Conflit israélo-arabe

  • Edmond Fleg II

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    Edmond Fleg, II

     

    Je dois à mon éminent collègue et ami, le professeur Yves CHEVALIER l’opportunité de revenir sur l’article déjà publié ici même sur ce grand maître du judaïsme français et francophone que fut Edmond Fleg. Il m’a indiqué l’existence d’un précédent numéro de la revue SENS (3-1984) qu’il m’a procuré : sans son aide, je ne serais pas revenu sur cet important maître tombé dans un oublie immérité. Alors que sa contribution dans d’innombrables domaines est absolument indéniable, à une époque, notamment au lendemain de la Shoah, où il fallait rebâtir et les pierres et les âmes (Grand Rabbin Jacob Kaplan).

     

    Ce numéro de 1984 m’a impressionné par sa richesse et sa qualité, ce qui n’est guère étonnant de la part d’une revue si bien dirigée.

     

    Je vais me concentrer ici sur un extrait fondamental, tiré de l’Enfant prophète (pp 89-91) et qui semble résumer à la perfection le judaïsme que Fleg (= l’Enfant prophète) appelait de ses vœux.

     

    Résumons les idées principales et replaçons les dans le contexte idéologique et religieux de l’époque. Comme c’est toujours le cas dans de pareilles circonstances, c’est-à-dire dans les temps de crise de la tradition rabbinique ancestrale, la transmission laisse grandement à désirer et les nouveaux venus, les enfants devenus adultes, ne savent plus du tout pourquoi ils sont juifs. C’est que la génération précédente, terrassée par l’antisémitisme plus ou moins violent, ne croyait déjà plus aux valeurs juives qu’elle était censée transmettre à ses descendants. Partant, les nouveaux adultes se trouvaient en possession de lambeaux, de pièces disparates, de pratiques incompréhensibles et incomprises, car on n’avait plus de maître pour les expliquer et leur redonner vie. C’est le constat que fait le jeune homme (E.F.) : et il n’hésite pas à entrer directement in medias res puisqu’il dit ne pas vouloir célébrer sa bar mitzwa

     

    Et pour quelle raisons ? C’est le texte que je vais étudier succinctement qui l’explique : de manière assez surprenante, il estime ne pas en être digne, il explique qu’il faut redéfinir le judaïsme, le repenser, le réformer (sans le défigurer ni en trahir la vocation première), et, signe révélateur, il propose d’en réorganiser le contenu autour de la figure du Messie.

     

    Ici, on peut parler d’une sorte de polémique souterraine à l’égard d’un christianisme agressif, qui se structure totalement autour de la messianité de Jésus, lequel, de par sa venue même, donne le coup de grâce au contenu juridico-légal de la Bible, c’est-à-dire aux préceptes et commandements bibliques. C’est la source même de l’antinomisme de Saint Paul qui a, selon l’Apôtre, spiritualisé la nouvelle religion, par opposition à l’ancienne qui se serait englué dans des pratiques charnelles au lieu d’opter pour une intériorisation de la foi. On est là au cœur des contestations judéo-chrétiennes depuis les origines : la synagogue tient mordicus aux mitzwot là où les adeptes de la nouvelle religion considéraient que la crucifixion sonnait le glas de l’accomplissement concret des commandements divins.

     

    J’ai surtout réfléchi au Messie, oui au Messie, dit le jeune homme (E.F.), qui répond ainsi au rabbin qui veut le convaincre de faire, malgré tout, son entrée dans la congrégation juive, à savoir sa Bar-Mitwa.. Et je jeune homme, dans une longue et très riche tirade, va développer ses idées novatrices face à un rabbin dont le désarroi intérieur est attesté par la présence d’une larme discrètement essuyée du doigt… Ses répliques ne sont pas très étendues, à peine une ligne, voire parfois, moins, alors que le jeune homme, censé n’avoir que treize ans, parle d’abondance.

     

    Ces fêtes, ces pratiques, lui dit il, devraient être mises au service de l’avènement messianique ! On sent un jeune esprit, apeuré par un amoncellement, un réseau d’interdits les plus mystérieux les uns que les autres, et face auxquels on se sent tout petit. Et ce nouvel esprit du judaïsme est le seul à pouvoir hâter la venue du Messie. On a l’impression que Fleg privilégie l’enseignement et le témoignage de la littérature prophétique par rapport aux lois du Pentateuque de Moïse. 

     

    Nous sommes autour des années vingt, donc dans la période de l’entre-deux-guerres : Rosenzweig a publié l’Etoile de la rédemption en 1921, Buber son Je et Tu en 1923, Léo Baeck son Essence du judaïsme (réimpression en 1922) et Heidegger son Sein und Zeit en 1927… Dans un autre domaine, Scholem se prépare en 1923 à faire le grand saut et à émigrer en Eréts Israël. Dans son autobiographie allemande, De Berlin à Jérusalem, il fait le même diagnostic que Fleg qui a publié son ouvrage en 1926 : la jeunesse juive de son temps était prisonnière d’un processus d’effilochage (Zerfasungsprozess), sans savoir à quel saint se vouer, exposée au millage des âmes par le christianisme (Grand Rabbin Jacob Kaplan)

     

    Un débat interne au judaïsme se déroulait autour des valeurs juives les plus vitales : alors que Rosenzweig, dans son retour à un judaïsme orthodoxe, défendait une orthopraxie, Buber, de son côté, estimait qu’une législation ne pouvait pas avoir été l’objet de la Révélation. La réponse de Rosenzweig ne se fit point attendre dans un magnifique texte intitulé Les bâtisseurs (Die Bauleute), allusion au verset qui fait un jeu de mots entre banayikh (tes fils) et bonayikh (tes bâtisseurs) : sous entendu, tes fils sont ceux qui poursuivent ton œuvre…

     

    Une redéfinition du judaïsme, selon Fleg, doit viser à faire du judaïsme la religion du Messie, c’est-à-dire un nouveau message prophétique : de nouveau, Fleg en vient au symbolisme comme on va le voir, plutôt qu’à la fidélité sans faille à la lettre. Si le Messie de paix et de justice venait enfin, tout serait plus simple et surtout plus clair…

     

    Ainsi, dans la fête de Pâque, la Mer rouge serait la mer de sang que devra traverser le Messie pour marquer son avènement… Ici aussi, la fameuse méthode d’interprétation allégorique accomplit son effet. L’événement salvifique d’un Israël fuyant l’Egypte avec son armée le poursuivant est compris de manière allégorique et spirituelle. Il en va de même de la cérémonie du Grand pardon (Yom Kippour) : ce jeûne doit nous aider à expier nos péchés afin que le Messie puisse venir dans une humanité régénérée. Et auparavant, à Rosh ha shana, le nouvel an juif, la corne de bélier est censé appeler le Messie et célébrer son avènement. La fête des cabanes se distingue par le fameux bouquet festif que l’on agite durant la prière afin de rendre hommage aux prophètes de toutes les religions qui ont annoncé le Messie.

     

    On voit que sans prôner un syncrétisme, en vogue à l’époque, Fleg propose simplement d’élargir le sein d’Abraham (Ernest Renan). Enfin, le sabbat connaît lui aussi une interprétation philosophique : il apporte le repos à toute une humanité en gésine de Messie. Fleg ajoute cette phrase Ô combien révélatrice de son malaise intérieur : On mangerait, on vivrait autrement que les autres, mais on saurait pourquoi : pour conserver la race qui doit enfanter le Messie. En d’autres termes, le Messie naît en Israël et se destine aussi aux enfants d’Israël. Et les juifs depuis deux millénaires d’exil endurent tout pour entretenir cet espoir d’un avenir meilleur pour l’ensemble du monde. Fleg considère donc que l’axe central du judaïsme est et demeure l’avènement messianique…

     

    Fleg parle de la Terre sainte qui doit être développée car c’est là bas que naîtra le Messie. Voilà un sionisme aux racines théologiques. En se préparant à recevoir le Messie, Israël doit évacuer tout le mal sous toutes ses formes. Et c’est seulement à ce prix qu’on sera digne de le recevoir. Voici une pastorale de la Rédemption qui se confond avec un humanisme universel : si personne ne ment, ne dupe ni ne tue, alors l’humanité se trouve dans un état de post-rédemption… Tous les hommes aimeraient alors Dieu de toutes leurs forces : Fleg reprend ici des formules du chapitre 6 du Deutéronome qui se trouvent dans la profession de foi juive (Shema’ Israel).

     

    L’amour, la paix et la justice régneraient alors sans partage puisque le mal aura été banni à tout jamais.

     

    Pour conclure sa péroraison, le jeune homme assène cette phrase conclusive à un pauvre rabbin entièrement sonné : Voilà à quoi j’ai pensé Monsieur le rabbin. Un pauvre rabbin qui s’attendait à tout sauf à cela, à une véritable action de repenser le judaïsme.

     

    Eh bien, si c’était ça le judaïsme, ne croyez vous pas que tout le monde le comprendrait ? Et que tous les juifs redeviendraient juifs ? C’est là une véritable exécution capitale. Et ce n’est pas fini puisque le jeune homme reprend la parole de ce pauvre rabbin qui lui avait dit que chaque Israélite est un prête… La réponse :

     

    dim. 25 août 11:11 (il y a 1 jour)

       

    À moi

    Dans ce cas, si cela était vrai, tous les hommes deviendraient des Juifs.

    Voilà une mémorable charge anti rabbinique. Fleg est un peu sévère avec une classe rabbinique qui s’est contenté de gérer un héritage reçu d’autres. Mais soyons justes : sans l’élite rabbinique, nous ne serions plus juifs. A quel prix le sommes nous restés, ça c’est une autre histoire…

     

     

     

    Edmond Fleg, II

     

    Je dois à mon éminent collègue et ami, le professeur Yves CHEVALIER l’opportunité de revenir sur l’article déjà publié ici même sur ce grand maître du judaïsme français et francophone que fut Edmond Fleg. Il m’a indiqué l’existence d’un précédent numéro de la revue SENS (3-1984) qu’il m’a procuré : sans son aide, je ne serais pas revenu sur cet important maître tombé dans un oublie immérité. Alors que sa contribution dans d’innombrables domaines est absolument indéniable, à une époque, notamment au lendemain de la Shoah, où il fallait rebâtir et les pierres et les âmes (Grand Rabbin Jacob Kaplan).

     

    Ce numéro de 1984 m’a impressionné par sa richesse et sa qualité, ce qui n’est guère étonnant de la part d’une revue si bien dirigée.

     

    Je vais me concentrer ici sur un extrait fondamental, tiré de l’Enfant prophète (pp 89-91) et qui semble résumer à la perfection le judaïsme que Fleg (= l’Enfant prophète) appelait de ses vœux.

     

    Résumons les idées principales et replaçons les dans le contexte idéologique et religieux de l’époque. Comme c’est toujours le cas dans de pareilles circonstances, c’est-à-dire dans les temps de crise de la tradition rabbinique ancestrale, la transmission laisse grandement à désirer et les nouveaux venus, les enfants devenus adultes, ne savent plus du tout pourquoi ils sont juifs. C’est que la génération précédente, terrassée par l’antisémitisme plus ou moins violent, ne croyait déjà plus aux valeurs juives qu’elle était censée transmettre à ses descendants. Partant, les nouveaux adultes se trouvaient en possession de lambeaux, de pièces disparates, de pratiques incompréhensibles et incomprises, car on n’avait plus de maître pour les expliquer et leur redonner vie. C’est le constat que fait le jeune homme (E.F.) : et il n’hésite pas à entrer directement in medias res puisqu’il dit ne pas vouloir célébrer sa bar mitzwa

     

    Et pour quelle raisons ? C’est le texte que je vais étudier succinctement qui l’explique : de manière assez surprenante, il estime ne pas en être digne, il explique qu’il faut redéfinir le judaïsme, le repenser, le réformer (sans le défigurer ni en trahir la vocation première), et, signe révélateur, il propose d’en réorganiser le contenu autour de la figure du Messie.

     

    Ici, on peut parler d’une sorte de polémique souterraine à l’égard d’un christianisme agressif, qui se structure totalement autour de la messianité de Jésus, lequel, de par sa venue même, donne le coup de grâce au contenu juridico-légal de la Bible, c’est-à-dire aux préceptes et commandements bibliques. C’est la source même de l’antinomisme de Saint Paul qui a, selon l’Apôtre, spiritualisé la nouvelle religion, par opposition à l’ancienne qui se serait englué dans des pratiques charnelles au lieu d’opter pour une intériorisation de la foi. On est là au cœur des contestations judéo-chrétiennes depuis les origines : la synagogue tient mordicus aux mitzwot là où les adeptes de la nouvelle religion considéraient que la crucifixion sonnait le glas de l’accomplissement concret des commandements divins.

     

    J’ai surtout réfléchi au Messie, oui au Messie, dit le jeune homme (E.F.), qui répond ainsi au rabbin qui veut le convaincre de faire, malgré tout, son entrée dans la congrégation juive, à savoir sa Bar-Mitwa.. Et je jeune homme, dans une longue et très riche tirade, va développer ses idées novatrices face à un rabbin dont le désarroi intérieur est attesté par la présence d’une larme discrètement essuyée du doigt… Ses répliques ne sont pas très étendues, à peine une ligne, voire parfois, moins, alors que le jeune homme, censé n’avoir que treize ans, parle d’abondance.

     

    Ces fêtes, ces pratiques, lui dit il, devraient être mises au service de l’avènement messianique ! On sent un jeune esprit, apeuré par un amoncellement, un réseau d’interdits les plus mystérieux les uns que les autres, et face auxquels on se sent tout petit. Et ce nouvel esprit du judaïsme est le seul à pouvoir hâter la venue du Messie. On a l’impression que Fleg privilégie l’enseignement et le témoignage de la littérature prophétique par rapport aux lois du Pentateuque de Moïse. 

     

    Nous sommes autour des années vingt, donc dans la période de l’entre-deux-guerres : Rosenzweig a publié l’Etoile de la rédemption en 1921, Buber son Je et Tu en 1923, Léo Baeck son Essence du judaïsme (réimpression en 1922) et Heidegger son Sein und Zeit en 1927… Dans un autre domaine, Scholem se prépare en 1923 à faire le grand saut et à émigrer en Eréts Israël. Dans son autobiographie allemande, De Berlin à Jérusalem, il fait le même diagnostic que Fleg qui a publié son ouvrage en 1926 : la jeunesse juive de son temps était prisonnière d’un processus d’effilochage (Zerfasungsprozess), sans savoir à quel saint se vouer, exposée au millage des âmes par le christianisme (Grand Rabbin Jacob Kaplan)

     

    Un débat interne au judaïsme se déroulait autour des valeurs juives les plus vitales : alors que Rosenzweig, dans son retour à un judaïsme orthodoxe, défendait une orthopraxie, Buber, de son côté, estimait qu’une législation ne pouvait pas avoir été l’objet de la Révélation. La réponse de Rosenzweig ne se fit point attendre dans un magnifique texte intitulé Les bâtisseurs (Die Bauleute), allusion au verset qui fait un jeu de mots entre banayikh (tes fils) et bonayikh (tes bâtisseurs) : sous entendu, tes fils sont ceux qui poursuivent ton œuvre…

     

    Une redéfinition du judaïsme, selon Fleg, doit viser à faire du judaïsme la religion du Messie, c’est-à-dire un nouveau message prophétique : de nouveau, Fleg en vient au symbolisme comme on va le voir, plutôt qu’à la fidélité sans faille à la lettre. Si le Messie de paix et de justice venait enfin, tout serait plus simple et surtout plus clair…

     

    Ainsi, dans la fête de Pâque, la Mer rouge serait la mer de sang que devra traverser le Messie pour marquer son avènement… Ici aussi, la fameuse méthode d’interprétation allégorique accomplit son effet. L’événement salvifique d’un Israël fuyant l’Egypte avec son armée le poursuivant est compris de manière allégorique et spirituelle. Il en va de même de la cérémonie du Grand pardon (Yom Kippour) : ce jeûne doit nous aider à expier nos péchés afin que le Messie puisse venir dans une humanité régénérée. Et auparavant, à Rosh ha shana, le nouvel an juif, la corne de bélier est censé appeler le Messie et célébrer son avènement. La fête des cabanes se distingue par le fameux bouquet festif que l’on agite durant la prière afin de rendre hommage aux prophètes de toutes les religions qui ont annoncé le Messie.

     

    On voit que sans prôner un syncrétisme, en vogue à l’époque, Fleg propose simplement d’élargir le sein d’Abraham (Ernest Renan). Enfin, le sabbat connaît lui aussi une interprétation philosophique : il apporte le repos à toute une humanité en gésine de Messie. Fleg ajoute cette phrase Ô combien révélatrice de son malaise intérieur : On mangerait, on vivrait autrement que les autres, mais on saurait pourquoi : pour conserver la race qui doit enfanter le Messie. En d’autres termes, le Messie naît en Israël et se destine aussi aux enfants d’Israël. Et les juifs depuis deux millénaires d’exil endurent tout pour entretenir cet espoir d’un avenir meilleur pour l’ensemble du monde. Fleg considère donc que l’axe central du judaïsme est et demeure l’avènement messianique…

     

    Fleg parle de la Terre sainte qui doit être développée car c’est là bas que naîtra le Messie. Voilà un sionisme aux racines théologiques. En se préparant à recevoir le Messie, Israël doit évacuer tout le mal sous toutes ses formes. Et c’est seulement à ce prix qu’on sera digne de le recevoir. Voici une pastorale de la Rédemption qui se confond avec un humanisme universel : si personne ne ment, ne dupe ni ne tue, alors l’humanité se trouve dans un état de post-rédemption… Tous les hommes aimeraient alors Dieu de toutes leurs forces : Fleg reprend ici des formules du chapitre 6 du Deutéronome qui se trouvent dans la profession de foi juive (Shema’ Israel).

     

    L’amour, la paix et la justice régneraient alors sans partage puisque le mal aura été banni à tout jamais.

     

    Pour conclure sa péroraison, le jeune homme assène cette phrase conclusive à un pauvre rabbin entièrement sonné : Voilà à quoi j’ai pensé Monsieur le rabbin. Un pauvre rabbin qui s’attendait à tout sauf à cela, à une véritable action de repenser le judaïsme.

     

    Eh bien, si c’était ça le judaïsme, ne croyez vous pas que tout le monde le comprendrait ? Et que tous les juifs redeviendraient juifs ? C’est là une véritable exécution capitale. Et ce n’est pas fini puisque le jeune homme reprend la parole de ce pauvre rabbin qui lui avait dit que chaque Israélite est un prête… La réponse :

     

    dim. 25 août 11:11 (il y a 1 jour)

       

    À moi

    Dans ce cas, si cela était vrai, tous les hommes deviendraient des Juifs.

    Voilà une mémorable charge anti rabbinique. Fleg est un peu sévère avec une classe rabbinique qui s’est contenté de gérer un héritage reçu d’autres. Mais soyons justes : sans l’élite rabbinique, nous ne serions plus juifs. A quel prix le sommes nous restés, ça c’est une autre histoire…

     

     

     

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  • L’INTERVIEW DU PRÉSIDENT CACHAR AL ASSAD AU FIGARO

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    L’INTERVIEW DU PRÉSIDENT CACHAR AL ASSAD AU FIGARO
    Dans le grand quotidien national français d’hier, on peut prendre connaissance d’une longue interview du président syrien . Disons d’emblée qu’elle n’apporte rien de vraiment nouveau et qu’elle brille même par son excessive prudence. C’est l’aspect le plus important de cet entretien qui livre tout de même aussi un indice important sur les coulisses d’un pouvoir parmi les plus opaques au monde : le jeune président qui n’a accédé au pouvoir qu’à la suite de la disparition tragique de son frère aîné, peine à s’affranchir de la tutelle, voire de la mainmise de la vieille camarilla qui surveille ses faits et gestes. Or, dans le régime syrien, habitué aux coups d’Etat, ce sont l’armée et le parti Baas qui ont le premier et le dernier mot…
    En revanche, certaines déclarations, même formulées avec le plus grand soin, confirment ce que je relevais précédemment, à savoir la nécessité d’ouverture pour échapper à l’isolement international et à l’asphyxie économique, deux dangers qui pourraient être fatal au régime en place.
    Il y a donc eu un débat interne aux premiers cercles du pouvoir et le président a pu faire admettre qu’une nouvelle politique, timide à ses débuts, était nécessaire, voire vitale. Et on sait combien le clan est attaché à sa survie.
    Que dit l’interview ? Elle aborde quelques points majeurs : La politique internationale, le conflit israélo-arabe et la situation intérieure syrienne.
    Le président syrien reconnaît que la France lui offre une magnifique ouverture sur la scène internationale : les USA sont hors jeu pendant la campagne électorale, sans même parler de leur exécration du régime d’el Assad… Il saisit la chance de sa vie en se rendant au sommet du 13 juillet pour l’Union de la Méditerranée à Paris. D’une certaine manière, la France lui offre une main secourable qui le rend fréquentable alors qu’on le considérait comme un pestiféré (voir ce que pensait Jacques Chirac du régime syrien…)
    Sur le conflit avec Israël, le président syrien est étonnamment clair, signe d’une évolution majeure du régime. Il ne se cache pas, évoque ouvertement la perspective de négociations directes avec Israël et se sert comme d’une feuille de vigne de la garantie américaine à venir : pas de contact avec l’administration Bush il faut attendre le résultat des élections… Comme si le président Bush était demandeur… Le président syrien a visiblement fait des progrès en matière de négociations diplomatiques. Quand on lui pose la question sur son alliance avec Téhéran, dont tout devrait, en bonne logique, le séparer, el-Assad esquive et souligne que chaque Etat a le régime qu’il s’est choisi… La ficelle est encore plus grosse pour ce qui est du Liban : nous sommes prêts, dit-il, à y ouvrir une ambassade, ce sont les Libanais qui en en empêchaient en raison de leurs dissensions internes et d’une politique peu aimable à notre égard. Et pui, ajoute-t-il,  il y a plusieurs dizaines d’Etats avec lesquels nous n’avons pas échangé d’ambassadeurs, est-ce à dire que nous ne les reconnaissons pas ? Paradoxes qui seraient savoureux pour tout palais, sauf libanais ! L’enquête sur la mort d Rafic Hariri est traitée avec distance, comme si le régime syrien n’avait rien à y voir.
    C’est sur la situation intérieure syrienne que le président est le plus innovant car il reconnaît (et c’est une première, dans un journal occidental) que la nature du pays, de son histoire et le caractère de ses habitants ne permet pas l’instauration d’un régime démocratique digne de ce nom. Assurément, je ne reprends pas ses propres mots, mais c’est ce qu’il dit… Par antiphrases, il reconnaît que la démocratie est pour après-demain dans un pays qui vit sous l’état d’urgence depuis un bon demi siècle…
    Ah, l’Orient…

  • HASSAN NASRALLAH, BIENTÔT GÊNANT POUR LA SYRIE ?

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    HASSAN NASRALLAH, BIENTÔT GÊNANT POUR LA SYRIE ?
        Décidément, ce Moyen Orient continuera de défier toutes les règles de la logique et de la diplomatie. Je veux dire quelques réflexions que m’inspirent les récents développements au Liban, en Syrie et en Israël.
        Nasrallah commence à positionner son mouvement afin de le transformer en parti politique, doté d’une forte milice, pour se venger des humiliations passées infligées par les Sunnites et parfois aussi les Chrétiens. Ce que le gouvernement libanais, pris dans les douleurs de l’enfantement, ne peut faire, ce que Nasrallah lui interdit de faire, Nasrallah, lui, le fait sans se gêner. Il négocie indirectement avec Israël, le fait avec professionnalisme, se conduit en véritable chef de la diplomatie, voire plus, même… Et en agissant ainsi, il imite la Syrie qui, elle aussi, négocie avec Israël par l’intermédiaire des Turcs. Le Chiite le fait, lui, par le truchement des Allemands. Il se prémunit donc contre d’aventuels reproches que pourrait lui adresser le grand frère syrien.
        En procédant à l’échange de prisonniers vivants ou hélas, morts, et en donnant un compte-rendu circonstancié sur ce qui est arrivé à l’aviateur israélien Ron Arad, le chef du mouvement chiite tente de montrer qu’il est une partie belligérante responsable et avec laquelle il faut compter. Sous peu, ce ne sera plus Israël qui sera menacé par ces Chiites mais bien le gouvernement libanais actuel qui n’est pas auréolé d’un tel prestige (même s’il s’agit de miliciens qui n’épargnent pas  les civils, ce qu’aucune armée régulière ne fait)/ A terme, ce n’est pas une minorité de blocage que le chef chiite aura, mais le gouvernement, le pouvoir et le pays tout entier. Heureusement, la répartition confessionnelle du pouvoir l’en empêche, théoriquement.
        C’est là que les choses se compliquent, car la Syrie, fidèle à sa politique de tutelle sur le pays du Cèdre, n’admettra jamais que le clan chiite parvienne ainsi à une telle puissance. Et l’on sait ce qui risque d’arriver lorsque Damas trouve des gêneurs sur son chemin.
        Evidemment, Nasrallah a déjà fait ce calcul et sait que Damas sacrifiera sa cause par trouver un accord avec Israël et les USA… Il se tourne donc exclusivement vers Téhéran qui profitera de cet allié remuant pour s’implanter au Liban.  Après tout, les chiites avec les chiites… Mais même cela, il le fait avec circonspection et l’esprit subtil qui caractérise tant la diplomatie persane depuis des lustres.
        Que fera le chiite libanais, en définitive ? Optera-t-il pour une nouvelle confrontation avec Israël qu’il a toutes les chances de perdre, surtout si la Syrie le lâche ? Se jettera-t-il éperdument dans les bras de son irresponsable allié iranien ? Ce n’est pas sûr… Si mes hypothèses s’avèrent, nous sommes à la veille de profonds changements au Moyen Orient ; la Syrie n’en peut plus de l’isolement et du blocus politique mondial et le Liban sait que cela ne peut plus durer ainsi. Reste Téhéran. Mais c’est aux Iraniens de rectifier la position. Clausewitz disait que la guerre était la poursuite de la diplomatie par d’autres moyens…
     

  • L’ATTENTTAT D’HIER A JÉRUSALEM

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    L’ATTENTTAT D’HIER A JÉRUSALEM
        Par sa violence, sa folie meurtrière et sa spécificité, l’attentat d’hier commis par Arabe de nationalité israélienne, résidant à Jérusalem est, aura des conséquences durables et de nature plus politique que sécuritaire ou militaire. Pour quelles raisons, cet attentat est-il quasi unique en son genre ?
    a)    il a été commis par un Palestinien, de nationalité israélienne, bien intégré (en apparence) marié, père de famille et employé par la municipalité (juive) de la capitale israélienne. A l’heur où nous rédigeons, aucune affiliation à un mouvement terroriste connu n’est signalée.
    b)    Cet attentat jette un grave soupçon sur la loyauté des citoyens israéliens d’origine palestinienne et remet en question non seulement leur intégration mais aussi leur appartenance à la société israélienne, tout court.
    c)    L’attentat pose aussi des questions sur le devenir et la durée d’un éventuelle paix qui pourrait, par de tels actes barbares (imaginez vous en train de rouler tranquillement rue de la Corraterie à GE et voilà qu’un bulldozer fou cherche à vous écraser, vous et votre famille dans votre véhicule !) n’avoir aucun avenir.
    d)    Mais le plus grave est bien ceci : la presse israélienne, de droite comme de gauche, est pleine d’interrogations, voire de condamnations et demandent que des mesures soient prises dans l’avenir pour neutraliser ce qui pourrait s’avérer une cinquième colonne. : à terme, c’est une coupure entre les Palestiniens de Jérusalem et de Galilée du reste de la population de l’Etat d’Israël. Déjà, des voix s’élèvent pour exiger la démolition de la maison du terroriste et celle de ses parents ainsi que leur déchéance de la citoyenneté israélienne.

    Un tel acte, si insensé, si contre productif au plan politique, a certes satisfait les ennemis irréductibles d’Israël ; mais il complique radicalement une donne , déjà bien inextricable. On a vu que la Knését vient de voter une loi qui déclare inéligible quiconque se rend dans des pays ennemis et soutient le terrorisme. Ce qui invalide une partie des députés arabes israéliens… Enfin, le développement démographique de Jérusalem va être revu de très près… Avec les drames que l’on peut deviner.
    Espérons que la sagesse l’emportera, malgré tout. Toute la population arabe israélienne (1,300.000 âmes) n’est pas déloyale, il serait anormale qu’elle supportât collectivement des mesures dures. Mais Israël a le droit de se défendre.
    Tout ceci montre que le terrorisme ne résoudra jamais le problème.  Nos sincères condoléances vont aux familles des victimes israéliennes innocentes. Songeons à ce bébé de quelques mois que sa maman a eu le réflexe de lancer par la vitre ouverte afin d’être fauchée par le terroriste ! Orphelin de  mère à même pas un an !

  • L’EGYPTE, ISRAÊL ET LE HAMAS

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    L’EGYPTE, ISRAÊL ET LE HAMAS
        Qu’elle soit durable ou qu’elle ne le soit pas, l’instauration d’une trêve entre deux ennemis irréductibles tels Israël et le Hamas est incontestablement un succès pour la diplomatie égyptienne qui est de retour au  proche Orient. Le pays du Nil est le plus grand pays arabe, le plus puissant par l’étendue du territoire et le nombre de sa population ; au plan économique, il marque le pas depuis un certain temps, mais son alignement sur les USA et son traité de paix avec Israël lui assurent de la part de l’occident d’importants subsides lui permettant de maintenir la tête hors de l’eau.
        Depuis qu’elle a signé ce traité avec son ancien ennemi, l’Egypte joue un rôle majeur, parfois contrarié par l’Arabie Saoudite qui est, certes, dans le même camp, mais qui dispose, elle, d’un pactole de pétro-dollars incomparable ! Ce qui apporte une ombre au tableau, c’est la turbulence et la montée en puissance des frères musulmans qui se signalent par un activisme de plus en plus rude.
        C’est grâce aux navettes effectuées par le chef des services secrets, le général Sleimane, homme de confiance du président Moubarak, que la trêve a été instaurée entre Israël et le Hamas à Gaza. Tiendra-t-elle ? On le souhaite. Mais quelques enseignements peuvent être tirés de cette situation :
    1)    en instaurant un blocus presque hermétique contre Gaza, l’Etat d’Israël a fini par ramener les dissidents palestiniens à un début de raison.
    2)    En s’abstenant de lancer une offensive terrestre de grande envergure contre la bande de Gaza où se cachent les terroristes, Israël a prolongé la vie de son soldat captif depuis deux ans, le caporal franco-israélien Gil’ad Shalit.
    3)    En faisant un plan sur la durée, l’Egypte et Israël, alliés du président palestinien Abbas, marginalisent chaque jour d’avantage les terroristes qui ne peuvent survivre qu’en multipliant les fuites en avant. Mis à part quelques tirs sur Sdérot immédiatement repérés et durement réprimés par Tsahal,  ils n’ont aucune perspective politique digne de ce nom.

    Il faut don féliciter la diplomatie égyptienne pour ses succès et se féliciter de son rôle bénéfique au proche orient. Enfin, un pays arabe qui a  compris que ses intérêts bien compris étaient du côté de la paix
       

     

  • QUE SE PASSE-T-IL EN SYRIE ?

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    QUE SE PASSE-T-IL EN SYRIE ?
        Depuis deux jours, je crois, le jeune président syrien Bachar el-Assad se trouve en visite officielle en Inde, accompagné de son épouse. Son père, l’intransigeant Hafez el-Assad doit probablement se retourner dans sa tombe en voyant son fils ne parler qu’anglais lors des cette importante visite officielle, soigner les apparences et déployer des trésors d’ingéniosité et de diplomatie pour séduire l’opinion publique internationale et extraire enfin son pays d’un isolement qui confine à la catastrophe.
        Un mot pour situer els choses ; après deux guerres désastreuses pour le régime des el-Assad en 1967 et en 1973, la Syrie  a été amputée du magnifique plateau du Golan et sa capitale est depuis lors à la merci de l’artillerie ennemie à longue portée. Ce qui explique que pas un seul coup de feu n’a été tiré contre les Israéliens, pas une infiltration n’a été signalée, Damas se contentant de ranimer le chaudron libanais lorsqu’il estimait devoir envoyer des messages urgents à Jérusalem. Ayant été chassée du Liban sans qu’un seul coup de feu n’ait été tiré, Damas s’est retrouvée, après l’assassinat du Premier Ministre Rafic Hariri, au ban des nations, avec, en outre, une commission d’enquête internationale qui, inéluctablement, se rapproche de certains centres du pouvoir… Enfin, il y eut ce soupçon sur des activités atomiques clandestines qui provoquèrent un raid israélien dévastateur. Et voilà que l’AIEA de Vienne s’y met et veut contrôler certains sites… C’en était trop, la situation des Syriens devenait intenable.
        Isolé, mis au ban des nations, économiquement exsangue car figurant sur la liste d’Etats peu recommandables par les USA, bref au bord du gouffre, le régime ne pouvait plus trouver refuge dans une insensée fuite en avant et des rodomontades qui, en 1967, faisaient crier victoire à ses radios et ses médias alors que Tsahal se trouvait à quelques dizaines de kilomètres de Damas…
        Un changement de cap s’imposait. Il est en train de se déployer sous nos yeux. Ancien otage de la garde rapprochée de son père, maîtrisant mal les rouages du pouvoir et dépendant du soutien de son armée, le nouveau président (ophtalmologiste de son état et n’ayant accédé au pouvoir qu’en raison de la mort de son frère aîné) dut se soumettre.
        Renforcé  par sa reprise en main des principaux leviers du pouvoir, il a mis à l’écart son propre beau-frère, le redoutable chef des renseignements militaires ; il a permis que des contacts indirects aient lieu avec les Israéliens sous l’égide des Turcs. Malgré ses dénégations, il se distancie de l’Iran avec lequel il n’ a rien en commun. Et il y a aussi le curieux attentat contre le chef du Hezbollah à Damas, victime d’un étrange accident à la voiture piégée… Et pour finir, le président syrien s’adresse aux autorités indiennes pour qu’elles l’aident… Il n’ignore pas les liens militaires entre l’Inde et Israël qui vend au sous continent pour près d’un demi milliard d’armement…
        Dernier mais non moindre, cette éventuelle poignée de main entre le président syrien et le Premier Ministre israélien le 13 juillet prochain à Paris…
        Décidément, le Moyen Orient ne finira pas de nous étonner : le Hezbollah et l’Iran peuvent se faire un peu de mauvais de sang. Même si la Kenését a mis une ombre au tableau ; le Golan, dit-elle, ne sera pas restitué, il faudra un referendum populaire pour cela… Mais n’insultons pas l’avenir, donnons une chance à la paix !
     

  • PIERRE RAZOUX, TSAHAL. NOUVELLE HISTOIRE DE L’ARMEE ISRAELIENNE. PERRIN, 200

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      PIERRE RAZOUX, TSAHAL. NOUVELLE HISTOIRE DE L’ARMEE ISRAELIENNE. PERRIN,  2008.

        Pierre Razoux fait partie de ces spécialistes qui nous font aimer l’histoire militaire. Il ne s’agit pas d’une énumération de faits, d’un déferlement de statistiques, mais d’une relation de mouvements, d’actions et de manœuvres comme si le lecteur se trouvait sur le champ de bataille. J’ai lu ce livre avec la palpitation que l’on peut imaginer, moi qui aime les films de guerre et d’espionnage, même si je n’aime pas les effusions de sang.
        Chacun sait que sans Tsahal, Israël n’existerait pas. Mais certains sont allées jusqu’à penser que dans le cas israélien, on peut affirmer ceci : Israël n’est pas un Etat qui a une armée, mais Tsahal est une armée qui a un Etat. C’est dire en d’autres termes que l’Etat d’Israël est une nation «soldatique».
        L’auteur remonte aux antécédents bibliques de l’armée d’Israël et il a raison de relever que le terrain est resté le même, et comme ce sont toujours les mêmes milieux hostiles qui campent alentour, il n’est pas rare que les généraux d’aujourd’hui donnent à leurs opérations des noms de code bibliques (opération Joab, par exemple). Un long chapitre est consacré à la mise sur pied de l’auto-défense contre les Arabes de Palestine avec le rappel de la hagganah, du groupe Stern et du Léhi (Lohamé Hérut Israël).  On n’oublie pas la formation au profit des Anglais d’une légion juive dont les instructeurs et les officiers mettront leur savoir faire au service de la cause sioniste.
        Toutes les campagnes de Tsahal sont couvertes, tous les coups d’éclat (Entebbe, Tunis, etc ) sont décrits par le menu. Après la campagne de 1956, alors qu’ils sont encadrés et aidés par les anglo-français, les Israéliens tirent les leçons du coup de force de Nasser: ils leur faut une armée forte, in dépendante de ses fournisseurs, en somme une armée dotée d’une industrie militaire nationale, à l’abri de toute pression.
        Mais ce qui retient le lecteur et rend sa respiration haletante, c’est la guerre des six jours où les premiers combats, notamment aériens, sont relatés comme le seront les combats de chars, plus tard en 1973, lorsque, dans le plus grand secret, près de 100.000 fantassins égyptiens franchissent le canal et débordent sans ménagement la fameuse Bar-Lev. Mais même là, la stratégie militaire d’un Ariel Sharon fera la différence : repérant un défaut de jonction entre les 2e et 3e armées égyptiennes, Sharon attaque par le flanc, effectue une percée qu’il transforme en tête de pont, parvient avec les autres divisions à faire refluer sur l’autre rive les troupes d’invasion et réussit à prendre dans la nasse toute la 2e armée. Même si Ismailiya résiste, les troupes israéliennes parviennent à ce fameux kilomètre 101 (du Caire). Les Arabes ont perdu la guerre. Aux diplomates des deux camps de prendre le relais.
        Mais l’effet de surprise fut encore plus dur sur le Golan où les Syriens engagèrent plus de 850 chars de combat dont les Israéliens, après un moment de désarroi, en neutraliseront près des deux tiers ! –Même les appels au secours du président Hafez el Assad, voyant sa propre capitale menacée par l’artillerie israélienne à longue portée, n’y changeront rien car le président Sadate commettra une erreur en engageant une contre offensive, ratée mais coûteuse en hommes et en matériels… L’idée était de forcer les Israéliens à se battre sur deux fronts à la fois. Les stratèges de Tsahal s’y attendaient et engagèrent alors deux bonnes divisions fraîches et performantes qui taillèrent en pièces les vagues d’assaut. Pour faire payer au Syrien son action, l’armée de l’air de Tsahal s’acharna sur le potentiel économique et industriel de ce pays, détruisant absolument tout… Le message fut apparemment compris, même si les Syriens manifestèrent par quelques duels d’artillerie leurs velléités de reconquête. Depuis, le front syrien est calme.
        Un épisode moins connu sur le déclenchement de la guerre des six jours par Israël : peu de temps auparavant, des migs égyptiens avaient survolé à très haute altitude le site nucléaire de Dimona, faisant redouter à l’Etat-Major de Tsahal une opération d’envergure contre leur secret le mieux gardé… On connaît la suite ; dès le 5 juin, c’est la tornade : l’armée de l’air égyptienne n’existe plus, clouée au sol par les Israéliens.
        On lira aussi l’intéressante analyse de la guerre du Liban suivie de celle livrée contre le Hezbollah…
        Un livre solide, impartial bien documenté sur la guerre mais qui montre combien c’est la paix qui compte. Le bien le plus cher de l’humanité.
       

     

  • ESPOIR DE NORMAILSATION AU PROCHE ORIENT ?

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    ESPOIR DE NORMAILSATION AU PROCHE ORIENT ?
        Les pourparlers entre Israël et la Syrie plongent la majorité des observateurs de ce processus dans la plus grande des perplexités. Que se passe-t-il au juste ? Et comment l’Etat d’Israël, si proche des Américains, se permet-il de passer outre aux recommandations du Président Bush et de son administration ? Certes, l’ancienne équipe va tirer sa révérence dans quelques mois, mais tout de même ! En outre, il y a peu de temps, Tsahal menait un raid aussi efficace que mystérieux sur un site militaire syrien, censé  être de nature nucléaire… Peut-on mener des discussions avec un pays voisin qui vous bombarde?
        Mais ce n’est pas tout : le ministre de la sécurité intérieure d’Israël -qui est loin d’être un aimable rêveur puisqu’il s’agit de l’ancien chef des services secrets- affirme que l’arrangement avec la Syrie (s’il se concrétisait) aurait des répercussions mondiales (sic) car il modifierait la situation au Liban et ramènerait le calme dans la région. Il est vrai que la Syrie est encore le seul foyer de tension au Proche Orient, le Hamas à Gaza n’étant considéré que comme  un terrorisme résiduel, tndis que le Hezbollah se trouverait désarmé de fait si Damas cessait de le ravitailler en armes et en munitions. Un autre responsable israélien qui a gardé l’anonymat, affirmait hier matin que les deux pays avaient réglé près de 85% de leurs contentieux ! Diable, comment font-ils pour aller aussi vite ?
        Enfin, il y a les inquiétudes iraniennes qui se font plus pressantes. On dit même que les Iraniens, intrigués à ce qui est arrivé à Damas à leur affidé Immad Moughniyeh, auraient proposé leur aide dans l’enquête, ce que les Syriens auraient poliment décliné… Etrange ! Ce n’est pas pour rien que le président syrien en personne est monté au créneau pour rassurer son allié iranien.
        Mais les choses se compliquent passablement, lorsque l’on constate la période d’incertitude qui prévaut en Israël en raison des soupçons qui pèsent sur le Premier Ministre Olmert… Certains vont jusqu’à dire que l’affaire qui le concerne ne serait pas apparue par l’effet d’un pur hasard et que des forces, désireuses de bloquer le retrait du Golan, ne seraient pas étrangères à l’activisme de la presse israélienne contre le chef du gouvernement…
        Tout ceci est bien compliqué. Les autorités israélienness ne peuvent plus se permettre de faire des concessions territoriales, aux yeux de leurs propres citoyens : le Sinaï fut rendu aux Egyptiens, le Sud Liban aux Libanais (au Hezbollah en réalité), Gaza au Hamas… Les adversaires du plan de paix jugent ces évolutions peu encourageantes. Mais concentrons nous sur ce qui se passe sur le Golan car c’est de là que viendra la surprise. Dieu fasse qu’elle soit bonne !

  • VERS UN ECHANGE DE PRISONNIERS ENTRE ISRAËL ET LE HEZBOLLAH LIBANAIS ?

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    VERS  UN ECHANGE DE PRISONNIERS ENTRE ISRAËL ET LE HEZBOLLAH LIBANAIS ?
        Des rumeurs persistantes, jointes à une déclaration publique tonitruante du leader libanais Nasrallah, laissent entrevoir un possible échange de prisonniers entre l’Etat juif et la milice libanaise. La première réaction est évidemment faite de circonspection et d’angoisse, si l’on tient compte du caractère imprévisible et aussi calculateur du chef chi’ite.
        La première question qui se pose est hélas la suivante : les deux soldats israéliens qu’il détient, sont-ils encore en vie ? Quant à l’Etat d’Israël, pourra-t-il vraiment élargir un criminel libanais coupable d’un quadruple meurtre ?
        Un mot de l’arrière-plan : alors que les négociations par l’intermédiaire d’un agent allemand étaient dans l’impasse, le Hezbollah a soudain accéléré la cadence. Que s’est-il passé ? Il est certains qu’au moins deux signaux, venus de Damas, sont pour le mouvement chi’ite très inquiétants : en premier point l’attentat qui a coûté la vie à Immad Moughniyeh en plein Damas et qui n’a pu se faire sans certaines complicités… le deuxième point est l’annonce de négociations syro-isréaliennes sous l’égide turc à Istanbul.
        Autant de nouvelles qui ont pris de court le Hezbollah lequel dépend entièrement de la Syrie pour ses livraisons d’armes : que le robinet syrien s’arrête ou que la frontière syrienne devienne hermétique et le désarmement du mouvement chi’ite se fera automatiquement puisque, dans ce cas, Israël ne lui laissera aucune chance…
        Réagissant rapidement, Nasrallah a voulu jouer sa dernière carte pour rappeler qu’il n’est pas un simple pion dans l’échiquier syrien. Il faut ajouter que Damas est prêt à tout pour récupérer le Golan, en partie ou dans sa totalité. Sans oublier un douloureux isolement sur le plan international, une économie asphyxiée par un embargo qui ne dit pas son nom et une réputation sulfureuse du régime.
        Enfin, le dernier indice qui montre que la situation est plutôt fluide nous est livré par la visite du ministre syrien de la défense en Iran, accouru pour rassurer les Iraniens sur les bonnes intentions de Damas. En bref, c’est l’affolement.
        Dans la tradition juive, l’élargissement de prisonniers, le rachat d’otages, la libération des captifs, sont une obligation de nature religieuse. Dans la prière matinale, les juifs religieux prient pour l’élargissement des entravés… Puisse cette prière être enfin exaucée !
        Comme on dit ici, nous ne sommes jamais à l’abri d’une bonne surprise… Mais quand ?

  • LA NOSTALGIE DES JUIFS DE TUNISIE…

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    LA NOSTALGIE DES JUIFS DE TUNISIE…
        Sous la plume de Madame Florence Beaugé, le journal Le Monde de ce Week end consacre toute une page (la page 3) au pèlerinage qu’effectuent les juifs de Tunisie, chaque année, à la fin de ce mois de mai, dans une synagogue fétiche, réputée la plus ancienne d’Afrique, la synagogue dite la Ghriba de Djerba… La traduction de ce terme arabe veut dire l’Etrangère ou l’Esseulée…
        On lit dans cette page la nostalgie de ces juifs originaires de Tunisie qui n’oublient pas le pays qu’ils durent quitter lorsqu’ils se sentirent «indésirables», notamment à la veille de la guerre des six jours.  On pensera ce que l’on voudra de ce retour aux sources, il n’en est pas moins irrépressible et impérieux. Alors pourquoi ces hommes, ces femmes et ces enfants se rendent-ils sur lieu qui fut d’ailleurs le théâtre d’un attentat sanglant qui coûta la vie à plus d’une dizaine de touristes allemands ?
        Comme toujours, c’est la légende, qu’il ne faut jamais bannir, qui explique cette renommée : dans cette synagogue miraculeuse que certains affabulateurs font remonter à l’époque prétalmudique les prières des orants et des orantes sont toujours exaucées. Je sais que c’est la foi qui sauve. Mais il faut écouter ces femmes (surtout elles !) dire que les prières de la Ghriba leur ont fait rencontrer l’âme sœur, les ont rendues enceintes, ont guéri leurs parents atteints d’un cancer ou d’une autre maladie grave.
        Mais ce qui plaît par dessus tout à ces nostalgiques juifs, c’est de fouler le sol de leurs ancêtres, nés et morts sur cette terre tunisienne… Un esprit rassis dirait que, d’un point de vue géo-politique, la Tunisie a tout intérêt à donner d’elle cette image de terre d’accueil, de terre de tolérance, d’hospitalité et de fraternité. Derrière ce supposé calcul politique, il y aussi une grande chaleur humaine.
    Et par les temps qui courent, ceci est crucial entre Juifs et Arabes musulmans.