• Jean-Pierre Cabestan, Demain la Chine : Guerre ou paix ? (Gallimard, 2021)

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    Jean-Pierre Cabestan, Demain la Chine : Guerre ou paix ? (Gallimard, 2021)

     

    Voici un ouvrage qui est à la fois passionnant et inquiétant, eu égard au sujet dont il traite avec compétence et mesure. Sans affoler les populations mais sans minimiser  le danger qui menace : une Chine de plus en plus conquérante, d’une ambition dévorante, qui a multiplié par trois ou quatre son budget militaire et qui, par les routes de la soie, entend ne plus respecter aucune chasse gardée.

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  • ichel Onfray,  Autodafés. L’art de détruire les livres (Presses de la cité)

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    Michel Onfray,  Autodafés. L’art de détruire les livres (Presses de la cité)

     

    L’auteur de ce livre -qui s’est taillé une belle place dans l’univers sans cesse exubérant des médias- montre, exemples à l’appui, comment certaines officines, ou idéologies ou intérêts privés, peuvent condamner à l’inexistence des livres qui sont pourtant régulièrement publiés. L’auteur présente fort bien son dossier de plaidoirie en analysant, textes à l(appui, le mode opératoire de ces techniciens de la néantisation : pour cela, pour détruire un livre, il suffit de n’en point parler, ou, à défaut, de grossir démesurément quelques défauts inhérents à sa rédaction : quelques erreurs bénignes, un style universitaire un peu pesant, quelques lacunes dans la documentation, etc…, et le tour est joué. Il faudra alors, si l’assaut n’est pas mortel, attendre de longues années de combat pour faire sortir du purgatoire de tels ouvrages si injustement enterrés.

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  • Christian Baechler, La trahison des élites allemandes (1770-1945).  Editions Passés composés)

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    Christian Baechler, La trahison des élites allemandes (1770-1945).  Editions Passés composés)

     

    C’est à une étude à la fois fine et très vaste (près de 650 pages) que se livre notre ancien collègue historien de l’université de Strasbourg, établissement d’enseignement supérieur où je fis mes premières armes il y a quelques années. L’enquête porte sur les racines de ce dysfonctionnement gigantesque et tragique qui a conduit le parti nazi au pouvoir, dans une société dont les élites ont failli et gravement manqué à leurs devoirs. L’auteur centre ses analyses autour de notions si fondamentales de l’autre côté du Rhin, comme la Bildung, et plus précisément le Bildungsbürgertum.

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  • Abraham Bibago, L’étendard de la foi

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    Abraham Bibago, L’étendard de la foi

     

    En relisant attentivement les dernières pages de conclusion de la thèse d’Allan Lazaroff sur Dérékh émouna de Bibago, mon attention a été attirée par une remarque qui m’avait précédemment échappé, à savoir que c’est la foi qu’Israël place en son Dieu qui lui garantit d’accéder au salut dans l’au-delà. Cette phrase du commentateur fait allusion à un sempiternel débat opposant Juifs et Chrétiens sur la place à accorder soit à la foi, soit aux œuvres.

     

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  • Ralph Bollmann, Angela Merkel, die Kanzlerin und ihre Zeit (La chancelière en son temps). Munich, Beck Verlag, 2021.

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    Ralph Bollmann, Angela Merkel, die Kanzlerin und ihre Zeit (La chancelière en son temps). Munich, Beck Verlag, 2021.

     

    Voici la Bible de toutes les recherches sur la vie et la politique d’Angela Merkel, jeune fille ayant vécu en Allemagne de l’Est avant de revenir en Occident et de faire la belle carrière politique que l’on sait, sous la houlette bienveillante de son parrain, l’inoubliable chancelier  de la réunification, Helmut Kohl. Certes, comme la plupart des relations humaines ici bas, cette belle amitié et ce soutien sans faille ne furent pas payés de retour et le vieux chancelier connaîtra, peu avant sa mort, le goût amer de la trahison et de l’ingratitude. Mais ce serait commettre une lourde erreur si l’on voulait résumer à cette banale rupture la totalité et l’importance de l’œuvre politique de la chancelière qui quitte la chancellerie fédérale à la fin du mois prochain. Après presque seize ans de bons et loyaux services.

     

    Il est un point qui m’a toujours impressionné et dont l’actualité en France a très peu tenu compte pour des raisons de (dé)formation politique (politische Bildung) ; c’est que cette femme est fille de pasteur, un élément auquel il faut attribuer une grande importance, contrairement à ce qui fut la règle en France. Pour illustrer mon propos, je rappellerai un simple fait, complétement oublié depuis. Il s’agit d’un sommet européen à Nice, du temps de Jacques Chirac. La délégation allemande demanda la mention dans le document final des racines chrétiennes du continent (geistig-religiös). Ce syntagme est un néologisme dont la langue allemande a le secret ; littéralement il signifie : spirituel et religieux. Il couvre donc un vaste espace à la fois spirituel et religieux, un aspect auquel la culture allemande tient tant depuis la tradition de la Bible par Martin Luther. Ne pas oublier que le cabinet de cette traduction fut le creuset où fut fondée la langue de Goethe qui fut d’abord et surtout le laboratoire du texte sacré.

     

     

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  • Abdennour Bidar, Génie de la France. Le véritable sens de la laïcité (Albin Michel, 2921)  

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    Abdennour Bidar, Génie de la France. Le véritable sens de la laïcité (Albin Michel, 2921)

     

    Autant le dire d’emblée, j’ai bien aimé cet ouvrage que je trouve inspiré. Certes, le titre -et surtout le sous titre- peuvent laisser songeur le lecteur un peu sceptique, échaudé par tous ces titres qui promettent plus qu’ils ne tiennent. Ce n’est pas le cas de ce livre qui tente avec succès de cerner ce qui constitue le génie propre à notre pays, la France, victime de tant de mauvaises appréciations, venues de l’extérieur comme de l’extérieur. Le livre respire et diffuse un autre air : certes, il ne sombre guère dans un optimisme béat mais affronte victorieusement les défis et les découragements. C’est un livre riche, bien construit et très bien écrit, et tout cela par un brillant produit de notre enseignement supérieur. L’auteur est musulman de naissance mais pas de culture (au sens où il serait familier du mouvement philosophique de la falsafa), me semble-t-il, il aime ce pays, adhère à sa culture, s’identifie à son histoire constituée, comme partout ailleurs, de haut et de bas .

     

    Je relève aussi d’emblée le titre de la première partie,  L’énigme durable de notre destinée. Oui, l’homme est une énigme pour lui-même et pour son environnement. Cela m’a fait penser à une idée qui se trouve chez Heidegger, la Geworfenheit, être geworfen (jeté) dans une époque, un lieu de naissance, une famille, un milieu social, que nous n’avons pas choisis et dans lesquels il nous faudra affronter l’existence. C’est la destinée qui nous est impartie… Les hasards de la naissance, des changements tant familiaux que nationaux ou religieux nous forcent à tenter d’établir un équilibre précaire entre des forces contradictoires. Les pays d’accueil ne sont pas toujours les pays de naissance et là s’avère ou ne s’avère pas la capacité de réaliser uns symbiose entre des cultures différentes. Par exemple, dans l’histoire religieuse du judaïsme, on compte trois symbioses plus ou moins réussies : judéo-grecque, judéo-arabe et judéo-allemande… Et pour ce qui est de l’Europe, on ne peut pas faire abstraction du socle vétérotestamentaire ou simplement judéo-chrétien.

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  • Peut on encore faire confiance aux Américains après leur lâchage de Kaboul ?

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    Peut on encore faire confiance aux Américains après leur lâchage de Kaboul ?

     

    Le monde libre n’en croit pas ses yeux. Les puissances occidentales regardent, l’air stupéfait , ce qui passe dans la capitale afghane. Un horrible spectacle, mais par-delà l’étonnement et l’effarement, c’est l’attitude d’un président US issu du parti démocrate qui interroge : peut-on encore faire confiance aux États Unis d’Amérique qui, comme cela, au beau milieu du gué, lâchent un allié qu’ils ont tenu à bout de bras depuis plus de vingt ans. Et la question qui se pose concernant l’état d’Israël est assez angoissante : peut-on encore faire confiance à un président des USA ? Ne court on pas le risque de se retrouver sur les chemins d’un exil honteux, comme le président afghan qui a dû s’enfuir dans un pays voisin pour sauver sa vie, lui qui se croyait soutenu et défendu par l’hyperpuissance ?

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  • Abraham Bibago, La voie de la foi, II

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    Abraham Bibago, La voie de la foi, II

     

    Dans un précédent article, je me suis penché sur les idées générales de la pensée philosophique de cet auteur qui n’a pas attiré sur lui la lumière, peut-être parce qu’il s’est contenté d’achever une synthèse de la philosophie du Guide des égarés de Maimonide. Il n’a pas fait preuve d’une grande originalité, même s’il a tenté de revisiter les sources de son maître, se voulant un simple épigone de ce dernier qu’il défend contre les attaques dont il iut l’objet. En tout état de cause, il dresse un bilan remarquable de la philosophie juive dans l’Espagne d’avant l’expulsion. Nous ne connaissons pas avec certitude sa date de mort, mais il est probable qu’il ait quitté ce monde vers 1489 / 90.

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  • Révélation face à la Raison IVe partie

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    IVeme partie

     

    Changeons d’univers pour passer dans le monde de la kabbale qui n’attendait que son heure, tapie dans l’ombre de quelques intellectuels déçus par l’intellectualisme froid du maimonidisme.

     

    Nous allons voir à présent comment le courant ésotérique juif, l’univers de la kabbale, a réagi à cette spiritualisation de l’héritage biblique par un représentant  juif d’Aristote, Moïse Maimonide. Par un subtil mouvement de balancier dont l’histoire juive semble avoir le secret, celle-ci empêche d’aller trop loin dans un sens ou dans l’autre. Au Guide des égarés de Maimonide fait face le Sefer ha-Zohar dont Moïse de Léon est l’auteur de la partie principale au XIIIe siècle. Ce même Moïse de Léon, on en a la preuve formelle, avait commandé à un scribe un exemplaire du Guide afin de l’étudier de près ; mais il s’en écarta à cause de son intellectualisme froid qui le rebutait. Il opta pour l’exubérant symbolisme kabbalistique qui envoûtait tous ceux qui s’en approchaient. Déjà Abraham ben David de Parquières (de son acronyme hébreu RaBaD), issu des nombreux cénacles kabbalistiques où l’on interprétait la Tora selon des critiques autres que rigoureusement  rationnels, avait adressé au Guide des remarques critiques (hassagot) . Notamment concernant le dogme de l’incorporéité divine dont Maimonide avait fait son principal cheval de bataille. Rabbi Abraham ben David dira qu’il a connaissance de savants autrement plus illustres que l’auteur du Guide et qui admettaient en leur créance la corporéité divine… Il faisait ainsi allusion à un mystérieux petit écrit qui circulait jadis dans certains milieux lettrés, Iggérét shiur qoma (Epître de la mesure de la taille ou du corps).

     

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  • Abraham ben Shem Tov Bibago ( fin du XVe siècle)) : un philosophe judéo-espagnol oublié…

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    Abraham ben Shem Tov Bibago ( fin du XVe siècle)) : un philosophe judéo-espagnol oublié…

     

    Voici un philosophe juif d’Espagne qui a vécu peu avant le décret fatal privant ses coreligionnaires de tout moyen d’existence dans l’ensemble de la péninsule ibérique, en 1492. Mais nous ne sommes même pas certains de la bonne orthographe de son nom. Certains manuscrits ne portent pas la mention BIBAGO mais BIVACH.

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