mets intentionnellement une majuscule au I de Idée. C’est-à-dire voici passer devant nous le principe fécondant, l’agent séminal qui fait en quelque sorte accoucher l’Histoire de ce dont elle est en gésine… En fait, Hegel qui était un esprit puissant et qui, au début de sa carrière voulait être théologien et écrire une biographie de Jésus, avait coutume de s’exprimer ainsi. C’est pour cela qu’il prétendit un peu vite qu’il avait fait le tour des concepts, qu’après lui on ne pourrait plus philosopher mais que l’on serait contraint de se répéter et de rabâcher… Nous savons bien qu’il n’en fut rien et que le giron matriciel de la philosophie, mais aussi celui de l’Histoire, nous réserve encore quelques surprises.
        Si Fukuyama reprend le propos débonnaire de Hegel, ébloui par la puissance napoléonienne, c’est parce qu’il rédige son livre après la chute du mur de Berlin, donc après la chute retentissante du communisme. Jetant un regard rétrospectif sur ce XXe siècle finissant (on est au début des années quatre-vingt-dix), il relève que les démocraties libérales sont venues à bout du fascisme hitlérien, et, pour finir, du fascisme communiste, responsable du goulag. Il ne reste donc plus que la démocratie, les idéaux républicains, qui se retrouvent soudain sans ennemis ou presque… Car n’oublions pas que Hegel concevait la marche de l’Histoire comme un processus qui avance par contradictions surmontées. Ainsi fascisme et démocratie s’étaient fait face et la victoire de l’in sur l’autre avait fait avancer l’histoire. De la même manière, communisme et libéralisme s’étaient opposés et c’est le dernier qui eut le dessus. Jusqu’ici l’Histoire avançait selon le schéma hégélien, mais quid de l’histoire s’il n’y a plus de contradictions, plus de carburant… Ceci me rappelle la phrase désabusée d’un diplomate russe de l’ONU lançant à son collègue américain la phrase suivante, après la déliquescence de l’empire communiste : nous allons vous rendre le pire des services, nous allons vous priver d’ennemi. Sans atteindre à la profondeur hégélienne,  le mot d’esprit va dans le même sens…
        Donc les Etats Unis d’Amérique, quintessence de la puissance occidentale et incarnation parfaite du libéralisme et des valeurs démocratiques, se trouvaient, en quelque sorte, en chômage technique… C’est le sens de la formule, fin de l’histoire… Cela ne signifie pas la fin du monde, cela veut dire que le moteur de l’histoire n’a plus de carburant, comme il en avait auparavant. Je suis contraint ici  d’atténuer le propos de Hegel même si, philosophe germaniste que je suis, j’ai toujours admiré la culture allemande et la pensée de Hegel qui en est –avec Kant- la forme la plus achevée. Ce penseur était fasciné par l’Etat et notamment l’Etat prussien qui incarnait à ses yeux le paradis sur terre… Je ne peux pas m’attarder sur l’arrière-plan historique expliquant une telle attitude, l’éparpillement de l’Allemagne (Kleinstaaterei) en une multitude de petits états qui se faisaient la guerre, explique cette attitude. Il y avait peut-être aussi une certaine fascination de la violence ; le philosophe écrivait, en substance, que les années de bonheur de l’humanité sont les pages blanches de l’Histoire… Donc, c’est la guerre qui fait avancer les choses, hélas, selon l’auteur allemand.
        Samuel Huntington, professeur connu à l’Université de Harvard se penche lui aussi sur le monde nouveau qui émerge à la suite du naufrage du communisme. Et à ses yeux, la suite des événements lui a même donné raison, ce ne sont plus les idéologies ou les systèmes économiques opposés qui vont dresser les nations les unes contre les autres et donc faire avancer l’Histoire, mais des différences civilisationnelles, culturelles et religieuses. Autant dire, pour revenir à Hegel, la Weltanschauung, la conception du monde, l’approche de la vie et de la mort, en un mot les valeurs. Nous parlons de la politique au niveau mondial, planétaire, c’est-à-dire de conflits globaux et non de quelques escarmouches entre états qui se disputent une portion de territoire. C’est-à-die d’une opposition de deux blocs, comme du temps de la guerre froide où deux systèmes opposés divisaient le monde.
        Et c’est évidemment à l’islamisme, au radicalisme musulman que pensait Huntington, ce qui conduisit certains lecteurs à caricaturer sa pensée et lui prêter de noires arrière pensées qu’il n’avait pas toujours. On n’était pas loin de penser, au soir du 11 septembre 2001, que ce qui venait de se passer correspondait à l’analyse prophétique du professeur de Harvard. Il suffit d’ouvrir les journaux, d’écouter la radio ou de regarder la télévision pour se rendre compte que le terrorisme qui ensanglante le monde – y compris les pays arabes dont l’Algérie- n’est ni finlandais ni vénézuélien. C’est une certaine forme d’islam qui conteste la direction prise par le monde dans le cadre de la globalisation. Que faire ? Là, on quitte le domaine de l’analyse conceptuelle pour entrer dans le domaine de l’agir… Chacun se fera son opinion.
        Ces idées de fin de l’Histoire, voire même de fin du monde, proviennent de l’humus judéo-chrétien de notre civilisation. Le premier à l’avoir évoquée fut un prophète hébraïque du milieu du VIIIe siècle, Isaïe, dans son chapitre VI. Il parlait de «la fin des jours», c’est-à-dire du moment où l’humanité, en paix avec elle-même, aura réalisé on objectif et instauré la paix universelle, si chère à Kant.
        En somme, au moment où le temps, vidé de sa substance, c’est des ferments de la discorde et de la violence, se fige en éternité. Cette éternité que les jeunes soldats français ont abordée au prix de leur vie: gloire à leur mémoire. Le Président a eu raison de dire qu’ils sont morts pour la liberté. Notre liberté.

                            Maurice-Ruben HAYOUN
                            Professeur à l’Uni. de Genève
        Paru ce jour dans La Tribune de Genève (mrhayoun.blog.tdg.ch/)
     

  • Les soldats tués en Afghanistan

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        Je voulais vous proposer une réflecion sur deux ouvrages qui signalent la fin de l'Histoire au sens politico-philosophique: le livre de Kukuyame et celui de Samuel Huntigton. Mais je le ferai demain D- voulant.

        Je souhaite dire un mot de cette polémique qui monte et qui enfle, concernant nos tués en Afghanistan. Il y eut aux Invalides pas seulement des larmes mais aussi de la colère. Certains vont jusqu'à remettre en cause l'extr^me jeunesse des soldats enagés, d'autres leur manque d'aguerrissement, et d'autres enfin la lenteur des renforts, voire même les tirs amis (friendly fire), responsables de l'aggravation de la situation de nos soldats.

        Il faut dire la vérité aux familles et le président de la République s'y est engagé. Le connaissant, nous savons qu'il ne manquera pas  sa parole. Pout ma part, en tant que philosophe éthicien, je souhaiterais que ce deuil ne soit pas l'occasion de règlements de comptes politiciens. Et ma note de main sur la fin de l'Histoire sera dédiée à la mémoire des soldats tués.

  • Alexandre Safran, le dernier grand penseur juif de notre temps

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          Alexandre Safran, le dernier grand penseur juif de notre temps
            Hommage au défunt Grand Rabbin de Genève
     

    La réédition en version hébraïque, revue et augmentée, de deux ouvrages majeurs du grand rabbin Alexandre Safran, ancien guide spirituel du judaïsme de Roumanie et actuellement, la plus haute autorité religieuse de Genève, constitue un événement extraordinaire, auquel il faut donner le lustre qui convient. Nos lecteurs ont déjà eu la possibilité de lire dans ces colonnes une présentation de la   vie et de l’œuvre de ce penseur religieux éclairé, solidement ancré dans la foi biblico-talmudique et ouvert aux apports de la culture en général.   Les deux ouvrages présentés ici sont une sorte d’essence du judaïsme, en hébreu Israël we-shorashaw (Israël et ses racines) et une présentation de la kabbale, Huqqat Olam we-razé olam : ha-niglé we-ha-nistar be-hishtalwutam ba-qabbala  (La règle et les mystères de l’univers : histoire du sens obvie et du sens ésotérique dans la kabbale).
    Dans le premier ouvrage qui expose, ainsi qu’on l’a dit, une sorte d’essence du judaïsme religieux, le grand rabbin établit une équation entre le peuple d’Israël, substrat vital   de l’humanité et la terre d’Israël,   archétype intelligible de tout l’univers : c’est l’ancienne thèse talmudique selon laquelle l’univers n’a été créé qu’en faveur d’Israël qui s’était engagé à recevoir et à appliquer les préceptes de la Tora. La mission historique d’Israël consiste à maintenir en vie cette alliance avec Dieu qui, par delà toutes les vicissitudes et toutes les persécutions dont Israël est victime, ne reniera pas cette alliance ni ne rejettera pas à tout jamais son peuple : cette alliance est scellée par la Tora mais elle est aussi présente dans la chair de chaque enfant d’Israël. Si Israël venait à renier Dieu, il se renierait lui-même.
    L’idée d’élection est présentée ici sous la forme de l’altérité absolue : Israël n’est pas un peuple comme les autres, ce qu’i n’implique nullement la moindre idée de supériorité ni de privilège, mais simplement de charge supplémentaire, de responsabilité. Pour quelle raison ce peuple a-t-il connu l’esclavage d’Egypte, redoutable creuset où il s’est forgé une âme mais où il fut proche de la disparition, n’était l’existence d’un dessein divin ? Pour le Grand rabbin Safran le séjour en Egypte est la source, la racine de tous les exils. Israël a souffert en Egypte mais ces souffrances sont des épreuves infligées par amour (yissouré de-‘ahava), comme si Dieu voulait éprouver son peuple, le purifier au moyen   de tant d’infortunes et de coups du sort… On rejoint ici aussi l’ancienne thèse rabbinique qui veut que les Egyptiens n’aient été que l’instrument de la volonté divine, ce qui explique l’interdiction biblique de les haïr. Du reste, la fête de Pessah salue la libération du peuple de l’esclavage mais ne vise pas à se réjouir de la chute de l’Egypte.
    La longue nuit de l’exil (gola) donnera naissance à l’aube de la rédemption ; l’exil, consécutif à la chute du Temple de Jérusalem, a une valeur paradigmatique et se trouve être l’école de la rédemption (gué’oulla), le laboratoire d’où émergera une humanité nouvelle, apte à recevoir la Tora, animée d’une vision et porteuse d’un projet pour tous. Au fond, cet exil renvoie à l’expression biblique du «voilement de la face de Dieu» (hester panim) et s’apparente à une sorte d’éclipse de la divinité. Dans ce contexte précis, le Grand Rabbin s’en réfère aux interprétations du Baalshemtov et de son école : découvrant qu’il est livré à lui-même, l’homme se met en quête de Dieu et, en le retrouvant, se retrouve lui-même : il revient à lui. D’où le nom de teshuva.
    Cette idée de retour qui occupe dans le judaïsme une place centrale (au point de préexister à la création de l’univers qui ne pouvait persister dans l’être sans elle) préfigure   aussi le retour vers Sion et donc vers Jérusalem, berceau de l’humanité qui accepte la Tora. Jérusalem, lieu où l’humain rencontre le divin, ville où Dieu a choisi de faire résider son Nom, insuffle à l’homme la notion de sainteté. Mais même lorsque le peuple juif en est chassé, c’est pour porter ce message aux confins de l’univers afin de l’unifier sous la bannière du Dieu Un. Le Grand Rabbin rappelle opportunément que la cité du roi David ne fut pas divisée entre les douze tribus mais a servi, au contraire, à les réunir et à les fondre en une entité unique : le peuple d’Israël.
    Israël n’en est pas pour autant un peuple de l’espace ; c’est un peuple qui a apporté le monothéisme à l’humanité, c’est-à-dire la présence d’une divinité à la fois immatérielle et omniprésente qui, tout en se manifestant en des lieux déterminés, se situe surtout dans l’éternité et, pour l’homme, dans le temps. Or, le temps paradigmatique d’Israël est le temps du shabbat. Le samedi n’est pas un jour entre les jours, c’est un jour à part : les autres jours de la semaine sont numérotés (le premier jour pour le dimanche, le sixième jour pour le vendredi) seul le shabbat possède un nom en propre… En ce jour   tous les hommes sont placés sur un même niveau, celui de créatures de Dieu. Comme le shabbat est le septième jour de la semaine, il constitue aussi le septième de la vie humaine. Enfin, en ce jour où tout travail est strictement prohibé afin de permettre de se retrouver, d’assister à l’écoulement du temps sans le subir, l’homme juif prend conscience de l’importance cosmique du shabbat, un shabbat de la création (shabbat de-béréshit) qui concerne tous ceux qui en jouissent. Cette journée contient aussi la promesse messianique de l’humanité : en elle création et rédemption se rejoignent, pour reprendre une si belle image de Franz Rosenzweig.
    Le couronnement de ces développements n’est autre que la définition de l’identité juive que le Grand Rabbin place dans l’accomplissement des préceptes divins : on sent poindre une certaine vision mystique (au sens le plus large du terme) : même le juif le plus éloigné da la tradition religieuse se voit réservé l’accomplissement d’une mitswa particulière qui le rapproche de l’ensemble de la communauté dont les membres répondent les uns des les autres…  
    Dans le second ouvrage, consacré à la doctrine ésotérique au sein du judaïsme, le Grand Rabbin Safran évoque dans une première partie l’unité de la kabbale. Dans un chapitre fort riche il présente les relations dialectiques entre la Tora, la tradition et l’histoire. Ces deux derniers éléments fécondent en quelque sorte le premier puisque la Tora orale est un noyau dynamique qui permet d’enrichir l’héritage et de constituer une tradition digne de ce nom, c’est-à-dire porteuse de ce qui constitue le vécu et le penser d’un peuple.   Alors qu’il parle de mystique, l’auteur cite opportunément des passages de l’œuvre de Moïse Maimonide et de Joseph Albo, qui, chacun à sa manière, soulignent l’impossibilité de tout dire, de tout livrer à leurs lecteurs. Ceci vaut d’autant plus du mystique qui recherche l’absolu tout en hésitant à s’engager dans cette voie… On lit aussi des pages pénétrantes sur l’anonymat recherché des auteurs mystiques lesquels se font les porte-paroles zélés mais dépourvus d’orgueil : c’est la tradition qui s’exprime à travers eux, ils s’en font les interprètes dociles et fidèles. En ce sens, ils rejoignent la lignée des rédacteurs anonymes du Talmud qui ont livré la tradition mais non point tous leurs noms à la postérité. L’auteur plaide aussi par une continuité du courant ésotérique qui revêt des formes différentes selon les époques tout en demeurant fondamentalement un.  
    Le discours mystique n’est pas inintelligible, il opte simplement pour un type d’intelligibilité autre que rationnelle. Au lieu de recourir aux concepts et au raisonnement logique la kabbale fait défiler devant nous une série de métaphores, d’images et de paraboles censés s’adresser à d’autres facultés que les seules facultés cognitives de l’individu. En effet, la kabbale entend faciliter pour l’homme l’intelligence de la Tora par la théosophie. A elle seule, cette idée mériterait de très longs développements. Dans une strate du Zohar, la question suivante est posée : qu’est Dieu ? C’est la Tora, telle est la réponse. Cette réplique va bien plus loin que la thèse qui voit en la Tora une suite ininterrompue de Noms divins…
    Nous avons à affaire, on l’aura compris, à un authentique penseur qui ne cherche pas à gérer une érudition remarquable des sources juives anciennes, mais à un véritable érudit désireux d’offrir une vision, un système de la pensée juive dans son ensemble. La revue des titres cités dans la bibliographie et utilisés dans les développements est impressionnante.   Dans les deux volumes, la partie dévolue aux notes et renvois occupe aisément la moitié de l’ensemble. C’est dire combien cette pensée puise aux meilleures sources et évite l’un des écueils les plus graves de toute science du judaïsme, ancienne ou moderne : l’historicisme. Les auteurs des époques les plus diverses se côtoient dans ces ouvrage, rendant à la pensée juive son jaillissement originel et ininterrompu, par delà les nuances des périodes : ainsi, les auteurs précédant le Zohar sont cités aux côtés de cette bible de la kabbale, qui est elle-même évoquée dans les mêmes pages que les auteurs hassidiques des XVIIIe-XIXe siècles.
    Le grand rabbin Safran,   ce grand penseur de notre temps, a choisi la méthode synthétique et non la démarche historienne. Tout bien considéré, c’est le sens de l’adage talmudique, ellu we-ellu divré Elohim hayyim.  Ces propos ci et ces propos là sont du Dieu vivant…
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  • IL Y A QUARANTE ANS, JOUR POUR JOUR, LES CHARS SOVIÉTIQUES ENVAHISSAIENT PRAGUE…

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    IL Y A QUARANTE ANS, JOUR POUR JOUR, LES CHARS SOVIÉTIQUES ENVAHISSAIENT PRAGUE…
        Est-ce que M. Poutine se souvenait de cette date anniversaire en envoyant ses chars punir sauvagement la petite Géorgie ? Probablement, mais cela ne l’a pas empêché d’agir dans la plus tradition du défunt empire soviétique…
        Il y a quarante ans, les chars soviétiques déferlaient en Tchécoslovaquie pour mettre fin au fameux printemps de Prague : que s’était-il pas passé ? Le jeune peuple de ce pays avait secoué le joug insupportable du parti communiste local, le plus rétrograde et le plus pointilleux de tous les pays de l’est ; un autre Comité Cenjtral avait été élu avec à sa tête le célèbre Alexandre Dubcek. Celui-ci se voulait un communiste réformateur et décida, de concert avec son peuple, d’œuvre dans ce sens. Il libéralisa l’information et desserra graduellement l’étau du PC soviétique. Les journalistes tchèques devaient attendre le feu vert de l’agence Tass avant de diffuser leurs propres nouvelles. Dubcek mit fin à tout cela. Leonid Brejnev qui était alors au pouvoir à Moscou subodorait l’hérésie et la contre-révolution dans cette affaire et commençait de faire pression sur Dubcek et ses amis. Celui-ci naviguait subtilement entre les différents écueils sans toutefois rassurer Moscou qui se débattait en pleine guerre froide : pour les Soviétiques, si Prague agissait ainsi, c’est parce que les USA étaient derrière et tiraient les ficelles.
        Les autres pays de l’est, et notamment la RDA de Walter Ulbricht, étaient fort inquiets. Les Allemands avaient massé à leur frontière avec la Tchécoslovaquie, deux puissantes divisions blindées, qui restèrent toutefois chez elle, Brejnev considérant que l’afflux de chars allemands à Prague rappelaient de très mauvais souvenirs (Hitler avait envahi le pays moins de trois décennies plus tôt.
        Alors que les Soviétiques rejetaient les menaces d’invasion end énonçant une désinformation impérialiste, les chars des pays dits frères envahirent le pays et ce 21 août 1968, Prague fourmillait de petits moujiks en uniforme. La suite se devine : une chape de plomb s’abattit sur le pays. Les Soviétiques avaient assassiné les espoirs d’un petit peuple.
        Aujourd’hui, ce pays est partie intégrante de l’Union Européenne et de l’OTAN.
        M. Poutine devrait méditer cette leçon de l’Histoire et s’engager sur une voie plus pacifique et plus généreuse.