LA FIN DE LA PUBLICITÉ A LA TÉLÉVISION PUBLIQUE

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LA FIN DE LA PUBLICITÉ A LA TÉLÉVISION PUBLIQUE
    Conformément au vœu du président de la République, la publicité devrait disparaître des écrans de la télévision publique d’ici à 2012.  Outre la révolution que cette mesure est censée entraîner pour les programmes (plusieurs heures par semaine à combler par d’autres émissions qu’il faut produire et donc financer)  se pose la question de savoir comment combler le trou occasionné par les manques de recette : près d’un milliard d’euros par an… C’est principalement sur ce point que la commission présidée par Jean-François Copé a dû travailler. Elle rend ses conclusions et propose, entre autres, de taxer les fournisseurs d’accès à l’internet et de s’intéresser aussi à la téléphonie mobile… En revanche, il semble que l’augmentation de la redevance soit abandonnée.
    La suppression de la publicité à la télévision publique est une bonne chose, à ce détail près qu’elle peut contribuer à la paupérisation d’un secteur déjà mal en point. Les aspects positifs, en revanche, ne sont pas négligeables : d’abord, cet assèchement du circuit financier va éradiquer quantité d’émissions bêtes et abêtissantes et chasser de leurs postes tant d’animateurs qui trompent notre jeunesse et la découragent de s’engager dans la voie du travail et de l’effort. Ensuite, de nombreux regroupements de moyens s’opéreront, ce qui va réduire des effectifs souvent pléthoriques. Enfin, la qualité devrait être de retour sur nos écrans. Comme chaque euro sera désormais compté, les chaînes publiques, si elles survivent, devront en compatibles.
    C’est une véritable révolution qui se prépare. Elle portera un coup fatal au vedettariat, à l’argent facile et l’insoutenable légèreté de l’être.

Commentaires

  • Là, je dois avouer que je suis en porte-à-faux avec tous ceux qui soutiennent le projet du Président Sarkozy. A mon sens, ce projet n'a rien de révolutionnaire ni de nouveau, dans la mesure où il s'agit simplement d'un retour à la TV de grand-papy, en général encensée comme un âge d'or du petit écran, quand il n'y avait pas encore de pub et que celui-ci avait pour mission d'éduquer le "citoyen". Une fois de plus, je considère, à l'instar de ce journaliste du Corriere de la Serra qui en 2007 commentait le programme économique de Sarkozy, qu'il fait du vieux, avec du vieux.

    La suppression de la publicité sur les chaînes publiques aboutira certes à la disparition de pratiquement tous les "talk-shows", dans la mesure où ces émissions n'ont aucun autre but que la promotion commerciale de divers produits: chanteurs, acteurs, auteurs populaires, modes vestimentaires, dernières tendances de styles de vie, etc. Dans cette même logique, il n'y aura plus non plus de diffusions sportives, puisque celles-ci sont alimentés par les sponsors qui n'ont d'autre objectifs que de s'afficher dans les coins d'écran, sur les maillots des athlètes ou sur les publicités tapissant les stades et autres lieux de compétitions. Les chaînes publiques expurgées de toutes émissions de cultures populaires et de sports, que restera-t-il? Les TJ et les diffusions de films de cinéma et de téléfilms ainsi que de séries et quelques émissions de reportages documentaires perdues dans cette marée de fictions. Or, on ne peut pas dire que la production française, européenne ou même américaine que l'on nous sert depuis des années correspondent aux critères de qualité qu'exigent la plupart des tenants de cette suppression de la publicité sur les chaînes publiques et que l'on retrouve dans une certaine élite socio-culturelle urbaine. Et si l'on considère les TJ et les émissions d'information (documentaires, discussions-débats), on est aussi plutôt déçu, puisque pour ratisser aussi large que possible, celles-ci ont tendance à faire dans la simplification à outrance et privilégier des dispositifs donnant la part belle au spectacle, à l'émotionnel, voir à la fiction, comme dans les docu-fictions (à reconstitutions narratologiques plus ou moins fidèles à la réalité des recherches sérieuses) qui semblent devenir la norme dans les pratiques de reportages.

    A contrario, comme le prouve des chaînes publiques comme ARTE ou France 5, la présence de publicité ne représente absolument pas un obstacle à la diffusion de programmes de qualité. Vous me direz que le problème, c'est que seule une minorité de la population les regardent régulièrement, les autres préférant ce qui nous apparaît souvent comme le plus bas de gamme télévisuel. Et bien, le problème nous hante depuis 150 ans: comment intéresser les "masses" (personnellement, en tant que chercheuse en science des médias et communication, je n'apprécie pas ce terme que je trouve à la fois vague et dénigrant) à la Culture, avec un grand "C"? Car, on ne peut pas dire qu'elle ne soit pas présente dans le domaine publique et qu'elle soit hors d'atteinte des "petites" bourses, surtout pas sous nos lattitudes où se multiplient jusqu'à saturation, toutes les initiatives possibles et imaginables pour capter ce grand public et cela depuis plus de 80 ans.

    Je ne pense donc pas qu'assécher les revenus publicitaires des chaînes publiques et les rendre encore plus dépendantes de l'état (avec l'héritage somme toute assez récent de leurs manipulations à des fins politiques) va forcément permettre une élévation du niveau de leur programme. C'est pourquoi je considère que non seulement la solution proposée est totalement à côté de la plaque, mais en plus, qu'elle représente simplement une de ces réponses simplistes et démagogiques faisant référence à un glorieux passé, qui, en quelques-sortes n'a jamais existé, du moins pas dans sa représentation actuelle, et que le président Sarkozy semble avoir à coeur de remettre constamment au goût du jour d'une manière assez grossière (à mon avis).

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