Jean-Marc Ayrault : le style et l’homme

Imprimer

Jean-Marc Ayrault : le style et l’homme

 

Je me souviens d’une phrase assez désabusée de M. Francis Mer sur les Français du temps où il dirigeait Bercy : les Français, disait-il, sont des êtres assez spéciaux. Pourquoi ce souvenir aujourd’hui ? Tout simplement parce que je prends connaissance depuis deux ou trois jours de l’agitation du monde médiatique qui trouve que rien ne marche, rien n’avance, que l’avenir est menacé, bref tous les ingrédients d’une sinistrose bien française. Et qui juge le premier ministre étrangement absent

 

Il n’est pas question ici d’encenser qui que ce soit mais quand on lit les couvertures des hebdomadaires (et les quotidiens, eux aussi, ne sont pas en reste) on se demande où passe la ligne frontière entre ceux qui agissent, qui ont la responsabilité des affaires, et ceux qui s’agitent tout en commentant.

 

Un exemple a particulièrement retenu mon attention : le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault qui ne confond jamais action ferme et réfléchie avec l’agitation chronique des vibrions de tout poil, se voit reprocher son effacement, comme si, pour changer les choses, il fallait absolument s’agiter dans tous les sens. Une telle dérive est précisément ce contre quoi les deux têtes de l’exécutif se sont victorieusement mobilisées. Et cela ne les pas desservies, bien au contraire puisqu’ils ont choisis par les Français, lassés par une hyper présidence et une omniprésence choquante dans les médias. Qui n’ont pas encore pris la mesure du style du nouveau Premier Ministre.

 

Une immense majorité de Français, y compris des ténors de l’ancienne majorité ont appelé de leurs vœux le retour à l’apaisement et à une certaine sérénité. Faudrait-il retomber dans des travers jugés inacceptables par la majorité du pays ?

 

Le second exemple nous est offert par le dissentiment de certains, mécontents de voir le Premier Ministre se rendre à l’ouverture du congrès du Medef. D’autres, se croyant en d’autres temps, reprochent à M.M. Moscovici et Sapin d’effectuer la même visite, comme si les chefs d’entreprise ne faisaient pas partie de la nation ou étaient des pestiférés.  On a dépassé ce sectarisme de la lutte (la haine ?) des classes même si un leader syndical somme le gouvernement de choisir entre les travailleurs et le patronat…

 

On le voit, d’une rentrée à l’autre, les Français ne changent pas ! Je me souviens aussi de la phrase tout aussi désabusée d’un ancien secrétaire général du parti gaulliste des années 70, Alexandre Sanguinetti (pas du tout mon maître à penser) qui déplorait cette mentalité bien hexagonale : que tout, dès la naissance, soit payé et réglé, depuis le berceau jusqu’à la mise en bière. Les temps ont changé, certes, la France doit faire de son mieux pour sauver son modèle social. Mais tout a un coût et on le sent bien aujourd’hui.

 

La culture politique de ce pays comporte quelques éléments qu’il faut conserver, notamment un certain rôle de régulateur dévolu aux pouvoirs publics. Le pays de la Révolution doit conserver un minimum de solidarité entre les classes sociales. Il est normal que le gouvernement actuel prête l’oreille aux chefs d’entreprise et qu’il veille aussi à répartir équitablement le fardeau fiscal. Il est normal qu’il aide les plus défavorisés tout en suscitant un nouvel élan de la responsabilité individuelle. Ceux qui doivent être aidés, méritent de l’être et le seront.

 

Mais de grâce que les commentateurs politiques cessent de dire urbi et orbi que nous sommes au bord du précipice et que tout va mal.

 

L’agitation n’est pas l’action. Jean-Marc Ayrault a son style bien à lui et doit le garder. Il gère la France pas l’opinion que les médias se font de son action.

Une personne qui a beaucoup compté pour moi, disparue depuis quelques années, me disait quand j’étais enfant : seuls les tonneaux vides font du bruit…

 

Maurice-Ruben HAYOUN

In Tribune de Genève du 30 août 2012

Les commentaires sont fermés.