Vu de la place Victor Hugo

  • H.V. Claude Sarfati, Ma grand-mère disait… (Les éditions oblongues)

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    H.V. Claude Sarfati, Ma grand-mère disait… (Les éditions oblongues)

    Mais qui se cache donc derrière ce titre énigmatique, Ma grand-mère disait.. ? Eh bien tout simplement un homme, un grand bibliophile, un éditeur passionné qui, après tant de remises sur le marché des œuvres de la spiritualité juive, s’était juré d’immortaliser un jour les enseignements pleins de sagesse de son inoubliable grand-mère, Mémé Agoubé, (1893 à La Goulette- 1970 à Aubervilliers). Il se nomme Claude Sarfati et est connu de tous les membres de la communauté juive non seulement française, mais plus largement francophone (Canada, Suisse, Belgique et autres…)

    Les rééditions que cet homme de culture a remises sur le marché tournent autour de la Bible et de ses commentaires les plus connus. Il a aussi rappelé à notre bon souvenir les traductions françaises procurées par d’éminents rabbins français du XIXe siècle des hommes entièrement oubliés dans notre judaïsme contemporain, des pasteurs d’Israël qui prêchaient souvent dans un désert, pour un judaïsme vivant mais qui a finalement été la proie de la conversion, du dépeuplement et de l’étiolement. Monsieur Sarfati a donc redonné vie à des pans entiers de la culture juive de langue française. Grâce à ses bons soins, vous pouvez réciter la prière pour l’élévation de l’âme des défunts, en transcription phonétique si nous ne savez pas l’hébreu, et surtout en connaître le sens puisque la traduction interlinéaire du texte est imprimée sur la même page.

     

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  • Les lumières de Hanoukka

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    Les lumières de Hanoukka

     

    A partir du 10 décembre, les juifs du monde entier (mais aussi tous ceux qui le souhaitent) allumeront la première bougie de la fête de hanoukka qui dure huit jours.

     

    Certes, il y aune histoire officielle qui explique ce geste religieux mais aussi profondément humaniste. Au cœur de la nuit, des ténèbres, une huitaine de petites bougies scintillent dans un petit instrument appelé hanoukkiya, sorte de bougeoir que toute famille juive possède chez soi en plusieurs exemplaires, ce qui permet à tous ses membres de s’acquitter de leur devoir.

     

    A quand remonte ce rite purement humaniste qui a permis de sauver le monothéisme sous toutes ses formes (paroles d’André Néher, comme me le rappelle mon ami le sous préfet Alain BOYER) à un moment où il était gravement menacé par le paganisme de la soldatesque grecque ?

     

    Sous Antiochus Epiphane IV, vers 165 avant notre ère, ce roitelet se risqua à une hellénisation forcée de la Judée, provoqua la révolte des Maccabées et des judéens attachés à leur tradition ancestrale. Pour bien marquer son autorité, ce monarque détruisit les murailles de Jérusalem et en profana le temple en y introduisant le culte idolâtre. La riposte fut foudroyante : sous la conduite des Macchabées et de Matthias ben Yohanan, la Judée se déchaîna contre l’agresseur qui s’imaginait pouvoir la séparer de son Dieu et du monothéisme en général.

     

    Lors de la reconquête, il fallut nettoyer le temple des souillures qui l’avaient rendu impur. Dans ce même temple brûlaient des lampes à huile. Mais les païens avait tout compromis et c’est à grand peine que l’on découvrit une unique fiole d’huile qui ne devait durer que 24 heures. Et miracle ! La fiole a tenu huit jours, ces mêmes huit jours que les juifs commémorent durant cette fête de hanoukka.

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  • Didier Leschi, Ce grand dérangement : L’immigration en face (Gallimard)

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    Didier Leschi, Ce grand dérangement : L’immigration en face (Gallimard)

    Cette question de l’immigration est probablement la plus épineuse et la plus controversée qui soit. L’auteur de ce petit tract (c’est le genre de la collection), préfet de la République et spécialiste supposé de ces questions, tente, nous dit-il, de débrouiller la question et de guider le lecteur. Il tient certes, parole, mais on n’a pas l’impression qu’il va au bout de sa tâche qui consiste à bien dessiner les différentes approches, se contentant de renvoyer dos à dos les extrémistes des deux bords : ceux qui sont en faveur de l’abolition de toute frontière et de tout règlement entravant les grands mouvements de populations d’un continent à l’autre (de l’Orient arabo-musulman vers l’Europe judéo-chrétienne), et ceux qui veulent stopper l’immigration. Et c’est là que le bât blesse car le pays ne peut plus faire face à ces vagues d’immigration qui menacent son équilibre ethnique , un danger qui commence à se faire sentir avec de plus en plus d’acuité.

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  • Amos Oz, La boîte noire (Gallimard)

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    Amos Oz, La boîte noire (Gallimard)

    Voici un curieux mais passionnant roman épistolaire où la totalité de l’ouvrage, plus de quatre cents pages, consiste en un échange de lettres entre quatre personnages principaux : un couple divorcé, le nouveau mari de la femme qui a rompu avec son mari, le fils qu’ils ont eu ensemble (même si une recherche en paternité est en cours), et enfin le notaire-administrateur des biens qui sert de boîte aux lettres et parfois même de détective privé… Nous avons donc affaire à un couple recomposé qui est aux prises avec les difficultés habituelles de ce genre de situation. Ceci constitue la trame du roman, mais derrière ces situations assez prosaïques le romancier expose ses idées sur toute la vie en Israël.

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  • Amos Oz, rien n’est encore joué (Gallimard, 2030)

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    Amos Oz, rien n’est encore joué (Gallimard, 2030)

    La dernière conférence ou son testament politique et philodophique.

    Cette phrase qui sert de titre à cette dernière conférence vient de l’écrivain Yossef Hayyim Brenner.

    En effet, ce texte fort court, une simple plaquette de quelques dizaines de pages, tirées d’une conférence publique prononcée quelques mois (2 juin 2018) avant son passage à l’éternité, constitue un bon résumé, une bonne exposition des idées politiques d’un auteur qui figure parmi les meilleurs romanciers israéliens du XXe siècle. Ses idées en matière de politique intérieure et extérieure de l’Etat hébreu sont bien connues : sa sensibilité de gauche, exposée avec plus ou moins de véhémence, reçoit dans ce petit texte une version plus nuancée, une formulation plus apaisée, même si les idées sont toujours les mêmes. Un état d’incertitude sur l’avenir d’Israël. On sent chez cet homme sage, même si on ne partage pas toutes ses idées, une profondeur, unes certaine vérité, la sienne. Et aussi une gravité authentique car le sujet est d’une importance vitale : Israël pourra t il vivre for ever au Proche Orient où naquirent son peuple et sa culture il y a plus de trois mille ans ? Ses analyses se défendent, même si le courant majeur de l’opinion publique en Israël s’oriente différemment. Il faut ajouter que ses interventions publiques ont souvent enflammé le camp adverse.

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  • Jakob Hessing, l’humour yddish (der jiddische Witz) Beck-Verlag (Munich)

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    Jakob Hessing, l’humour yddish (der jiddische Witz) Beck-Verlag (Munich)

    Tous les juifs ou presque, d’où qu’ils viennent ou proviennent, sont connus pour leur propension à l’autodérision. Certains affirment même que c’est une des conditions majeures de leur survie. Et ce n’est pas faux car quand tout est sombre, perdu, malheureux, bref irrémédiablement compromis, la seule chose qu’il vous reste, c’est d’en rire, de rire de soi-même. Et cette faculté là, aucun bourreau n’a encore réussi à vous la ravir.

    L’ancien professeur de l’université hébraïque de Jérusalem, Jakob Hessing, qui est l’auteur de ce sympathique petit ouvrage, a connu un destin unique : confié à une famille de paysans polonais qui l’ont charitablement gardé pendant la guerre, lui sauvant ainsi la vie, notre homme est arrivé après la guerre à Berlin où il a passé son adolescence et suivi des études supérieures. En 1964 il décide d’émigrer en Israël où il s’établira définitivement. Ce qui est marquant dans toute cette affaire, c’est la manière la plus mystérieuse qui soit par laquelle cette langue yiddish a fini par s’imposer à lui. Il en parle avec une certaine nostalgie, expliquant que les deux langues nobles, rivales du yiddish, que sont l’allemand d’une part, et l’hébreu, d’autre part, on contribué à faire de cette expression de la belle culture ashkénaze quelque chose à mi-chemin entre le dialecte et le patois. Hessing cite un passage tiré des Mémoires de Manès Sperber où ce dernier reconnaît ce qu’il doit à de grandes auteurs yiddishs comme Mendélé Mokher Sefarim (1835-1917), Juda Leb Péréts (1852-1915) et Chalom Aleikhem (1859-1916). C’est l’épine dorsale de la littérature yiddish classique.

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  • Amos Oz, Jusqu'à la mort (Gallimard)

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    Amos Oz, Jusqu'à la mort (Gallimard)

    Nouvelles d’Amos Oz captivantes, comme d’habitude. Pour ceux qui aiment cette belle prose, c’est un régal. Mais l’histoire en elle-même retient le lecteur qui ne manquera pas de se délecter, au moins autant que moi en rédigeant ce petit compte-rendu. Même si les deux nouvelles ne sont pas en relation directe et apparente, on les lit avec un égal contentement. Mais de quoi s’agit-il au juste ? Commençons par la première nouvelle qui a donné son titre à ce petit recueil qui compte deux textes assez longs.

    Nous sommes au Moyen Age, le pape Urbain II lance un appel vibrant à la nation chrétienne du monde entier : les seigneurs de la société féodale doivent faire de la libération et de la purification du Saint-Sépulcre une priorité absolue et un devoir sacré. Il faut donc tout abandonner, son pays, sa femme et ses sujets pour entreprendre le long et pénible voyage car cela devient le seul moyen d’obtenir la rémission de ses péchés et d’accéder à la félicité dans l’au-delà.

    L’auteur nous présente alors un seigneur mystérieux, atteint par des drames personnels, et ce grand départ va lui servir de thérapie contre les malheurs personnels qui se sont abattus sur lui : sa seconde épouse vient de décéder, la première avait été aussi ravie à son affection sans lui avoir donné d’héritier. Il est seul, n’a plus le goût de vivre. Mais il met le peu d’énergie qu’il lui reste au service de cette noble cause de la chrétienté : la croisade en cette année 1095.

    Amos Oz lui donne un nom, ce sera le seigneur Guillaume Touron, flanqué de son mémorialiste et plus tard fils adoptif, Claude-le-bossu, fin lettré dont la chronique fictive sert de source à l’auteur. Les descriptions de cet homme hanté par la douleur d’avoir perdu, tour à tour, deux chères épouses, laissent apparaître un être taciturne, voire neurasthénique qui a perdu le goût de la vie… Il s’exprime par monosyllabes, ne dissimule plus sa tristesse, a tout juste la force de mobiliser ses gens, des vassaux, des paysans, des bandits, des prostituées et quelques autres spécimens de ce qu’il faut bien nommer la lie de l’humanité. Plus rien ne retient ce seigneur sur ses terres ; il est couvert de dettes et a dû céder à ses créanciers des domaines, des forêts et du bétail. Au fond, que lui reste-t-il donc, sinon ressasser son inextinguible douleur ?

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  • ◊Amos Oz, La colline du mauvais-conseil (Har ha-Etsa ha-Ra’ah), Gallimard

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    Amos Oz, La colline du mauvais-conseil (Har ha-Etsa ha-Ra’ah), Gallimard

    Il s’agit d’un recueil de nouvelles, un genre littéraire dans lequel Amos Oz excellait aussi. Le titre de l’ouvrage est tout simplement celui de la première nouvelle. Ces textes furent écrits en 1974/75 et publiés en français moins de cinq après la parution de la version hébraïque. En apparence, il n’y a pas de cohésion, pourtant il en existe une, c’est la ville de Jérusalem. C’est elle qui concentre sur elle toutes les attentes de l’auteur et de ses personnages, lesquels représentent la population juive de cette époque dan toute sa diversité. Parfois, on a l’impression que la ville vit par elle-même, est traitée comme un être humain. Elle semble indispensable au narrateur, et tout bien considéré, c’est le berceau originel du peuple juif

    J’ai trouvé à la fin d’un paragraphe (p  84) deux phrases qui résument l’ensemble de la nouvelle et même du livre : Quant à moi, je continuerai mon pénible chemin, à chacun son destin… Et voici le verset du Psaume qui exprime cette nostalgie brûlante que les juifs ont abritée en leur sein durant plus de deux millénaires : Ah ! Verrai-je un jour le bonheur de Jérusalem …

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  • Marcus Elhadad, Haron ou le mellah de Meknès. Editions Tsel, 2019

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    Marcus Elhadad, Haron ou le mellah de Meknès. Editions Tsel, 2019

    Voici un livre assez curieux et fort intéressant à la fois …. Au fond, ni sa couverture ni son titre ne m’inspiraient… Je l’ai déplacé au moins deux fois, et rien ne s’est passé, aucun courant, aucun fluide entre nous deux. Mais voilà, les livres ont eux aussi leur chance ou leur malchance puisque ma sœur Annie A. m’a engagé à lire cet ouvrage afin de pouvoir échanger avec elle à son sujet … Ce qui fut fait, et je dois dire que le livre ne m’est jamais tombé des mains.

    Alors de quoi parle cet ouvrage dont le titre est un prénom juif du Maroc, équivalent, à peu de chose près, à Henri en bon français ? La forme arabe de ce même prénom recourt à une diphtongue OU (Haroun) là où le judéo-arabe opte pour la voyelle O. Ce livre est l’évocation émue du mellah de Meknès et de tous les êtres un peu étranges qui y résidaient

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  • Pierre-André Taguieff, L’eugénisme. Que sais-je ? 2020

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    Pierre-André Taguieff, L’eugénisme. Que sais-je ? 2020

    Qu’est ce que l’eugénisme ou l’eugénique (nom féminin) ? Vous pourrez certainement répondre à cette question en lisant attentivement ce petit ouvrage, sobrement écrit et si bien documenté. L’auteur a compris qu’il fallait -avant de donner une définition- (et d’ailleurs en existe t-il une seule adaptée à toutes les autres ?), procéder à une enquête historique afin de délimiter les différents usages de ce terme à travers les siècles.

    La seconde qualité majeure de cet ouvrage est d’avoir souligné ce que n’est pas l’eugénisme, le distinguer du racisme pur et simple, mais aussi du darwinisme social. Ce qui ruine l’idée d’une inégalité congénitale des hommes, une idée qui fut combattue sans relâche mais qui a tout de même connu une terrible résurgence, parée de toutes les garanties d’une pseudoscience, et présentée comme un objectif somme toute honorable de l’espèce humaine. Il fallait aussi dire que l’eugénisme est différent du darwinisme social qui a permis à certaines classes de la société, notamment une certaine aristocratie de se reproduire entre ses membres attitrés, justifiant leur supériorité politique et même intellectuelle. Selon l’adage, du bon ne sort que du bon et du mauvais le mauvais.

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