ALAIN JUPPE ET LA GERMANOPHOBIE A LA FRANÇAISE…

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ALAIN JUPPE ET LA GERMANOPHOBIE A LA FRANÇAISE…
Alain Juppé a incontestablement l’étoffe d’un homme d’Etat et il occuperait certainement aujourd’hui une position nettement plus importante s’il n’avait pas eu maille à partir avec la justice, pour des faits dont il n’était pas vraiment responsable. Il a choisi de payer pour d’autres, ce qui est très rare dans le personnel politique dont les deux impératifs majeurs n’ont rien à voir avec l’éthique : la continuité et le maintien au pouvoir, quoiqu’il arrive. Nous avons donc affaire à un homme politique d’envergure dont les vertus dianoétiques sont, dans une égale mesure, accompagnées des vertus éthiques, pour parler comme Aristote.

Et que fait aujourd’hui cette perle du personnel politique français ? Elle met en gade ses compatriotes contre un renouveau du sentiment anti-allemand. Juppé va jusqu’à utiliser le terme de germanophobie. Ce cri d’alarme était nécessaire, même si le danger n’est pas imminent, mais mieux vaut prévenir que guérir.

On a déjà eu l’occasion d’évoquer dans ce journal, lors d’un passé récent, la disparité du couple ou du moteur franco-allemand. Je m’étais alors interrogé sur la capacité de la France à cheminer d’un bon (gleichen Schrittes) pas aux côtés de nos voisins d’Outre-Rhin, allant jusqu’à évoquer l’interdit biblique de constituer un même attelage à partir de deux animaux d’une puissance fort inégale. C’est dire !

Aujourd’hui, les gouvernants sont contraints de dire la vérité sue l’état des finances publiques aux Français, les Français qui se sont toujours gargarisés de fausses idées sur eux-mêmes, qui se sont assoupis, et trompés d’époque à cause des 35 heures et de la cinquième semaine de congés payés.

Face à la France, les Allemands ont toujours vécu l’œil rivé sur les fondamentaux de leur économie, n’accordant aucune augmentation afin d’acheter la paix sociale mais prônant continuellement un esprit responsable et un train de vie modeste de l’Etat. Les voisins d’Outre-Rhin (que je connais bien pour avoir enseigné dans leurs universités durant plus d’un quart de siècle) sont déroutés par la légèreté et le laisser-aller (Schlamperei) à la française, tout en appréciant la qualité de vie de ce côté ci du Rhin… Toutefois, cette admiration est nettement contrebalancée par la folie des déficits français : les Allemands n’en croient pas leurs yeux quand ils lisent les chiffres français de l’assurance maladie ou de l’assurance chômage…  L’un deux me disait même, récemment, qu’en France, on n’a tours pas quitté la monarchie et qu’un président de la Ve République disposait de pouvoirs sensiblement équivalents à ceux d’un monarque… républicain.

Les Allemznds  avaient réglé ces deux déficits sociaux depuis belle lurette : et ce fut un gouvernement socialiste qui prit les devants, favorisant un retour à la normale : pourrait-on espérer le même courage si la gauche arrivait au pouvoir ? Honnêtement, j’en doute.

Mais parlons justement de la gauche dont les courants divers et contradictoires commencent déjà à préparer en sous-main l’échec de leur candidat. C’est encore le même trublion de gauche, qui fait flèche de tout bois pour qu’on parle de lui, qui a mis le feu aux poudres en accusant N.S. de pratiquer un suivisme politique vis-à-vis de l’Allemagne.

Le chef de l’Etat dont le mérite est d’avoir réveillé la France a peut-être commis une maladresse d’ordre terminologique en parlant soudain de convergence, d’union avec notre puissant voisin, alors que le discours politique traditionnel nous avait habitués, durant des décennies, à une France, grande puissance, dotée de la force de dissuasion atomique et d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Facc à une Allemagne divisée, géant économique mais nain politique. Les choses ont beaucoup changé.

Ce rappel du principe de réalité (Realitätsprinzip, encore un terme allemand !)) a provoqué un véritable réveil en sursaut. Les Allemands considérés comme des mangeurs de pommes de terre et des buveurs de bière (rendez vous compte, certains de nos grands auteurs du milieu du XXe siècle, parlaient d’eux comme de Teutons à nuque épaisse !!) et voici qu’aujourd’hui, le chef de l’Etat demande qu’on les imite et qu’on les suive. Certains Français y ont vu une invite à se mettre à la remorque de l’Allemagne, d’où cette germanophobie naissante.

Moi, je parlerai plutôt d’une image dégradée de l’Allemagne dans l’opinion et non de germanophobie caractérisée. Mais cela pourrait arriver si l’on ne faisait rien pour rétablir la situation. Si l’on disait aux Français que la France passerait un mauvais quart d’heure le jour où leurs voisins décideraient d’abandonner l’Euro et de revenir au mark (ce qui est déjà presque le cas car c’est l’Euro-mark qui domine), on ne récolterait qu’une tempête d’indignation. Aucun parti politique n’en aura le courage. Alors que faire ?

Ernest Renan qui fut redevable de son essor intellectuel aux auteurs nés de l’autre côté du Rhin mais qui connaissait aussi fort bien ses compatriotes avait parlé d’une humanité incurablement dupe. Les choses n’ont pas beaucoup changé depuis. Mais de grâce que l’on nous épargne une brouille avec des gens plus consciencieux, plus travailleurs et plus responsables… On veut des gestionnaires pas des visionnaires.



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