Comment gérer le legs religieux… Comment surmonter les antagonismes ? (03/03/2021)

Comment gérer le legs religieux… Comment surmonter les antagonismes ?

Depuis de nombreuses années nous vivons sous la régime tyrannique des sondages d’opinion. Les sujets les plus vitaux de nos sociétés ne fendent les épaisses couches de l’indifférence que si et seulement si quelques sondages finissent par s’imposer et retenir toute notre attention. Or, en France, nous sommes arrivés à un état que le philosophe Karl Jaspers a qualifié de temps axial (Achsenzeit), c’est-à-dire à un tournant de l’évolution de notre vie culturelle, c’est-à-dire capable d’imprimer une orientation fondamentale, cruciale de notre penser et de notre sentir. De notre devenir. Et c’est toujours la place que peut ou doit prendre l’héritage religieux de notre civilisation. Certes, on va croire que je veux reparler de la laïcité, alors qu’en réalité on a dépassé ce stade préliminaire depuis des décennies. On en est désormais au point de sauver ce qui peut encore l’être. Et ici il s’agit de la question suivante : pouvons nous continuer à penser librement, à réfléchir librement et à publier librement notre opinion en matière religieuse ? Avouons que dans le pays de Voltaire, une telle problématique peut être assimilée à une énorme régression à la fois intellectuelle et spirituelle.

 

 

  

Comment gérer le legs religieux… Comment surmonter les antagonismes ?

 

Sans vouloir humilier ni injurier qui que ce soit, ce sont les journalistes, de par leur fonction même, qui sont hélas en charge de gérer cette affaire. Les journalistes, heureusement qu’ils ont là, prennent les problème à bras le corps, c’est leur métier, mais jamais de manière approfondie puisqu’ils se saisissent de tout sans pouvoir être spécialiste de tout. Depuis quelque temps, reconnaissons le, ils s’entourent d’avis motivés plus ou moins puisés aux meilleures sources du moment. Et c’est le cas ce matin après la publication de certains sondages dont les résultats sont plus qu’alarmants puisque les fondements mêmes de notre société semblent remis en question.

Quel est l’arrière-plan culturel de ces évolutions ? En gros, il s’agit d’une remise en question des fondements mêmes de la société française. Des nouveaux-venus, même s’il s’agit de la troisième ou de la quatrième génération, n’ont toujours pas su s’intégrer. Ils habitent en France sans y vivre vraiment. Je veux dire qu’ils ne s’identifient toujours pas à l’histoire de la France, à sa socio-culture et à ses mœurs. Il ne faut donc pas s’étonner de la résurgence régulière de certains modes de vie et de pensée.

Essayons de voir à quand remonte cette distanciation entre les cultures, la nôtre judéo-chrétienne qui, depuis l’époque des Lumières médiévales (Averroès, Albert le Grand, Maimonide) a, en quelque sorte, détrôné Dieu et la lecture théologique de l’Histoire, et celle de l’islam dont l’essence est la soumission à la volonté de Dieu, ou à ce qui se présente comme telle. Depuis l’époque de la Renaissance, en Occident chrétien, ce n’est plus la Révélation qui était l’arbitre suprême de la Vérité philosophique. La Vérité religieuse cédait de plus en plus de terrain sous les coups de boutoir de la Raison universelle. Petit à petit l’Europe, jadis soumise au magistère de l’église, s’engageait dans un chemin qui allait aboutir à la déchristianisation de notre continent. Les catégories de la pensée revêtaient une coloration de plus en plus libres de toute attache de nature religieuse.

Depuis l’époque de la Renaissance, la critique biblique a disséqué la conception religieuse de la vie et de l’univers, reléguant à l’arrière-plan les dogmes religieux. Notamment la preuve par le miracle qui fut le plus puissant pilier de la foi. La science moderne a fait litière de tout cela. Mais cette évolution ne s’est pas faite sans douleur.

Cette nouvelle conception du monde (Weltanschauung) ne s’est pas imposée sans peine, elle ne s’est même jamais totalement débarrassée de ses ennemis. Il suffit de relire certains passages de la seconde partie du Faust de Goethe pour s’en convaincre. C’est la sempiternelle question qui revient à l’ordre du jour : quelle est l’approche la plus adéquate du monde ? Est ce la foi ou la science ? Les membres de la caste religieuse entendent faire jouer à la Raison universelle un rôle ancillaire : la Raison, la logique, le raisonnement ne seraient que les servantes de la théologie, promue au rang de reine des sciences. L’incarnation de la sagesse suprême. La pensée humaine a mis des siècles à se débarrasser du joug du dogme religieux, réputé inentamable, intouchable… Ce serait le retour au bûcher comme pour Giordano Bruno et Michel Servet.

Après tous les attentats commis sur le sol national et aussi un peu partout dans le continent européen, il se trouve encore des gens vivant à nos côtés qui condamnent la critique des traditions religieuses, optent pour le port de signes religieux ostentatoires et, en gros, veulent ériger une frontière simplement poreuse entre l’école, l’enseignement en général et les religieux. Alors que nous devons, au contraire, sanctuariser l’école.

Cette tendance va en se renforçant puisqu’un précédent sondage (encore un !) signalait qu’une majorité de jeunes issus de l’immigration plaçaient la loi religieuse au-dessus de la loi civile. Entendez politique, les règles qui régissent notre vie quotienne. Et voilà où nous en sommes. Que croyez vous que le pouvoir ait fait entre ces deux dates , celle de l’ancien sondage et celle du sondage de ce matin ? Rien, absolument rien. Pourquoi, comment s’explique cet immobilisme ?

Depuis près d’un demi siècle, aucun gouvernement ne s’est occupé de ce fossé qui se creuse. Le travail à accomplir est considéré comme surhumain et surtout risqué car au plan démographique de nouveaux équilibres, une dynamique nouvelle sont en marche. Tous les partis politiques, sont, à des degrés divers, conscients de la gravité de la situation et du danger pesant sur l’identité nationale. Un ancien haut responsable politique, retiré des affaires, avait parlé de la disparition de l’homogénéité de la société française… Personne n’avait relevé !

Nous avons dépassé cette lecture théologique de la vie, de la destinée humaine ; nous ne sommes plus au temps d’Auguste Comte et de la strate théologique de la culture. Mais il est vrai qu’hormis la culture judéo-chrétienne, vous ne trouverez nulle part ailleurs la proclamation de «la mort de Dieu» . C’est cela que les opposants nous reprochent comme étant un aveuglement. Dans l’édifice social fidéiste, Dieu est le garant de la vérité, l’étape ultime de la pensée, le vérificateur suprême. Si vous adhérez de toutes les fibres de votre être à cette conception de la vie et du monde, vous ne pouvez pas vivre harmonieusement dans l’Europe de notre temps.

La question est de savoir comment gérer notre legs, notre patrimoine religieux. Certains ont prôné une sorte de philosophie de la religion, interprétant allégoriquement les dogmes religieux et faisant de la religion un instrument aidant à régir les masses incultes. Ce schéma adopté par les élites médiévales des trois monothéismes n’a plus cours. Nous manquons cruellement d’une idéologie nouvelle, éclairante, fondatrice d’identité et formatrice d’opinion. Alors, comment faire pour que la France redevienne la France de toujours ? Je me demande parfois si la France va rester la France tant l’édifice prend l’eau de toutes parts.

 

 

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