Le temps et l’heure…

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Le temps et l’heure…

Au courant de la nuit de samedi à dimanche, nous sommes passés à l’heure d’été. J’ai toujours été fasciné par cette mutation qui affecte notre temps, notre vie. Pourtant, il y a une différence fondamentale entre le temps et l’heure. On dit : quel temps fait-il ? et aussi quelle heure est-il ? Que signifie donc changer d’heure ?

Ce qui, hier encore, se déroulait à une certaine heure suivant le cadran de nos montres, se produit désormais soixante minutes plus tôt. Comme on l’a répété un peu partout, à trois heures du matin, il était deux heures. Coup de baguette magique.

Chez les philosophes, la question du temps compte parmi les plus difficiles. Selon Aristote, le plus sérieux des philosophes antiques, le temps est un accident du mouvement qu’il mesure : on dit que tel homme ou tel véhicule parcourt tant de kilomètres à l’heure. Si vous préférez, le temps est le nombre du mouvement. Et comme celui-ci est éternel, le temps est lui aussi éternel, c’est-à-dire qu’il n’a pas de commencement : il n’existe pas de temps initial, un temps avant lequel il n’aurait pas existé de temps…

Cela a posé des problèmes quasi insolubles aux religions révélées, soucieuses d’asseoir en raison l’adventicité de l’univers, c’est-à-dire que le monde est venu à l’être après n’avoir pas existé. Or, le premier terme du premier livre biblique, la Genèse, est justement très ambigu : Au commencement, in principio… Il a bien fallu admettre que ce commencement n’était pas temporel mais d’une autre nature.

Kant a bien insisté sur le fait que l’homme est contraint de penser dans des catégories spatio-temporelles : en d’autres termes, un homme pense quelque part, à un moment donné. Mais on peut poser la question suivant : le temps, existe-t-il vraiment ? Comme il se définit par rapport à une conscience, j’incline à le remplacer par la notion de durée : la durée de trois heures n’est pas le temps de trois heures. Si un condamné à mort attend la levée du jour de son exécution, cette nuit là aura été pour lui d’une très courte durée. Mais si un homme heureux attend sa bien aimée durant la même nuit, il trouvera le temps long. Or, ces deux êtres auront subi le même temps, mais ils ne l’auront pas éprouvé de la même manière…

Marcel Dubois, grand dominicain de Jérusalem, avait consacré un excellent travail à la notion de temps chez Aristote.

Pour ma part, je trouve que le temps n’existe pas.

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