Les Emirats Arabes Unis et le triomphe de la «Realpolitik»

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Certains lecteurs s’étonneront un peu de cette ingérence d’une notion purement germanique dans un contexte si oriental, c’est-à-dire, disons le franchement, irrationnel, anti-cartésien et le plus souvent déroutant ; une partie de ce monde arabo-musulman commence, enfin à comprendre où se trouve son intérêt bien compris. Comme je le disais dans un précédent papier paru ici même, Israël n’a jamais été le problème majeur du monde arabe et / ou musulman. Au plan intérieur, c’est depuis la nuit des temps, l’absence désespérante de démocratie et de transparence, et au plan extérieur, depuis la révolution islamique d’Iran, le régime des Mollahs qui ne cache pas sa volonté de détrôner l’Arabie Saoudite et de satelliser tous les Etat voisins. Israël n’a jamais eu un tel projet, sa volonté maintes fois réaffirmée, est de vivre en paix dans des frontières sûres et reconnues et de rester ce qu’il est ; un Etat juif.

Nietzsche se plaît à rappeler dans ses différents écrits qu’une hirondelle ne fait pas le printemps. Mais là, je pense, que le processus de normalisation, initiée par les Emirats, ne pourra plus s’arrêter. Les puissances arabes du Proche Orient comme d’ailleurs n’osent pas reconnaître publiquement qu’elles ont fait tant d’erreurs de navigation, tant de guerres perdues pendant des décennies, ne laissant pas un instant de répit à l’Etat juif. Ces gens ont fait fausse route…

Comment toute une civilisation qui a connu son heure de gloire, d’autres disent même, son âge d’or, a –t –elle pu ignorer un autre concept germanique, le Realitätsprinzip, le principe de réalité ? Avec de telles conséquences dévastatrices, cachant son désarroi interne en plaçant je ne sais quelle cause au premier plan de ses priorités…

Aujourd’hui, la réalité a dessillé les yeux de certains dirigeants arabes, évidemment la route sera longue, les obstacles nombreux. On n’extirpe pas des décennies de haine recuite d’un revers de main. Mais pourquoi donc ne s’est-il trouvé pratiquement aucune personnalité arabo-musulmane pour dire que là n’est pas le bon chemin, qu’il faut construire au lieu de chercher à tout détruire, je pense à toute cette mythologie religieuse qui identifiait une lutte nationale douteuse avec une phraséologie axée autour du martyr. C’est toute une culture erronée à laquelle ce monde doit tourner le dos. Certains ont cru pouvoir se vanter de ne pas redouter la mort… C’est un gigantesque contresens qui perdure depuis plus d’un siècle.. Le martyr n’a pas sa place dans la vie politique. Les Japonais n’ont pas changé le cours de la guerre avec leurs kamikazes. C’est la leçon à tirer de la guerre dans le Pacifique.

Mesure t on le nombre de morts, l’étendue des destructions, que l’on aurait pu éviter ? Imagine t on le nombre de médecins, d’ingénieurs, de professeurs, d’agronomes qui auraient pu être formés au lieu d’en faire des terroristes ? Je ne réussis pas à comprendre par quel  diabolique processus d’enténèbrement de l’esprit, les ennemis d’Israël ont ils pu persévérer dans cette voie qui ne menait à rien…

On a l’impression que le vent de l’Histoire est passé par là. Me revient en mémoire une phrase du discours que le père de la Perestroïka, Gorbatchev avait prononcé à Berlin-est, peu avant l’effondrement du régime. Il a dit que ceux qui  ne tiraient pas les leçons de l’Histoire seront balayés par le vent de l’Histoire … On connaît la suite, l’avenir lui a donné raison alors que les satrapes communistes ont pu contempler de leurs yeux la ruine de toutes leurs constructions. Ce fut la pire des punitions.

Ce n’est pas un hasard si les Emirats se sont réveillés au même moment que la terrible crise libanaise : une souveraineté battue en brèche par une milice armée illégale, une économe ruinée, une capitale à moitié détruite, une monnaie dévaluée et tout un peuple défilant dans les rues et clamant sa volonté de vivre enfin libre… Et face à ce spectacle d’apocalypse, un chef terroriste qui menace encore et toujours Israël : pour lui, tout le pays, tout le Liban doit servir sa cause, celle de l’Iran des Mollahs.

La concomitance des deux événements n’est pas le fruit du hasard. Et les Emirats qui sont eux aussi confrontés au grand problème de la survie dans l’une des régions les plus dangereuses du monde l’ont compris et en ont tiré les enseignements. Il ne faut pas se tromper d’adversaire.

Ne pas oublier que cette évolution est une retombée directe du plan de paix de Donald Trump et de son gendre qui est très actif. Il faudrait aussi que les Palestiniens qui ne figurent plus en tête des préoccupations du moment dans les pays arabes, fassent valoir leur droit de vivre dans un régime démocratique, en paix avec toute la région et non plus dans un ensemble fait de guerre, d’attentats et de désespoir.

Je mets en garde contre des interprétations messianistes de l’événement, je crois qu’il découle simplement d’une analyse correcte de la situation. Enfin ! Je me rallie volontiers à la conception maïmonidienne du messianisme juif : le monde restera ce qu’il est, deux et deux feront toujours quatre (même pour Dieu, dixit Kant), seule disparaîtra l’animosité entre les nations, aucune nation n’en persécutera une autre… La violence sous toutes se formes disparaîtra de la surface de la terre, comme l’annonçait Isaïe au VIII siècle avant notre ère. Ce que Kant (encore lui) appelai le royaume des fins. Le pacte de paix (beri chalom). Mais là encore les prophètes ont précédé Kant.

Certes, Maimonide était un esprit plutôt froid et réaliste, peu propice aux envolées mystiques et à l’enthousiasme débordant.

Certes, on peut saluer un événement si attendu et si prometteur. Mais il faut se garder d’appliquer à des processus politiques des  catégories relevant  d’analyse religieuse… Faute de quoi on hérite de situations explosives.

Commentaires

  • Je ne suis pas spécialiste, donc je ne vais pas prétendre avoir la vérité. Je reprend certains de votre argumentations avec lesquels je suis d'accord.

    Il y a un fait marquant, c'est l'ingérence de l'Iran chez ses voisins et au-delà. L'Iran est beaucoup plus menaçant qu'Israël, et seul Israël à la capacité de limiter l'action direct de l'Iran (Irak, Syrie, Liban). Israël n'est pas une menace.
    Il y a l'aspect économique d'une région qui ne peut plus parier que sur le pétrole. Pétrole d'ailleurs en crises, qui pousse donc à revoir plus rapidement les changements commencés dans l'économie pétrole. Ils doivent se diversifier, il faut la paix pour pouvoir investir.
    Un pays agira toujours pour ses propres intérêts, afin de le préserver de turbulences sociales.

    Quant à la cause palestinienne, les dirigeant arabes, contrairement à leur peuple, ne se sont guère investi. Des dirigeants palestiniens pourri par la corruption desserve la cause et la patience de leurs soutiens.

    Les planètes sont alignés pour la paix, avec des pays en conflits avec l'Iran et qui ont des perspectives économiques menacés.
    Si l'Arabie Saoudite suit l'EAU, alors à ce moment là, on peut affirmer qu'il y a un basculement. La menace de l'Iran et l'économie sont les paramètres qui vont influencer la realpolitik des pays arabes. Et si Israël favorise le pèlerinage à la mosquée de Jérusalem, alors les palestiniens seront partiellement oublié, et ceux-ci le savent bien.

    Dans ces terres de complexités où se mélange rationalité et irrationnel, il peut y avoir encore des surprises. L'avenir est lié à la réaction de l'Arabie saoudite.

  • En Judée-Samarie, des partisans du hamas ont brûlés des drapeaux de l'UAE et bien sûr, cela ca de soit des drapeaux israéliens et américains.

    Cela fait des décennies qu'ils brûlent des drapeaux, qu'ils hurlent des slogans appelant à la destruction d'Israel, qu'ils endoctrinent des gamins pour commettre des attentats et en échange, leurs dirigeants reçoivent des milliards chaque année qui finissent sur des comptes dans des banques privées.

    De l'argent ponctionné aux contribuables européens, vous pensez bien que tous les cheikhs des pétro-monarchies ont dû faire un choix, ou soutenir les alliés des mollahs ou tenter de sauver leurs économies et miser sur le développement de leurs sociétés, une grande partie des émiratis ayant suivis des études n'ont rien à faire dans leur pays, ils émigrent et les monarchies du golfe s'enfonce dans un avenir peu reluquant.

    Déjà des centaines de contrats de partenariats technologiques sont en phase finale dans les offices d'avocats israéliens et émiratis, des projets qui vont transformer la dynamique de ces pays riches mais au point mort.

    Après avoir conquit les marchés indiens, chinois, américains, des majors des hightech, du Japon et de tant d'autres, sans parler des partenariats en Afrique, en Amérique du Sud, Israel, ce minuscule pays est en première place dans tellement de domaines que les monarchies du golfe auraient tort de se tromper plus longtemps.

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