Selma Lagerlöf, Jérusalem en Terre sainte  (II)

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On s’est arrêté dans la première partie de cet article au chapitre traitant de l’ineffable  Puits au paradis. Le chapitre suivant dont il va être question ici semble, en apparence, constituer une longue digression, sans rapport ou presque avec ce qui précède. Mais il n’en est rien, c’est bel et bien une suite de ce qui se passe chez les Suédois établis à Jérusalem. C’est une histoire d’amour, ou plutôt d’un chagrin d’amour dont l’auteur veut nous parler.

Un certain Ingmar tombe éperdument amoureux d’une belle et gracieuse jeune fille de son entourage, Gertrude dont il fut longuement question dans la premier volet de l’article. Et Ingmar qui l’a remarquée et se morfond pour elle sait qu’il ne lui est pas indifférent. Mais voilà, tout serait plus simple si le jeune homme avait compris qu’on ne pouvait pas tout avoir : l’amour et beaucoup d’argent. Et il y a une autre jeune fille au village, orpheline de mère et dont le père rêve de lui trouver un jour un mari.

Les sentiments de la jeune fille semblent loin de l’affaire et un jour, pour que son père cesse de lui parler de mariage, elle lui dit (toujours pour avoir la paix),  en gros ceci : je me marierai volontiers avec Ingmar s’il voulait de moi… Cette phrase mûrement réfléchie lui avait été dictée par le fait que ce même Ingmar ne rêvait que d’une chose : convoler en justes noces avec sa bien-aimée Gertrude… L’affaire était donc irréalisable, comme la quadrature du cercle. Mais on n’est jamais assez prudent. Le père, toujours lui, va voir Ingmar et lui propose toute une ferme qu’il acquiert pour une somme considérable : Quarante mille couronnes suédoises. S’il consent à épouser sa fille Barbro.

La fille du fermier se trouve face à un dilemme : son vœu peut se réaliser puisque toutes les conditions sont désormais réunies. Mais voilà, Gertrude a beau être loin, à Jérusalem, contente de son sort, proche du Saint-Sépulcre, elle n’en continue pas moins de hanter les jours et les nuits du nouveau couple. Ingmar lui-même commence par mépriser son épouse, puis il se méprise lui-même, pour avoir troqué  son grand amour contre un plat de lentilles, la ferme offerte par son beau-père.

Un personnage falot intervient alors dans le récit, porteur d’une mauvaise nouvelle. IL avait été valet de ferme chez le père de Barbro qui en pinçait pour lui. Mais le père avait fini par s’en séparer, ne voulant pas du tout d’une telle mésalliance. Cet homme, mû par des sentiments de vengeance,  revient voir Barbro et cherche à démoraliser le couple. Il sait que leur amour est factice, qu’ils en sont conscients et en éprouvent de la culpabilité… Il débit un vieux conte qui promet les pires sanctions à des couples qui se sont formés sur les ruines d’autres couples. Leur descendance fera l’objet de multiples malédictions. Ingmar en parle avec son épouse qui semble prendre la chose au sérieux, mais cela ne les empêche  pas d’attendre un enfant. A la naissance, on s’empresse de vérifier si le nouveau-né est bien portant. Hélas, la joie des parents fut de courte durée. Après vérification, les prévisions du conte s’avérèrent : il est né aveugle, conformément aux prévisions du conte. Et pour tout dire, peu de temps après, l’enfant mourut.

Mais Barbro ne sembla pas anéantie par l’évènement. Elle paraissait même un peu soulagée : c’est qu’elle n’avait pas perdu un seul mot du conte prédisant la naissance, dans de tels couples, d’enfants aveugles ou malades mentaux. Elle  prit donc la décision de rompre cet axe du mal : elle annonça à Ingmar qu’ils devaient divorcer et suite à cette dissolution d’union, il lui faudra partir pour Jérusalem, revoir Gertrude et mettre fin, par ce geste de repentir, à ses souffrances. Ingmar commence par refuser et plaide sa bonne foi et sa volonté de rebâtir une relation forte avec son épouse légitime. Rien n’y fit. Et un soir après une discussion houleuse avec Barbro, il annonça sa décision irrévocable de partir pour Jérusalem retrouver Gertrude et réparer le mal qu’il  lui avait fait.

Une fois sur place, l’accueil réservé par la colonie au nouveau venu n’est pas à la hauteur de ses espérances. L’entretien avec sa sœur aînée est plus que décevant tandis que la première rencontre avec la fameuse Gertrude ne laisse rien espérer de bon, ni même de prometteur. Le seul événement digne d’intérêt réside dans la conviction de Gertrude d’avoir croisé le Christ dans une venelle de Jérusalem. Mais on n’aborde pas le sujet majeur, le pourquoi du voyage en Terre sainte : pourquoi Ingmar a-t-il tout abandonné pour rejoindre Jérusalem et grossir les rangs de la colonie suédoise ?

 Mais une idée jaillit de l’esprit de notre homme : écrire une lettre justificative, réfléchir sur les motivations qui l’ont conduit là où il est. Il demande une plume, de l’encore et du papier, couvre de son écriture bien des feuillets mais à la dernière minute change ses plans et ne veut plus envoyer cette lettre à sa destin:taire il ne faut qu’on sache combien il a fait preuve de lâcheté…

On trouve en bas de la page 149 une curieuse remarque concernant le refus des juifs de suivre Jésus ; il est vrai due Gertrude fait preuve d’une très grande crédulité puisque celui qu’il a dit être Jésus n’était, en fait, que le chef d’une clique de derviches tourneurs… .

Voici la citation : Mais, tu comprends Ingmar, je ne suis pas comme les juifs qui ne voulurent jamais le reconnaître parce qu’il ne se montrait pas comme le prince de ce monde

                                                        (A suivre)

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