Vu de la place Victor Hugo

  • Valérie Perez-Ennouchi, Destins de femmes. Paris, Ramsay, 2021

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    Valérie Perez-Ennouchi, Destins de femmes. Paris, Ramsay, 2021

     

    Quelle heureuse surprise que ce livre ! Enfin un vibrant et talentueux plaidoyer en faveur de la cause des femmes, une cause aussi ancienne que le monde et qui n’a trouvé qu’assez rarement de valeureux défenseurs sachant ménager les deux faces de la médaille : servir une si légitime cause que celle des femmes soumises et opprimées sans incriminer aveuglément les… hommes, qui en sont presque toujours, disons le honnêtement, les responsables.

     

    Mais avant d’entrer in medias res voyons qui est l’auteur et quel est son parcours ; c’est une grande éditorialiste qui a occupé d’importantes fonctions dans divers médias télévisuels avant de prendre les commandes d’une brillante émission hebdomadaire, intitulée Histoire et découverte, diffusée par I24News à Jaffa / Tel Aviv.

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  • Jean-Michel Blanquer, École ouverte. Gallimard

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    Jean-Michel Blanquer, École ouverte. Gallimard

     

    J’ai lu cet opuscule avec bien du plaisir, je redoutais d’avoir affaire à une  prose ministérielle fade  d’un homme politique avide de lancer, comme tous ses prédécesseurs, une énième réforme de l’éducation nationale. Or, il n’en est rien, le ton est lucide, sans être passionné ni obsédé par ses propres vérités. En outre, JMB peut se prévaloir d’une exceptionnelle longévité à la tête d’un ministère, jadis comparé à l’Armée Rouge en raison de ses effectifs jugés pléthoriques  ou à un «mammouth qu’il fallait dégraisser»…  Et aussi, un département ministériel connu pour ses turbulences coutumières et ses grèves à répétition. Enfin, le profil même de JMB a joué dans le bon sens : issu, comme nous, du corps des professeurs d’université, passionné par les questions d’éducation au point d’avoir nommé recteur d’une académie non dénuée de problèmes, il a fini par gagner naturellement ses galons de ministre. Enfin, un homme, issu de nos rangs et qui connait de l’intérieur les problèmes et les questions qu’il convient de traiter en urgence. Il faut rendre hommage  à un homme qui a eu le courage d’affirmer ses opinions, même quand l’opinion publique optait pour d’autres solutions. Je pense évidemment à la fermeture ou, au contraire, à la réouverture des établissements d’enseignement. JMB a fait de l’éducation nationale et de l’École ( qu‘il écrit avec un E majuscule) un élément central des institutions républicaines.

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  • Flora Hogman, Le récit d’Erica, enfant cachée dans la France occupée (Albin Michel)

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    Flora Hogman, Le récit d’Erica, enfant cachée dans la France occupée (Albin Michel)

     

    Avant de dire de quoi il est question dans ce livre si émouvant, il convient de féliciter les éditions Albin Michel de publier un tel témoignage si poignant, si incroyable, émanant d’une petite fille juive, ayant perdu son père (Éric) à l’âge de deux ans, et apprenant par la force des choses que sa chère mère qui l’avait confiée à une institution religieuse catholique, ne la reverra plus, contrairement à la promesse faite de revenir la chercher, un jour. Ce jour n’est jamais arrivé et la petite fille, devenue adolescente, a puisé en elle-même une puissante résilience qui lui a permis de se refaire et de se reconstruire… C’est pourquoi j’attire d’emblée l’attention du lecteur sur le titre qui apparaît en pleine page avant le texte :  Uns histoire de perte, d’amour et de guérison…

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  • Franz Kafka. Journal  (édition intégrale, douze cahiers, 1909-1923) (VI et fIn) Gallimard

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    Franz Kafka. Journal  (édition intégrale, douze cahiers, 1909-1923) (VI et fIn) Gallimard

     

    Je commence la recension de ce nouveau cahier, le sixième, par une mention exceptionnelle, celle de Kafka qui rencontre, pour la première fois, la femme qui va tant compter pour lui, et que son ami de toujours Max Brod lui présente dans son propre cadre familial : Felice Bauer. Elle est citée dans ce journal plus de cinquante fois. Ce qui m’a frappé dans cette rencontre, c’est le compte rendu qu’en fait Kafka. Il commence par la prendre pour une domestique alors qu’elle était assise à table avec les autres convives. Sa vêture est décrite de manière peu engageante, habillée comme une ménagère. Quant  au visage, Kafka dit qu’il est osseux, que le cou est dégagé, que le regard semble vide, toute expression en est absente, bref rien qui suscite le désir ou l’envie d’amour.

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  • Franz Kafka. Journal  (édition intégrale, douze cahiers, 1909-1923) (V) Gallimard                                    Franz Kafka et le judaïsme

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    Franz Kafka. Journal  (édition intégrale, douze cahiers, 1909-1923) (V) Gallimard

                                       Franz Kafka et le judaïsme

     

    Ce sixième cahier du Journal s’ouvre sur une longue présentation des yeshivot, les académies talmudique d’Europe centrale et orientale. C’est évidemment ce même incontournable Löwy qui est la source d’une présentation, somme toute, très claire et intelligente de la part de Kafka qui ne s’intéresse pas uniquement au contenu purement académique, à savoir approfondir le sens de la Tora, mais présente aussi l’existence matérielle des étudiants et de l’institution. Il nous introduit dans la train-train quotidien d’une yeshiva.

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  • Franz Kafka. Journal  (édition intégrale, douze cahiers, 1909-1923) (IV) Gallimard

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    Franz Kafka. Journal  (édition intégrale, douze cahiers, 1909-1923) (IV) Gallimard

     

    Dans ce journal sui couvre plus d’une décennie, certains passages, certains commentaires reviennent comme des Leitmotive. Le judaïsme, le célibat et quelques autres thèmes inhérents au judaïsme connaissent de très nombreuses occurrences. Et le Talmud en fait partie ; souvent, comme je l’ai dit plus haut, Kafka retire de ses lectures talmudiques, surtout des aggadot, c’est-à-dire des récits fortement légendaires ou des expériences vécues dont le lecteur doit retirer un enseignement éthique. Ici, dans ce quatrième cahier, Kafka ne déroge pas à la règle. Il commence à signaler un conseil talmudique : lorsqu’un sage cherche à épouser un femme et à convoler avec el en justes noces, il doit être accompagné par un ignora mus, un homme mal dégrossi, car dans cette opération  particulière il lui sera plus utile que l’érudition accumulée au cours des ans. Certes, ce n’est pas très flatteur pour les femmes mais cela témoignage d’une grande lucidité. Et dans commerce là, l’ignorant est mieux loti que l’érudit Je suppose que par cette remarque, le talmud entend éviter au candidat au mariage quelques pièges dans lesquels il serait tombé pieds join

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  • Franz Kafka. Journal  (édition intégrale, douze cahiers, 1909-1923) (II) Gallimard

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    Franz Kafka. Journal  (édition intégrale, douze cahiers, 1909-1923) (II) Gallimard

     

    Je poursuis la lecture de ce vaste journal et vais m’arrêter sur les remarques qui permettent, selon moi, de mieux comprendre le mal être de Franz Kafka, lequel sut, néanmoins, faire de cette maladie une œuvre d’art. Même si j’en avais conscience depuis fort longtemps, me replonger dans cette littérature m’a permis de voir combien l’origine juive de l’auteur le préoccupe et l’a préoccupé du début à la fin.

     

    Ici, dans ce troisième cahier, les remarques relatives au judaïsme sont fréquentes et pour certaines, étonnantes. Je ne fais pas uniquement allusion au père de Kafka qui traite l’un des amis de son fils de meshcuggenem Ritoch (étourdi, écervelé en yiddish). Je m’en réfère surtout à une présentation très personnelle de Kafka du récit talmudique décrivant l’entrée des quatre au jardin de la mystique. Il s’agit d’un passage classique du Talmud qui relate les différentes approches de la Torah de Dieu. En somme, les différents types d’exégèse et les précautions qu’il convient de prendre au préalable afin de ne pas sombrer dans la folie ou dans l’hérésie

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  • Franz Kafka. Journal  (édition intégrale, douze cahiers, 1909-1923) (II) Gallimard

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    Franz Kafka. Journal  (édition intégrale, douze cahiers, 1909-1923) (II) Gallimard

     

    Après le premier cahier, j’aborde le second dans l’ordre chronologique. Le texte a de quoi surprendre car l’auteur y relate ses rêves qui parfois se confondent avec la réalité. IL invente des dialogues fictifs avec des récits de ce qu’il a réellement vécus… Parfois, il y introduit des remarques assez étranges sur le bruit des lèvres de certaines femmes juives. Il assiste aussi à un certain nombre de conférences sur Musset, par exemple, dans un espace culturel réservé à la langue française. Il cite aussi Paul Claudel, alors consul général de France à Prague. On a alors l’impression de ne pas être vraiment plongé dans la réalité. Et il y a toujours cette division entre deux univers, celui du travail morne et ennuyeux, et celui de l’écriture. Il arrive aussi que Kafka porte des jugements sévères sur une mise en scène ou sur  la médiocrité d’une pièce de théâtre.

     

    On lit aussi quelques remarques désabusées sur les célibataires. Il est vrai que Kafka, en butte à une maladie grave, était obsédé par la mort qui pouvait le surprendre à tout instant. Il nous confie que s’il atteignait la quarantaine il épouserait un certain type de femme ; mais il n’est pas sûr d’en avoir le temps. En d’autres termes de survivre. Au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture, les craintes de Kafka quant à son état de santé deviennent plus alarmistes. IL parle de son corps comme de son propre tombeau et de l’odeur de cadavre (sic) qu’il exhale. Il surveille attentivement l’évolution de la maladie mais ne sait pas ce qu’il faut en déduire.

     

    A nouveau, on peut lire des considérations ou des réflexions qui n’ont aucun rapport avec ce qui précède ou ce qui va suivre. En voici un exemple typique :

     

    Si les Français étaient pour l’essentiel des Allemands, comme ils seraient alors admirés par les Allemands…

     

     Que veut dire ce passage ? Toute l’histoire, ancienne et récente, montre que les deux descendants de Charlemagne ont peu de points communs. Là on nous dit que les Allemands ne prisent guère leurs voisins d’outre-Rhin en raison probablement de certaines dissemblances qui font figure de défauts aux yeux des Allemands. Les Allemands sont réputés pour leur Gründlichkeit, voire leur Übergründlichkeit, leur vocation presque congénitale à aller jusqu’au bout du travail, à ne négliger aucun aspect du problème, si minime soit-il, bref ,  être le pays de Kant et de Hegel, pour ne parler que de l’aspect philosophique. Peut-être faut-il aussi tenir compte de certaines rivalités politiques, notamment les guerres de libération antinapoléoniennes. Mais cela reste très conjectural.

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  • Franz Kafka. Journal  (édition intégrale, douze cahiers, 1909-1923) (I) Gallimard

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    Franz Kafka. Journal  (édition intégrale, douze cahiers, 1909-1923) (I) Gallimard

     

    Est-ce vraiment un journal tenu par l’auteur jour après jours ou est-ce plutôt un composé de réflexions dans lesquelles l’auteur parle soit de lui-même, soit de son entourage ou soit de certaines de ses œuvres déjà parues ou à paraître ? Aux spécialistes de trancher mais la plupart s’accordent pour jeter leur dévolu sur le terme finalement retenu, journal. Mais dans tous les cas, cette véritable somme, près de 800 pages, est difficile à traiter. A part l’unité de temps, la chronologie, on passe du coq à l’âne, sans oublier certaines répétitions qui commencement par surprendre le lecteur attentif.

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  • Joe Biden, un président cacochyme…

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    Joe Biden, un président cacochyme…

     

    Comme tant de gens, j’ai suivi attentivement l’intervention télévisée de l’actuel président des USA, au cours de laquelle il était censé donner des justifications solides de son départ précipité de Kaboul. Il n’en fut rien, notre homme s été pathétique et même dans son propre pays on s’est déclaré insatisfait par son allocution télévisée. Durant 26 minutes, si je ne m’abuse, Biden a tenté d’élargir l’anneau (expression talmudique pour dire qu’on étend la responsabilité de l’acte à d’autres gens ou à d’autres facteurs…), mêlant tous ses conseilleurs, son secrétaire d’État, le secrétaire d’État à la défense, bref tout ce petit monde, aux commandes à Washington, était uni comme un seul homme derrière son président : il fallait évacuer, et le plus vite serait le mieux.

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