Vu de la place Victor Hugo

  • Sophie Delassein, Le dernier testament de Maurice Finkelstein (Le Seuil)

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    Sophie Delassein, Le dernier testament de Maurice Finkelstein (Le Seuil)

    J’avoue avoir un peu hésité avant de me lancer dans la lecture de ce roman, commis avec une certaine grâce par une journaliste œuvrant dans un grand hebdomadaire national (que je ne lis plus depuis des décennies) et écrit dans un style alerte, sobre, sans fioritures. Dans les premières pages, je commençais à me demander où voulait en venir cette femme ashkénaze, la cinquantaine conquérante, et je pensais même qu’elle n’arrivait pas à dépasser le niveau d’une fâcheuse médiocrité quand soudain, à la page 68 précisément, elle a dévoilé la gravité, que dis-je la grande, l’insupportable tragédie de l’existence humaine.

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  • Pierre Hadot, N’oublie pas de vivre…Goethe et la tradition des exercices spirituels (Albin Michel)

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    Pierre Hadot, N’oublie pas de vivre…Goethe et la tradition des exercices spirituels (Albin Michel)

    C’est à une très agréable promenade, jalonnée de belles citations grecques et latines que nous invite le brillant helléniste du Collège de France, Pierre Hadot dont je découvre grâce à ce livre que son érudition germanique égale son expertise hellénistique. En effet, le défunt spécialiste de l’Antiquité grecque a minutieusement étudié les œuvres de l’auteur de Faust. Il connaît les ressorts secrets de son œuvre et sut entrer dans le cœur même du rapport de Goethe au monde, à la vie et à la nature. Un homme amoureux de la vie et du monde, vénérant la Nature avec un N majuscule, évitant l’érudition desséchante et la cuistrerie.

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  • Erri de Luca, Aller simple suivi de l’hôte impenitent (Gallimard, Folio)

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    Erri de Luca, Aller simple suivi de l’hôte impenitent (Gallimard, Folio)

    Nos lecteurs ont déjà lu ici même des critiques très élogieuses des livres de l’auteur, un Italien autodidacte, polyglotte et assez bon connaisseur, dit-il, de l’hébreu biblique. Mais jusqu’ici je ne me suis occupé que de nouvelles et de romans de l’auteur. Avec le présent ouvrage consacré à la poésie, c’est une autre paire de manches .

    L’auteur entonne une longue complainte, toujours émouvante, qui dénonce l’attitude inhumaine de l’Europe, et singulièrement de son pays, l’Italie, à l’égard des migrants qui jonchent les fonds marins. La Méditerranée est devenue un cimetière marin. Il est difficile de faire un commentaire linéaire d’un si long poème. J’ai donc sélectionné quelques vers qui me paraissent assez clairs. Même si l’ensemble n’est pas uni de façon mogique. Difficile d’agir autrement.

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  • Fédor Dostojevski, Les nuits blanches (Gallimard folio)

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    Fédor Dostojevski, Les nuits blanches (Gallimard folio)

    Quand on a achevé la lecture de cette belle nouvelle, œuvre de jeunesse de l‘auteur, on se dit qu’aucun écrivain n’échappe à un processus de maturation ou dévolution, généralement dans le bon sens. C’est le cas aussi de l’auteur des Frères Karamazov qui avait aussi publié des œuvres moins marquantes dans la littérature universelle. L’histoire ici est assez simple quoique très belle : celle d’une rencontre des plus improbables dans les rues de Saint Petersburg , au cours d’une soirée entre mai et juin, une période au cours de laquelle la nuit ne dure que très peu d’heures, permettant à la ville de baigner dans un crépuscule presque romantique. C’est ce qui va arriver au narrateur, jeune homme de 26 ans, qui rencontre une belle jeune femme dont il va tomber follement amoureux. Le trait, disons le d’emblée, est aussi un peu autobiographique puisque dans la vraie vie, D. va s’éprendre de l’épouse d’un instituteur qu’il finira par épouser quand elle deviendra veuve…

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  • Katajun Amripur, Khomeini, Révolutionnaire de l’islam (Der Revolutionär des Islams). Einee Biographie) (Munich, Beck, 2020) ( suite et fin)

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    Katajun Amripur, Khomeini, Révolutionnaire de l’islam (Der Revolutionär des Islams). Einee Biographie) (Munich, Beck, 2020) ( suite et fin)

    Durant son long exil irakien, le futur maître de l’Iran eut le temps de se radicaliser et d’établir les fondements théoriques d’un état islamique. On note une forte radicalisation par rapport aux thèses émises dans le précédent écrit, La divulgation des mystères. Vu l’étendue de cette recension, je ne pourrai pas entrer dans les détails, mais je peux en résumer les thèses principales : Khomeiny considère que la lettre du Coran d’une part, les faits et gestes du Prophète, d’autre part, sont les deux sources auxquelles l’état islamique doit s’en référer. De même, il considère, en interprétant certains versets sacrés que le Prophète avait bel et bien nommé Ali, son cousin et gendre, comme successeur. Khomeiny est absolument sûr de son fait et c’est bien cette thèse qu’il défend dans ses leçons sur l’état islamique. A ses yeux, le Coran a réponse à tout, il n’existe pas une seule problématique importante qu’il n’ait abordée au point d’en fournir la solution. Enfin, l’idée selon laquelle l’islam doit se tenir loin de la politique, en somme de ce que nous nommons de nos l’islam politique, constitue vraiment un obligation de nature religieuse.

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  • Katajun Amripur, Khomeini, Révolytionnaire de l’islam (Der Revolutionär des Islams). Einee biograpgie) (Munich, Beck, 2020) (II)

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    Comme on le notait dans le précédent papier, Khomeiny avait réussi un parcours sans faute dans son ascension au sein du clergé chiite. Bien que ses meilleurs maîtres aient conseillé à leurs ouailles et à leurs disciples de se tenir éloignés de tout engagement politique, lui ne l’entendait pas de cette oreille. En gros, il optait pour un retour au Coran dont les enseignements pouvaient servir à moderniser le système monarchique, voire à le remplacer D’autres religieux n’avaient pas un point de vue aussi tranchée que le sien sur la réforme institutionnelle et les tensions avec le pouvoir impérial allaient en s’aggravant. L’auteur de cette biographie cite deux exemples qui n’en font en réalité qu’un seul, au cours desquels le divorce se faisait de plus en plus grave. Il s’agit de l’anecdote suivante : un jour, la mère du Chah (d’autres parlent de sa femme) visita la grand mosquée de Téhéran sans se voiler, ce qui fut reçu comme un insupportable offense. Un religieux présent dans l’enceinte religieuse lui ordonna de quitter les lieux sur le champ. Quand le chah apprit la nouvelle, il se précipita dans l’édifice religieux, y pénétra avec ses bottes de cavalier et jeta le religieux dehors en le tirant par la barbe… On ignore dans quelle mesure l’incident est authentique mais il prouve au moins une chose : les rapports entre le palais impérial et le clergé chiite étaient très tendus. Le monarque ne parvenait toujours pas à trouver un modus vivendi avec ce clergé dont l’influence sur le petit peuple était très grande

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  • Michel Serres, De bonnes nouvelles. Petites chroniques du dimanche. Entretiens avec Michel Polacco (2004-2018) Le pommier 2021. 1583 pages

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    Michel Serres, De bonnes nouvelles. Petites chroniques du dimanche. Entretiens avec Michel Polacco (2004-2018) Le pommier 2021. 1583 pages

    Tous les fidèles auditeurs de France-Info se souviennent de cet instant béni, le dimanche en début de soirée, lorsque les deux Michels se livraient à un duo incomparable : un grand journaliste, directeur de cette station-radio questionnait un non moins grand philosophe qui tenait un discours à la fois accessible à tous et hautement instructif. Ce dialogue fructueux a duré presque quinze années. Au cours desquelles la demande du public et la fidélité à l’émission n’ont jamais faibli. Ce qui y a mis terme, c’est tout simplement la loi d’airain qui limite la vie de toute chose de toute émission sur cette terre.

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  • Marcel Mauss (1872-1950), Psychologie, sociologie, physiologie (PUF 2020)

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    Marcel Mauss (1872-1950), Psychologie, sociologie, physiologie (PUF 2020)

    Voici un grand savant , Marcel Mauss, qui a fécondé les sciences sociales et dont tant d’autres ethnographes et sociologues (entre autres Claude Lévi-Strauss) se sont fortement inspirés. Et lui-même avait bénéficié de la profonde affection de son oncle maternel, le célèbre Emile Durkheim, le fondateur de l’école sociologique française. Mauss est reçu à l’agrégation de philosophie à 21 ans. Mais il se détournera de l’enseignement de cette manière pour suivre les propositions de cet oncle éminent qui cherche à en faire une sorte d’héritier et de successeur au sein de la discipline qu’il venait d’initier. Et en fin de compte, à la mort de son protecteur , il le dépassera même, sans toutefois le crier sur les toits…

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  • Gilles Kepel, Sortir du chaos. Les crises en Méditerranée et au Proche-Orient (Gallimard) (suite et fin)

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    Gilles Kepel, Sortir du chaos. Les crises en Méditerranée et au Proche-Orient (Gallimard) (suite et fin)

    Dans mon précédent papier, j’abordais la thèse principale de Gilles Kepel : comment les masses arabo-musulmanes ont soudainement brandi l’étendard de la révolte à la suite de l’incident tragique et poignant du marchand de Bouzid qui s’immole par le feu parce qu’une policière municipale l’a giflé publiquement, au motif qu’il n’était pas permis de vendre ses fruits et légumes à la sauvette… Or, c’était là sa seule source de subsistance. Il décide aussitôt de mettre fin à ses jours. C’est le pire exemple de la série bien connue, le battement d’ailes d’un papillon provoque à l’autre bout du monde un terrible ouragan… L’écho de ce drame qui eût été sans résonnance aucune peu de temps auparavant a atteint toutes les nations du monde, et notamment du monde arabe. C’est la gifle satanique qui a bouleversé l’ordre mondial. Aucun régime arabe, carencé en démocratie, n’y a échappé, tant en Afrique du Nord qu’au Proche- et Moyen-Orient.

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  • lles Kepel, Sortir du chaos. Les crises en Méditerranée et au Proche-Orient (Gallimard) (I)

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    Gilles Kepel, Sortir du chaos. Les crises en Méditerranée et au Proche-Orient (Gallimard) (I)

    Spécialiste connu et reconnu (et très médiatisé) du monde arabe, Gilles Kepel nous offre dans cet ouvrage une vaste fresque des crises qui secouent le monde arabo-musulman depuis des décennies. Mais ces secousses tectoniques se sont à la fois accélérées et aggravées à la suite d’événements récents absolument imprévisibles. Certains journalistes, victimes d’un forte paresse intellectuelle, ont voulu annoncer la naissance d’un printemps arabe, opérant ainsi un faux parallélisme entre de simples révoltes sociales contre la tyrannie politique et la confiscation des libertés élémentaires, et ce qui s’était passé au cœur même de l’Europe, lorsque des pays derrière le rideau de fer se sont révoltés contre l’occupation soviétique. L’objectif est, certes, le même, à savoir pouvoir enfin bénéficier d’un peu de liberté au sein d’une société traditionnelle étouffante, celle des pays musulmans et/ ou arabo-musulmans.

     

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