• Georges Duby, Guerriers et paysans . VIIe – XIIe siècle (Gallimard)

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    Georges Duby, Guerriers et paysans . VIIe – XIIe siècle (Gallimard)

    On se souvient tous, je pense à mes collègues médiévistes, de l’inoubliable historien du système  socio-économique de la France rurale, et même des premiers pas de la socio-culture européenne. L’Europe, ce continent, qui, à la chute de l’empire romain, s’est développé économiquement et culturellement dans au moins deux directions majeures : le nord et l’est et du nord, d’une part, et vers la Méditerranée, d’autre part.

    Avec le présent ouvrage qui date en effet du début des années soixante-dix, Duby nous offre une mini histoire de la France rurale, à partir du VIIe siècle. Le style élégant et sobre est absolument limpide, peut-être avec une légère tendance à écrire des phrases longues où le verbe demeure très souvent assez éloigné du prédicat Mais ce n’est qu’un détail qui ne porte pas préjudice à l’ensemble.

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  • Jacques Arnould, Giordano Bruno. Un génie, martyr de l’Inquisition. Albin Michel, 2021

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    Jacques Arnould, Giordano Bruno. Un génie, martyr de l’Inquisition. Albin Michel, 2021

    Voici un beau livre qui nous introduit dans l’univers philosophique et religieux d’un penseur chrétien, un peu déviant, à la fois théologien et philosophe, membre d’un ordre monastique, celui des Dominicains, qu’il finira par quitter (comme d’ailleurs son propre biographe qui ne manque pas une seule occasion de souligner cette similitude de destin avec lui), tant il avait une exigence très grande vis-à-vis de la vérité. Cette remarque n’est pas banale puisque ce natif (1548-1600) de Nola, dans les environs de Naples, finira sur le bûcher à Rome, précisément pour déviation doctrinale alors qu’il ne faisait que sortir des sentiers battus de la théologie de son temps. Cette indépendance d’esprit étonne de la part d’un homme que certains considèrent comme le dernier représentant de la Renaissance, donc de l’ancien monde, alors que d’autres veulent voir en lui le p ère de la philosophie moderne, un esprit authentiquement critique qui ne se contentait plus de la seule scolastique médiévale…

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  • Du fort est sorti le doux ou comment la Covid 19 a rendu positive l’image de l’Etat d’Israël C’est un résultat indubitable qu’aucune agence de relations publiques n’aurait pu obten

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    Du fort est sorti le doux ou comment la Covid 19 a rendu positive l’image de l’Etat d’Israël

    C’est un résultat indubitable qu’aucune agence de relations publiques n’aurait pu obtenir ni même simplement prévoir : cette terrible pandémie qui se moque de toutes les frontières et de tous les gestes-barrières a donné à l’Etat hébreu la possibilité d’améliorer considérablement son image de marque auprès de l’opinion publique   internationale. Ce qui vaut à Israël ce soudain retournement de situation, c’est sa lutte exemplaire contre l’expansion de la Covid 10 à la fois au sein de ses frontières et aussi bien au-delà puisque même ses détracteurs les plus impénitents le citent désormais en exemple et mentionnent ses hauts faits en matière de vaccination et d’endiguement de la maladie. Je pense à une radio d’état, réputée pour ses opinions de gauche, qui a dû hier et aujourd’hui se rendre à l’évidence : Israël avance sur le bon chemin et constitue un bienfait pour la région.

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  • Jean Boccace (1313-1375) et les femmes célèbres (Beck Verlag, Munich)

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    Jean Boccace (1313-1375) et les femmes célèbres (Beck Verlag, Munich)

    La France et l(Allemagne diffèrent sur bien des points. Chacun le sait mais rares, très rares sont les écrivains français qui écrivent aussi en allemand et qui font l’objet d’un traitement exquis de la part de leurs éditeurs d’outre-Rhin. Je fais partie de ces quelques élus, et chaque année, pour mon anniversaire et pour les fêtes de fin d’année, je reçois immanquablement un beau livre en guise d’hommage de mon éditeur. Et grâce à cette libéralité, j’ai pu découvrir des auteurs sur lesquels je ne me serai jamais penché par moi-même, tant ils étaient éloignés de mes préoccupations philosophiques. Et, à ma grande honte, Jean Boccace en fait partie, ou plutôt en faisant partie puisque le livre-cadeau de cette année est Les femmes célèbres (Von berühmten Frauen) et m’a permis de combler cette regrettable lacune…

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  • Bruno Le Maire, L’ange et la bête. Mémoires provisoires. Gallimard

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    Bruno Le Maire, L’ange et la bête. Mémoires provisoires. Gallimard

    De grâce ! Que personne ne m’accuse d’être un jésuite ou un talmudiste qui sur interprète tout ce qu’il lit, mais vous avouerez avec moi que le titre de cet ouvrage ministériel est un peu chargé. D’abord une citation des Pensées de Pascal, connu pour sa misanthropie, ensuite l’épithète provisoires pour des mémoires qu’on rédige généralement bien après la cinquantaine… Ou est-ce à dire que nous assistons à un nouveau départ dont le présent texte ne serait qu’un prélude ? C’est que nos hommes politiques français nous ont habitués à ce pragmatisme à trois termes : a) je lance discrètement une campagne électorale pour accéder à l’échelon suprême b) je démens les rumeurs et c) je publie un livre pour donner le change et parler –en apparence- de tout autre chose.

    Apparemment, ce n’est pas encore le cas ; et, en tout état de cause, les premières pages de ce livre sont bien écrites. C’est un style travaillé sans être ampoulé, les idées sont claires, le ton un peu subjectif malgré tout, mais on sent que l’auteur trace les grandes lignes d’une sorte de philosophie politique. Comment diriger un pays, un ministère ou tout autre chose ? Ce n’est pas une philosophie politique à la Hegel puisque ce dernier divinise l’Etat alors que notre homme veut promouvoir tout autre chose, redonner une spiritualité à la France… C’est la première fois de ma vie que je lis pareille chose : la politique aurait pour vocation de donner une spiritualité à la France !! Quel courage ou quelle naïveté ? Cette sage résolution est nourrie par le spectacle émouvant d’une cathédrale qui brûle sous les yeux du jeune ministre. C’est le meilleur symbole de la fugacité de l’existence humaine et de la vanité des projets terrestres, en général.

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  • De l’inceste dana la Bible… Réflexions sur un débat d’actualité.

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    De l’inceste dana la Bible… Réflexions sur un débat d’actualité.

    Dans l’histoire de la pensée philosophique en Europe, dans le monde de l’histoire des idées, un fait perdure depuis bien des siècles, depuis la Renaissance au moins, époque à laquelle la spéculation n’était plus enfermée dans le strict carcan de l’église catholique. Je dis bien catholique et non pas chrétienne car la Réforme est généralement accompagnée par l’humanisme. Mais je ne fais pas ici le procès du cléricalisme ni de la police religieuse de la pensée, ce n’est plus d’actualité. Ce que je veux dire, c’est que la Bible allait connaître un interminable purgatoire au point de ne plus faire partie du paysage intellectuel. Il faudra des siècles pour replacer l’anthropologie biblique au centre de la spéculation philosophique contemporaine. Nous en sommes là car aujourd’hui encore aucune pensée fondée sur l’héritage biblique n’a obtenu droit de cité, si ce n’est dans des revues ou des maisons d’édition à caractère confidentiel. Cet aveuglement est incompréhensible. On peut, on doit combattre la férule cléricale si elle s’avisait de vouloir à nous nouveau nous régenter ou simplement nous embrigader, mais on ne devrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

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  • Le dogme religieux et la loi civile, réflexions sur un débat actuel

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    La loi civile face au dogme religieux…. Réflexions sur un débat actuel.

    Le progrès aidant, les institutions fondamentales d’un pays comme la France butent contre leurs limites. Deux exemples probants parmi tant d’autres : le statut des mineurs délinquants qui n’est guère adapté à la situation actuelle au point que des criminels en profitent pour échapper à la loi, et les limites ou les insuffisances des lois sur la laïcité. Certes, certaines lois ont été promulguées dans l’urgence et sous la contrainte des événements. Mais il n’est pas nécessaire de remonter à Catherine de Médicis pour évaluer justement l’importance de séparer le politique du religieux. Il fallait prendre des mesures, parfois draconiennes mais inévitables. Aujourd’hui, on se rend compte de la paralysie ou de l’esprit timoré des gouvernants puisque l’on entreprend de combler les lacunes des lois qui ne parviennent plus à accomplir leur effet, c’est-à-dire à produire ce qu’on attend d’elles. Autre constat : la France et sa théorie d’une laïcité ferme mais raisonnable souffre d’un isolement croissant dans une Europe qui voit les choses autrement.

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  • Céline Borello, Catherine de Médicis, PUF

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    Céline Borello, Catherine de Médicis, PUF

    Quelle maitresse femme à une époque où de tels phénomènes étaient rarissimes ! Bien que d’origine italienne, elle épousa le fils cadet de François Ier et fut régente du royaume de France à la mort de son royal époux. Ce qui m’a frappé en lisant les premières pages de ce bel ouvrage, c’est une affinité des grands moments de cette vie avec le chiffre 9= Catherine naquit en 1519, devint veuve en 1559 et quitta ce monde en 1589… Certes, elle n’y était pour rien, dans l’agencement de ces moments de la vie, mais cela demeure frappant. Et c’est aussi un 19 janvier que Catherine met au monde un fils qui mourra, hélés, à l’âge de quinze ans. Un destin singulier.

    Issu d’un milieu de gandas banquiers, elle avait de qui tenir. Machiavel avait dédié à son grand père Laurent II son maître ouvrage, Le prince… Ce qui, incontestablement, constituait un excellent départ dans une vie où elle sera confrontée à un sempiternel problème : comment conserver le pouvoir, éventer les complots et défendre jusqu’au bout, y compris contre son propre fils, ses intérêts…Dès son très jeune âge, elle a frôlé la mort

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  • Michel Winock, Jours anciens… (Gallimard)

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    Michel Winock, Jours anciens… (Gallimard)

    Tout le monde connaît ce beau vers de Verlaine, immortalisé par la chanson de Serge Gainsbourg,, tu te souviens des jours anciens et tu pleures… Mais Winoch, lui, n’est pas d’humeur à pleurer puisqu’il jette un regard apaosé sur les années passées avec tout juste un brin de mélancolie mais pas de regret ni de nostalgie. Certaines phrases sont écrites avec beaucoup de grâce, par exemple lorsque l’auteur évoque ce train fantôme qui ne s’arrête jamais… Ou encore :…restituer ces fragments des jours anciens, sans tricher, sans enjoliver, sans déformer ce qui fut, voilà l’objet de ce livre, avec le désir de me rappeler d’où je viens.

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  • Du repas communiel  dans la tradition juive : la hilloula

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    Du repas communiel dans la tradition juive : la hilloula

    On s’étonnera sûrement de me voir citer ici, dans ce contexte si particulier au monde séfarade, un auteur judéo-allemand, spécialiste du hassidisme du XVIIIe siècle, Martin Buber, suivi de son protégé Abraham Heschel, en l’occurrence, qui avait exhumé les trésors de la piété hassidique dans l’Amérique des années cinquante et qui avait écrit ceci : aucune religion n’est une île déserte, aucune religion authentique ne peut se garder de tout contact avec les autres croyances. On peut dire que ce fut aussi le cas du judaïsme rabbinique qui, dans certaines régions du globe, a toléré, pour son plus grand bien, l’infiltration d’autres signes et marques de piété.

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