• Robert-Noël Castellani, Vers l’apocalypse. L e syndrome de Tubalcaïn (Les impliqués éditeu

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    Robert-Noël Castellani, Vers l’apocalypse. L e syndrome de Tubalcaïn (Les impliqués éditeur)

    Ce livre m’a bien plu dès les premières pages, en raison de sa liberté de ton et de sa franchise.. Il se propose de déconstruire le mécanisme par lequel le Pouvoir , quel qu’il soit, tente, généralement, de dominer les populations du globe. Mais l’originalité de ce livre se situe aussi, selon moi, ailleurs : il réintroduit largement et avec discernement l’anthropologie biblique dans les débats politiques ou sociétaux les plus modernes. Ce qui est un tour de force puisque toute pensée qui s’inspire, en toute indépendance vis-à-vis des dogmes, de sources bibliques, est d’emblée considérée comme suspecte dans notre pays. Laïcité oblige.

    Ici, l’auteur avance étendard déployé car, dès le titre, on peut lire le nom et les qualités (sic) d’un personnage biblique, premier fabricant d’armes létales au monde, puisqu’il manie à longueur de journée, le fer et le feu, et aussi, hélas, par voie de conséquence, pourvoyeur de chair à canon, avant la lettre. Le dernier terme de la table des matières n’est autre que l’épithète : biblique. Et on reparle du premier meurtre de l’Histoire, Abel tué par son frère Caïn, dont l’auteur, de ce livre, préfet honoraire de la République, souligne la signification de la racine hébraïque (QNH, posséder, acquérir).

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  • Stefan Zweig, Lettre d’une inconnue. (Edition bilingue, Gallimard)

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    Stefan Zweig, Lettre d’une inconnue. (Edition bilingue, Gallimard)

    Cette fois ci j’ai lu le texte de Zweig en langue originale, en allemand, mais pour ceux qui veulent le lire en traduction française, celle-ci figure en vis—à-vis. J’ai agi ainsi car je voulais voir de très près cette extraordinaire capacité de Zweig à lire dans le cœur des femmes. Comment fait cet écrivain pour se mettre dans la peau des femmes, et ce n’est pas la première fois. Il inspecte tous les recoins, tous les replis de l’âme féminine. Même si l’histoire est excessivement triste, la femme qui a été la maîtresse de l’auteur et qu’il a totalement oubliée, lui annonce sans détours et par lettre, elle qu’il ne l’a jamais vraiment prise en considération (erkennen) que l’enfant né de leurs amours éphémères vient de mourir dans ses bras. Et ce drame, évoqué en des termes très émouvants, reflète l’authentique douleur d’une femme qui a aimé cet homme de toutes les fibres de son être. Mais pour cet amant passager, coutumier du fait, elle n’existe guère et n’a jamais existé. L’éditeur français souligne avec raison les différents sens de ce verbe allemand que la femme utilise, kennen et erkennen. D’ailleurs, la mise en scène du début est très éloquente à ce sujet.

    Rentré d’une excursion qui a duré quelques jours, son valet lui présente le courrier arrivé durant sa brève absence ; et Zweig sait ménager son effet. Visiblement, il ne se doute de rien. L’homme regarde quelques enveloppes d’un air distrait, mais son attention est retenue par un pli bien plus volumineux que tous les autres tandis que l’écriture sur l’enveloppe, typiquement féminine, n’évoque à ses yeux rien de familier. Intrigué, il décachète cette lourde enveloppe et se trouve nez-à-nez avec plusieurs dizaines de feuillets… Intrigué, l’homme s’assoit et se met à lire le récit qui commence par cette annonce tragique : un enfant mort et l’homme ne peut pas deviner qu’il est le sien, un enfant non connu, non reconnu car cette pauvre femme, séduite et abandonnée, n’a eu qu’un seul amour dans sa pauvre vie, le père de son enfant , auquel elle adresse cette longue confession. Mais pour cet amant occasionnel, cette femme ressemble à une pièce rapportée et oubliée depuis belle lurette… Il ne se souvient même plus de son existence.

     

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  • Maurice Blanchot, L’attente l’oubli (Gallimard)

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    Maurice Blanchot, L’attente l’oubli (Gallimard)

    Même pour les plus courageux parmi nous, l’entrée de plain pied dans ce curieux petit livre, ne sera pas des plus aisées. C’’est peu dire quand il s’agira de lecteurs plus rigoureux, désireux d’avoir les deux pieds sur terre, ce qui, d’emblée, ici est loin d’être le cas. Il convient de faire ce que l’auteur s’est bien gardé de faire, c’est-à-dire de tracer le tableau, dire de qui il s’agit, bref tourner le dos à l’imaginaire, préciser les choses, dévoiler l’identité exacte des deux protagonistes, expliquer pourquoi une inconnue (dont on ne saura rien d’autre) suit un homme dans une chambre située dans un hôtel de moyenne catégorie. Elle ne le connaît pas, lui non plus, mais il la connaît sans vraiment la connaitre puisqu’il évoque une précédente rencontre. Mais sans donner plus de détails…

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  • Guy de Maupassant , Les dimanches d’un bourgeois de Paris (Gallimard)

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    Guy de Maupassant , Les dimanches d’un bourgeois de Paris (Gallimard)

    Tout le monde connaît la vie et la triste fin de ce grand nom de la littérature française du XIXe siècle et qui avait même fait une tentative de suicide vant de trépasser peu de temps après…

    . C’était le temps où la presse était une véritable matrice des plus belles plumes du pays. Mais je dois dire qu’en lisant ces textes de l’auteur de Bel-Ami, je n’ai, à aucun moment, eu envie de rire ou de me moquer car ce sont des scènes de la misère matérielle et morale que décrit cet auteur à la plume si alerte et parfois aussi, si cruelle. Certes, c’était la France de Napoléon III, ce même empereur, auquel un pauvre homme, dans les deux sens du terme, le personnage central , fait tout pour lui ressembler dans ses gestes et ses paroles, s’attirant par là même les rires de ses collègues de bureau et de ses supérieurs. Nous sommes dans un univers très hiérarchisé : chef de bureau, sous-chef de bureau, commis aux écritures, expéditionnaire…

    Sa personnalité manque tellement de relief qu’il pratique le mimétisme, devenu chez lui et en lui une seconde nature. Aujourd’hui il est réactionnaire, ou royaliste, demain, il se voudra républicain, au point de susciter un profond scepticisme dans son entourage. Inquiets, ses supérieurs finissent par lui accorder cet avancement qu’il souhaitait tant obtenir.

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  • Stefan Zweig, Pays, villes, paysages. Récits de voyage (Belfond, 1981)

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    Stefan Zweig, Pays, villes, paysages. Récits de voyage (Belfond, 1981)

    On croit souvent connaître l’œuvre quasi-complète de son écrivain préféré, mais chaque jour que Dieu fait nous inflige un cinglant démenti en nous apportant de nouveaux écrits qui remontent à très loin dans la vie de l’auteur… C’est bien mon cas aujourd’hui et je pense que cela se poursuivra .

    Quand un simple touriste se promène dans des contrées inconnues et qu’il découvre pour la première fois, il fait fonctionner son appareil-photo ou son I-Phone, mais l’écrivain, quant à lui, attend de rentrer soit chez lui soit dans son lieu d’ébergement afin de livre au papier ses impressions. Et quand il s’agit d’un auteur aussi doué et aussi cultivé de Zweig, on a droit à plus qu’un simple tournée dans les musées ou à de simples cartes postales. Et le présent recueil (prêtée par Raymonde H.) ne fait pas exception à la règle.

    Les trois premières villes ou lieux de mémoire (Pierre Nora) sont New York, le canal de Panama et Bruges. La mégapole américaine fascine notre homme qui se dit ébloui par la vélocité et le bruit de cette ville unique au monde. Il a cette formule qui en dit long : ce pays, cette ville veulent rattraper en un siècle ce que l’Europe a mis deux millénaires à construire. Tout va vite ici. Et l’auteur qui n’oublie jamais son continent de naissance, l’Europe, décrit une grande différence avec la capitale française : même durant les premiers mois d’hiver, à Paris, les cafés et les restaurants mettent des chaises et des tables dehors, sur la terrasse, afin que les promeneurs puissent s’asseoir et faire une pause, deux choses que le génie new yorkais ne permet pas d’observer. Même les heures de repas ne sont pas observées  en toute tranquillité, on mangue en parlant, en travaillant et en lisant ! Et la nuit, l’auteur note que NY endormie est triste à voir. Il ne l’a pas connue à notre temps, elle est comme Tel Aviv, la ville qui ne dort jamais.

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  • Adèle van Reeth, La vie ordinaire. Gallimard

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    Adèle van Reeth, La vie ordinaire. Gallimard

    Je ne sais plus qui a dit qu’on n’est jamais à l’abri d’une bonne sursise : c’est bien ce qui m’est arrivé avec ce livre d’Adèle van Réeth… Je ne recense jamais de roman (mais en est ce un ?) ni même de livre de femme avec un tel titre… Alors, pour quelle raison l’ai je demandé à Gallimard ? Pour la simple raison que j’étais curieux de voir de quoi il s’agissait et aussi parce que l’auteure m’avait jadis interviewé à deux reprises dans son émission sur France-Culture aux côtés de R.E. C’est elle qui m’avait accueilli avec tant d’égards, elle m’a expliqué que je pouvais donner des réponses aussi longues que je le souhaiterais et durant l’entretien préliminaire d’environ une petite dizaine de minutes nous avions parlé d’elle, de l’origine de son nom, de sa formation, etc… J’en ai gardé un très bon souvenir car il se dégageait d’elle une telle douceur, un tel apaisement que mon stress a fini par se dissiper. Pendant toute l’émission,, elle se trouvait assise en face de moi et j’ai pu contempler ses beaux yeux d’un bleu immense… Mais je ne l’ai plus jamais revue depuis.

    Dès les premières lignes de ce livre j’ai repensé à ses yeux et à cette sérénité. Je dirai aussi cette mesure dans l’évocation des choses qui font de la vie en général notre vie, en propre, une vie à soi comme elle nous le montre en parlant de son vécu. Je redoutais de lire des emprunts au bréviaire de quelques féministes enragées, des accusations portées contre les hommes, bref tout ce qui se lit ou s’écoute à longueur de journées dans les médias.. Il n’en est rien, le ton est mesuré, parfois même poignant quand AvR parle des choses et des gens. Quand elle évoque sa vie personnelle, ses ruptures amoureuses, ses chagrins, son avidité de vivre, elle garde la mesure.

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  • Jean-Paul Sartre, Plaidoyer pour les intellectuels (Folio, Gallimard, 2020)

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    Jean-Paul Sartre, Plaidoyer pour les intellectuels (Folio, Gallimard, 2020)

    Ce fut une excellente idée de rééditer ce livre qui traite d’une question presque éminemment française, touchant à l’essence, à la place et au rôle de l’intellectuel dans la société. Ce livre est donc le recueil de trois conférences prononcées par Sartre au Japon en 1966. La date n’est pas anodine puisque deux ans plus tard, c’était mai 68 et à ce moment-là, le philosophe le plus célèbre au monde changea lui-même de perspective et d’action puisque de philosophe, d’intellectuel, il devint simple militant maoïste de la Cause du peuple . Mais il faut d’abord lire très soigneusement la lumineuse préface de Gérard Noiriel qui contextualise l’enjeu du débat. Ce n’est pas le fuit du hasard si Sartre a publié ce petit recueil à ce moment précisément. Une série d’événements nouveaux étaient intervenus, modifiant la situation intellectuelle de pays. D’autres voix s’étaient fait entendre, n’épargnant pas au vieux philosophe les plus acerbes critiques. Deleuze, Derrida, Foucault, Lacan, etc…

    Il est inutile de rappeler que ce terme d’intellectuel réfère une situation historique spécifique avec pour arrière-plan le procès d’Alfred Dreyfus, sa condamnation pour le tribunal des forces armées et l’exigence d’une révision de son procès. La France entière était alors divisée en dreyfusards et antidreyfusards, jetant dans la mêlée ceux qu’on pourra justement qualifier d’intellectuels. Des professeurs, des étudiants, des médecins, des étudiants, des avocats, des journalistes et tant d’autres gens en profitèrent dans se jeter indistinctement dans l’arène médiatique. Ce fut l’époque des grandes causes qui trouvèrent des défenseurs et des accusateurs dans les couches les plus éduquées de la nation.

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  • La modernité disputée : Hommage à Pierre-André Taguieff (CNRS Editions)

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    La modernité disputée : Hommage à Pierre-André Taguieff (CNRS Editions)

    Avant de commencer à parler du livre et de son personnage majeur, Pierre-André Taguieff (PAT), je ne résiste pas à l’envie de citer quelques lignes qu’on lui doit et qui figurent dans l’exergue : J’espère… qu’est encore perceptible la mélodie joyeuse de cette désinvolture, de cette gaieté critique, de cette liberté d’insouciance avec laquelle j’abordais presque tout.

    Voici un hommage qui arrive à point nommé, destiné à un grand spécialiste des sciences humaines, considérées dans toute leur amplitude et diversité. Voici un homme qui est à la fois un grand érudit et un diffuseur d’idées, de savoir et de culture à l’intention du plus grand nombre, une double activité qui n’est pas très bien vue de l’universitaire ou du chercheur français moyen aux yeux duquel ce franchissement des frontières si bien gardées n’est pas bien considéré. Cela fait même figure d’une grave transgression, susceptible de vous faire perdre toute crédibilité auprès des représentants officiels et autoproclamés de la science…

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  • Alya aglan, La France à l’envers. La guerre de Vichy (1940-1945)

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    Alya aglan, La France à l’envers. La guerre de Vichy (1940-1945)

     

    Au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture de cet ouvrage passionnant, on se demande comment, en plus de l’étrange défaite, un peuple aussi évolué que le peuple français a pu confier son destin à un octogénaire que plusieurs esprits lucides et même très courageux, ont tourné en dérision en ces termes : un vieillard qui faisait une sieste d’une heure tous les quarts d’heure… Mais face à cette expression de dérive et de désarroi, un homme, un simple général nommé à titre provisoire a pu, sauvant ainsi la face à son pays, s’écrier en toute sincérité et en toute franchise : … moi, général de Gaulle, ai conscience de parler au nom de la France. En effet, c’est l’(homme du dix-huit juin qui a sauvé le pays, sa réputation et son avenir. Pourtant, le chemin de la renaissance et de la dignité retrouvée était semé d’embûches.

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  • Ce manuscrit est parvenu entre nos mains par d’heureuses circonstances

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    Ce manuscrit est parvenu entre nos mains par d’heureuses circonstances ; nous allons tenter d’en analyser le contenu sans jamais porter atteinte à son esprit originel et à son authenticité . Le contenu de ce document se présente en un seul feuillet d’un papier à en-téte , appartenant à un négociant renommé à Agadir (Maroc) ,  Jacob Hayoun (ZaL) ; il remonte au tout début des années 30 ,ce qui nous place dans une actualité vieille de 90 ans.

    On peut télécharger ici le manuscrit et là notre analyse

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