La société israélienne

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On n’imagine pas assez bien ce que cela signifie de visiter un pays où cohabitent plus de 120 nationalités (je dis bien cent vingt !). Tous ces gens sont certes juifs, mais chacun à sa façon. J’ai u cela même dans les synagogues : celle des Yéménites, des Irakiens, des Kurdes, des Marocains, des Polonais, des Allemands, des égyptiens, des Russes, des Géorgiens (des gens redoutables) et de tant d’autres…

Lorsque quelqu’un ouvre la bouche et se met à parler en hébreu, sa manière de prononcer les syllabes, de réaliser les consonnes gutturales et de noter les voyelles nous indique immédiatement son origine ou le lieu de naissance de ses parents.

L’hébreu n’a pas de secret pour moi mais ma manière de le prononcer trahit sur le champ la langue que je parle tous les jours, le français. Si je demande à un autre conducteur la bonne direction pour le Néguev ou autre, une fois sur deux il me répond en français alors que la question a été posée en hébreu.

Lorsque j’étais jeune, j’avais lu en traduction allemande le livre hébraïque d’un sociologue israélien Eisenstadt sur le sujet (Ha-Hébra ha-Ysraélit) : la société israélienne. L’auteur y expliquait que le plus grand défi posé au jeune Etat était d’unifier les parcelles éparses d’un même peuple, dispersé depuis près de deux mille ans sur toute la surface de la terre. Il fallait doter tous ces gens d’une même conscience nationale, d’un même attachement à une patrie renaissante après deux millénaires d’inexistence, de persécutions et de détresse. Mais les êtres humains ne sont pas programmables ou reprogrammables comme des machines ; ils conservent dans les strates archaïques de leur âme des séquelles de leur milieu d’origine..

Ce qui est tout aussi frappant, c’est la nécessité d’ajuster, d’actualiser certains rites religieux qui ne sont pas plus en vigueur, frappés de caducité car ils avaient été introduits exclusivement durant la période exilique. Revenus sur la terre de leurs ancêtres et ayant reconquis leur souveraineté perdue, les rabbins d’Israël durent se résoudre à changer certaines choses, eux qui pensaient ne les changer qu’à l’avènement du Messie.

Alors comment surmontent-ils tous ces obstacles, les Israéliens ? Je ne sais pas comment ils font mais ce que je sais, c’est qu’ils les surmontent.

L’un d’entre eux m’a dit que la vie dans ce pays était un véritable acte d’héroïsme quasi quotidien, que c’était un problème incontournable. Et dans le même souffle il ajoutait la remarque d’Aristote, à savoir que l’être a un insurpassable avantage sur le non-être. En conclusion, mieux vaut un Israël difficile que pas d’Israël du tout.

N’importe quel autre pays eût explosé sous le poids des contradictions. Sauf celui-ci qui procède (comme disait Hegel) par contradictions surmontées.

Commentaires

  • Cent vingt nationalités... Et la cent vingt et unième...la Palestinienne qui n'est pas reconnue à part égale. C'est ce qui choque dans cet Israël-là. Cette capacité exceptionnelle à faire ce mélange des cultures et être incapable d'intégrer cet autre partie arabe qui compose ce territoire saint. Il y a comme un esprit maudit qui règne en ce monde, un esprit qui veut le conflit et la domination des uns sur les autres. Israël, c'est le dernier moment de réagir. Demain, il sera trop tard. Le monde arabe attend une ouverture, une véridique, pas une qui fait durer le plaisir d'empêcher les Palestiniens de connaître un autre sort que la domination. Dans le désert, Dieu s'est manifesté. Dans le désert, Dieu se manifestera encore. Et ce jour-là, les êtres humains feront enfin la paix éternelle entre eux.

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