XHORTER LA FRANCE A CROIRE EN ELLE-MÊME

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EXHORTER LA FRANCE A CROIRE EN ELLE-MÊME   

Au moment même où la France s’interroge sur son avenir, le chef de l’Etat exhorte les Français à croire en eux-mêmes. En présentant les mesures arrêtées lors de sa rencontre avec les partenaires sociaux de  la France métropolitaine, le président de la République a eu des accents churchilliens. Il a refusé de se laisser enfermer dans une politique à court terme et on a pu voir un Nicolas Sarkozy, solennel sans être pompeux, délivrer un message sincère, celui d’un homme qui mesure chaque jour, un peu plus, sa lourde tache. Certes, il n’a  parlé ni de sang ni de larmes, mais simplement d’efforts équitablement répartis entre toutes les catégories sociales. Il a aussi voulu dégager des perspectives d’avenir en martelant sa confiance en les atouts de la France. Tout en tenant fermement la barre et en refusant de céder à la facilité, il a su parler au cœur des Français en leur rappelant que le pays ne pouvait plus céder à la facilité ni sacrifier l’avenir au présent. Partant, pas de changement de cap, tout juste un léger infléchissement, destiné à aider ceux qui sont le plus touchés par la crise.

 

EXHORTER LA FRANCE A CROIRE EN ELLE-MÊME   

Au moment même où la France s’interroge sur son avenir, le chef de l’Etat exhorte les Français à croire en eux-mêmes. En présentant les mesures arrêtées lors de sa rencontre avec les partenaires sociaux de  la France métropolitaine, le président de la République a eu des accents churchilliens. Il a refusé de se laisser enfermer dans une politique à court terme et on a pu voir un Nicolas Sarkozy, solennel sans être pompeux, délivrer un message sincère, celui d’un homme qui mesure chaque jour, un peu plus, sa lourde tache. Certes, il n’a  parlé ni de sang ni de larmes, mais simplement d’efforts équitablement répartis entre toutes les catégories sociales. Il a aussi voulu dégager des perspectives d’avenir en martelant sa confiance en les atouts de la France. Tout en tenant fermement la barre et en refusant de céder à la facilité, il a su parler au cœur des Français en leur rappelant que le pays ne pouvait plus céder à la facilité ni sacrifier l’avenir au présent. Partant, pas de changement de cap, tout juste un léger infléchissement, destiné à aider ceux qui sont le plus touchés par la crise.
L’avenir et le présent : au fond, tout est résumé dans la brièveté et la densité de cette phrase, bien plus que par n’importe quel slogan politique. Depuis quelques mois, le pays est traversé par des revendications catégorielles dont la satisfaction donnerait gain de cause à quelques uns mais compromettrait  gravement le redressement général de la nation. C’est le pari du chef de l’Etat qui a eu le courage de s’y tenir ; mais cette vérité qui consiste à ne pas sacrifier l’avenir au présent a du mal à s’imposer. Et sa conséquence immédiate est un mécontentement l’immédiat de l’opinion et une impopularité croissante dans les sondages tandis que les fruits d’une politique ferme et réfléchie n’apparaissent que bien plus tard.
La politique à long terme d’un grand pays, surtout en temps de crise, n’est pas dictée par des remèdes  qui portent sur les effets sans  éradiquer leurs causes profondes.  En analysant le plus objectivement possible les deux prises de parole de Nicolas Sarkozy, on relève qu’il exhorte les Français à croire en eux-mêmes, à savoir attendre et à soutenir son action. La tonalité du discours montrait que le président a su prendre en compte une revendication qui émerge de la France profonde et qui va bien au-delà de la sphère économique et financière: l’exigence de justice, le souci d’équité. En effet, les syndicats et l’opposition réclament, en raison d’une situation économique difficile, une augmentation du pouvoir d’achat et une amélioration du marché de l’emploi. Et dans certains milieux, l’impression prévalait que le fardeau des charges n’était pas équitablement réparti entre les Français, le monde du travail se sentant négligé au profit des établissements financiers et de la grande industrie.  C’est toujours cette sempiternelle opposition entre les investissements, c’est-à-dire le pari sur l’avenir, et la consommation hic et nunc qui alourdirait la dette et stimulerait l’inflation. La même question s’est posée aux gouvernants de ce pays depuis le général de Gaulle qui avait tenté d’imposer la participation
Nicolas Sarkozy a été bien inspiré de prononcer plus d’une fois le mot de justice. C’est un véritable retour de l’éthique dans le débat politique et la conduite des affaires. C’est dans des temps de crise que l’on peut mesurer la valeur des sacrifices consentis par les uns et les autres. Notre civilisation repose aussi, on l’oublie trop souvent, sur une spiritualité qui nous enseigne depuis plus de trois millénaires que l’homme ne vit pas que de pain… Mais comme le remarqua perfidement Voltaire, il est vrai qu’il en vit aussi. Aujourd’hui, cela ne suffit plus.  Certes, les valeurs morales ne sont pas jamais cotées dans le CAC 40, ce sont les valeurs boursières qui le sont. Cette idée a dû effleurer l’esprit du chef de l’Etat car il a introduit dans son allocution la notion de partage dont les connotations évangéliques sont bien connues. Il faut que ceux contribuent à la richesse d’un pays ou d’une entreprise, reçoivent qui leur revient.
Et ceci nous conduit à parler de la crise, bien plus sérieuse, celle-là, qui a éclaté en Guadeloupe. Elle pose le problème de l’identité de la France d’aujourd’hui. Nos compatriotes ultra-marins considèrent qu’ils ont été tenus à la lisière de la société française, qu’on ne leur accorde pas la considération à laquelle ils estiment avoir droit. En une phrase, ils jugent que plus d’un siècle et demi après 1845, ils sont en butte à un paternalisme d’où des relents d’esclavagisme ne sont pas absents… Ils n’ont pas tort de dire que la crise économique n’a fait que raviver cette blessure mal cicatrisée que des hommes ont infligé à d’autres hommes en raison de la couleur de leur peau. La crise économique a servi d’aiguillon au malaise identitaire. Il faut prendre conscience de cet aspect des choses, tout en admettant que l’impossibilité ou le refus de satisfaire une revendication de nos compatriotes ne saurait être mise sur le compte d’un racisme latent ou qui n’ose pas dire son nom. A terme, ce petit jeu pourrait se révéler dangereux et se retourner contre ses initiateurs.  Il suffit de feuilleter une Bible pour voir que l’esclavage a hélas été une plaie qui a affecté les débuts de l’humanité.  Mais les idéaux de justice, d’équité et de partage doivent aider à résoudre la crise. Les mesures concrètes annoncées garantissent largement une amélioration de la situation et un retour au calme.
Les Français dans leur ensemble sentent confusément la crise identitaire générée par les difficultés économiques que nous traversons. Des reclassements sociaux, des changements peu agréables montrent que notre monde change, parfois plus vite que nous ne le souhaitons. C’est pourquoi la mention de l’avenir par le président me paraît d’une importance cruciale.  Il nous faut un grand projet, une nouvelle frontière, un peu comme John Fr. Kennedy avait proposé à son peuple la conquête de l’espace pour remplacer la conquête de l’ouest.  C’est autour d’un grand programme dont il fixera lui-même les étapes majeures que Nicolas Sarkozy  pourra rassembler les Français.


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