L’ordination de rabbins à Cologne : Le discours du ministre allemand des affaires étrangères, M. Guido Westerwelle

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L’ordination de rabbins à Cologne :

Le discours du ministre allemand des affaires étrangères, M. Guido Westerwelle

 

Depuis le débat stérile autour de la pratique de la circoncision en Allemagne, les choses devaient être remises à leur juste place : c’est ce que vient de faire l’intelligent et très adroit ministre allemand des affaires étrangères, M. Guido Westerwelle lors d’une cérémonie d’ordination de rabbins dans la communauté de Cologne. Ce discours fera date pour deux raisons : d’abord parce qu’un ministre fédéral s’adressant à ses compatriotes juifs leur dit qu’ils sont chez eux en Allemagne, près de soixante-dix après la fin de la seconde guerre mondiale ; et ensuite parce qu’une certaine normalité était souhaitable dans les relations si passionnelles entre la judéité et la germanité depuis des siècles.

 

Le ministre a ouvert son discours par un rappel historique : c’est dans cette ville symbole que  commença la présence juive en terre d’Allemagne. De tout temps, et malgré les expulsions successives et les accusations de toutes sortes, Cologne a toujours été un centre de vie et de culture juives prospères. Le plus ancien document attestant cette présence remonte, nous dit le ministre au début du IVe siècle (321).

Après la sanglante coupure imposée à la vie juive par les Nazis, on assiste désormais à un renouveau de la vie communautaire de l’autre côté du Rhin. Ceux qui ont étudié le science du judaïsme (Wissenschaft des Judentums) savent combien nous sommes redevables à la science et la méthode historico-critique allemandes qui ont permis au judaïsme de mieux connaître son histoire et de mieux s’appréhender et se présenter (jüdische Selbstdarstellung).

 

Aujourd’hui, alors que la présence juive dans ce pays se limitait à une présence muséale, plus de cent mille personnes se déclarant juives vivent sur le territoire, disséminées dans plus d’une centaine de communautés. La meilleure preuve d’une renaissance nous est livrée par cette cérémonie d’ordination de rabbins, la première depuis si longtemps.

S’adressant directement aux rabbins nouvellement confirmés dans leurs fonctions pastorales, le ministre a dit sa fierté et sa joie de vivre ce renouveau. Tant de rabbins éduqués en Israël, aux USA, en Russie ou en Ukraine, reviennent s’établir en Allemagne, jetant les bases d’une nouvelle vie juive.

 

Wir wollen blühendes jüdisches Leben in Deutschland : nous voulons une vie juive florissante dans notre pays, a dit le ministre, ajoutant allusivement que cela impliquait qu’il n’y aurait aucune restriction juridique, d’aucune sorte, à la pratique juive. Je me permets d’ajouter qu’il fallut toute la bêtise et l’inconscience de quelques juristes pour oser déclarer illégale une pratique multimillénaire qui gît au fondement même de la religion mosaïque. Et dans ce contexte, l’intervention de M. Westerwelle était à la fois nécessaire et suffisante.

 

Le ministre a aussi stigmatisé l’attitude de ceux qui, par ignorance, assimilent la circoncision à une mutilation ou la mettent sur un même pied d’égalité que l’excision. Pour rassurer son auditoire, il a aussi nommément cité l’Iran qui commettrait l’inacceptable en se dotant de l’arme nucléaire.

 

Le chef de la diplomatie allemande a aussi évoqué l’émotion qu’il a éprouvé en considérant le titre des Mémoires de l’ancien président du Zentralrat Paul Spiegel : De nouveau chez nous ? (Wieder zu Hause ?) L’ancien dirigeant communautaire avait fait part de son émotion suite aux débordements de groupes d’extrême droite qui n’avaient pas été fortement réprimés par les autorités. Le ministre souligne que les juifs doivent se sentir chez eux en Allemagne. Il ajoute même que les familles juives ne doivent pas se considérer comme une minorité protégée, mais comme des citoyens à parte entière. Nous les voulons comme au centre même de notre société
wir wollen sie in der Mitte unserer Gesellschaft. Allusion probable à la forte présence intellectuelle et  scientifique juive durant la période de l’entre deux guerres.

     J’espère, en ma qualité de spécialiste de l’histoire intellectuelle et de la philosophie judéo-allemande que de l’autre côté du Rhin revivra une authentique renaissance juive, consciente de ses idéaux universalistes , en paix avec elle-même et avec son entourage.

 

Maurice-Ruben HAYOUN

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