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  • POUR OU CONTRE LES TRENTE-CINQ HEURES ?

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    POUR OU CONTRE LES TRENTE-CINQ HEURES ?
        Oui, telle est bien la question qui se pose, singulièrement après l’apparente dissonance survenue hier entre les déclarations du Secrétaire général de l’UMP et son nouvel adjoint, membre du gouvernement et chargé, précisément, de la politique de l’emploi. Un mot tout d’abord sur cette dissonance : l’expression de deux opinions divergentes n’implique pas le désaccord mais plutôt la richesse du débat. Il est normal que les hommes débattent et qu’une autorité supérieure tranche. Les trente-cinq heures resteront donc la norme en matière de durée légale du travail.
        Qu’ont apporté ces fameuses trente-cinq heures, voulues jadis par les socialistes ? Dans l’esprit de leurs concepteurs, il s’agissait de contraindre (n’ayons pas peur des mots) les chefs d’entreprise à embaucher à tour de bras, afin de résorber le chômage qui devenait endémique, sans pouvoir vraiment licencier si la conjoncture  l’exigeait. Un dispositif compliqué parachevait le système en surtaxant les heures supplémentaires… Les socialistes croyaient mettre ainsi les chefs d’entreprise au pied du mur, oubliant un postulat de bas, à savoir que nous évoluons dans une économie libérale de marché. La réaction des entrepreneurs fut de changer de siège social, voire même de financiariser leurs actifs industriels : on vend tout, on récupère l’argent et on le place dans des valeurs boursières, de préférence, à l’étranger.
        Le gouvernement actuel a pris le contre pied de cette doctrine économique dirigiste : voulant pallier la désertification industrielle et rendre attractive le pays aux yeux des acteurs économiques, il a fait de l’adage travailler plus pour gagner plus le maître mot de sa politique. Et pour compter les heures supplémentaires défiscalisées, on se fonde sur la norme (de plus en plus théorique, des trente-cinq heures). Si vous travaillez plus, c’est-à-dire après les trente-cinq heures, eh bien, vous recevrez plus d’argent. Sinon, vous avez parfaitement le droit d’en rester là où vous êtes…
        Ceux qui prônaient le démantèlement de la loi voulaient administrer un électrochoc au pays, les autres font preuve de plus de pragmatisme et de prudence. N’oublions jamais la nature frondeuse du pays et de ses habitants.

  • EST-CE QUE LES ALLEMANDS SAVAIENT CE QUE PRÉVOYAIT LA SOLUTION FINALE?

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    224095406.png "Wir wussten gar nichts" : nous ne savions absolument rien… Telle était l’antienne reprise unanimement par les masses allemandes après la chute et la ruine du Reich nazi. L’auteur de cet ouvrage, spécialiste reconnu de l’holocauste, tente, avec succès, d’analyser le mécanisme de cette ignorance volontaire et de cette indifférence feinte. Il s’est aidé, pour y parvenir, des archives des villes et des villages, jadis gouvernés par les Nazis. Il a aussi consulté la presse nazie, les organisations des travailleurs et les rapports que les officines nazies envoyaient au gouvernement central du Reich depuis les provinces. En effet, les hitlériens avaient procédé à un maillage très fin du territoire et analysaient les réactions de la population devant la propagande anti-juive. Et nous devons bien reconnaître qu’elle fut contrastée et que les dirigeants nazis durent en tenir compte, au moins momentanément, pour moduler la dureté de la répression et des persécutions.

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  • VERS UNE NOUVELLE PHILOSOPHIE DE L’HISTOIRE…

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    270013044.pngLe philosophe allemand Hegel qui tint la plus belle chaire d’université de Berlin jusqu’à sa mort vers 1830, disait, entre autres, que la lecture des nouvelles, donc des journaux, était une sorte de prière quotidienne. Elle permettait de nous unir, de nous relier (comme le terme religion) au reste d’une région, d’un pays. On n’en était pas encore à l’autoroute de l’information ni à l’internet qui unit directement l’individu le plus isolé au monde entier, devenu un véritable village…

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  • Vers une nouvelle charte de l’ONU ?

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    538255256.pngDivers événements nous conduisent à nous interroger sur l’éventuel élargissement de la saisie des Nations Unies afin de mieux assurer la paix dans le monde, de mieux combattre le terrorisme, de protéger les populations menacées et de lutter contre les inégalités. On peut prendre comme exemples les calamités naturelles qui ont frappé successivement la Birmanie et la Chine. Ensuite, on examinera les accents quasi-prophétiques du discours du Président Bush devant la Knését, un homme dont le pays est si puissant que ses vues ne peuvent laisser personne indifférent.

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  • QUELLES SONT LES RACINES CULTURELLES DE L’EUROPE ?

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      QUELLES SONT LES RACINES CULTURELLES DE L’EUROPE ?

    Sylvain Gouguenheim, Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne. Paris, Seuil, 2008.

        Dès sa parution, ou plus exactement, à la suite d’un compte-rendu dans les le supplément littéraire du journal Le Monde, ce livre a suscité une controverse.. Quelques chercheurs ont réagi en adressant à cet ouvrage des critiques de fond.
        Examinons avec sang froid la thèse de cet ouvrage : il s’agit, comme le montreront de multiples citations, de contester la prévalence de la filière arabo-musulmane dans la transmission du savoir grec à l’Europe chrétienne et de mettre en avant, ou de faire valoir les droits, d’une autre filière,  gréco-latine, celle-ci qui aurait joué le rôle de l’authentique intermédiaire. Cette filière incarnée principalement par Jacques de Venise (ob. Vers 1150) a été, selon l’auteur, injustement occultée au profit d’une historiographie officielle qui faisait de l’Europe un satellite intellectuel de la culture arabo-musulmane. L’auteur cite au moins deux historiens de la philosophie, responsables, selon lui, de cette occultation.
        L’enjeu de ce débat est grave ; ce n’est pas une simple querelle de spécialistes,  il s’agit de savoir quel est, quels sont les pères intellectuels et spirituels de l’«Europe chrétienne» ainsi que la nomme l’auteur qui n’évoque l’apport judéo-hébraïque qu’incidemment, au détour d’une phrase ou dans une simple note…. Pour asseoir sa propre thèse, à savoir que la chrétienté occidentale n’a jamais vraiment rompu le lien qui l’unissait  au classicisme et à la philosophie grecs, l’auteur insiste, parfois un peu pesamment, sur des versions latines des œuvres d’Aristote, directement faites sur l’original grec par Jacques de Venise, sans être passé par le filtre arabe… Il s’agit donc de savoir si l’humus intellectuel de l’Europe doit quoi que ce soit au monde arabe ou arabo-musulman. A plus longue échéance, cela revient à se demander s’il y eut jamais un apport musulman, auquel l’Europe serait redevable. Les deux thèses que l’auteur entend combattre sont clairement identifiées : l’islam aurait transmis l’essentiel du savoir grec… et serait donc à l’origine du réveil culturel et scientifique du Moyen Age… la seconde thèse parle de racines musulmanes de la culture européenne.
        Ainsi présentée, la thèse de l’ouvrage peut sembler juste et défendable, mais en réalité, si les Arabes ont quelque peu contribué à la redécouverte de la richesse hellénique, nul (parmi nos collègues sérieux et compétents) n’a jamais prétendu, ni oralement ni par écrit, que nous devions l’entière redécouverte du monde antique classique aux Arabes ou aux musulmans. Il demeure, cependant, que les versions commentées d’Aristote, de Platon et de quelques autres nous sont parvenus, dans l’état dans lequel ils nous sont parvenus, avec des annotations des penseurs musulmans les plus connus, depuis al-Kindi jusqu’à Averroès, en passant par Abu Nasr al-Farabi, ibn Sina, ibn Tufayl et ibn Badja. La meilleure preuve que ces auteurs ont contribué d’une certaine façon au mouvement des idées, sans toutefois en avoir été les importateurs exclusifs, est apportée par la latinisation de tous leurs noms : Ibn Rushd est devenu Averroès, Ibn Sina Avicenne, Ibn Tufayl Abu Baker, ibn Badja Avempace etc… Si les penseurs chrétiens ne les avaient jamais utilisés, pourquoi avoir à ce point latinisé leurs points ?
        L’auteur a, en revanche, raison sur un autre point : on ne détecte nullement la moindre hellénisation du monde islamique, le philhellénisme de certains penseurs (au premier chef, Averroès) ne suffit pas à faire de l’islam le relais des Grecs au sein de l’Europe qui est, non point chrétienne, mais judéo-chrétienne…
        En fait, et l’auteur ne le dit jamais, il s’agissait des relations entretenues par des élites entre elles, du dialogue entre élites et non point d’un mélange authentique de cultures sur une vaste échelle… Un penseur comme Maimonide dont le nom arabe complet est Moussa ben Maimoun al-Kordoubi al-israili, acertes, puisé la science grecque aux fontaines arabes, et pourtant, il n’a entretenu de relations intellectuelles suivies qu’avec une frange réduite de la population musulmane contemporaine. Comment eût-il pu en être autrement ? Certains histoiriens de la médecine arabe sont même allés jusqu’à prétendre qu’il s’était converti «momentanément» à l’islam !!
     Au Moyen Age, comme dans l’Allemagne du XIXe siècle, des intellectuels juifs, en butte aux persécutions des chrétiens, avaient beau jeu d’insister sur l’ouverture d’esprit, la disponibilité et l’hospitalité des Arabo-musulmans. On parlait alors peu des lois de la dhimmitude mais il fallait opposer l’ostracisme de l’Europe chrétienne contemporaine à l’ouverture du monde musulman de l’ »poque médiévale. Nous savons aujourd’hui que cette remarque doit être nuancée. Mais dans le présent contexte, ce n’est pas une question primordiale. La quasi-totalité des candidats-rabbins d’outre-Rhin devaient préparer une thèse de doctorat pour devenir des Herr Rabbiner Doktor. Et tous, absolument tous, prenaient des sujets de thèses judéo-arabes…  Pour quelle raison ? Principalement pour administrer à leurs contemporains de l’Europe chrétienne qui leur barraient l’accès aux carrières académiques que des siècles auparavant, les Arabes avaient été plus ouverts qu’eux en admettant les juifs dans leurs cercles culturels… Et même le chantre de la néo-orthodoxie juive en Allemagne, Samson-Raphaën Hirsch (1808-1888) notait dans ses Dix-neuf épîtres sur le judaïsme la phrase suivante :ces jeunes gens(juifs) puisèrent des philosophèmes grecs à des fontaines arabes. 
    Si S. Gouguenheim avait lu Hirsch, ou simplement feuilleté le maître ouvrage de Moritz Steinschneider, Die hebräischen Übersetzungen des Mittelalters und die Juden als Dolmetscher (Berlin, 1892), ou ceux Julius Guttmann,  d’Alexandre Altmann, de  Georges Vajda… et de quelques autres, il serait parvenu à une plus juste appréciation des choses
        Il est vrai qu’il est plus préoccupé par le rétablissement de certains faits, ainsi qu’il l’écrit :il y’a dans cette quête une dette envers l’Empire romain d’Orient, Constantinople, grand oublié de l’héritage européen, qui partageait avec lui un même patrimoine culturel et civilisationnel, celui de l’Antiquité classique. (p 19) Nous ne sommes pas insensibles à ce courant nostalgique mais est-ce que la nostalgie a sa place dans un ouvrage sur l’histoire des idées ? L’auteur a raison de souligner l’apport incontestable de chrétiens syriaques, tel Hunayn ibn Ishaq (809-873) qui effectuèrent un véritable travail de transfert culturel pour mettre à portée des nouveaux maîtres de l’Orient la tradition classique
        Cette connaissance ou cette ignorance du grec avait déjà préoccupé Ernest Renan qui lui avait consacré une partie de sa thèse de doctorat. L’Europe n’a jamais totalement perdu le fil des lettres grecques, mais de la à écrire que Charlemagne corrigeait lui-même (sic) le texte de l’Evangile avec l’aide de Grecs et de Syriens présents à sa cour (p 35)… Tout de même ! On veut bien admettre la critique des prétendus «dark ages» du Moyen Age et accepter volontiers que notre continent n’était exclusivement peuplé de brutes épaisses ou de moines incultes…
        Certains territoires de l’Europe, notamment l’Italie la plus méridionale, ont abrité des foyers culturels importants, au VIIIe siècle, par exemple.  L’auteur a probablement raison d’écrire que de l’antiquité au Moyen Age, sans rupture aucune, l’usage du grec se maintint. C’est tout à fait vraisemblable puisque même une langue dont les locuteurs furent moins bien lotis par l’histoire et par le destin, je veux dire les Juifs, ont conservé l’usage de l’hébreu et ont préservé cette langue durant plus de deux millénaires alors qu’on le considérait comme une langue morte…

        L’autre présupposé idéologique de ce livre, et qui, je l’avoue, n’est pas absolument illégitime, c’est la compatibilité entre l’identité judéo-chrétienne et la culture européenne, laquelle se fonde principalement sur l’héritage hellénique. Le philosophe français Emmanuel Levinas disait que l’Europe, c’est la Bible et la langue grecque… On lit aussi dans ce livre ( p 87) que les chrétiens syriaques, nestoriens ou monophysites, furent donc à la source de la culture écrite arabo-musulmane . Il est vrai qu’en forgeant, de force, une identification entre arabité et islam, les conquérants musulmans sont porté un coup fatal aux Arabes chrétiens, en général. Déjà Renan critiquait le rôle du panarabisme dans la propagation de l’islam. Si nul ne conteste que c’est Hunayn qui a formé le terme de falsafa, failasouf et son pluriel faslasifa, est-il juste d’écrire que des chrétiens ont ainsi forgé, de A à Z, le vocabulaire philosophique arabe.…
        Il y a une autre conclusion qu’il eut fallu tempérer, même si au cours du XIXe siècle, Renan avait lui sévèrement réduit les mérites de cette science die arabe. Mais voici ce qu’on peut lire en  page 101 :  pendant plus de trois siècles, du VIIe au Xe siècle, la «science arabo-musulmane» de Dar al-islam fut donc en réalité une science grecque par son contenu et son inspiration, syriaque, puis arabe par sa langue. Et d’ajouter : l’Orient musulman doit presque tout à l’Orient chrétien. Et c’est cette dette que l’on passe souvent sous silence de nos jours, tant dans le monde musulman que dans le monde occidental.
        Le chapitre clé de ce livre est consacré aux moines traducteurs qui, d’Antioche au Mont Saint-Michel, ont précédé les traductions de Tolède. Clerc vénitien de Constantinople, Jacques de Venise est le chaînon manquant dans l’histoire du passage de la philosophie aristotélicienne du monde grec au monde latin. Et cette phrase, devenue presque fameuse : l’homme mériterait de figurer en lettres capitales dans les manuels d’histoire culturelle… Mais qui en veut à ce saint homme qui, dans l’esprit de notre auteur, supplante même le grand Gérard de Crémone ? Après avoir tressé des couronnes, sans doute méritées à  Jacques de Venise et à quelques autres traducteurs latins qui effectuèrent leur œuvre de transmission à partir de l’original grec, l’auteur écrit ceci : (p 124) un front pionnier de la culture européenne s’est ainsi ouvert autour de la grande abbaye, dès la première moitié du XIIe siècle. L’Europe y plonge certaines de ses racines, sans doute davantage sur les rives de l’Euphrate.
            Existe-t-il une compatibilité entre l’islam et le savoir grec ? On retrouve ici la légende bien connue sur l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie et le verdict d’Omar… L’auteur est mieux inspiré lorsqu’il note ( p 136) qu’une civilisation qui cherche à s’assimiler l’héritage d’une autre civilisation doit soit faire partie de la même aire linguistique, soit disposer d’excellents traducteurs. Et il est vrai que les musulmans n’ont pas absorbé tout le savoir grec comme le ferait une éponge ; ils n’ont repris que ce qui ne menaçait pas leur religion. C’est d’ailleurs, soit dit en passant, les remarques préliminaires que fait Averroès dans son Traité décisif … concernant la science grecque…
        Les grands oubliés de cet ouvrage sont évidement les traducteurs et philosophes juifs du Moyen Age ; là encore, on s’interroge sur l’absence d’un homme comme Eliya Delmédigo (le Hélias Cretensis des Latins) qui fut le maître d’hébreu de Pic de la Mirandole et traduisit pour lui des commentaires d’Averroès…
        Que pouvons nous ajouter pour clore ce compte-rendu ? Que des hommes comme Ibn Badja, Ibn Tufayl et Ibn Rushd ont tout de même enrichi l’Europe et les archives mondiales de la philosophie de conceptions originales et de théories nouvelles.. 
    Ibn Badja fut le premier a développer dans son Tadbir al-Mutawahid (dont l’original arabe ne fut découvert qu’en 1940 mais dont Moïse de Narbonne nous a conservé une dissertation hébraïque) une critique de la politique d’Aristote qui veut que l’homme soit un animal social par essence ; le penseur musulman adopte l’esseulement pour son solitaire, forcé de s’isoler pour préserver sa vertu…
    Ibn Tufayl nous a laissé un magnifique conte philosophique, le Hayy ibn Yaqzan (remarquablement commenté par Moïse de Narbonne) où il élabore une forte critique rationnelle des traditions religieuses. Jamais auparavant, le concept même de Révélation, de tradition religieuse et donc d’orthodoxie, n’avaient reçu une telle critique.
    Enfin, Ibn Rushd élabora, en s’appuyant sur un peu de savoir grec, une véritable théorie des rapports entre la religion révélée et la philosophie.  Et ces trois affaires furent réglées avant 1200… Irait-on jusqu’à nier même ces incontestables mérites de quelques penseurs Arabo-musulmans ? Ce serait folie.  Nous n’ignorons pas les violences faites aux peuples conquis et soumis, voire islamisés de force, nous nous ne fermons pas les yeux sur les églises, les synagogues et les temples détruits sans pitié. Mais est-ce suffisant pour nier les mérites d’une petite poignée d’hommes qui tentèrent, de leur mieux, d’aider d’autres hommes à mieux penser et à mieux vivre ?
        L’auteur du présent ouvrage n’est pas dénué de qualités ; il s’est même donné quelque mal pour réunir des savoirs divers. Mais j’avoue n’avoir jamais rien lu de lui dans ce domaine, je veux dire notre discipline de l’orientalisme médiéval. Une réédition devrait débarrasser cet ouvrage de ses manquements les plus évidents. C’est dans cet esprit que nous avons pris le temps de rédiger ces quelques lignes.

     

  • LE DEBAT SUR L’AVENIR DE LA FONCTION PUBLIQUE EN FRANCE

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    LE DEBAT SUR L’AVENIR DE LA FONCTION PUBLIQUE EN FRANCE
        Les derniers avatars de la grève d’hier semblent nous orienter vers une petite épreuve de force entre les syndicats d’enseignants et le gouvernement, voire le président de la République. En effet, tant le président que son ministre de l’Education nationale ont décidé de contre attaquer : l’un en signalant le grand réservoir d’enseignants sans élèves ni affectation et en annonçant la création d’une agence de gestion des absences, et l’autre en annonçant une prochaine loi sur le service minimum.
        En France, les esprits s’échauffent vite et l’on entend déjà les syndicalistes pousser des cris d’orfraie selon lesquels on s’attaquerait au droit de grève et ainsi de suite…
        Il est normal que le gouvernement défende les parents et les enfants, cela sa passe ainsi dans tous les autres pays européens. Le service minimum est une obligation prévue par la loi. Il doit s’appliquer dans les transports, dans l’enseignement, partout où cela est nécessaire.
        Parallèlement, les travailleurs ont le droit (garanti par la Constitution) de faire grève, mais la grève , ce n’est ni la paralysie, ni l’asphyxie, ni la ruine d’un pays. Cela, tout le monde doit le comprendre. Plus de 65% des parents estiment que leurs enfants doivent être accueillis en cas de grève, car, autrement, comment pourraient-ils aller à leur travail ? Le service public, ce n’est pas le public au service de quelques uns, c’est une communauté nationale, une nation qui œuvre pour le bien-être de tous.
        Même en Italie, pays encore plus latin que la France, lorsque les transports sont en grève, la loi confine la grève à quelques heures bien spécifiques de la journée. Il faut que les travailleurs aillent au travail. Eh bien, la France ne fait que se mettre à la norme européenne. D’un autre côté, nous devons absolument veiller à la décrispation des relations sociales dans l’Hexagone…
     

  • Le gouvernement libanais plie devant le Hezbollah…

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    Le gouvernement libanais plie devant le Hezbollah…
        Curieuse attitude du gouvernement de Fouad Seniora qui vient de retirer ses deux mesures responsables de la crise : l’enquête sur le réseau de télécommunications inféodés à l’Iran en plein Liban, mais aussi le renvoi de l’officier libanais chargé de la sécurité de l’aéroport, et qui accordait au Hezbollah une sorte de droit de regard sur les déplacements de certains personnages affrétant des jets privés…
        Soit le gouvernement a opté pour un repli tactique avant de s’en prendre, en position de force cette fois, au Hezbollah, soit c’est déjà un régime pro-iranien qui est aux commandes à Beyrouth…
        Et ceci arrive au moment où un Président Georges W. Bush, sur le départ, adresse à l’Iran et à la Syrie une sévère mise en garde.
        Nous excluons une abdication volontaire du gouvernement Seniora. Il reste le repli tactique : les chi’ites ont commis une erreur fatale en humiliant leurs frères ennemis sunnites en conquérant Beyrouth ouest et en montrant ce que pourrait être un Liban vivant sous la tutelle chi’ite. Pas de pluralisme, bâillonnement de la presse adverse, imposition d’une lourde chape de plomb idéologique, intimidation des autres à l’aide des armes, etc…
        C’est le type même d’humiliation que les Arabes n’oublient jamais. Sans omettre que le Hezbollah a retourné ses armes contre d’autres musulmans, ce qu’il avait juré ne jamais faire… On sait ce que valent de telles promesses !
        Et Israël dans tout cela ? Il est peu probable que ce pays, militairement supérieur à tous ses voisins, se laisse entraîner dans une escalade sans réagir.  Il y a don lieu de craindre un embrasement généralisé.
    Que fera la Syrie ? Très probablement, elle ne versera pas d’huile sur le feu, les Israéliens ayant fermement prévenu qu’en cas de récidive, les choses ne se passeraient plus dans le ciel de Beyrouth mais au dessus de Damas.
        Mais quand donc comprendra-t-on de part et d’autre qu’il faut laisser une chance à la paix ? Et à Israël le loisir de vivre et de se développer…
     

  • CONFÉRENCE À LA MAIRIE DU XVIE ARRONDISSEMENT

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        CONFÉRENCE À LA MAIRIE DU XVIE ARRONDISSEMENT
                           LA FEMME ET LE MONOTHEISME ; LE CAS DU JUDAÏSME
                    le jeudi 15 mai 2008 à 20h 15


    LA FEMME ET LE MONOTHEISME : LE CAS DU JUDAÏSME

        Les trois religions monothéistes n’ont pas accordé aux femmes une place de choix. Même au niveau du sexe de la divinité, comme le rappelait Ernest Renan, le mot déesse serait en hébreu un barbarisme. La même chose vaut de la langue arabe. Pour le christianisme qui a converti l’immense majorité du monde gréco-latin, l’adjonction d’un statut spécial pour Marie, «mère de Dieu» a quelque peu modifié la donne… Il demeure, malgré ce que va lie, infra sur «femmes d’Evangile»
        Dans la Bible hébraïque, on se souvient de la malédiction prononcée à l’encontre d’Eve, responsable de la chute car ayant induit son époux en tentation pour manger du fruit interdit. Certes, il y a quelques fois des actes de bravoure et de grand courage effectués par des femmes (Sara, Sephora, Myriam, Debora, Judith, etc…) mais dans l’écrasante majorité des cas, le beau rôle revient à l’homme. Il y a aussi, ne l’oublions pas, la belle supplique d’Anne, la mère du prophète Samuel, qui est devenue le parangon de la prière en général.

    Introduction :
    Jamais les femmes n’ont eu le droit de formuler la halacha, pas même celle les concernant  Nedarim 50b : une femme qui ose parler de halacha devant rav Juda finit mal…
    Bien que l’homme ait le pouvoir discrétionnaire de divorcer de son épouse, la loi rabbinique a établi des garde-fous au bénéfice de la femme :
    a)    la halacha (règle normative) prévoit toute une série de procédures qui, sans empêcher l’homme de divorcer de sa femme,  cherchent à limiter les séparations dans le feu de la colère.
    b)    Le talmud introduit des cas où la femme peut contraindre le mari à demander le divorce.
    c)    Les rabbins ont aussi introduit l’idée de l’acte de mariage, la ketubba (contrat de mariage) qui donne une assurance aux femmes.
    d)    Enfin, à l’époque de la première croisade, Rabbénu Gershom interdit de divorcer sans le consentement de l’épouse. Pas de répudiation pure et simple.

    La plupart des rabbins, et notamment  rabbi Abraham ben David (XIIIe-XIVe siècle), ont toujours insisté sur la nécessité pour l’homme de satisfaire les demandes sexuelles de son épouse…

    Kiddushin 33b : les Sages du Talmud ont énuméré une série d’obligations religieuses positives (le séjour dans la sukka la fête des cabanes), , le lulav (la branche de palmier), le port des franges rituelles,, l’audition du shofar (sonnerie de la corne de bélier) et le port des phylactères) dont les femmes sont dispensées. Des commentateurs plus tardifs (e.g. Rabbi David ben Joseph Abudarham (XIVe siècle) ont motivé cette dispense en arguant des servitudes de la femme au foyer : prise entre la nécessité de satisfaire les demandes de l’époux et les injonctions divines, ce sont ces dernières qui cèdent. On ne pouvait  contraindre la femme au respect des règles religieuses à date fixe: la prière quotidienne, le port des tefillin, la résidence dans la sukka. Mais le même folio talmudique stipule qu’il existe aussi des préceptes non assujettis au temps et dont les femmes sont exemptées : l’étude de la Tora, la procréation et la rédemption du premier-né…
        Le fait que la femme soit dispensée de certains commandements qui ne sont pas à date fixe permet de penser que les hommes l’ont graduellement exclu de l’espace religieux public : l’étude de la Tora, la lecture du Pentateuque et la récitation des prières…
        Comment s’explique cette inégalité de traitement ? Celle-ci semble déjà implicite dans le récit de la création : dans une première version, la femme est créée à égalité avec le mâle, à l’image de Dieu tout comme lui, et plus tard, elle est issue de sa côté, ce qui est un mythe moins valorisant…

        LE PRINCIPE DE L’EXEMPTION DES FEMMES DE L’ACCOMPLISSEMENT DES PRÉCEPTES ASTREINTS À UNE HEURE FIXE N’EST DONC NI GÉNÉRAL NI UNIVERSEL PUISQU’IL SOUFFRE TANT D’EXCEPTIONS.
       
    a) La prière est un valeur religieuse fondamentale : comment en dispenser les femmes ? de la Mishna à Maimonide en passant par les tossafistes, tout le monde souligne que la femme doit prier, même si nous savons, que dans les faits, elle n’avait guère le temps de le faire et donc, ne le faisait pas.
    Le cas de la prière de la femme est réglée en disant que celle-ci peut adresser une sorte de pétition privée en commençant sa journée. Même pour la lecture du rouleau d’Esther, très peu d’autorités rabbiniques permettent à la femme de compter dans le quorum liturgique exigé… Or, le talmud fait obligation à tous (femmes et hommes) de participer à la lecture de la megillah puisque tous en ont bénéficié et qu’il convient de donner à la miraculeuse victoire des juifs le plus de publicité possible…
        b) la lecture de la Tora :
    Megilla 23a semble accorder ce droit aux femmes mais spécifie que ce ci ne se fait pas en raison du respect dû à la communauté (mi-pené kevod ha-tsibbur). Qu’est-ce à dire ?
        c) l’étude de la Tora.
    En fait et en règle générale, les rabbins sont toujours tenté de donner une logique juridique à la réalité sociale. Ketubot 62b mentionne le cas de Rachel qui, issue d’une riche famille, a tout perdu pendant  24 ans, la durée de l’étude de son mari, Rabbi Aqiba, qui, alors était ignorant de tout avant de devenir le plus grand érudit du judaïsme rabbinique. C’est seulement après cette dure épreuve qu’elle retrouva son statut d’antan.
    La règle générale est que la femme ne doit pas étudier la Tora en profondeur mais permettre aux hommes de sa famille de le faire : ainsi, elle prend part à leur mérite…
    Mais peuvent-elles, de leur propre initiative, étudier ? Oui, car exemption ne signifie pas exclusion…Curieux !
    Rosh ha-Shana 33a nous informe que Michal, la fille du roi Saül avait l’habitude de mettre les tefillin sans susciter la protestation des Sages, mais Moshé Isserlès de Cracovie dans son commentaire du Shulhan Arukh dit ; je proteste là contre…
     
    Le mariage :
    Au fond, la Bible n’énonce aucune procédure, ni rituel pour le mariage. Elle en vient directement au fait, c’est-à-dire à la vie intime partagée, contenue dans la notion de prendre (la-qahat). Or, ce terme, que connote-t-il : l’acte de se marier avec cérémonies et décorum, ou l’action de posséder physiquement une femme ? La tradition ultérieure a voulu renforcer les  droits de la femme et de sa famille en instaurant la cérémonie de la huppa (le dais nuptial) et les kidduhin (consécration d’une femme à un seul homme, à l’exclusion de tous les autres). Signalons que l’inverse n’est pas valide : l’homme est censé avoir des relations intimes avec toute autre femme NON MARIéE. Par la suite, la halacha , la règle normative juive, a mis suffisamment d’obstacles sur la voie de maris inassouvis et rendu la polygynie impraticable … Déjà, Sanhédrin 21a stigmatisait le travers du roi Salomon qui aurait eu 1000 femmes, cela le détournait d’une bonne gestion des affaires du royaume…
    Le Talmud constate trois modes d’acquisition (ba-mé ha-isha niknit) (on reviendra sur ce vocable) d’une épouse : par de l’argent, par un contrat ou par des relations sexuelles. Mais par la suite, lorsque la conscience religieuse hébraïque s’est  affinée et que les mœurs se sont adoucies, on a expliqué que le consentement de la jeune fille et de sa famille étaient nécessaires. Le texte de la Mishna dit «comment est-elle acquise, ou comment acquiert-on ?» Il n’est pas dit «j’acquiers…» (Kiddushin 2a), ce qui serait le règne de l’arbitraire. De plus en plus, on assimila la méthode des relations intimes à de la prostitution et Maimonide signifie clairement dans son Mishné Tora, Seder Nashim, hilkhot Ishut 3 ; 21-22) que le mariage par le moyen de relation sexuelles est déconseillé, même, ajoute-t-il, si la Mishna le recommandait Ce qui prouve la capacité d’évolution d’une tradition vivante.
    En fait, la législation n’a fait que rattraper l’évolution des mœurs : on redoutait, surtout dans le cercle des famille, les nesi’ut séter, le mariage en cachette. C’est aussi pour cette raison que les familles ont exigé que la cérémonie des kiddushin (consécration) et des nissu’in (mariage concret) se suivent immédiatement.  Le cas de la toute jeune fille de Naresh ( (Yebamot 110a) est édifiant : promise à un très jeune âge à un enfant (donc par la cérémonie des kiddushin) la jeune fille fut séduite par un autre qui la ravit à son rival… Que fallait-il faire ? Pouvait-on considérer qu’elle était déjà mariée et quil fallait un divorce, c’est-à-dire une lettre de répudiation ? On imagine l’imbroglio jurudico-éthique si la promesse avait été concrétisée par des relations sexuelles… Car l’acquisition par une somme d’argent pouvait être annulée par un tribunal qui avait à sa disposition un panel de mesures, mais dans l’autre cas ?
    On sent bien, dans toute cette affaire, que la femme passe de la tutelle de son père à celle de son mari. Voici ce que dit le traité Sota 20a) : une femme préfére être pauvre mais mariée que riche et célibataire…

    Le divorce :
    Au fond, et malgré des réajustements successifs au cours des siècles, le divorce est resté une prérogative masculine, la plupart du temps.
    La Bible ne s’arrête pas trop sur la question, comme pour le mariage elle se contente de quelques versets, en Deuteronome 24, 1-4. Elle utilise une curieuse expression assez difficile à traduire et qui a suscité tant de commentaires talmudiques : si un homme découvre chez son épouse ERWAT davar, en hébreu «une nudité de quelque chose». S’agit d’un défaut, d’une inconduite, mais de quelle nature ? Les talmudistes envisagent toutes les possibilités qui vont l’infidélité conjugale à une incapacité culinaire (sic !)
    Les deux grandes écoles juridico-exégétiques de Hillel et de Shammai s’affrontent pour proposer leur interprétation de cette expression controversée erwat davar. On prend davar pour un adjectif, ce n’est pas de la bonne philologie hébraïque. Après des discussions qui illustrent bien le sérieux judaïque critiqué par Renan, on adopte l’interprétation de Hillel, la plus indulgente.
    Mais comme c’est l’homme qui a l’initiative, le Talmud spécifie que la ketuba a été imposée à l’homme afin qu’il ne divorce pas sur coup de tête ni un motif futile. Il a de lourds dommages financiers à subir s’il le faisait. D’ailleurs,  dès le Xe siècle, le même rabbénu Gershom d’Allemagne a menacé d’anathème quiconque divorcerait abusivement de son épouse.
    Le talmud a aussi de l’humour. Pesahim 112a stipule ceci : deux divorcés qui se remarient ensemble, cela fait quatre opinions (personnes) dans le même
    lit ! Mais la compassion n’est pas absente : Gittin 90a : lorsqu’un homme divorce de son épouse, même l’autel (au temple) verse des larmes…
    Au cours du Moyen Age s’est posée la question des maris violents : les femmes ont alors, généralement, le droit de demander le divorce et les juges rabbiniques ont le devoir d’exiger le divorce de la part du mari, voire même de requérir la force publique, même non-juive, pour l’y contraindre. Il y  eut aussi le cas de femmes ne supportant plus physiquement (mauvaise odeur, mauvaise haleine, maladie cutanée. En gros, les cas où la femme peut demander le divorce sont les suivants : mari repoussant, ne nourrissant pas sa famille, ne remplissant pas son devoir conjugal, un mari violent. Ces cas sont à prendre individuellement ou ensemble, c’est-à-dire groupés.
    Le rabbin Mickaël WEIL de Paris avait proposé au XIXe siècle que tout divorce prononcé par les tribunaux civils entraînent eo ipso la nullité des kiddushin ; il ne fut pas suivi.

    Deux cas spécifiques féminins, propres à la tradition juive : la ‘aguna et la yebama
    Si un époux disparaît sans laisser de traces et que nul ne sait pas précisément s’il est encore du monde des vivants ou s’il est mort, son épouse ne peut pas se remarier. Car si elle le faisait et que, d’aventure, le mari disparu refaisait surface, ses amours seraient considérées comme un acte de prostitution et d’éventuels rejetons de cette nouvelle union seraient considérés comme des mamzérim, c’est-à-dire des bâtards… Ce qui est affreux ! Ce type de femme qui se trouve dans cette situation porte le nom de AGUNA. Ce terme vient d’un autre terme hébraïque, ‘Ogen qui signe l’ancre d’un navire. La femme traîne une sorte de boulet qui l’empêche de vivre, d’avancer. Pour la délivrer de cette inconfortable situation, il faut suivre un processus compliqué et long.
    La yebama, par contre, est la veuve d’un homme mort sans laisser de descendance et qui, selon une loi biblique ancienne, celle du lévirat, doit épouser le frère aîné de son mari défunt afin de lui donner une descendance. Devant le caractère archaïque et passablement barbare de cette coutume, les rabbins avaient organisé la tombée en désuétude de cela, par la cérémonie dite de la halitsa, le déchaussement : en se déchaussant devant le prétendant putatif et en lui montrant la semelle de sa chaussure, la femme crée un motif de rejet et donc de refus de convoler avec le parent du disparu. Cette notion était celle du Yibboum, d’où le nom de yebama donnée à la veuve se trouvant dans cette situation peu enviable.
    Seul le premier cas pose encore problème en Israël où des soldats disparus ou retenus prisonniers sans qu’on sache s’ils sont vivants ou morts, ont laissé des épouses seules et prisonniers de leur statut marital.

    L’amour entre les époux : les relations sexuelles.
    On s’en rend compte à présent : parler du statut de la femme dans le judaïsme, c’est principalement évoquer son statut face à la loi ou à la règle religieuse.
    Comme d’habitude, le talmud commence par faire preuve d’un humour tout britannique. Le traité Avoda zara 5a rend un hommage inattendu à nos ancêtres (Adam et Eve) car, s’ils n’avaient pas péché, nous ne serions jamais venus au monde.
        Se posent assurément quelques questions dans une religion qui entend tout régler : comment fait-on l’amour et combien de fois par semaine, par mois ou par an ? Assez curieusement, le Talmud met cette fréquence en rapport avec l’activité professionnelle de l’époux. Un chamelier qui part pour de longues traversées du désert sera astreint à un laps de temps plus allongé entre deux étreintes (une fois par mois) alors que celui qui s’occupe des ânes devra aimer son épouse au moins une fois par semaine. Le marin, lui, bénéficie d’un délai plus long, eu égard à la distance des lieux… : une fois, au moins, tous les six mois. La périodicité des rapports sexuels s’appelle en hébreu biblique, ONA.
        Il ne faut pas oublier que la période des règles prend entre 7 et 12 jours chaque mois, au cours desquels aucun contact n’est permis entre les époux. Les docteurs du talmud ont toujours l’importance de relations sexuels stables et réguliers dans l’équilibre de l’individu et du couple.
        Bien que le judaïsme rabbinique ne soit pas contempteur du corps, il énonce quelques principes de bon sens qui guide vers la modération : Sukka 52b dit ceci : c’est un petit membre que le sexe de l’homme ; s’il le rassasie, il est toujours affamé, mais s’il l’affame il est rassasié !
        J’ai souvent parlé dans ces conférences de la symbolique, de la syzygie du masculin et du féminin dans la kabbale. Les kabbalistes statuent qu’au commet de l’arbre sefirotique, les premières sefirot, hochma et bina (la sagesse et le discernement) étaient pris dans une étreinte éternelle et qu’on les nommait abba we-imma (papa et maman) ; de leur union spirituelle émane une nouvelle sefira nommée Da’at (le savoir, la connaissance)…
        Encore deux passages , l’un talmudique et l’autre de Maimonide, sur la question de l’amour.
    Shabbat 140b : Rabbi Hisda donnait à ses filles des conseils en matière amoureuse ; leur recommandant d’offrir d’abord leurs seins à leur époux et d’attendre que l’envie du mari atteigne le paroxysme… pour passer à l’accouplement proprement dit…
    Maimonide, Mishné Tora, Issoué bi’ah 21 ;9 : un mari a droit à sa femme ; tout ce qu’un homme a envie de faire, il peut le faire ; il a le droit de faire l’amour quand cela lui chante et d’embrasser quelqu’organe que ce soit. Il peut faire l’amour de manière naturelle ou pas, tant qu’il ne gaspille pas sa semence. Toutefois, la piété commande de ne pas agir à la légère dans ce domaine, de se sanctifier durant l’acte d’amour, ainsi que nous l’avons expliqué dans un autre autre partie de livre. L’homme ne devrait pas d »évier de la pratique habituelle car l’amour sert tout d’abord à la procréation…


                    Femmes de l’Evangile
    Christine PELLISTRANDI, Femmes de l’Evangile. Préface de Mrg Jérôme Beau. Cahier de l’Ecole Cathédrale. Parole et Silence, 2007

        Nous lisons ici un très beau midrash chrétien, christique, voire même christologique, ce qui n’est guère surprenant eu égard au titre de l’ouvrage et à la personnalité de son auteur qui connaît sur le bout des doigts la littérature évangélique et vétéro-testamentaire, et, dernier mais non moindre, pratique à merveille une exégèse allégorique de caractère typologique.
        Il s’agit dans cet ouvrage de montrer la place des femmes dans l’Evangile, l’absence de préjugés qui caractérise Jésus en personne, puisqu’il accueille affablement la Samaritaine sans lui reprocher ce qu’il faut nommer une vie dissolue. L’auteur relève pertinemment que c’est à une femme, et qui plus est, une non-juive, que Jésus trahit sa nature de Sauveur et sa vocation messianique. De même que ce sera à une autre femme, Marie de Magdala, qu’il se montrera après sa résurrection…
    La mansuétude de Jésus apparaît encore plus au grand jour dans le chapitre suivant consacrée à la femme surprise en flagrant délit d’adultère. On connaît la célèbre répartie de Jésus qui sauvera l’accusée : que celui d’entre vous qui n’a jamais péché… Les silhouettes menaçantes qui avaient placé la femme au milieu (probablement pour simuler la lapidation qui devait s’ensuivre) ont disparu comme par enchantement… Et Jésus se retrouve seul avec la jeune femme. L’auteur , fidèle à sa méthode qui consiste à lire la Bible suivant la typologie chrétienne et à la spiritualiser écrit (p 52) : si nous acceptons de relire ce texte en l’appliquant à l’histoire d’Israël, qui se confond avec l’histoire de la femme Jérusalem, à travers les textes des prophètes, si nous entrons dans ce va et vient entre l’histoire et les symboles… Et c’est exact : c’est un véritable va et vient.
    C’est encore une réprouvée, une exclue que Jésus s’apprête à sauver en laissant une femme malade, souffrant d’écoulement sanguin, toucher son manteau. Il faut bien comprendre ce que recouvrait ce geste dans la société juive du 1er siècle : une femme dont le flux menstruel ne s’arrêtait pas était déclarée impure et donc infréquentable… Or, les Evangiles prennent soin de préciser que la patiente souffrait de tels écoulements depuis douze ans. Et on imagine quel type d’existence elle a pu mener dans son état. Tous les détails fournis tant par Luc  que par Marc montrent bien la vie clandestine de la femme : elle fend la foule, surgit par derrière et touche subrepticement le manteau de Jésus auquel était cousues les quatre franges rituelles (petilim), ce qui était strictement incompatible avec son état de femme malade… Et Jésus la guérit. Il en fit de même avec la fille du notable Yaïre. P 66 : c’est à travers une femme que Jésus annonce la guérison définitive de toute aliénation… celle que la société avait reléguée et  rejetée devient l’épouse du Messie…
    Ce n’est probablement pas le fruit du pur hasard si la résurrection du fameux Lazare intervient, si l’on peut dire, dans le cadre d’une double présence féminine, Marthe et Marie. Là encore, on note que des actions aussi importantes (le retour à la vie d’un cadavre qui entrait en décomposition au bout de quatre jours et qui était enserrée dans des bandelettes mortuaires !) sont effectuées par Jésus à la demande de femmes ; comme le relève justement l’auteur, Jésus a beaucoup d’amis et des femmes (les deux sœurs) en font partie.
    Enfin, le dernier chapitre, celui consacré à Marie de Magdala, permet à l’auteur de donner libre cours à sa ferveur religieuse catholique. C’est encore une femme qui a la primeur de la vision nouvelle, d’un Jésus ressuscité et qui court prévenir les Apôtres… Ce n’est pas rien, même si Renan (dans sa Vie de Jésus) parle d’une «hallucinée»…
    C’est donc un bel ouvrage qui nous instruit à plus d’un titre et que les lecteurs auxquels il est destiné sauront apprécier.


        LA FEMME ET LA RELIGION selon Ernest  Renan

    La vertu féminine est un des éléments providentiels de l’édifice du monde.  La femme a la charge du bien ; le vrai ne la regarde guère. Mais la preuve de la morale est bien plus dans les yeux de la jeune fille honnête que dans les raisonnements du métaphysicien.

        Je demanderai comme récompense de mon œuvre de tête, à renaître femme, pour pouvoir étudier les deux façons de vivre la vie humaine que le Créateur a établie, pour comprendre les deux poésies des choses.

    J’adjure l’Eternel de prendre garde à cette confusion, si elle tendait à passer dans le grand livre qui, dit-on, sera produit au jour de la justice.

    L’abbaye était double, c-à-d composée d’un couvent d’hommes et d’un couvent de femmes, qui se réunissaient  dans la même église pour les heures canoniques. Un mur coupait le chœur dans toute sa longueur, assez haut pour empêcher les nonnes et les religieux de se voir, pas assez pour empêcher leurs voix de se confondre.Corpora non voces murus disjungit. Le chant qui s’élève de l’humanité vers l’Eternel, pour être complet, doit ainsi être double. LE MONDE NE SERA SAUVÉ QUE LORSQUE LES HOMMES ET LES FEMMES PRIERONT ENSEMBLE LA MÊME PRIÈRE, avec la différence de tonalité qui leur convient.
    Distinctes au ras de la terre, les prières doivent se mêler à une certaine hauteur, avant de monter vers le ciel.… Les deux encens, portés par les anges devant le trône de l’Eternel composeraient, en brûlant, l’encens parfait.
    Nous faisons point à point le tissu d’une tapisserie dont nous ne voyons pas le dessin. Acceptons le salaire des bons travailleurs et dépensons le en paix.

    P 54 (le chœur des femmes) Si ton salaire était sombre pourquoi aurais-tu  caché la joie en notre sein ?


    LE MUSULMAN ZÉLÉ QUI VA AUX VILLES NE S’IMPOSE PAS D’Y DEMEURER ; IL PORTE PARTOUT AVEC LUI LE FEU SACRÉ QU’IL Y PUISE, la confirmation qu’il y a reçue, l’esprit qui lui a été communiqué.

    Les moments que l’homme donne à la joie doivent compter parmi ceux  où il répond le mieux aux vues de l’Eternel.


        La symbolique du féminin dans la mystique juive
    1) Quelques questions : les sefirot sont-elles D- ? Non Les sefirot observées de différentes places.
    2) Quelles relations existent entre les sefirot et Eyn sof ?
    3) Les sefirot aident à scruter la vie intime de la divinité
    4) Grâce aux sefirot on parle d’un dispositif ou d’un déploiement de la divinité.
    5) Les sefirot suppléent à l’immutabilité de l’essence divine
    6) Opposition entre les sefirot et les intellects séparés
    7) Les sefirot masculines, de droite sont bonnes, les sefirot de gauche, féminines sont mauvaises.
    8) On ne peut connaître les sefirot que par leur symbolisme qui les VISUALISE.
    9) Le culte sacrificiel contribue à l’unification des sefirot. 
    10) La mystique de la prière : concentration sur telle ou telle sefira
    11) Les symbolismes de la sefira tif’érét et malkhout (shekhina)
    12) Le symbolisme de la sefira  Yesod, mâle.

    CONCLUSION :
    Il faut être reconnaissant à la Providence de nous faire vivre dans des sociétés laïques, évoluées, débérrassées de ces contraintes religieuses qui réduisent la femme à un rôle ancillaire et à un statut de dhimmitude…





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  • Mais à quoi sert le festival de Cannes ?

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    Mais à quoi sert le festival de Cannes ?
        Même si on laisse momentanément de côté le bien fondé de certains choix, pour la palme d’or, notamment, on peut s’interroger sur l’opportunité d’une telle rencontre annuelle à Cannes, et plus spécialement sur son excessive occupation du paysage médiatique. Voici une comparaison particulièrement rude et difficile à soutenir aujourd’hui, par exemple : bien que nous contestions l’opportunité de la grève d’aujourd’hui  par le corps enseignant, on a vu sur les radios et les télévisions que la couverture médiatique accordait plus de temps aux paillettes et au glamour d’acteurs et d’actrices qu’aux revendications (justes ou discutables, peu importe) de centaines de milliers de travailleurs.
        On ne peut même plus faire confiance au jugement des jurys ; non qu’ils ne soient pas honnêtes, loin de là, mais la publicité mise à défendre telle ou telle production cinématographique nous laisse déçus et désappointés après avoir vu un film, long ou court métrage, dont on nous avait dit le plus grand bien. Mais peu importe, se disent les maîtres du spectacle, les gens sont allés voir le film et ont payé leur place : c’était le but recherché et il a été atteint.
        Le seul bénéfice réel est engrangé par la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et la ville de Cannes qui triple sa population : de 70.000 à 210. 000 ! Nous nous en félicitons et souhaitons à cette région un essor toujours plus grand.
        Comment lutter efficacement contre ce qu’il faut nommer un abus de la crédulité des téléspectateurs et lecteurs de journaux ou auditeurs de radios ? Il semble que la seule parade efficace nous soit livrée par l’internet : les gens devraient s’organiser en sites ou en groupes interactifs,  dire sur la toile leur opinion avec gentillesse, politesse, et respect des autres.
        Songez qu’il y a maintenant des journaux en ligne, des livres en ligne, des conférences en ligne, pourquoi n’y aurait-il pas des critiques littéraires et cinématographiques en ligne ? Je suis certain que la qualité y gagnerait.
     

  • LA GREVE DES ENSEIGNANTS DE DEMAIN EN FRANCE

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      LA GREVE DES ENSEIGNANTS DE DEMAIN EN FRANCE
        En sortirons nous un jour ? Je veux dire des grèves ! Je viens de suivre sur I TELE un débat entre le ministre Xavier DARCOS et le Secrétaire Général de la FSU. C’est assez étonnant d’entendre toujours les mêmes revendications et surtout cette volonté de faire en sorte que les grèves fassent mal et gênent la population.
        Le ministre a rappelé avec force et conviction qu’en huit ans, cela fait trente jours de grèves, un mois complet !
        Sans revenir le moins du monde sur le droit de grève, garanti par la Constitution, on peut aussi avoir égard au droit des parents de voir gardés leurs enfants et des élèves de recevoir un enseignement. Certes, le corps enseignant a des revendications légitimes mais il pourrait les faire valoir par d’autres biais que cette cogestion qu’il exige sans le dire franchement.
        Espérons qu’un jour -que nous souhaitons prochain-, les partenaires sociaux feront preuve de sagesse et comprendront que la vie évolue, que les choses changent et qu’il faut s’adapter. Les médecins nous disent qu’il y a un constant remaniement de la substance osseuse et qu’il ne s’arrête que lorsque cesse la vie.