John A. Lynn II, Une autre guerre.  Histoire et nature du terrorisme. Passés composés.

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John A. Lynn II, Une autre guerre.  Histoire et nature du terrorisme. Passés composés.

 

Voici une véritable somme sur la question encore controversée des origines et de l’essence du terrorisme. Il n’existe pas un, mais plusieurs types de terrorisme. Nous avons affaire avec une formidable polysémie du terme qui, on va le voir, s’applique à tant de situations différentes. L’un des principaux mérites de cette somme consiste à montrer que la définition de ce phénomène effroyable désigné par un seul vocable est malaisée. Le but de ces actes terroristes est plus facile à circonscrire : il s’agit de faire peur, de frapper de sidération le groupe ethnique ou le pays visé en lui infligeant des souffrances au-)delà du supportable.. L’autre trait caractéristique du terrorisme est de s’en prendre, de manière aveugle, à des non combattants car, quand vous attaquez l’armée d’un ennemi déclaré ou mystérieux, vous vous en prenez à un corps constitué, armé et entrainé dont la vocation est justement de protéger, de veiller sur l’ordre public et le bien-être de la population..

 

 

John A. Lynn II, Une autre guerre.  Histoire et nature du terrorisme. Passés composés.

 La première difficulté surgit lorsqu’il s’agit d’un combat asymétrique : une armée organisée, dépositaire des armes de la nation, doit lutter contre ce fléau qu’est   le terrorisme. Ennemi par définition insaisissable et qui nous impose sa propre stratégie, sans chars ni avions de combats. Comment savoir quand  donc un terroriste va se faire exploser dans un train ou un avion ? Il a l’avantage de l’initiative et, hormis lui et ses commanditaires, nul ne prévoit ni ne devine ce qui va se passer.

 

Cette œuvre fera date car elle constitue une approche globale et détaillée à la fois, et ne  laisse de côté aucune organisation terroriste. On y lit des appréciations critiques des livres plus anciens sur le terrorisme. A partir de quel moment, sommes nous fondés à parler de terrorisme ? Est-ce qu’un assassinat ciblé, mené par des tueurs ou par des drones armés, est un acte terroriste ? Cela se discute. Comment définir l’expression, loup solitaire ? L’objectif des terroristes est de semer la terreur dans la population civile qui ne se sent ni gouvernée ni surtout défendue… Puisque les terroristes peuvent frapper n’importe où et à n’importe quel moment : ce sont eux qui prennent l’initiative d’agir. Ce qui accroit le sentiment de vulnérabilité de la population.

 

Que cherchent les terroristes ? Ils cherchent à agir sur un gouvernement ou une puissance non étatique dont ils exigent un changement de politique ou stratégique. Les pires attentats sont ceux du 11 septembre contre les tours jumelles à New York et l’exigence  était le changement de politique des USA principalement au Proche et au Moyen Orient. Les attentats contre Londres, Madrid et Paris visaient à faire partir les troupes de ces pays de la zone de guerre irako-syrienne. Et même aujourd’hui, lorsque   les Iraniens  veulent peser sur la politique étatsunienne ils envoient des drone armés contre les bases américaines dans ce secteur…

 

Comment se défendre contre de tels agissements ? Là, nous sommes confrontés à l’asymétrie. Un état normalement constitué a une défense nationale, une sûreté intérieure, une police ou une gendarmerie ; mais face à lui, il y a des francs-tireurs auxquels il ne peut pas s’en prendre comme  il le ferait sur un champ de bataille classique.

 

Voici une déclaration de l’auteur qui mérite qu’on en tienne compte : Une des raisons qui m’ont poussé à écrire ce livre est mon désir de mettre en garde contre la tentation de répondre aux terroristes d’une manière qui les renforce… Pour les petits groupes terroristes, l’objectif de croissance et de renforcement peut être au moins aussi important à court terme qu’un objectif politique particulier, il ne faut pas devenir le sergent recruteur des terroristes.

 

Ce livre suit pas à pas les développements de toutes les formes de terrorisme : il commence par un empereur chinois qui régnait avant JC et qui, furieux de ne pas voir été obéi  à la lettre, fait enterrer vivants plusieurs milliers de ses sujets, et aboutit aux purges staliniennes en passant par la Terreur de la Révolution française. Il classe ces actes de violence dans la rubrique du terrorisme d’État : un régime qui décime sa propre population au motif que cela renforce sou pouvoir, cela  équivaut à annihiler ses opposants. Mais cette approche n’est pas si simple et réserve aussi des surprises. Lorsque en février 1945 la Royal Air Force détruisit la ville de Dresde en trois vagues successives de bombardements, larguant plusieurs milliers de tonnes d’explosifs et de bombes incendiaires, tuant un peu moins de 39.000 personnes dont un nombre considérable civils. S’agissait il d’un acte terroriste, en vue d’effrayer la population laquelle aurait, à son tour, fait pression sur le régime en place ? Mais ce calcul était inapproprié en raison de nature même du régime  nazi qui ne reculait devant rien et aurait fait exécuter les plaignants…

 

A quel registre ressortit ce type d’action ? Peut-on l’assimiler à la même case que le terrorisme islamiste ? Non point , car il s’agissait de libérer le monde d’un régime génocidaire. Mais cela prouve aussi qu’une définition incontestable et irréfragable du terrorisme est hors de portée.

 

Mais plus on avance dans la lecture attentive de cet ouvrage plus on constate que l’auteur examine tous les actes de guerre classique pour voir s’ils ne sont pas assimilables à du terrorisme. Il le fait pour la guerre dans le Pacifique, il le fait pour les bombardements alliés de l’Allemagne, il le fait pour la pacification de l’Algérie par le maréchal Bugeaud. Dans ce dernier cas, il est vrai que la question peut se poser : les méthodes n’étaient pas vraiment recommandables. Et je prends connaissance de la déclaration d’un général  américain après le largage de la bombe atomique sur Hiroshima : si nous avions perdu la guerre, nous aurions été jugés pour crimes de guerre…

 

De prime abord, j’ai envie de dire que toute confrontation armée, toute expédition militaire comporte un risque non négligeable, le crime de guerre n’est pas loin. Depuis, il y a ce qu’il est convenu d’appeler la convention de Genève et qui introduisent les lois de la guerre. Ne pas s’en prendre aux civils non armés, ne pas attenter à leur vie, à leurs biens et à leurs familles. Mais quand on admet la définition de l’auteur en matière de terrorisme, on se défend mal de l’idée  que toutes les guerres ont connu le terrorisme. L’auteur parle aussi des crimes de la Wehrmacht et des SS. On n’oublie pas tous ses villages grecs martyrisés  par les Nazis suite à leurs actes de  résistance, ni surtout le massacre d’Oradour  sur Glane…

 

L’auteur parle aussi des massacres de civils lors de la guerre du Vietnam, commis par les deux belligérants. La frontière entre la guerre classique et le terrorisme dans toute sa diversité est difficile à tracer… Si je comprends bien, pour que la guerre ne soit pas assimilée à un acte terroriste il faudrait respecter certaines lois dans des circonstances qui ne reconnaissent justement aucune loi…

 

Peut on ranger les violences du Klu Klux Klan  parmi des actes terroristes ?  Il s’agit de suprématistes  blancs constitués par d’anciens confédérés qui s’étaient réunis pour tromper l’ennui, mais petit à petit la violence la plus brutale a pris le dessus : les exemples mentionnés par l’auteur sont de la sauvagerie pure et simple. Après une longue période de sommeil, l’organisation (KKK) a refait parler d’elle  vers 1915. Elle se déclara protestante et fermée aux juifs… Tout un programme !

 

Le chapitre comparant le terrorisme du FLN en Algérie et celui de l’IRA en Irlande du nord est très intéressant. On y voit l’explication de la  jeune terroriste qui a déposé une bombe minutée dans un café fréquenté par une population civile. La plupart des morts et des blessés n’avaient rien à voir avec les colons ni avec l’armée française. Interpelée,  la terroriste répondit que c’est le pouvoir français qui est responsable de cette violence considérée légitime et visant à se libérer de la tutelle étrangère  venue asservir un autre peuple sur son territoire… C’est le système de défense de la quasi totalité des terroristes quand ils sont priés de s’expliquer. C’est aussi ainsi que les terroristes qui ont tué le Tsar Alexandre II ont justifié leur geste : tant qu’il était en vie, il empêchait les réformes nécessaires à la libération de la population et  la modernisation de la Russie.

 

En lisant le chapitre opposant les situation des Israéliens et des Palestiniens, je relève une grave inexactitude historique qui place à égalité les droits des uns et des autres sur cette terre si disputée. Je cite : (p 199 in fine) Les Palestiniens ont eux aussi une mémoire, celle d’une terre qui fut la leur durant des millénaires et dont ils ont été dépossédés. Ce que les Israéliens célèbrent comme étant leur «guerre d’indépendance», les Palestiniens s’en lamentent et l’appelaient la «Nakba».

 

Il n’est pas juste, historiquement, de parler de présence palestinienne sur place depuis des millénaires, c’est le contraire qui est vrai et la remarque vaut plus sûrement pour les Israéliens : la monarchie davidique remonte à plus d’un millénaire avent l’ère chrétienne. C’est qui confère à la présence juive sur place une date de plus de trois millénaires. Cela dit, je conçois sans peine qu’il faille chercher une solution pacifique à la cette question palestinienne. Mais pas au prix d’une erreur historique… Il ne faut pas chercher un équilibre à tout prix, ni montrer que les terroristes d’hier ou d’avant-hier sont les négociateurs de paix de demain ou d’après-demain.

 

Plus on avance  dans la lecture  de ce livre, et plus on a du mal à suivre, on perd pied en raison du volume de la matière… Mais on conçoit que l’auteur ait adopté le plan qu’il a bien voulu adapter. Cependant, comme le dit le dicton, qui trop embrasse peut étreint. On passe d’un continent à l’autre, d’une guérilla à des narcotrafiquants, terroristes à leurs heures. Mais, pour être juste, donnons la parole à l’auteur lui-même qui interprète comme suit son travail :

 

Cet ouvrage se veut une introduction à l’histoire du terrorisme, une première étape. Les faits et analyses présentés dans chacun des chapitres l’ont été avec l’idée que la meilleure manière de nous défendre du terrorisme en tant que citoyen  est de le comprendre en étudiant son histoire ;e rares seront ceux d’entre nous qui se retrouveront face à des terroristes, mais nous sommes tous la cible potentielle des terroristes.

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