Vu de la place Victor Hugo - Page 9

  • Marek Halter, Je voulais changer le monde. Mémoires (Robert Laffont)

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    Marek Halter, Je voulais changer le monde. Mémoires (Robert Laffont)

    Quel homme et surtout quelle vie. Ce n’est pas une mais une dizaine de vies que Marek Halter nous raconte par le menu (plus de cinq cents pages), que nous lisons avec passion, tant le style est coulant et le contenu captivant. Je savais un certain nombre de choses mais le récit, recentré et plus développé sur certains points, donne encore à ces Mémoires une certaine fraîcheur. Au fond, c’est le symbole ou l’incarnation de l’histoire juive, pas uniquement celle de ce terrible XXe siècle, siècle de la Shoah, mais de toutes les vicissitudes d’Israël.

    Le petit garçon juif du ghetto de Varsovie qui n’a dû la vie sauve qu’à la décision de ses parents de quitter nuitamment leur gîte sans rien emporter avec soi, relate après plus d’un demi siècle ce qu’on peut éprouver quand on est un déraciné, un réprouvé, un exilé permanent, au seul fait d’être né juif et de devoir évoluer dans un monde gagné par l’antisémitisme… Pourtant, malgré la gravité dont sont empreints ces récits poignants, le narrateur ne se prend pas au sérieux ni ne s’apitoie toujours sur son sort. Par exemple, les forces de la vie n’ont pas cessé de battre dans son cœur, surtout lorsqu’il s’agissait de belles et vigoureuses jeunes femmes dont il appréciait l’anatomie.

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  • Entrer en stratégie, par le général Vincent Desportes (Robert Laffont)

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    Entrer en stratégie, par le général Vincent Desportes (Robert Laffont)

    Ce titre est à prendre au pied de la lettre ; il ne s’agit pas d’une clause de style destinée à attirer le chaland ; non point, l’auteur, grand spécialiste d’histoire militaire (mais pas seulement) déroule devant nous les exemples de stratégie, aussi bien remontant aux antiquités chinoise et athénienne, qu’aux exemples contemporains, comme l’invasion de l’Irak par Georges W. Bush ou la lutte contre l’Etat Islamique.

    J’ai lu cet ouvrage avec un vif intérêt sans m’attendre à y trouver ce que j’y ai effectivement trouvé. Je l’ai lu aussi avec l’œil, le regard du philosophe car ce général, homme de grande culture, n’a pas, dans cet essai, négligé ce qui touche à la philosophie, voire à l’anthropologie. Qu’est ce que la stratégie ? C’est l’action de s’adapter, d’avancer et de reculer, de ne jamais reprendre à l’identique les recettes du passé car si elles ont fait leurs preuves jadis cela ne garantit guère qu’elles en feront autant dans le futur.

    Dès les premières lignes, j’ai senti qu’on s’orientait vers l’essai philosophique tant les thèmes discutés relèvent de cette discipline. Mais le général ne confine pas son propos au seul domaine militaire qu’il connaît parfaitement bien, il étend ses réflexions et ses investigations à l’industrie et aux entreprises dans l’acception la plus large du terme.

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  • Méir M. Bar-Asher, Les juifs dans le Coran. Préface de Mohammed Ali Amir-Moezzi (Albin Michel)

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    Méir M. Bar-Asher, Les juifs dans le Coran. Préface de Mohammed Ali Amir-Moezzi (Albin Michel)

    Je tiens à dire d’emblée qu’avec cet ouvrage nous tenons une solide contribution à la question tant disputée du statut des juifs dans le Coran. L’auteur, excellent connaisseur du Coran et de la langue arabe, né dans un environnement qui facilite visiblement l’exploration d’un tel thème sans tomber dans les exagérations ou les mythes si bien véhiculés par une certaine presse et une certaine littérature. Avec notre auteur qui a fort bien choisi son préfacier, l’éditeur de l’excellent Dictionnaire du Coran, nous tenons un ouvrage fait aux normes de la méthode historico-critique. Ses conclusions, quand il y en a, sont donc scientifiques et montrent la grande complexité de la question.

    J’apprécie que l’auteur ait mentionné la thèse de doctorat d’Abraham Geiger, soutenue au début du XIXe siècle, à l’université de Bonn et qui fut couronnée (preisgkrönt) ; le jeune rabbin réformé y montrait l’importance des emprunts de Mahomet à la tradition juive tant écrite qu’orale, étant entendu que ce qu’il en a retenu n’est pas nécessairement ce qui s’y était dit…

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  • Francesco Zorzi, un franciscain kabbaliste à Venise (Gallimard)

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    Francesco Zorzi, un franciscain kabbaliste à Venise (Gallimard)

    Curieux personnage que ce moine franciscain (1466-1540) qui s’était acquis une notoriété incontestée en matière d’exégèse biblique juive et principalement aussi kabbalistique. En effet, c’est une affaire incroyable qui le tira de l’obscurité propre aux moines érudits, une affaire dite la grande affaire car elle impliquait le roi Henri VIII d’Angleterre. Ce dernier avait dû épouser la veuve de son frère mort sans laisser d’héritier. Mais de l’aveu même de la reine, Catherine d’Aragon, le mariage ne fut jamais consommé et sa dissolution faisait problème puisqu’elle mobilisa les meilleurs théologiens et exégètes bibliques d’Europe. C’est donc ainsi que le moine Zorzi fut sollicité et son avis ardemment souhaité car il fut l’un des rares à pouvoir accéder aux textes hébreux de l’Ancien Testament et aussi à en connaître les interprétations kabbalistiques.

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  • Norman C. TOBIAS : La conscience juive de l’église. Jules Isaac et le concile Vatican II (Salvator)

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    Norman C. TOBIAS : La conscience juive de l’église. Jules Isaac et le concile Vatican II (Salvator)

    Voici enfin traduit en langue française un excellent ouvrage qui analyse dans ses moindres détails l’influence réelle, décisive, exercée par un petit historien juif sur une mutation doctrinale et théologique d’une formidable institution bimillénaire qu’un critique littéraire comme Ferdinand Brunetière nommait : une puissance mondiale… Même si nous restons dans les limites et les normes du commentaire historique, cela ne nous interdit pas de saluer ce coup d’éclat qui vire entièrement au prodige : un historien français de confession juive, se disant lui-même plus lorrain que juif, bien que né en Normandie, parvint à force de travail, d’effort et de persuasion à amener cette même puissance catholique mondiale à se recentrer, à revenir sur des accusations qu’elle traînait dans son sillage depuis deux millénaires, bref à se remettre en question sur point nodal : sa relation à la matrice dans laquelle elle naquit, à savoir la synagogue.

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  • Henry BONNIER, André Chouraqui, un prophète parmi nous, (Erickbonnier, 2019)

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    Henry BONNIER, André Chouraqui, un prophète parmi nous, (Erickbonnier, 2019)

    La lecture de ce beau livre est un véritable délice. Il m’a permis de mieux connaître mon grand ami disparu, André Natan Chouraqui, natif d’Ain T’émouchent, devenu par la suite après bien des vicissitudes existentielles l’éphémère maire adjoint de la ville de Jérusalem, avant de se découvrir sa véritable vocation, loin des jeux de la politique et de la comédie sociale : traduire en la langue de Voltaire, apprise à l’école plus que parlée au sein du groupe familial, les trois grands livres révélés du monothéisme abrahamique : la Bible hébraïque, les Evangiles et le Coran.

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  • La confusion des sentiments de Stefan Zweig (Robert Laffont, 2018)

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    La confusion des sentiments de Stefan Zweig (Robert Laffont, 2018)

    Les lecteurs qui nous font l’amitié de nous suivre dans nos publications ici même se sont aperçus de notre dilection pour l’écrivain judéo-autrichien et son œuvre. Il excelle dans l’art de la nouvelle, mais ses biographies romancées n’en sont pas moins très agréables à lire. Je pense vraiment que si cet homme, ballotté d’un pays à l’autre, d’une nationalité à l’autre, ne s’était pas suicidé avec sa seconde épouse au Brésil en 1942, il aura sûrement reçu le Prix Nobel de littérature au cours des années suivantes, après Hermann Hess et Thomas Mann. . Mais le destin en a décidé autrement ; un aspect de sa vie a dû faire pencher le plateau de la balance : sa langue d’écrivain, sa langue maternelle allemande était aussi devenue par le tragique de l’histoire, aussi celle des oppresseurs… Et son dernier livre, à savoir ses Mémoires, intitulées Le monde d’hier. Mémoires d’un Européen nous fait sentir ce terrible drame

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  • Les chemins de la nouvelle gouvernance

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    Les chemins de la nouvelle gouvernance : comment gouverner depuis le 17 novembre…

    Telle est, ni plus ni moins, la question qui se pose aux gouvernants actuels, pressés de trouver , dans l’immédiat, un moyen de sortir de la crise actuelle. Une crise qui est loin d’être une simple anicroche, un incident de parcours. C’est bien plus grave que cela, c’est plus qu’une crise de régime, c’est une crise politique à grande échelle. Et en un si peu de semaines, même si on peine à trouver un schéma directeur, un principe explicatif qui puisse nous fournir le fil d’Ariane que chaque homme politique actuel de quelque envergure recherche, nous sommes condamnés à tâtonner dans l’obscurité… Car, si vous résumez la totalité des débats qui se donnent libre cours dans la presse écrite ou audio-visuelle, vous constatez, après quelque temps de réflexion, que les motivations d’une telle crise son insaisissables. Comment cela ?

    Ce que les manifestants veulent et revendiquent, qu’ils soient casseurs occasionnels ou professionnels, gilets jaunes authentiques ou manifestants agissant derrière des paravents qui leur permettent de cacher et leurs noms et leurs motivations réelles, tous les mots d’ordre ne résistent pas un seul instant à la critique et encore moins à l’analyse. Si la situation n’était pas aussi grave, si les violences n’étaient pas aussi inouïes, notamment contre les forces de l’ordre prises à partie avec une rare sauvagerie, on pourrait se gausser des slogans de ces gilets jaunes qui donnent l’impression qu’on peut renvoyer un président élu, comme cela, en toute simplicité, qui veulent rentrer à l’Elysée, s’en prennent à un ministère, si minime soit-il, mais qui n’en restent pas moins un lieu de pouvoir, issu d’un régime démocratique participatif…

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  • Sigmund Freud et Romain Rolland : dialogue entre Un juif athée et un chrétien sans église*

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         Sigmund Freud et Romain Rolland : dialogue entre

                   Un juif athée et un chrétien sans église*

    Voici un ouvrage hautement instructif, puissamment construit et très érudit qui met face à face deux personnalités marquantes du début du XXe siècle : le juif sans judaïsme, S. Freud, véritable Christophe Colomb d’un nouveau continent de l’esprit, et le prix Nobel de littérature de 1915, Romain Rolland, deux génies en quête de causes célèbres… Comment ces deux coryphées ont-ils fait pour se reconnaître, se rencontrer et se voir ? La grande guerre y est pour beaucoup, la dureté de l’époque ayant poussé quelques rares âmes sœurs à se rapprocher et à échanger sur la folie humaine, au point de coûter des millions et des millions de vies humaines. Au fond, la correspondance entre les deux grands hommes ne se monte qu’à dix-huit pièces et prend, matériellement, peu de place, même dans ce volumineux ouvrage si solidement documenté et si bien construit.

    La comparaison entre la vie des deux hommes, certaines similitudes dans leur vie personnelle ou familiale, est bien menée, sans oublier les chevilles ouvrières qui ont permis le rapprochement. Dans ce conteste, la palme revient à Stefan Zweig que j’apprécie tant (mis à part ses obsessions sexuelles) qui fut très proche des deux hommes et s’employa à les mettre en contact l’un avec l’autre : Romain Rolland qu’il porta aux nues et considéra comme une sorte de divinité tutélaire de son esprit, et Sigmund Freud, issu de ce même judaïsme autrichien que lui, et résident dans la ville de Vienne, comme lui. L’approche de ces deux Juifs des choses de ce monde se rejoignait d’une certaine manière, même si Zweig peut être considéré comme le «vil instrument de la Providence». Cela ne rabaisse nullement l’auteur de la belle nouvelle Vingt-quatre heures dans la vie d’une femme mais veut montrer que parfois les grands événements, les rencontres les plus improbables sont causées par des personnalités que l’on ne soupçonnait guère… Un autre exemple : c’est dans l’appartement romain d’une de ses conquêtes féminines que Zweig, éternel coureur de jupons, a pris connaissance du grand roman de Rolland, Jean-Christophe, ce qui l’incita à se rapprocher de l’auteur et à lui déclarer sa flamme. Or, Freud avait lui aussi lu le roman, quoiqu’en d’autres circonstances, et rêvait d’entrer en contact avec son auteur.

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  • Dans les rues de Jérusalem avec des amis savoyards...

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    Dans les rues de Jérusalem avec des Savoyards…

    (Pour Evelyne, Caroline et Philippe MOOS)

     

    Es zieht mich mein Herz nach Jerusalem : mon cœur m’attire vers Jérusalem… C’est à cette phrase d’un de mes étudiants de l’université de Heidelberg que je pensais en déambulant dans les rues de la cité du roi David. Jérusalem que je n’avais plus visitée depuis un certain temps et où nous avons décidé de nous rendre pour une visite à une grande vieille dame de la famille de Da. Rendez vous fut pris ce dimanche pour aller dans un quartier très élégant et très religieux de Jérusalem, Har nof qui se traduirait par la colline en surplomd d’un magnifique paysage. De ce point d’observation on peut voir toute une partie de Jérusalem à ses pieds, si j’ose dire.

     

    La traversée du centre ville se fit sans encombre car la circulation était acceptable, les voies d’accès à la ville sainte ayant été élargies, mettant fin à ces goulets d’ étranglement qui étaient un véritable calvaire. Et pour le reste le navigateur Waze a accompli son effet: il nous a conduits sans problème jusqu’en bas de l’immeuble. Je ne connaissais pas ce quartier qui est une place forte de communauté hérédit de la ville. J’ai peu observer la façade impressionnante de très belles synagogues, les allers et venues de religieux, chapeaux aux larges bords et redingote noire de rigueur.. Mais ce qui m’a le plus plu, ce sont les petites filles rentrant de l’école, bien mises, propres sure lles, leurs sacs à dos remplis de livres… Ces chères petites têtes blondes vous regardent étrangement car vous n’avez pas la mise vestimentaire de rigueur dans le quartier… Il n’empêche, croiser ces petites filles vous met du baume au cœur au sein d’une ville qui défraie tant la chronique. Et où la paix ne règne pas toujours, en raison de la folie des hommes.

     

    Nous entrons dans un bel immeuble de la rue Agassi. Comme chacun sait, l’hiver est plus rigoureux à Jérusalem qu’à Natanya. Et en outre, une certaine spécificité israélienne veut que les parties communes des immeubles, même de standing, soient plus ou moins laissées à l’abandon : donc pas de chauffage dans les escaliers mais l’appartement est lui, bien chauffé.

     

    Dans une salle de séjour plutôt spécieuse, nous trouvons une dame française, native d’Alsace si je ne me trompe, assise sur un canapé, très digne, les sens en éveil, visiblement heureuse de saluer ses deux visiteurs. Je la regarde de près, je sais qu’elle a perdu son cher mari depuis peu d’années, qu’elle est très entourée, notamment par sa fille qui réside dans la même rue, qu’elle a une très belle progéniture, enfants, petits enfants et même arrière petits enfants. Que je n’oublie pas de le signaler : ce sont des gens qui sont très observants. J’ai tendu la main à une dame, en bon Français que je suis, qu’elle a délinée poliment ; j’aurais dû me méfier…

     

    Mais tout se passe bien, le fils de la dame arrive avec son épouse. Je les avais déjà vus lors d’un précédent mariage de leur famille dans le sud de la France. Un jeune homme, leur fils, arrive lui aussi ainsi que son jeune frère, deux bachouré yeshiva qui étudient la Tora à Jérusalem : existe t il meilleur endroit pour scruter intelligemment la Tora de Dieu ? Quelle chance, une chancee que j’ai pas eue…

     

    On décide de quitter ce secteur de Talpiyot pour se rendre dans un restaurant appelé Le rendez vous, situé rue Betléhém au numéro 110, tenu par des Français où l’on peut manger des spécialités savoyardes KBD (Kasher Bet Din)… Mais cette fois le navigateur ne nous a fait faire le tour du monde ! On a mis une bonne heure pour arriver à destination. Mais une fois sur place, nous n’avons pas regretté notre choix : les tartiflettes ainsi que les pizzas étaient de taille : je n’en avais jamais vu d’aussi grandes.

     

    Mais je raconte tout cela pour décrire le cadre où j’ai vécu une expérience tout à ait inattendue : le hasard des sièges (nous étions une tablée de sept) me trouva tout près des deus fils de la famille, deux jeunes talmudistes avec lesquels j ‘ai tant échangé, plus qu’avec leurs très sympathiques parents. En leur posant des questions, j’ai vécu par projection ce que j’avais entamé dans ma ville natale Agadir où, mes parents avaient fêté, comme il convenait, ma première entrée officielle à la yeshiva loacale, Em ha banim dont les pensionnaires paieront un très lourd tribut lors du tremblement de terre ravgeur de 1960 : qui sait quelle direction j’aurais prise si ce séisme n’avait pas bouleversé ma vie et celle de mes proches ?

     

    Les questions des deux jeunes talmudistes m’ont projeté bien des années en arrière, avant que j’opte définitivement pour l’étude intensive de la philosophie. Visiblement, les deux jeunes gens comprirent que je n’étais pas vraiment du même bord. Courtoisement, l’aîné des deux m’a demandé si j’avais déjà entamé l’étude d’un folio talmudique… Je lui répondis que oui et qu’en 1986, j’avais traduit et complété avec mon collègue G. Stemberger de Vienne toute l’introduction en allemand de Hermann L. Strack, au Talmud et au midrash (Cerf, 1986), sans même parler des cours de Talmud à l’EPHE (Sorbonne), prodigués par un rabbin orthodoxe.

     

    De mon côté, je leur demandais ce qu’ils comptaient faire pour s’assurer une subsistance pérenne. Je ne reçus pas de réponse claire, en raison de leur jeune âge, peut-être. Mais je dois reconnaître que je fus impressionné par cet amour de la Tradition juive, un amour et une fidélité qui m’animaient aussi jadis, mais qui prirent une autre tournure au fil des années. Je dressai rapidement l’état de mes publications et nous parlâmes de Maimonide et de son Guide des égarés… On me demanda alors si j’avais lu cet ouvrage ; mais la question ne recelait aucune malice, je pense plutôt que dans ces cercles yeshivatiques on met l’accent surtout sur le Mishné Tora, sur l’aspect purement théologico-religieux du grand penseur du XIIe siècle (1138-1204).

     

    Cette rencontre, absolument fortuite car nous venions rendre visite à leur grand’ mère, qui, je veux la remercier, nous a invités à déjeuner dans cet établissement. Cette dame qui a connu la guerre et la clandestinité a tant de petits enfants et arrière petits enfants (que D- les garde), dont une bonne part se trouve en Israël… Et l’un de ses petits fils est, me dit sa mère, rabbin à Bogota !!

     

    Cette rencontre avec ces deux jeunes talmudistes, rencontre qui n’avait rien d’une confrontation, a remué en moi des choses si anciennes, des problématiques qui me préoccupaient jadis, mais qui, aujourd’hui, ont perdu de leur acuité.

     

    Le peuple d’Israël est un peuple à part, dans sa diversité, dans sa richesse, il atteste qu’on peut être juif de tant de façons différentes. Ce sont les pensées qui m’agitaient lorsque Da me conduisit au célèbre marché de Mahané Yehouda. Quelle mixité, quelle richesse, que de senteurs, que de fruits, que de gâteaux pour un peuple qui entend rendre grâce au Seigneur chaque fois qu’il boit un verre d’eau ou mange un gâteau, un peuple qui rend grâce au Créateur des cieux et de la terre à chaque instant de son existence. Et qui l’exonère de toute responsabilité dans les malheurs qui l’assaillent depuis plus de deux mille ans.

     

    Un passage talmudique nous apprend que l’air du pays d’Israël rend intelligent. C’est passible, en tout cas la ville de Jérusalem rend nostalgique