• Francis Kaplan, philosophe des contradictions indépassables.

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    Francis Kaplan, philosophe des contradictions indépassables. Sous la direction de François Brémondy et de Nicolas Cayrol. Presses Universitaires François-Rabelais, 2020

    Celles et ceux qui me font l’honneur de me lire dans ces colonnes depuis un certain temps se souviennent sûrement de mon compte-rendu du livre du professeur Francis Kaplan sur le philosophe Alain. J’y disais mon émotion d’apprendre la nouvelle, tardivement, de la disparition d’un éminent collègue et ami qui m’a tant appris. Aujourd’hui, cette émotion atteint son paroxysme en feuilletant ce beau volume d’hommages, somptueusement présenté techniquement et d’une densité intellectuelle à peine croyable : la plupart des domaines traités par mon défunt ami (ob. 2018) sont couverts sur près  de mille pages.

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  • Le temps et l’espace dans la liturgie juive : quelques réflexions sur le prière shéhéhiyanou …

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    Le temps et l’espace dans la liturgie juive : quelques réflexions sur le prière shéhéhiyanou …

    Les plus observateurs ont déjà dû le remarquer : les juifs remercient Dieu de les avoir maintenus en vie jusqu’au temps présent, et ils le font au début de chaque fête et de chaque commémoration. C’est comme s’ils s’étonnaient d’être encore là, au lieu d’avoir disparu comme tant de communautés martyres à travers les siècles. C’est comme si le fait d’avoir survécu est sujet d’étonnement ou relève d’une intervention divine miraculeuse, d’une certaine manière. Une sorte de complaisance divine qui aura permis de sauver notre vie, une vie sur laquelle pèsent tant de menaces…

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  •   Un génie ou un salaud ? Louis-Ferdinand Céline

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                 Un génie ou un salaud ? Louis-Ferdinand Céline

    Céline, la race, le juif : légende littéraire et vérité historique, par Annick    Duraffour et Pierre-André Taguieff, Fayard, 2017 (Suite et fin)

    On a vu dans les deux précédents papiers que Céline n’avait pas t tout inventé de lui-même et qu’il s’était largement inspiré de ses prédécesseurs et de ses contemporains. A cet égard, il avait l’embarras du choix, tant il y avait d’hommes de lettres faisant profession d’antisémites confirmés. Ces derniers ont puissamment contribué à la diffusion d’un mythe selon lequel les juifs veulent la guerre entre les nations européennes, seul moyen d’affaiblir le camp chrétien et de le dominer. Derrière ces accusations abracadabrantes se profile l’idée, chère aux Protocoles des sages de Sion, de devenir les maîtres du monde. On a déjà parlé, à la suite de ce livre, de ce discours délirant qui voit dans le juif en tant que tel un péril imminent. Un antisémite notoire qui a beaucoup inspiré les pamphlets de Céline va jusqu’à dire, tout juste un an avant sa mort, je ne veux pas qu’un Lévy vienne danser sur ma tombe. Ce qui en dit long sur la santé mentale du personnage (Henri-Robert Petit).

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  •   Un génie ou un salaud ? Louis-Ferdinand Céline Céline, la race, le juif : légende littéraire et vérité historique, par Annick    Duraffour et Pierre-André Taguieff, Fayard, 2017 (II)

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                 Un génie ou un salaud ? Louis-Ferdinand Céline

    Céline, la race, le juif : légende littéraire et vérité historique, par Annick    Duraffour et Pierre-André Taguieff, Fayard, 2017 (II)

    On a évoqué précédemment la difficulté qu’il y a à détacher Céline (1894-1961) , de son vrai nom Destouches, de ses violents pamphlets antisémites. Notamment Bagatelles pour un massacre et L’école des cadavres. Certains ont argué que Céline, le grand écrivain français du XXe siècle, faisait déjà partie de l’histoire de la littérature universelle. Les deux auteurs de cet ouvrage jugent qu’il fait aussi partie de l’histoire, moins glorieuse, des slogans et des mots d’ordre politiques, connus pour leur vacuité idéologique. Ce sont deux mondes totalement différents et pourtant ils ont cohabité au sein de la même personne.

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  • Un génie ou un salaud ? Louis-Ferdinand Céline Céline, la race, le juif : légende littéraire et vérité historique, par Annick    Duraffour et Pierre-André Taguieff, Fayard, 2017 (I)

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                 Un génie ou un salaud ? Louis-Ferdinand Céline

    Céline, la race, le juif : légende littéraire et vérité historique, par Annick    Duraffour et Pierre-André Taguieff, Fayard, 2017 (I)

    Tout est dit dès le titre même : la légende qu’il s’agit de démystifier, face à la vérité qu’il importe de démontrer et de consolider. Mais ce livre, si imposant, plus de mille pages dont quelques centaines dédiées aux notes, pénètre en profondeur à la fois la personnalité et l’œuvre. Il s’agit de rétablir la vérité dans tous ses droits. Et c’est aussi là que les difficultés commencent : comment expliquer la présence dans un même individu d’une vision si antijuive du monde et d’un talent littéraire, même si, personnellement, je ne suis pas emballé par cette seconde qualification… Mais c’est probablement dû à ma formation philosophique alors que je ne suis pas du tout un littéraire… La question, qui était ou qui est Céline, fait l’objet d’une assez longue et très instructive introduction en guise d’entrée en matière. Et les auteurs ont eu raison de se poser la question. Une question apparemment sans réponse.

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  • Replacer l’anthropologie biblique au centre du débat philosophique contemporain…

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    Replacer l’anthropologie biblique au centre du débat philosophique contemporain…

    Dans plusieurs décennies, voire plus, les historiens qui rendront compte de l’année 2020 parleront surtout de son caractère paradoxal et de ses choix contradictoires. Les gouvernements qui recommandent ce qu’ils avaient injustement et précipitamment rejeter la veille ou l’avant-veille, les médecins, et non des moindres, qui se contredisent publiquement sur tous les plateaux de télévisions et une impressionnante floraison de fausses nouvelles, excogités par des cerveaux complotistes en ébullition. En gros, tout et son contraire, avant que l’observation scientifique rigoureuse ne vienne remettre un peu d’ordre dans des débats de plus en plus confus. Et puis, cette affreuse opposition entre la souci sanitaire et le souci économique. L’homme ne vit pas que de pain mais il en vit aussi (Voltaire).

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  • La pandémie a une métaphysique qui nous échappe souvent…

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    La pandémie a une métaphysique qui nous échappe souvent…

    Derrière ce titre un peu mystérieux ne se cache nullement je ne sais quelle lecture théologique de la maladie. Je commence par couper court à ce premier malentendu. Et pour bien enfoncer le clou je précise ceci : pour combattre un virus, l’arme la plus adéquate n’est autre que l’antiviral et pour une bactérie un antibactérien… Ce que je vise à esquisser, mais non à démontrer car cela excède mes forces, c’est que ne nous apparaissent, comme la partie émergée de l’iceberg, que les symptômes mesurables, visibles et détectables.

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  • Muriel Barbery, L’élégance du hérisson, Gallimard.

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    Muriel Barbery, L’élégance du hérisson, Gallimard.

    Curieux roman. Un discours à deux voix, deux monologues parallèles, hermétiquement séparés l’un de l’autre. C’est seulement dans les cinquante dernières pages que les deux milieux se rejoignent quelque peu, mais sans jamais se compénétrer. Au début, je ne pensais pas aller jusqu’au bout, mais un certain nombre de graves méditations et de leçons éthiques m’ont convaincu de poursuivre la lecture.

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  • Dire merci au président Donald Trump

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    Dire merci au président Donald Trump

    On ne connaît son bonheur que quand il n’est plus là… On ne mesure l’impotence de l’être aimé quand quant il n’est plus là… Le poète l’avait dit bien mieux que nous ne saurions le faire : un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. Ces vérités n’ont jamais été aussi fondées qu’aujourd’hui, à l’heure où Donald Trump, le grand ami de l’état d’Israël, se prépare à tirer sa révérence, même si la passation de pouvoir entre l’ancien et le nouvel élu risque de réserver quelques surprises puisque le partant conteste le bon déroulement de l’élection de son successeur. Mais laissons cela, les dès sont jetés et il faut se concentrer sur tout ce que Donal Trump a fait pour l’état d’Israël : l’attachement qu’il porte à l’état hébreu et son souci constant pour sa sécurité n’ont jamais été démentis tout au long de son mandat.

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  • Paul Valéry, Ecrits politiques (Gallimard (Suite et fin)

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    Paul Valéry, Ecrits politiques (Gallimard (Suite et fin)

    En ce qui concerne la notoriété de Paul Valéry et son implication dans la vie sociale et politique française, il convient de rappeler qu’il fut président du Pen Club (section française), membre de la sous commission de la culture de la Société des Nations, membre de l’Académie française et aussi professeur au Collège de France où il occupa la chaire de poétique. Comme cela arrive assez souvent, maints esprits chagrins tentèrent de délégitimer un homme qui avait connu le succès. On a dit de lui que ce n’était pas un penseur mais un phraseur. Ce qui est excessif, bien que la critique porte un peu, au vu des discours, des rapports et des conférences donnés par l’intéressé. Toutes ces productions n’avancent pas d’un même pas, mais elles ont au moins le mérite de nous présenter un homme qui ne tourne pas le dos à son temps. Songez qu’il a connu, de près ou de très loi, trois guerres : 1871, 1914 et 1939. IL est mort en 1945.

    Dans un rapport écrit à l’intention de la SDN de Genève, Paul Valery définit les buts de cette organisation internationale qui promeut la foi en l’homme, en l’intellect et en la paix. Les nations sont appelées à ne plus privilégier les confrontations brutales mais à se fonder sur l’intellect pour trouver des solutions pacifiques aux problèmes qui se posent. Nous trouvons aussi un beau discours sur les femmes, leur aptitude aux exercices de l’esprit, leur sensibilité dont on se demande si elles n’en ont pas le monopole, contrairement à l’intelligence masculine qui serait plus douée pour l’abstraction. Valéry se déclarera favorable à l’octroi du droit de vote aux femmes, il se fait même l’éloquent avocat de la cause féminine sans être un féministe.

    Nous lisons aussi dans ce volume un projet Valéry-Focillon en vue d’unifier différents organismes littéraires afin de pouvoir mobiliser, en cas de besoin, les intellectuels des différents pays ; ces groupes sont censés peser sur les décisions des nations et de leurs gouvernants, ce qui devrait éloigner le plus loin possible le spectre imminent (on est dans l’entre-deux-guerres) d’une confrontation armée entre les puissances européennes. L’idée de Valéry et de ses collègues était de créer une instance de l’esprit qui dicterait enfin ses lois aux hommes en leur montrant qu’il existe d’autres choix que des initiatives brutales. Cette idée est remarquable et me rappelle les efforts déployés, à la même époque, par Romain Rolland, Stefan Zweig, et plus tard Martin Buber, pour éviter la guerre. Certes, le poète ne sous estime pas les difficultés pour établir un tel organisme doté de moyens, d’une revue, d’un bulletin de liaison, etc… pour mobiliser les intellectuels de tous les pays lesquels pèseraient ensuite sur la voie suivie par leurs gouvernements. Belle idée, mais, hélas, on connaît la suite. L’esprit est toujours désarmé face à la politique.

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