Geneviève Winter, Gérard Philipe, Gallimard, 2022

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Geneviève Winter, Gérard Philipe, Gallimard, 2022

Geneviève Winter, Gérard Philipe, Gallimard, 2022

 

Je lis avec joie la préface de l’auteure qui analyse la naissance d’un mythe lorsque des êtres d’exception traversent la vie à la vitesse d’un météore, laissant des souvenirs impérissables dans la mémoire des contemporains. Né en 1922 et disparu en 1959 des suites d’une longue maladie, Gérard Philipe est devenu un mythe déjà de son vivant. Pourtant, ses origines familiales le prédisposaient plutôt à suivre la voie de son père, petit-bourgeois absorbé par ses affaires et désireux d’assurer à sa famille une aisance relative. Gérard et son frère aîné seront envoyés à l’Institut Stanislas sur la Côte d ’Azur, pour y intégrer l’internat. Les fils de bonne famille fréquentaient cette institution ecclésiastique où l’enseignement du latin figurait en bonne place. Et malgré  toutes ces années passées dans une institution religieuse,  Gérard Philipe se dira athée à l’âge adulte. En tout état de cause, ce n’est pas dans l’enseignement des Pères qu’il puisera la vocation qui fit de lui un acteur de tout premier plan. On apprend qu’il avait même rejoint un cabinet de juristes afin de se préparer au métier d’avocat. Quand soudain le jeune homme se déclare plus intéressé par les planches  que par les plaidoiries en robe...

 

Même s’il possédait le talent d’acteur au plus profond de lui-même, c’est à une rencontre imprévue que le jeune homme doit d d’avoir rencontré  les milieux artistiques. Constatant sa décision, on pria un artiste célèbre  d’auditionner le jeune débutant. Et étrangement, le résultat fut tout juste  passable et nullement enthousiaste. Il faut rappeler qu’à cette époque là, l’Allemagne avait battu et occupé la France. De 1940 à 1943, Gérard Philipe devient un acteur prometteur. Et en très peu d’années, car un cancer foudroyant va l’emporter en 1959, il aura marqué  son temps. Dans mes années d’étudiant, le poète Henri Pichette m’avait parlé de ses Apoèmes déclamés par l’artiste peu avant sa mort. Et tous ces liens d’amitié qui avaient présidé à leur rencontre et à lu collaboration. Il m’avait aussi parlé des épiphanies...

 

La performance de l’acteur est d’avoir creusé son inoubliable sillon en si peu d’années. Et d’avoir laissé une trace incomparable : 37 ans de vie sur cette terre ont suffi pour faire de ce sympathique artiste un symbole impérissable .

 

Le 11 novembre 1943 marque une tournant dans le vie de Gérard Philip : c’est sa première apparition sur la scène parisienne. Mais, au plan national, les événements annonciateurs d’un grand changement, se bousculent et notre acteur en herbe commence à en prendre conscience. Désormais, Gérard est plus souvent à Paris qu’à Cannes. Il fait de nombreuses rencontres professionnelles, nouent des amitiés et se trouve des protecteurs et des amis, même au sein de jury d’audition devant lequel il se présente. L’acteur réalise que dans toute vie, le rôle des rencontres est crucial : il suffit de croiser le chemin de la bonne personne. Mais, en tout état de cause, Gérard n’a jamais perdu son enthousiasme ni son ambition de percer et de réussir. Il travaille aussi avec acharnement pour réciter ses tirades du Cid. Son interprétation lui survivra, lui qui n’aura passé que trente-sept  ans sur cette terre... Les présents aux obsèques auront noté qu’il fut porté en terre ; vêtu du consume du Cid...

 

Rien ne lui fut épargné, surtout du côté de son père Marcel Philip, arrêté à la Libération, évadé et repris, puis traduit en justice et condamné. Ce père indigne trouve tout de même le temps de transférer sa charge d’âme à son fils qu’il prie de veiller désormais sur sa mère..  Gérard  ne reniera pas cet homme, condamné à mort par contumace et à la saisie de tous ses biens. Les charges étaient très lourdes : intelligence avec l’ennemi, menace de la sécurité extérieure de l’état... Marcel s’est réfugié à Barcelone où il gagne sa vie en donnant des cours de français dans un institut privé... Gérard se rendra régulièrement auprès de son père ; et le temps aidant, il lui rendra visite avec sa femme et ses enfants. Pour finir, il achètera l’appartement où vit son père et le lui léguera  par testament. Et Anne, la veuve de Gérard respectera scrupuleusement la volonté de son défunt mari.

 

Mais rien ne l’arrête et il a rendez-vous avec le destin ou plutôt la chance... Il espère incarner le rôle principal dans la pièce de Camus, Caligula. Mais ce rôle lui échappe et l’on songe à un acteur confirmé, âgé d’un cinquante d’années. La messe semble être dite et le pressenti tombe gravement malade, juste avant la période des répétitions, le rôle finit par revenir à Gérard Philip pour lequel il semble avoir été fait... La chance, encore la chance !

 

Mais il m’est impossible dans le cadre d’un simple compte-rendu, d’exploiter au mieux la richesse de celle belle biographie ; Gérard Philip est devenu un héros national, l’incarnation parfaite de l’être doté d’un charme particulier  et de la jeunesse éternelle. Un ange, un véritable ange qui enjambe les outrages de l’âge et du vieillissement. L’acteur trouve  son public, au théâtre comme au cinéma. Il avait atteint un tel succès qu’il pouvait se permettre de dire non aux plus grands dans sa profession. Il fut merveilleusement secondé par une femme mariée, Anne Fourcade, qui a tout abandonné pour partager sa vie, jusques et y compris on mariage avec un attaché culturel dont elle eut un enfant. Les chemins de Gérard et d’Anne s’étaient déjà croisées à deux reprises ; mais dès 1951 ils seront unis jusqu’à ce que la mort les sépare.

 

La mort viendra le 25 novembre 1959, en fin de matinée. Peu de temps auparavant, le héros s’était inquiété d’un accès e fatigue récurrent. On consulta un médecin qui décida d’opérer mais qui découvrit des métastases ayant atteint le foi. Anne Philip décida de garder ce terrible secret pour elle, ne révélant à son époux que la perspective d’une longue convalescence. Le chirurgien avait annoncé à l’épouse  que le durée de vie du malade n’excéderait pas deux mois, tout au plus. Le h »ros s’était donné sans relâche, il se croyait et se sentait inépuisable, brûlant la vie par les deux  bouts...

 

L’héritage artistique laissé par l’artiste est immense mais a-t-il  eu un héritier dans le sens d’un successeur ?

 

 

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