Paulus Hochgatterer, Le jour où mon grand-père a été un héros. Le mercure de France.

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Paulus Hochgatterer, Le jour où mon grand-père a été un héros. Le mercure de France.

 

Jusqu’à la réception de ce beau roman parlant de la fin de la Seconde Guerre mondiale, j’ignorais tout de l’existence ou de l’œuvre de ce romancier autrichien. La forme extérieure fait un peu penser aux nouvelles de Stefan Zweig puisqu’il s’agit de quelques chapitres centrés autour d’une même problématique : la fin d’une guerre épuisante qui laisse l’Autriche et tant d’autres pays d’Europe, exsangues. Pourtant le cadre est d’une sérénité olympienne : un couple de fermiers vivant dans une exploitation agricole isolée en Autriche avec leurs quatre enfants. Tout se passe plutôt bien avec une seule ombre au tableau : les bombardements incessants de la RAF britannique et des forteresses volantes des Américains qui ravagent une ville sans importance stratégique probante. Certes, il y a une gare et quelques usines civiles à l’entour, mais rien de vital pour l’effort de guerre allemand. Ces raids aériens visent plutôt à démoraliser les habitants du pays, et de l’ensemble du IIIe Reich.

Paulus Hochgatterer, Le jour où mon grand-père a été un héros. Le mercure de France.

 

Et l’auteur analyse le quotidien de ces paisibles paysans, au cours des derniers mois de 1944 et du débout de 1945. Là, les dés sont jetés, la guerre est finie et perdue par les puissances alliées aux Nazis. Pourtant, lors des toutes dernières rodomontades  un lieutenant de l’armée allemande, à la tête d’une poignée de soldats en déroute, annonce que l’Allemagne a des armes secrètes qui seront bientôt jetées massivement dans la bataille… Cet officier, symbole d’un régime honni pour son inhumanité et sa laideur morale finira piteusement, abattu par un courageux paysan et son cadavre sera jeté dans une fosse à chaux. C’est cruel mais il faut voir comment ce fanatique Nazi veut traduire un supposé déserteur en cour martiale, formée par lui à la hâte et dont le verdict était connu d’avance : la peine capitale…

 

Mais ce n’est pas ainsi que les choses se sont passées puisque les paysans ont tout de même résisté et ont fini par avoir gain de cause. Et c’est peut-être le message subliminal que l’auteur veut nous envoyer : si le peuple d’Autriche s’était dressé contre l’occupant nazi, s’il avait refusé de se soumettre et combattu une insupportable servilité, il aurait sauvé l’honneur, comme le fit cette petite famille de paysans fortement attachés à la pratique religieuse chrétienne.

 

Au fond, tout se passait normalement dans cette région, si l’on met de côté les bombardements qui font souvent des victimes dans la population civile. Mais c’est la guerre et l’on finit par s’y habituer. Un jour surgit un  homme sans âge, très amaigri par la faim et les privations de toutes sortes. Il est assis à l’arrière d’un véhicule et ne se sépare jamais d’un objet encombrant. Les villageois se rendent compte que cet homme n’est pas dangereux, n’est pas un espion et donc ne représente aucun danger pour eux. En outre, il ne laisse pas indifférente l’une des jeunes filles de la famille. On finit par l’intégrer dans le groupe même s’il se dit incapable de révéler son nom, son âge et son lieu de naissance. Mais on apprend qu’il est russe, qu’il s’appelle Mikhaïl et qu’il s’est évadé d’un camp de travail du IIIe Reich  … Et l’on commence à comprendre qu’il a dérobé un beau tableau de grands peintres, des œuvres volées par le maréchal Hermann Göring.

 

Il y  a deux événements ou plutôt trois si l’on y ajoute l’exécution par les paysans du sinistre lieutenant dont j’évoquais l’existence plus haut.  Lorsque  cette poignée de soldats arrive dans le village, ils sont affamés et veulent absolument faire un bon repas. Le lieutenant ordonne au chef de famille d’abattre un porc et de préparer un bon rôti. Le paysan est effaré, il refuse car c’’est le vendredi saint, une journée religieuse au cours de laquelle toute consommation de viande est prohibée. L’officier n’en a cure, il vaut bien manger et se fait menaçant. Finalement, il obtient ce qu’il voulait et toute cette petite troupe mange à sa faim. Mais les paysans n’y touchent guère et l’une des filles se rend à l’église pour expier un tel péché commis sous la contrainte. L’auteur détaille même cet étrange menu : rôti de porc, quenelles de pommes de terre et choux blanc…

 

Le second événement que je mentionne  ici alors qu’il est antérieur à ce que je relate est le suivant : un pilote de l’armée de l’air US est abattu par la DCA au dessus de e ce village et on le récupère évanoui au pied d’un arbre car il a pu s’éjecter de son appareil en flammes. Les villageois sont excédés et veulent lyncher le pilote qui est déjà très mal en point mal. On l’a fortement battu, son arcade sourcilière est ouverte, son corps est couvert d’ecchymoses il faut le conduire à la pharmacie. Le gendarme du village trouve un subterfuge pour sauver le pilote. Il propose de le pendre mais seulement après qu’il a été examiné par le pharmacien… Tout le monde est d’accord et on envoie chercher une bonne corde.

 

Ce qui est frappant dans cette scène horrible, c’est qu’on pouvait à tout moment basculer dans l’horreur absolue. L’auteur décrit le pilote abattu dans un triste état… Et la foule qui  vocifère  veut en finir. En fin de compte, une proposition intelligente est faite et finira par s’imposer : on maintient le pilote US en vie mais il passera son temps à désamorcer les bombes qui n’ont pas explosé et qui furent larguées par des avions semblables au sien…

 

L’auteur nous enseigne un certain nombre de valeurs morales sur les individus que nous sommes. Il y a plusieurs thèmes comme la violence, la vengeance, l’amour, l’accueil de l’étranger, etc…

 

Un livre qui se lit aisément et que je vous recommande.

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