LA LOI ET L’ÉTHIQUE

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LA LOI ET L’ÉTHIQUE
Ce matin, ce deuxième terme, éthique, revient sur toutes les lèvres à propos du décret visant à moraliser ou à réguler le recours aux stock-options et aux bonus de tous ordres, si libéralement distribués aux chefs d’entreprise. J’ai déjà eu l’occasion de dire dans un précédent billet qu’il ne fallait pas soupçonner, ni, surtout, criminaliser les dirigeants économiques mais simplement veiller à une répartition plus équilibrée, plus éthique, des charges et des contraintes : en d’autres termes, on ne peut distribuer des gratifications à des dirigeants qui licencient ou ferment l’entreprise alors que celle-ci vient de recevoir des aides de l’Etat.

 

LA LOI ET L’ÉTHIQUE
Ce matin, ce deuxième terme, éthique, revient sur toutes les lèvres à propos du décret visant à moraliser ou à réguler le recours aux stock-options et aux bonus de tous ordres, si libéralement distribués aux chefs d’entreprise. J’ai déjà eu l’occasion de dire dans un précédent billet qu’il ne fallait pas soupçonner, ni, surtout, criminaliser les dirigeants économiques mais simplement veiller à une répartition plus équilibrée, plus éthique, des charges et des contraintes : en d’autres termes, on ne peut distribuer des gratifications à des dirigeants qui licencient ou ferment l’entreprise alors que celle-ci vient de recevoir des aides de l’Etat.
Ce qui me permet de revenir sur ce sujet (dont je ne suis guère le spécialiste), c’est la publication du décret présidentiel au Journal Officiel de la République française. Le fait même qu’on ait opté pour le voie du décret (applicable sur le champ) et non pour la voie législative, prouve bien que l’espace de la loi s’est rétréci par rapport à celui d’éthique qui, reste, elle, universelle et fait appel à d’autres présupposés que la loi proprement dite.
L’éthique a une saisine universelle ; exemple : vous pouvez dire que telle ou telle loi s’applique dans tel ou tel pays mais pas dans tel autre. Le propre de l’éthique est d’être universelle. Elle s’applique partout. On le sait depuis la Bible, mais c’est le philosophe allemand Kant (mort en 1804) qui l’a rappelé avec force en parlant de son fameux impératif catégorique et de l’universalité de la loi morale. Or, la loi morale, c’est l’éthique.
On a souvent entendu des hommes de loi, des avocats, faire leur métier en faisant valoir dans les juges ou l’opinion que les magistrats ont pour mission de dire le droit et non de faire la morale… Curieux retournement de situation ou ironie de l’histoire ; c’est l’Etat lui-même qui se voit contraint de s’intéresser à ce secteur éthique et donc de faire la morale à des gens qui en ont bien besoin. Durant le week end passé, ce fut l’hécatombe dans le secteur de l’automobile aussi bien en France qu’aux USA : des PDG ont disparu comme par enchantement. Et on ne peut pas ne pas y voir, en partie du moins, un souhait secret des pouvoirs publics.
Même quand on veut réduire l’intervention de l’Etat à sa plus simple expression, on doit bien reconnaître que les intérêts particuliers ne s’arrêtent que lorsqu’ils y sont contraints. Je n’aurai pas la cruauté de revenir sur les révélations du site internet d’un hebdomadaire français qui signale les outrances d’un grand banquier lequel se ménage une retraite plus q ue dorée alors que son établissement avait défrayée la chronique il n y a pas si longtemps.
Et au nom de quoi, de quels principes, l’opinion publique et l’Etat condamnent ils ces étranges pratiques ? Au nom de la loi ? Nullement ! Elle ne condamne pas de telles pratiques… Mais bien au nom de l’éthique qui retrouve et réaffirme sa prééminence sur la loi.
Et c’est bien. Rappelez vous cette belle métaphore de Kant : la loi morale dans mon cœur et le ciel étoilé au-dessus de ma tête.

Commentaires

  • Bonjour M. Hayoun! Cette distinction entre l'éthique et le juridique reste fondmanetale, certes. Mais elle demeure malheureusement cantonnée au domaine de la publication académique. Dans les moindres petits cénacles au plus grands conseil d'administration, ce qui prévaut lors de la prise de décisions est souvent le pouvoir de dire ceci ou cela, sans réflexion aucune, sans en appeler à telle ou telle connaissance (empirique ou théorique) accessible et sans aucune considération éthique - ni en soi ni en matière de conséquences -

    Des preuves à l'appui? Il y en a de quoi faire un livre chaque jour, au niveau mondial comme au niveau microscopique. Aussi, affirmer "c’est l’Etat lui-même qui se voit contraint de s’intéresser à ce secteur éthique et donc de faire la morale à des gens qui en ont bien besoin." me paraît incroyablement naïf (je ne dis pas que vous l'êtes) car justement l'instance qui devrait garantir une éthique même élémentaire, en donnant déjà l'exemple, est pour beaucoup dans la débâcle actuelle, des faillites en masse aux cas individuels de chômage!

  • Chère Madame, bonjour et merci de votre commentaire que j'ai lu avec l'attention que vous pouvez deviner. Votre incrédulité au sujet du rôele de l'Etat est justifiée: mais dîtes moi, je vous prie, à qui s'en remettre pour soigner,et un tant soit peu les désordres mondiaux= dans ce cas (fort malheureux et très improbable) il faut supprimer la réunion du G 20.

    Loin de moi la divinisation hégélienne de l'Etat. Mais à qui s'adresser au Pape? au Dalaï lama?

    Je réponds exceptionnellement ce matin. Mais ne pourrai le faire dans les heures qui suivent car je donne ma conférence mensuelle ce soir sur le Roi David… Merci de votre attention, bien à vous, PE

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