La Bible et l'histoire

Imprimer



BLOG LA BIBLE ET L’HISTOIRE

LA LECTURE CAPTIVANTE ET ATTENTIVE DE L’ENTRETIEN DU PERE JEAN-MICHEL BOFFET, DIRECTEUR DE L’ECOLE BIBLIQUE DE JERUSALEM, SUR L’INTELLIGENCE DE LA BIBLE, PARU DANS LE MONDEEN DATE DES 8/9 AVRIL, M’INSPIRE QUELQUES REFLEXIONS, EN CES TEMPS DE MONTEE DE L’INTEGRISME ET DE DIVORCE CROISSANT ENTRE LA SCIENCE ET L’HISTOIRE D’UNE PART, ET LA FOI ET LA TRADITION RELIGIEUSE, D’AUTRE PART.
EN CETTE PERIODE DE TREVE PASCALE OU, PAR LES HASARDS DU CALENDRIER LITURGIQUE, JUIFS ET CHRETIENS CELEBRENT, A LEUR FAÇON, LA FETE DE PESSAH ET DE PAQUE, IL EST BON DE DONNER UN PEU D’AMPLEUR A L’ACTUALITE RELIGIEUSE. LE PERE BOFFET EST UN EMINENT BIBLISTE QUI NE SACRIFIE NULLEMENT LA CRITIQUE A L’ADHESION RELIGIEUSE ET DONNE DU PROBLEME POSE UNE PRESENTATION SATISFIASANTE. NOUS AIMERIONS, EN QUELQUES LIGNES ESQUISSER UN TABLEAU PLUS GLOBAL INCLUANT A LA FOIS LA TRADITION JUIVE ET LA TRADITION CHRETIENNE.
LA BIBLE, PRESENTEE COMME UN DOCUMENT REVELE, MERITE UNE APPROCHE PLUS CIRCONSTANCIEE QUE CELLE GENERALEMENT ADOPTEE PAR LES MINISTRES NAIFS DU CULTE CHRETIEN ET JUIF. L’EXEGESE JUIVE ANCIENNE, C’EST-A-DIRE LA LITTERATURE TALMUDIQUE ET MIDRACHQIUE QUI REMONTE JUSQU'A L’AN 1200 DE NOTRE ERE, FUT PARFAITEMENT CONSCIENTE DES PROBLEMES POSES PAR UN TEXTE AUSSI COMPOSITE QUE LES VINGT-QUATRE LIVRES DU CANON BIBLIQUE. CES SOURCES JUIVES ANCIENNES NE SE FAISAIENT GUERE D’ILLUSION SUR LE POLYSEMANTISME DU VERBE DIVIN, SUR SA POLYSEMIE, DONC SON INFINITUDE DE SENS, MAIS CONSCIENTE DES LIMITES DE L’INTELLECT HUMAIN ET DE L’IMPERITIE DE L’ECRASANTE MAJORITE DE L’ESPECE HUMAINE, NE DEVOILE JAMAIS LE FIN MOT DES CHOSES… ELLE SE CONTENTE DE DIRE QUE L’ECRITURE A OBSCURCI, OCCULTE LES CHOSES POUR NOUS (SATAM LEKHA HA-KATUV…) C’EST CE QU’ELLE DECLARE PAR EXEMPLE LORS DE SON EXEGESE DU RECIT DE LA CREATION DE L’UNIVERS, RECONNAISSANT IMPLICITEMENT QUE DE TELS MYSTERES NE SAURAIENT ETRE ACCESSIBLES A L’ESPRIT HUMAIN. AUTRE EXEMPLE : QUAND ELLE COMPARE LES VISIONS D’ISAÏE ET D’EZECHIEL CONCERNANT LE CHAR DIVIN, LA TRADITION JUIVE DONNE UNE EXPLICATION QUI N’EN ET PAS UNE : L’UN DES DEUX PROPHETES ETAIT UN CITADIN HABITUE A VOIR DEFILER LE CORTEGE ROYALE ALORS QUE L’AUTRE ETAIT UN CAMPAGNARD QUI RESTE INTERDIT ET EBLOUI SUR LES BORDS DE LA ROUTE, VOYANT UN TEL SPECTAVLE POUR LA PREMIERE FOIS…
JUSQU’ICI, NOUS AVONS ABORDE LES THEOPHANIES, QUID, A PRESENT, DES PASSAGES NARRATIFS, DES RECITS QUE LA BIBLE DONNE DE PERSONNAGES AYANT REELLEMENT EXISTE ? EN D’AUTRES TERMES, LA BIBLE EST-ELLE UN LIVRE D’HISTOIRE ? LA ENCORE, LES RABBINS, TANT CEUX DE L’ANTIQUITE QUE CEUX DU MOYEN AGE SE SONT BIEN RENDUS COMPTE QUE LA BIBLE N’ETAIT PAS UN LIVRE D’HISTOIRE, A LA CHRONOLOGIE RIGOUREUSEMENT EXACTE… VOYONS LE LIVRE DE LA GENESE QUI COMPTE PAS MOINS DE 50 CHAPITRES… ET QUI APPLIQUE TANT A ABRAHAM QU’A SON FILS ISAAC LES MEMES PERIPETIES, NOTAMMENT LE RAPT DE L’EPOUSE PAR LE ROPI ABIMELECH… LA TRADITION JUIVE, NE POUVANT PAS PARLER COMME NOUS DE L’HYPOTHESE DOCUMENTAIRE, NI DE LA REUNION DE SOURCES DIFFERENTES (YAHWISTES ET ELOHISTES) OPTE POUR UNE EXPLICATION ETHICO-PSYCHOLOGIQUE : CE QUE VIVENT LES PERES DOIT SERVIR DE SIGNAL ET DE MISE EN GARDE A LEURS FILS… LA ENCORE, LA TRADITION, CONSCIENTE DU PROBLEME, NE FAIT QUE L’EFFLEURER. AUTRE EXEMPLE : LE PARCOURS D’ISMAËL DANS CE MEME LIVRE FLUCTUE ENTRE, AU MOINS, TROIS VERSIONS : D’ABORD, AGAR, ENCEINTE, S’ENFUIT ET L’ANGE LUI ORDONNE DE REVENIR CHEZ SA MAITRESSE ; ENSUITE, ELLE EST CHASSEE AVEC SON FILS ET, PLEURANT DANS UN DESERT INHOSPITALIER, ELLE ENTEND L’ANGE LUI DIRE DE SE RESAISIR ET DE BIEN S’OCCUPER DE SON FILS… ENFIN, LORS DES FUNERAILLES DU PATRIARCHE ABRAHAM, ON LIT QU’ISMAËL VIVAIT TOUJOURS, DEPUIS CE TEMPS LA, AUPRES DE SON PERE… LE RECIT EST DONC, MANIFESTEMENT COMPOSITE ET LE SCRIBE ETAIT VICTIME DE DIPLOPIE, C’EST-A-DIRE QU’IL REGARDAIT PLUS D’UNE SOURCE A LA FOIS… D’OU DES ASPERITES NON ARRONDIES DE LA VERSION FINALE… ET JE LAISSE DE COTE LES PASSAGES OU, APRES AVOIR DEROULE PAR LE MENU LA VIE D’ABRAHAM, ON EPROUVE LE BESOIN DE RESUMER EN UN SEUL VERSET TOUS LES GRANDS MOMENTS DE SON EXISTENCE… COMME SI ON NOUS LE PRESENTAIT POUR LA PREMIERE FOIS.
CONSCIENTE DE TOUT CELA, LA TRADITION A ERIGE UN PRINCIPE SELON LEQUEL, IL N’Y A DANS LA BIBLE NI AVANT NI APRES, NI ANTERIORITE NI POSTERIORITE. IL EST EVIDENT QUE CETTE REPONSE N’EST QU’UN PIS ALLER, CHERCHANT A OBVIER AUX CRITIQUES QUI N’ONT PAS DU MANQUER CONTRE L’INCONSISTANCE HISTORIQUE (REELLE OU SUPPOSEE) DE LA BIBLE. CETTE BRILLANTE TROUVAILLE APOLOGETIQUE ETAIT A DOUBLE TRANCHANT, CAR ELLE POUVAIT PORTER GRAVEMENT ATTEINTE A L’HISTORICITE DES PERSONNAGES BIBLIQUES DANS LEUR ENSEMBLE. IL FALLAIT DON EN FAIRE UN USAGE CIRCONSPECT. MAIS L’ENSEIGNEMENT PRINCIPAL EST QUE LA BIBLE RENONCE A TOUTE CHRONOLOGIE EXACTE ET FIABLE…
TOUTEFOIS, POUR LES JUIFS COMME POUR LES CHRETIENS, CELA N’ENLEVAIT RIEN A LA SACRALITE DU TEXTE NI A LA VALEUR DE L’HISTOIRE SAINTE DANS LE SEUL DOMAINE OU ELLE ENTEND FAIRE VALOIR SES PRETENTIONS, CELUI DE LA PIETE : ON BROSSE DES PERSONNAGES, ON RELATE DES EVENEMENTS AFIN QUE LE LECTEUR DEVOT S’INSPIRE DE SI HAUTS EXEMPLES. UN THEOLOGIEN AUSSI HABILE QUE HUGUES DE SAINT-VICTOR N’ECRIVAIT-IL PAS QUE L’ECRITURE GRANDIT AVEC SES LECTEURS… IL INVITAIT DONC A ENRICHIR A BRODER SUR CE TEXTE DE BASE. DE LEUR COTE, LES SAGES DU TALMUD AVAIENT SPECIFIE QUE LA TORA A SOIXANTE-DIX ASPECTS OU SENS… CE NOMBRE, A L’EPOQUE, ETAIT EMBLEMATIQUE.
IL EST EVIDENT, PAR CONSEQUENT, QUE MEME LES THEOLOGIENS, LES PLUS ECLAIRES, EVIDEMMENT, SAVAIENT QUE LA BIBLE N’EST PAS UN DOCUMENT REVELE D’UNE SEULE PIECE MAIS CONSTITUE, EN REALITE, UNE LITTERATURE NEE A DIFFERENTES EPOQUES, REFLETANT AUSSI LES PREOCCUPATIONS DE L’AGE DE SA REDACTION ET DES DIFFERENTES EPOQUES DE SA REVISION… NULLE TRACE DE L’IDEE MESSIANIQUE DANS L’EXODE NI LE LEVITIQUE ALORS QUE DANS LA LITTERATURE PROPHETIQUE DU MILIEU DU VIIIE SIECLE, SE PROFILE NETTEMENT LA MAJESTUEUSE FIGURE DU REDEMPTEUR DE L’HUMANITE, LE FILS DE DAVID.
ERNEST RENAN SE GAUSSE, DES SON JEUNE AGE, DE BOSSUET QUI S’EXTASIE DANS SON DISCOURS DE L’HISTOIRE UNIVERSELLE SUR LES TALENTS DIVINATOIRES DU LIVRE D’ISAÏE (CH. 44) QUI CITE CYRUS DEUX CENTS ANS AVANT SA NAISSANCE ! BOSSUET, DANS SA PIETE, NE POUVAIT IMAGINER (COMME CHATEAUBRIAND, D’AILLEURS) QU’A PARTIR DU CHAPITRE 40, ON A AFFAIRE A UN AUTRE PMROPHETE QUE L’ON NOMME, PAR COMMIODITE LE DEUTERO-ISAÏE…
PENSONS AUSSI A L’ŒUVRE DE CE COURAGEUX ORATORIEN RICHARD SIMON, HISTOIRE CRITIQUE DE L’ANCIEN TESTAMENT… ON LE VOIT AISEMENT, IL Y A DIFFERENTS TYPES ET MODES DE LECTURE DE LA BIBLE, QU’ELLE SOIT JUIVE OU CHRETIENNE. LES TEXTES CANONIQUES HEBRAÏQUES FURENT VRAIMENT FIXES VERS LE VIIE SIECLE ET PROBLAMENT ENCORE AMENDES A LA FIN DU VIE, A L’OCCASION DU RETOUR DES EXILES DE BABYLONE… ON LE VOIT LA PAROLE DU SEIGNEUR EST LOIN D’ETRE UNIVOQUE ; LA BIBLE N’EST PAS COULEE, UNE FOIS POUR TOUTES, DANS UN INTOUCHABLE MOULE DE BRONZE, COMME LE PENSAIT NAIVEMENT BOSSUET.

Les commentaires sont fermés.