Vu de la place Victor Hugo

  • Loris Chavanette,  Danton et Robespierre. Le choc de la Révolution. Passés / Composés

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    Loris Chavanette,  Danton et Robespierre. Le choc de la Révolution. Passés / Composés

     

    Deux personnalités qui ont marqué la Révolution mais qui, si elles s’étaient entendues jusqu’au bout , en auraient transformé le visage ; et peut-être même changé le cours de l’Histoire. C’est  à un très beau voyage que nous nous convie un auteur qu maîtrise son sujet à la perfection et qui, ce qui ne gâte rien, dispose d’un réel talent littéraire, nécessaire pour mener cette passionnante lecture jusqu’à son terme. Il est vrai que les deux hommes, hautes figures de la Révolution, divisent encore aujourd’hui. L’incorruptible Robespierre face au politique corrompu Danton ? Il est vrai que le premier brille par son intransigeance doctrinale tandis que le second est plus arrangeant, plus malléable, moins granitique. On pourrait presque dire, plus humain, puisqu’il aura une famille alors que son double antithétique n’aura ni épouse, ni descendant, à l’instar de son propre frère et de sa sœur. Étrange famille…

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  • Daniel Larose,  Aristote de A à Z. PUF. Que sais-je ?

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    Daniel Larose,  Aristote de A à Z. PUF. Que sais-je ?

     

    Il faut d’emblée saluer  la parution de ce petit ouvrage si bien écrit, car il rendra bien des services à des lecteurs peu familiers avec la pensée aristotélicienne. La présentation est sobre et claire, on situe bien l’auteur et son œuvre. Aristote, ce nom à lui seul personnifie la philosophie dans son entièreté ; c’est incomparable, aucun autre penseur, à l’exception de Socrate en personne, ne peut s’en prévaloir. Au point qu’au Moyen Âge, lors de sa réintroduction dans la scolastique juive, chrétienne et musulmane, les tenants de cette tradition -rapprochant la spéculation philosophique de la tradition religieuse- se contentaient de dire le philosophe et tous leurs lecteurs comprenaient qu’il s’agissait d’Aristote, né à Stagire, ce qui lui valut le surnom de Stagirite.

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  • Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely, La France sous nos yeux             Économie, paysages, nouveaux modes de vie.                                    Le Seuil, 2021

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    Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely, La France sous nos yeux

                Économie, paysages, nouveaux modes de vie.

                                       Le Seuil, 2021

     

    Pour moi, je l’avoue sans détour, c’est une première : se confronter à un tel ouvrage dont on parle tant et qui porte sur ce que nous vivons, éprouvons et souhaitons voir advenir. Ou, au contraire, bannir à tout jamais. Je quitte donc les cimes élevées de la philosophie pour une approche plus terre à terre. Ce livre est imposant et sa table des matières montre que l’on a poursuivi l’investigation jusque dans les moindres détails. C’est une sorte d’IRM de toute la société française qui nous met sous les yeux ce que ce pays est devenu, un peu à notre insu. Cela fait du bien, une fois que l’effet de surprise a disparu. La France a changé, c’est un peu la thèse qui gît au fondement de ce livre, sans que l’on calcule les conséquences de ces mutations. . Il va en inquiéter certains et en rassurer quelques autres qui traquent la moindre pensée conservatrice et veulent un pays ouvert aux quatre vents.

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  • Hanukka, la fête juive des Lumières

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    Hanukka, la fête juive des Lumières

     

     

                Maint automobiliste, mais aussi plus d’un piéton, se sont demandés ce que signifiaient ces affiches qui fleurissent régulièrement sur nos murs parisiens, au courant du mois de décembre… Que montrent-elles ? On y distingue nettement les lumières d’un magnifique chandelier à sept branches, surmonté d’un visage rayonnant d’enfant…

     

    S’agit-il d’un message publicitaire qui appelle à espérer la fin des l’hiver, à accepter le peu d’ensoleillement dans l’attente de jours meilleurs ? Pas vraiment. Il s’agit de la fête juive de hanukka, célébrée en son temps par Jésus lui-même et sa famille, une fête très suivie, parce que peu contraignante et très peu ritualisée, porteuse d’un symbolisme puissant et pourtant dépourvue de toute référence biblique, à l’exception des livres I et II non canoniques des Macchabées.

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  •  Kos Yayine (la coupe brisée sous le dais nuptial)

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                Kos Yayine (la coupe brisée sous le dais nuptial)

         

    Introduction

    On sait quelle lutte continuelle les rabbins en leur qualité de guides spirituels du peuple d'Israël ont dû mener contre les anciennes pratiques païennes ou superstitieuses sans jamais parvenir à les éradiquer totalement de la mémoire et du cœur des juifs... On va parler ici de la cérémonie nuptiale au cours de laquelle on brise une coupe pleine de vin. Cette cérémonie remonte à une époque très ancienne et fait intervenir des démons ou esprits malfaisants censés jalouser les humains le jour de leur bonheur, à savoir au moment de leurs noces. On se reportera à l'histoire relatée dans le livre de Tobit (voir plus bas) concernant le démon qui tua les maris de Sarah; c'est là l'expression classique de cette très ancienne croyance. Un passage de traité talmudique Berachot (54b) lui fait écho: on y dit que trois catégories d'êtres requièrent d'être gardés et protégés, le malade, le marié et la mariée. Et Rashi de commenter ad locum, shimmur min ha-mazziqin (protection contre les démons et esprits malfaisants)! Beaucoup plus près de nous, dans certaines communautés d'Europe de l'Est on ne laissait pas le futur époux sortir seul durant la semaine de son mariage: on allait parfois jusqu'à couvrir d'un voile le visage des fiancés. Rabbi Eléazar de Worms (ob. 1238) parle d'un taleth (châle de prière) dans son oeuvre Roqéah, § 353.

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  • Emmanuel Droit, Les suicidés de Demmin. 1945 : un cas de violence de guerre (Gallimard)

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    Emmanuel Droit, Les suicidés de Demmin. 1945 : un cas de violence de guerre (Gallimard)

     

    Voici un livre qui éveille des cas de conscience où les mémoires sont concurrentes et les principes ne sont pas partout les mêmes.

     

    Voici de quoi il s’agit : entre le 30 avril 1945  et le 4 mai de la même année, alors que Hitler, dans un décor quasi wagnérien de feu et de sang, se suicide en ce même jour dans son bunker de la chancellerie à Berlin, une bourgade de Poméranie Demmin, vit un déluge de flammes qui rasent le centre ville. Alors que des unités SS ont fait sauter les ponts en bois qui permettent de passer d’une rive à l’autre, car le site est entouré de trois fleuves, des unités de l’Armée rouge se préparent à donner l’assaut, plongent les rares habitants encore sur place dans un désespoir suicidaire. Dieu sait que la Seconde Guerre mondiale a connu des horreurs et des abominations sans nom, une véritable école supérieure de la haine et de la déshumanisation, ce bourg totalise, selon les sources, entre plusieurs centaines et un bon millier d’hommes, de femmes et d’enfants qui préfèrent se suicider plutôt que d’assister à l’arrivée des vainqueurs qui vont leur faire subir les pires traitements, qui ont pour noms crimes de guerre, crimes contre l’humanité… L’Armée rouge n’a pas été très tendre avec toutes ces femmes violées et ces hommes exécutés sommairement ; mais la peur de l’Armée rouge n’explique pas tout. Il ne faut pas oublier les discours jusqu’autistes et paranoïaques d’Hitler et de Goebbels qui ont précipité dans le désespoir des êtres affaiblis et tremblants devant l’arrivée des bêtes  immondes bolcheviks (sic).

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  • Chelly, Amélie, M. Dictionnaire des islamismes. Cerf, 2021.

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    Chelly, Amélie, M. Dictionnaire des islamismes. Cerf, 2021.

     

    Voici un excellent instrument de travail qui nous aidera à y voir plus clair dans cet écheveau quasi  inextricable des islamismes. Un monde, voire des mondes auxquels nous sommes confrontés et dont nous savons, au fond, peu de choses. L’auteure connait bien ces milieux djihadistes et leurs raisonnements, leurs idéologies, leurs lectures contrastées du document sacré de l’islam. Le lecteur patient et attentif  apprendra bien des choses de ce livre et saisira mieux la tournure islamiste que les partisans de l’islam politique font subir à des versets coraniques afin de les assujettir à leur cause, faite de violence et d’intolérance sans pareille. Nous sommes en présence  d’une sollicitation des textes. Sur une grande échelle.

     

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  • Pierre Haudebert, Jean-Baptiste. Le Cerf, 2021.

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    Pierre Haudebert, Jean-Baptiste. Le Cerf, 2021.

     

    Voici un petit ouvrage, bien documenté sur l’une des personnalités les plus complexes et les plus énigmatiques de la tradition évangélique. Mais qui n’en a pas moins joué un rôle essentiel dans la constitution de la foi  chrétienne, au point que l’on a pu parler de rivalité entre lui et Jésus en personne. En effet, les passages des Évangiles (Marc, Luc, etc…) qui le mentionnent aux côtés ou en face de Jésus, optent pour un parallélisme dont cette littérature religieuse est coutumière. Des fois, on le place avant Jésus lui-même et d’autres fois immédiatement après lui. C’est progressivement qu’une hiérarchie claire s’est dessinée pour octroyer la toute première place à Jésus et la seconde à Jean-Baptiste

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  • Édith Bruck, Le pain perdu. Éditions du sous-sol, 2021

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    Édith Bruck, Le pain perdu. Éditions du sous-sol, 2021

     

    Le titre de cet ouvrage parait bien inoffensif, anodin , il entretient même l’idée que nous allons lire un récit paisible, serein ; car quoi de plus rassurant que du pain, même perdu puisque cela évoque une pratique culinaire très prisée ? Eh bien, vous n’y êtes vraiment pas.

     

    Il s’agit du récit d’une fille juive vivant en Hongrie pendant la Seconde Guerre mondiale, dans un village apparemment à l’abri du drame mondial qui se déroule loin, très loin de chez elle. Il s’agit d’une famille juive un peu pratiquante et qui se reconnait comme citoyenne du pays magyar, entretenant de bonnes relations avec la plupart de ses voisins. Et, curieux hasard en raison de ses connotations avec la Pâque juive, Pessah et matsa, la fête de l’azyme, on prépare ce type de pain prescrit par la Bible durant cette période. La mère de famille, aidée de ses filles, dont la future narratrice de cette saga familiale, met au four cinq miches de pain dans le but de les consommer durant une fête qui proscrit tout levain ou pain levé… Tout semble être calme quand soudain des coups se font entendre contre la porte. La famille n’attend personne et n’a  même pas  le temps d’aller ouvrir, que  deux gendarmes hongrois hilares défoncent la porte, ordonnent aux présents de se lever et de prendre du linge de rechange pour une seule journée. Le tout en cinq minutes ! La mère réclame l’autorisation de récupérer son pain pour le cas où, refus des forces de l’ordre, d’où le titre, le pain qu’on a perdu. Mais je pense que la narratrice a voulu faire son profit de l’arrière-plan biblique, du livre de l’Exode où on lit que les Hébreux, chassés d’Égypte, ne purent pas attendre que le pain, prévu comme viatique, lève. Ils durent se contenter de pain azyme…

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  • Pierre-Henry Salfati, La fabuleuse histoire du Juif errant (Albin Michel / Arte.)

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    Pierre-Henry Salfati, La fabuleuse histoire du Juif errant (Albin Michel / Arte.)

     

    C’est une bonne idée d’avoir revisité ce mythe du Juif errant en langue française, alors qu’il est largement étudié et connu, notamment en Allemand où sa présence presque envahissante dans la littérature défie l’entendement. C’est un mythe qui constitue l’épine dorsale de l’antisémitisme et de la dénonciation du Juif en général, tant celui de l’Antiquité que son lointain descendant de la modernité. Curieusement, ce renvoi à la notion des châtiments éternels, si chère à une certaine théologie chrétienne qui va de saint Augustin à Luther, mais qui poursuit sereinement sa route jusqu’à nos jours, n’a pas attiré l’attention de ses promoteurs et diffuseurs sur la contradiction avec ce qui est réputé avoir été l’essence véritable du Christ : l’amour intégral, l’aspiration à l’harmonie, ne pas se venger, ne pas garder rancune à qui que ce soit, tendre l’autre joue, etc…

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