02/11/2016

La Turquie d’Erdogan suscite de plus en plus d’inquiétude...

La Turquie d’Erdogan suscite de plus en plus d’inquiétude...

Les nouvelles venant d’Ankara ne sont vraiment pas bonnes. Erdogan continue sa purge qui dépasse toutes les règles de l’épuration. Les appréhendés se comptent par milliers et les révocations ou les fermeture d’organes de presse, d’arrestations de journalistes par dizaines de milliers. Et à présent, comme pour faire bonne mesure, Erdogan parle du rétablissement de la peine de mort.

Rendez vous compte si l’Europe avait eu la folie d’admettre ce pays en son sein, un pays qui aurait donné à l’Union Européenne une frontière commune avec des pays comme la Syrie et l’Irak… Avec des Kurdes qui se battent presque chaque jour contre l’armée turque. Et aujourd’hui, Erodgan qui envoie des colonnes de chars et de véhicules blindés en direction de Mossoul, entend peser de tout son poids, rabroue publiquement le premier ministre irakien, apostrophe les grands de ce monde et clame haut et fort ne pas prêter l’oreille à ce que dira l’Europe.

Cette méthode du tout répression n’est pas la bonne. Au lieu de prôner une grande réconciliation nationale, une ouverture vers les Kurdes et une refondation de l’identité turque afin d’en élargir le sein, Erdogan embastille, arrête les journalistes, ferme lycées, hôpitaux et universités, bref chamboule tout pour étouffer dans l’œuf toute velléité d’opposition.

Plus le temps passe et plus on se pose de questions sur ce coup d’Etat si hâtivement bricolé. Si les généraux avaient vraiment voulu échouer et se faire prendre, ils n’auraient pas agi différemment. Peut on prouver l’implication de puissances étrangères dans la préparation de ce coup ? Non point, mais certaines puissances savaient et n’ont pas prévenu Erdogan, lequel le leur reproche durement aujourd’hui…

Le caractère turbulent d’Erdogan se manifeste aussi dans sa politique étrangère brouillonne : le voilà qui se rapproche de la Russie alors qu’elle soutien son ennemi juré, Bacahr el Assad… Et en outre, la Turquie, jusqu’à preuve du contraire, fait partie de l’OTAN et se trouve aux avants postes face à la Russie justement, cette même Russie dont l’armée d’Erdogan a abattu un chasseur bombardier à la frontière turco-syrienne…

Comprenne qui pourra ! Ce qui est sûr, en revanche, c’est que la méthode actuelle appliquée ne peut que nourrir les envies de revanche et de vengeance des putschistes d’hier

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01/11/2016

Jean-Pierre Jouyet, Ils ont fait la Révolution sans le savoir. Le libertinage contre la terreur (Albin Michel)

Jean-Pierre Jouyet, Ils ont fait la Révolution sans le savoir. Le libertinage contre la terreur (Albin Michel)

Ceux qui eurent le privilège de croiser un jour Jean-Pierre Jouyet, inspecteur des finances, ancien patron de la Caisse des dépôts et consignations et aussi ancien ministre des affaires européennes, savaient dès les premiers instants qu’il était l’incarnation, l’essence même de la subtilité et de la nuance ; en le lisant comme je viens de le faire ils découvriront qu’il dispose aussi d’une belle plume et qu’il sait édifier sans jamais ennuyer.

Ce qui retient durablement l’attention de l’ actuel secrétaire général de la présidence de la République, jusqu’à lui arracher des considérations de  grande sagesse  et parfois de gravité, sur le sens de l’Histoire, sur la responsabilité des gouvernants de ce pays, sur l’animosité quasi historique, pour ne pas dire perpétuelle, qui oppose les groupes sociaux  les uns aux autres qui le constituent, c’est cette volonté de comprendre ce siècle dont la dernière décennie a donné la Révolution avec ces années d’une terreur inimaginable où l’on guillotinait comme d’autres se promenaient, mangeaient ou dormaient…

JPJ s’interroge : aurait-on pu éviter toute cette mare de sang, tous ces massacres que la Révolution dut perpétrer pour soi-disant défendre et pérenniser ces rares conquêtes ? C’est ce qu’on peut lire au début de ce chapitre VII, si dense et même digne de grands moralistes ou de philosophes de l’histoire. En lisant ces quelques lignes je n’ai pu m’empêcher de penser à Hegel et à sa philosophie de l’Histoire, mais aussi à cet absolutisme qui caractérise aussi bien la totalisation conceptuelle du savoir du philosophe d’Iéna et de Berlin que le jusqu’auboutisme sanguinaire de ceux qui ont fait régner la terreur, jusques et y compris dans leurs propres rangs…

Ce qui frappe dans ces moments tragiques de l’Histoire, c’est le faible nombre d’acteurs, le dévoiement de celles et ceux qui incarnent l’idéal le plus pur (…)  avec en arrière-plan cette énigme jamais résolue : la logique de l’Histoire se veut-elle implacable, ou l’homme, par précipitation ou égarement, la précipite-t-elle dans d’indicibles horreurs ? Sans doute concoururent ils, en 1793, à passer d’une révolution au totalitarisme.

On l’a compris JPJ se demande s’il eût été possible de faire l’économie de la Terreur au cours de laquelle la Révolution, ou ce qui en tenait lieu, a dévoré ses propres enfants. Hegel, quant à lui, ne pensait pas différemment, lui qui parle d’une ruse de l’Histoire qui s’ingénie, à notre insu, à nous mener dans la direction que l’on croit avoir soi-même choisie en toute liberté.

Eu égard aux fonctions qu’il occupe depuis plus de deux ans, incomparable point d’observation d’un Etat qui n’a jamais entièrement quitté la monarchie, JPJ ne peut s’empêcher de dresser maintes comparaisons entre son siècle de prédilection, le XVIIIe siècle, et l’histoire immédiate qui se déroule sous ses yeux, chaque jour que Dieu fait…

Qu’aurait été le cours de l’Histoire si la sagesse de Barnave avait convainc ?. Quel bénéfice retirerait notre France si les différents candidats à la présidence retenaient ces sages principes ?

L’Histoire ou la Providence, mieux encore son absence totale en décida autrement : l’homme fut arrêté, condamné et guillotiné alors qu’il n’avait que trente-deux ans.

D’autres considérations désabusées (mais non blasées) de l’auteur le font apparaître à la fois comme un mémorialiste et un moraliste (dans le sens le plus noble de ce terme hélas galvaudé). Ces révolutionnaires qui se muèrent en despotes sanguinaires sont pourtant ceux qui rédigèrent les principes qui nous régissent aujourd’hui encore : ils ont écrit des constitutions, rédigé des déclarations de droits et même, peut-on dire, bâti la République…

Mais cet idéal commun ne leur évitera pourtant pas l’autodestruction. Telle est la principale leçon de notre XXIe siècle, sans doute tout aussi fanatique qu’il y a  deux cents ans.

Lisant ce stimulant petit ouvrage le crayon à la main, j’ai relevé en deux endroits différents, d’une part le nom du lieutenant général de police La Reynie, et d’autre part de Bossuet, l’inoubliable évêque de Meaux. Il y avait à cette époque là un sage et érudit Oratorien du nom de Richard Simon. Bien que moine, notre Oratorien (un ordre auquel JPJ n’est pas vraiment indifférent) s’intéressait à la critique biblique qui a toujours senti le fagot  dans tous les milieux religieux, qu’ils fussent juifs (Spinoza) ou chrétiens. Richard Simon commit l’erreur de faire passer un manuscrit de son livre Histoire critique du vieux Testament à Bossuet qui subodora l’hérésie dans tout cela ; Il chargea alors La Reynie de confisquer tous les ouvrages disponibles de cette Histoire critique… afin de les détruire… Un seul exemplaire réussit à échapper à l’hécatombe et servit à la reproduction anastatique de Rotterdam, un siècle plus tard. Mais, comme le déplorait Renan, cette plaisanterie de si mauvais goût a infligé à nos recherches bibliques plus d’un siècle de retard sur nos voisins hollandais et surtout allemands !

Mais ce qui fait aussi le grand intérêt de ce livre, c’est qu’il ne se limite pas à examiner de manière stérile le passé, il en transfert les enseignements à ce que nous vivons hic et nunc. Il ne s’agit pas de se cantonner à l’archéologie de la science politique ou historique, comme des épigraphistes déchiffrant de vieilles pierres tombales, mais d’une confrontation bien vivante, pleine d’énergie et d’esprit, avec la situation présente. Et dans ce contexte il faut bien reconnaître que JPJ manie l’humour avec talent. Il n’hésite pas à parler des personnalités politiques actuelles, distribue des bons et des mauvais points mais jamais de coups de griffes… L’homme est trop fin, trop subtil, trop bien élevé pour cela. A la lecture de certaines pages, fort croustillantes, surtout lorsqu’il est question des égéries, des courtisanes, des favorites et de la gent féminine en générale, je n’ai pu m’empêché d’esquisser un sourire, parfois même plus…

Car les femmes ont joué un rôle plutôt considérable pour faire reculer la terreur. C’est bien connu : faites l’amour, pas la guerre. Mais là, d’après tout ce que j’ai pu lire et apprendre dans ce livre, certains n’avaient vraiment pas besoin d’encouragement dans ce domaine. Aucune moralité, même chrétienne, aucune règle ne ralentissait les ardents transports des unes et des autres. Certes, le XVIIe siècle a aussi connu le libertinage érudit et d’autres le libertinage tout court. Et cette distinction donne une nouvelle opportunité à JPJ de montrer son sens de la nuance: parlant de DSK il dit sagement  que le libertinage n’est pas la débauche : quelle serait l’opinion des maîtres Oratoriens sur ce point ?

Mais revenons à la problématique principale du livre : pouvait on, à l’époque, épargner à la France cette Terreur qui l’a tant affaiblie, perverti sa réputation de pays des droits de l’homme et jeté sur les routes de l’exil des dizaines de milliers de ses fils, partis proposer leurs services à des souverains plus ouverts et plus éclairés ? JPJ n’est pas loin de le penser et espère, en tout cas, que l’on tirera profit de l’histoire passée. Il juge assez sévèrement les derniers moments de la monarchie qui n’a pas su se réformer, s’amender à temps. Allusion subtile à ce que nous vivons présentement dans ce beau pays ?

Au fond, la question se pose : contrairement à tous les autres pays d’Europe qui sont des démocraties aussi avancées que la nôtre, tout en n’ayant jamais connu une Révolution si couteuse et si ravageuse, nous avons suivi une pente nettement plus rude avec un résultat sensiblement équivalent. Habitué des réunions européennes de Bruxelles, JPJ se gausse de cet esprit français si répandu qui entend se présenter comme un modèle, un paradigme à imiter.

Il reste un dernier point à évoquer : les manœuvres de déchristianisation effectuées par des révolutionnaires qui avaient pourtant été formés par le magistère. Je ne parle pas seulement  des prêtres qui firent allégeance à la Révolution, fondèrent une famille ou rejetèrent la foi dans laquelle ils avaient été élevés, mais de simples citoyens, soucieux de ne pas nager à contre courant…

Parlant dans sa conclusion de Bonaparte, JPJ loue son sens politique et sa prompte réactivité :

Mais comme toutes les grandes figures françaises, il sut saisir la chance dans l’Histoire (à défaut d’être celle de l’Histoire). Est ce moral ? Mais la moralité a-t-elle quelque à voire avec l’Histoire ?

Non, évidemment. Mais je reprendrai un terme de Martin Heidegger qui traite de ce sujet : quel sort nous est réservé ici-bas et pouvons nous agir, peser sur ce qui semble être une destinée ? Heidegger dit que nous sommes geworfen (jetés, projetés) dans un monde dont nous ne savons encore rien. C’est presque la loi d’airain du déterminisme, mais Levinas n’est pas d’accord. Si Heidegger semble penser que nous n’avons pas une histoire mais un destin, Levinas opte, quant à lui, pour le dialogue avec notre prochain, notre indéfectible solidarité avec lui, au point d’en être l’otage.

N’allons pas si loin mais réaffirmons avec force notre capacité à agir sur les événements.

Maurice-Ruben HAYOUN

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30/10/2016

La situation politique en France : essai d’une analyse

 

La situation politique en France : essai d’une analyse

 

La France vit probablement un épisode inédit de son histoire politique. Pour la première depuis la présidence de Valéry Giscard d’Estaing qui avait eu maille à partir publiquement avec son Premier Ministre d’alors, Jacques Chirac, lequel n’était pas du même parti politique, nous assistons à une véritable révolte contre le chef de l’exécutif, manifestée par les plus hauts personnages de l’Etat. Le journal Le Monde qui ne brille pas par ses prises de position extrêmes n’hésite pas à titrer en manchette et en caractères gras : le discrédit de François Hollande… C’est du jamais vu : jamais on n’a ainsi parlé d’un président en exercice, qui plus est, dans les colonnes d’un journal réputé à gauche, depuis au moins la Libération !

 

Que se passe t il donc ? Il faut tenter d’être objectif mais sans complaisance aucune, ni utiliser la langue de bois.

 

Il y a un problème dont la parution du fameux livre des deux journalistes du Monde (encore lui !) n’a fait que hâter la manifestation sans vraiment le créer. En raison de la crise, des problèmes tant internes qu’externes, du terrorisme et des attentats, la majorité du peuple français ne fait plus confiance à l’exécutif actuel. Il faut être juste : la situation est grave mais on n’a pas le droit de tout imputer à l’impéritie, réelle ou supposée, de l’actuel président. Certes, il a commis des erreurs, il a perdu du temps, il a parfois même confondu stratégie et tactique, mais sommes nous sûrs que d’autres auraient vraiment fait mieux que lui ? Ce n’est pas évident. On n’a si souvent repoussé les réformes nécessaires et cette accumulation a fini par se faire sentir sur toutes les couches de la société française.

 

Certains pensaient, mais il est désormais trop tard, qu’un gouvernement d’union nationale eût été bienvenu et je l’ai moi-même parfois pensé, tout en sachant que c’était irréalisable quand vous avez  à l’Assemblée Nationale  une écrasante majorité de députés de votre parti. Jamais le député PS de base ne l’aurait accepté. Mais il semble que le chef de l’Etat ne l’a jamais envisagé…

 

Ne revenons pas sur le passé et voyons ce qui se passe sous nos yeux : le président de l’Assemblée a brandi l’étendard de la révolte en séance privée, il a posé le problème de l’incarnation, rien de théologique, que l’on se rassure, mais il veut dire que ce n’est pas à François Hollande de se présenter sous la bannière du PS. Le Premier Ministre qui, depuis l’Afrique, vient d’atténuer ses critiques, avait pourtant fait très fort en parlant de lassitude, de honte et d’exaspération croissante… Mais où allons nous ? Et il y a aussi l’actuel Premier Secrétaire du PS qui fait semblant d’hésiter en parlant d’autres candidats potentiels en citant, comme si de rien n’était, le nom du Premier Ministre.

 

Je me trompe sûrement mais je ne sache pas que, par le passé, on ait eu à connaître un tel alignement défavorable de planètes ! Le premier ministre, le président de l’assemblée et le premier secrétaire du parti majoritaire… Et tout ceci vient de la gauche, censée soutenir le président et appliquer, voter sa politique. Est ce à dire que les frondeurs ont procédé à des recrues de choix, voire de premier choix ?

 

Autre circonstance aggravante : j’écoutais il y a quelques instants les commentaires d’analystes politiques professionnels et chevronnés, ils exposaient la théorie de l’empêchement… En d’autres termes, comment faire pour que l’actuel chef de l’Etat ne puisse pas se présenter, pas même à la primaire qu’il court, selon eux, le risque de perdre… Et il s’agit bien sûr de personnalités de son camp. Tout ceci est déprimant. Le premier Ministre a lancé un appel à l’unité, aussitôt rejeté par tous les anciens ministres qui ont quitté son gouvernement. On comprend que l’homme parle de lassitude.

 

Pour ma part, je ne me laisse pas facilement gagner par le pessimisme ambiant et je me suis donc plongé dans le livre de Jean-Pierre Jouyet (Ils ont fait la Révolution sans le savoir, Albin Michel*) dont les premières pages portant sur les mœurs intimes du siècle de Louis XIV m’ont bien fait rire tout en m’apprenant beaucoup de choses. L’actuel secrétaire général de la présidence de la République recourt à la juste dose de provocation pour montrer qu’il ne se prend pas au sérieux. Et aussi parce que sa position fait de lui un observateur unique de cette grande comédie qu’est, aux yeux du philosophe, l’exercice du pouvoir et la fabrication des légendes nationales. L’unique antidote à la déprime et au découragement : la réflexion philosophique et aussi l’humour.

 

* J’en reparlerai plus longuement plus tard.

 

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 30 octobre

 

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28/10/2016

La prise de Mossoul implique t elle la prise de Rakka?

La prise de Mossoul implique t elle la prise de Rakka? Réflexions sur des dissonances entre alliés…

La bataille de Mossoul a déjà commencé et ne tardera pas à donner les résultats escomptés même si l’armée irakienne, y compris la division d’élite, appelée la division d’or, a été engagée. On parle de démineurs qui ouvrent la voie aux blindés et aux fantassins, mais qui ne sont pas suffisamment équipés ni bien préparés, ce qui explique le nombre élevé de morts et de blessés lors de ces déminages en série. Mais hélas, à la guerre comme à la guerre : on ne combat pas en Orient comme on combat en Occident où la vie des soldats prime tout le reste.

Malgré le nombre élevé de victimes, Mossoul sera prise. La question qui se pose est de savoir si les débris de l’armée djihadiste ne vont pas aller se réfugier dans leur réduit de Rakka en Syrie, auquel cas cette fuite ruinerait la victoire remportée à Mossoul. Et là nous voyons une faille entre les alliés occidentaux : un doute plane sur la volonté de B. Obama de combattre Daesh même en Syrie. Pourquoi ? Pour la bonne raison que les USA ne parlent pas avec Bachar et sont en froid avec la Russie qui tient la corde en Syrie : impossible, pourtant, de laisser subsister un centre de Daesh en Syrie, ce serait alors donner un coup d’épée dans l’eau à Mossoul.  Les Occidentaux et leurs alliés arabes le savent, la France en tête, mais voilà sans les USAA l’Europe et le reste du monde ne peuvent rien faire.

Les Russes rêvent d’entraîner avec eux la coalition occidentale dans leur croisade contre Daesh. Mais comment pactiser avec Poutine qui a violé la frontière de l’Ukraine, annexé la Crimée et bombarde indistinctement les rebelles et Daesh ? Enfin, les USA soutiennent, financent et arment des groupes que Poutine entend détruire pour faire place nette à l’armée de Bachar… Enfin, intervenir en Syrie, dans Rakka, sans l’aval des Russes relève de la mission impossible.

Le ministre russe des affaires étrangères a laissé la porte ouverte à un accord en disant que le contingent russe sur place en Syrie, coupera la route à un repli de Daesh dans son réduit syrien. Les Français, incapables par leur taille de peser sur la situation sur le terrain soulignent que Mossoul n’est pas l’objectif final, mais bien Rakka, afin d’empêcher Daesh de préparer à partir d’un territoire à lui, des attentats en Europe.

L’imbroglio est le suivant : sans les USA on ne peut pas agir en Irak. Mais sans la Russie on ne peut pas agir en Syrie. Or, laisser subsister en Syrie le réduit de Rakka annule tous les bienfaits d’une reconquête de Mossoul. Partant, il va bien falloir œuvrer avec Poutine sans vraiment pactiser avec lui, en raison de son comportement violent aux frontières de l’empire et de ses menaces sur les anciens satellites de la défunte URSS.

Pour parer à toute éventualité, les Français ont prolongé la mission de leur porte-avions en Méditerranée orientale, mais sera ce suffisant ? Nullement. Ils ne disposent pas d’assez d’avions pour compenser une éventuelle défection des Américains. Il faudrait qu’Obama parte avant janvier 2017. Or, l’élu en novembre n’exercera le pouvoir qu’en janvier, ce qui laisse à Obama le temps d’agir à sa guise, dans la plénitude de ses fonctions. On dit même qu’il pourrait profiter de ce laps de temps pour se venger de Netanyahou au Conseil d e sécurité de l’ONU.

On le voit, ce qui coince c’est la statut de la Russie en Europe. Poutine détient une minorité de blocage ici et ailleurs. Il faut trouver une solution car il ne cèdera pas, même si la Russie est en récession, même si cela risquer d’empirer. Vu la nature de ce personnage, il ne faut pas chercher à le faire céder. En Syrie, il est le maître du jeu.

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26/10/2016

Les incendies de la Jungle de Calais: moeurs afghanes...

Les Français qui regardent la télévision tôt le matin avant de se rendre à leur travail ont constaté, médusés, que la jungle de Calais brûlait. Interrogées, les autorités ont dit que certains Afghans, fidèles aux moeurs de leur pays d'origine devaient brûler leurs anciens domiciles, une fois qu'ils sont assurés de ne plus jamais y revenir...

Je ne sais pas si vous réalisez ce que ce la représente! Ces moeurs n'ont pas leur place en France! Imaginez que ces réfugiés ou préeéndus tels se soient retrouvés dans Paris ou dans les banlieues, auraient ils mis le feu à tout le voisinage? Je redoute le pire car imaginez qu'ils n'aient pas l'habitude voir des femmes se promener le soir, seules et non accompagnées: que feraient ils?

On dit qu'il faut aider les gens. C'est juste; Il y a un devoir de solidarité, c'est incontestable, mais il faut que les nouveaux arrivants se conforment à nos lois et à nos pratiques et non point l'inverse.

Certes, l'humanité est une mais ses cultures sont diverses et variées, tant au plan religieux que culturel. J'espère que le séjour de ces gens, long ou court, se fera sans accros ni problème. Il serait bon de leur faire la leçon sur les moeurs en France. La France n'est pas l'Afghanistan

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25/10/2016

Le parti socialiste français va t il imploser?

Le parti socialiste français va t il imploser?

C'est la question que tout le monde se pose, à commencer par les principaux intéressés. La cause de cet avenir incertain semble être la publication par deux journalistes du Monde d'un livre d'entretiens où le président Hollande, poursuivant d'obscurs desseins adit des choses qu'il n'aurait pas dû exprimer, selon une majorité de députés de son camp. Le problème, c'est que rien ne chasse cette impression désastreuse, alors que le président pensait que cela passerait comme tout le reste.

Après, les événements se sont enchaînés les uns aux autres, posant la question la question de l'incarnation de la candidature socialiste aux présidentielles de 2017. Qui va y aller, puisqu'un front semble se dessiner contre la candidature du président? Dans cette affaire, tous les acteurs ne jiouent pas franc jeu: certains clament leur loyauté mais se préparent à toute éventualité. D'autres manœuvrent en sous main pour se poser en recours pour le cas où...

Le problème est que certains développent une stratégie de l'empêchement: tout faire pour que le président décide de lui-même de ne pas candidater... Mais ce n'est pas ce qui se dessine: au contraire, à raison d'un discours par jour, le président n'a pas l'intention de se laisser enterrer vivant (parole du chancelier Helmut Kohl)

Mais que va t il se passer? Au fond, nul ne le sait. Pas même le président qui surveille le moindre frémissement de l'opinion en sa faveur; il surveille aussi la courbe du chômage. Pendant ce temps, le pays s'enfonce dans la crise, dans l'incertitude.

Je doute que le présient puisse respecter son calendrier: la mi décembre pour se déclarer. D'autres sont sur les rangs. Et s'il veut y aller, mieux vaut qu'il le dise de suite.

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24/10/2016

Le désarroi des démocraties occidentales : les migrants, la sécurité et la liberté…

 

 

Le désarroi des démocraties occidentales : les migrants, la sécurité et la liberté…

 

Le journal Le Monde en date du 22 octobre (parallèlement à la Süddeutsche Zeitung de Munich publient toute une page sur le dialogue et la coopération entre le Conseil constitutionnel et la cour constitutionnelle de Karlsruhe. Il s’agit de voir comment on peut préserver les libertés publiques tout en assurant la sécurité des citoyens de plus en plus menacés par les actes terroristes, et donc de plus en plus tentés par l’envoi par dessus bord de l’Etat de droit.

 

En fait, c’est le démantèlement de la soi disant jungle de Calais qui m’a inspiré cet éditorial de ce matin. Les démocraties sont faibles et leurs ennemis se servent de ces faiblesses (qui honorent nos régimes) pour attaquer partout où ils le peuvent l’Etat de droit.

 

Ce qui me frappe, c’est qu’il fait évacuer la jungle, c’est une obligation qui s’impose à tous, mais qu’au regard du droit des gens, reconnu par nos régimes européens (à l’exception de la Pologne et de la Hongrie, mauvais élèves de la classe européenne ?), nous ne pouvons pas forcer des êtres humains, apatrides ou réfugiés politiques pour la plupart, à quitter un lieu contre leur gré…

 

Victor Hugo, cité dans l’entretient par Laurent Fabius, rappelle que souvent la foule est l’ennemi du peuple, ce qui signifie que l’on ne peut pas changer les principes de l’Etat de droit au gré des majorités nécessairement changeantes et évolutives. Le droit est immuable dans ses principes fondamentaux même s’il peut connaître des adaptations. Exemple : il est interdit de tuer, le meurtre est unanimement condamné mais pendant la guerre il est recommandé et recherché. L’être humain, partout où il se trouve, est mon frère en humanité, mais les ressortissants d’un pays ennemis se voient généralement internés… Etc…

 

Nous n’avons pas compris que le monde était devenu un seul village planétaire : des Afghans, des Erythréens, des Soudanais, des Syriens, des Irakiens, des Africains de toutes provenances risquent chaque jour leur vie pour quitter cet enfer qu’est devenu leur pays. Mais ici, en France, sans parler de la Suisse, des villages et des villes ne veulent pas de ces contingents de réfugiés qui risquent de compromettre leur bon vivre… Avons nous le droit de les condamner ?

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23/10/2016

Policiers et enseignants= prodromes d’une déliquescence de l’Etat français ?

 

 

 

Policiers et enseignants= prodromes d’une déliquescence de l’Etat français ?

 

Certes, il est encore trop tôt pour l’affirmer avec certitude mais il s’agit sûrement de signes avant-coureurs qu’il faut prendre au sérieux. Faute de quoi, on irait vers une aggravation de la situation qui ne serait plus rattrapable, sinon par les grands moyens. Il n’est pas innocent de toucher à deux piliers fondamentaux de la vie sociale : la police qui assure le maintien de l’ordre, protégeant les personnes et les biens, les enseignants, l’éducation nationale qui détermine notre destin à tous, puisque c’est d’elle que dépend notre intégration à la société. Mais voilà, ceux qui troublent la paix sociale, manquent de respect )à ceux qui nous apprennent à lire et à écrire, ont un autre projet en tête. Ils ne veulent pas d’une société française, placée sous la bannière républicaine de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Ce sont eux que les autorités désignent pudiquement sous le nom de communautarisme pour ne pas stigmatiser l’ensemble de l’immigration non européenne.

 

Telle est la situation. On sait dans quelle direction ces laissés pour compte dirigent leur regard. Pour les empêcher d’aller faire le djihad en Syrie et en Irak, il a fallu leur retirer leurs documents de voyage, et cela n’a pas suffi.

 

On constate aussi un passerelle régulièrement empruntée par des délinquants pour rejoindre l’extrémisme. Et la police se retrouve confrontée à des gens que les juges ne condamnent pas avec la fermeté qui conviendrait. D’où les manifestation régulières de policiers qui se plaignent du manque de moyens en hommes et en matériels.

 

Mais ce qui frappe plus encore l’observateur impartial mais attentif, c’est la peur des policiers pour leur sécurité personnelle. Depuis l’assassinat atroce d’un couple de policiers chez eux, des agents reconnaissent vérifier s’ils ne sont pas suivis, le soir en rentrant chez eux. Ils demandent alors une réforme des situations où ils peuvent exercer leur légitime défense. Au nom de quel principe juridique demanderait on aux policiers de brûler vifs dans une voiture en flammes, sans pouvoir tirer sur leurs agresseurs ?

 

Les mêmes remarques valent pour les enseignants qui seuls et désarmés dans leurs classes face à des agresseurs de plus en plus violents. Il faut réagir et les observateurs doutent de la volonté du gouvernement de le faire…

 

Comme pour les enseignants et comme pour les forces de l’ordre, on s’étonne de la clémence des verdicts prononcés par les tribunaux lors du jugement des délinquants : des peines courtes ou avec sursis rendent les policiers fous de rage, surtout quand ils arrêtent de nouveau un délinquant ou un trafiquant arrêté la veille ou la semaine dernière.

 

Que va devenir la France si on ne fait rien ? Déjà la crise politique bat son plein, le parti au pouvoir envisageant même de ne pas soutenir le président pour un second mandat…

 

Il faut se ressaisir et avancer étendard déployé devant soi. L’étendard des valeurs républicaines.

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22/10/2016

Jusqu'en 1979, Israël et l'Iran étaient les meilleurs amis du monde...

C'est une émission de Cyrille AMAR sur I23News qui m'a permis de vous offrir ces rélexions. En effet, ce rapprochement entre l'Etat hébreu, entouré d'ennemis implacables, et l'Iran, a obéi à une théorisation de l'idée diplomatique de David Ben Gourion: la théorie des cercles. Quand on est entouré d'ennemis, on essaie de se trouver des amis ailleurs C'est ainsi que Ben Gourion a jeté son dévolu sur des états musulmans mais non arabes, l'Iran et la Turquie.

Le journaliste adonné une métaphore que chacun peut comprendre: imaginez un élève dans une classe où tous les autres écoliers veulent l'expulser et ne lui veulent pas du bien. Comme il est cloué sur place, entendez comme Israël ne peut pas se mettre sa terre sur le dos et migrer au Canada ou à NY, il se cherche des amis dans d'autres classes de son école (comprenez la région du Moyen Orient). C'est ainsi que l'élève isralien s'est trouvé deux amis, un peu distants, mais fiables jadis: l'Iran et la Turquie, deux pays islamiques maids qui avaienr reconnu l'existence de l'état d'Israël.

Un ancien membre du Mossad qui se promenait jadis tranquillement dans les rues de Téhéran, ne se cachait point, fréquentait la communauté juive locale forte jadis de près de 100 000 âmes, raconte les liens étroits existant jadis entre les services spéciaux des deux pays. Pour l'Iran, d'obédience chiite, le nationaliste pan-arabe de Nasser était réellement inquéitant et ne laissait rien envisager de bon. Et puis, il y avait aussi la règle suivante: les amis de nos amis sont nos amis. Le Chah était le gendarme US du golfe persique or les USA sont le soutien éternel de l'Etat juif...

On raconte même qu'en 1979, après la fuite du Chah de Téhéran, le Premier Ministre nommé par le roi fuguitf, Chappour Bajhtiar fit venir le correspondant du Mossad da,s son bureau et lui prodigua des conseils de sérénité du genre: nous contrôlons la situation, les juifs n'ont rien à craindre, etc… Mais il ajouta ceci en substance: mais si vous noua aidez à nous débarrasser de la source de tous nos maux (l'imam Khomeyni) eh bien, on ne réagira pas. L'espion israélien a même ajouté que le président français de l'époque aurait fait la même proposition aux services spéciaux de l'Etat juif. Ce qui reste à vérifier. Mais dans les deux cas, le Mossad a refusé prudemment de s'embarquer dans une telle opération....

On nous dit aussi lors de l'émission que des centaines d'Israéliens, attirés oar la croissance à deux chiffres de l'Iran, vinrent offrir leurs services. Malheureusement, les prêches enflammés de l'imam allaient tout changer.

Les Israéliens décampèrent, suiviis par des milliers de Juifs de Téhéran... Quelle histoire!

Dès dans l'Antiquité, les Hébreux avaient rencontré le grand empire perse et fut séduit par lui.

Peut on espérer un retour? Pourquoi pas, ouvrons notre cœur à l'espérane. Après tout, même le sultan Erdogan a fait machine arrière et a fini par comprendre qu'Israël était un état fort et qu'il fallait compter avec lui.

Cette conversion relèverait du miracle: ls ayatollas qui rêvent de détruire Israël se rallieraient à lui. Un miracle.

Mais la terre d'Israël n'est elle pas la terre où Dieu a fait des miracles/ En arabe pour dire que Dieu peut tout, on dit inama Allah tabaraka wa taala ala koul shayin quadir

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21/10/2016

André Chouraqui, tel que je l’ai connu... Hommage au maître et à l’ami

En prévision de l'hommage qui sera rendu à André CHOURAQUI prochainement au Collège des Bernardins, je publie ici quelques lignes en hommage à un maître et un ami.

 

 

André Chouraqui, tel que je l’ai connu... Hommage au maître et à l’ami

Comme tous les gens de ma génération, j’ai débord connu le nom d’André avant d’avoir le privilège de le contacter personnellement. Son nom, sa réputation le précédaient. Et assurément il en imposait au tout jeune étudiant que j’étais. Dans tous les milieux juifs et même au delà, notamment judéo-chrétiens, le nom d’André Chouraqui était un véritable sésame. Sa grande notoriété, méritée à plus d’un titre, suscitait quelque envie, notamment dans certains milieux rabbiniques ou orthodoxes qui lui reprochaient son ouverture au monde chrétien et sa pratique assidue de l’amitié et du dialogue entre ces grandes religions monothéistes que sont le judaïsme et le christianisme. Il a connu les souverains pontifes de la chrétienté et jouissait de leur grande estime.

Le premier livre d’André que je pus feuilleter portait sur le statut juridique du Juif marocain. Livre de juriste mais déjà, en dessous de ces pages sérieuses, perçait l’homme passionné d’études juives. Plus tard, en lisant sa belle biographie dont je parlerai plus loin, je me rendis compte qu’il était entièrement dévoré par la même préoccupation que nous tous, une quête identitaire l’habitait et qui n’avait rien à voir avec un repli ou un embrigadement communautaire. L’homme, passionné par les lettres juives, et tout particulièrement par le fondement même de l’histoire judéo-hébraïque, à savoir la Bible, se consacra au renouveau de son message, quand il s’attela à la traduction, Ô combien stimulante et originale, des documents révélés et fondateurs des trois grands monothéismes. Pour André, la quête de la transcendance ne connaissait aucune barrière, pas même confessionnelle. Je rappelle, au passage, qu’il fut co-fondateur de la Fraternité d’Abraham avec le Père Nantet et le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Si Hamza Boubakeur, le père de l’ancien président du Conseil Français du Culte Musulman, notre ami le Dr Dalil Boubakeur. Ce fut au lendemain de la guerre des six jours dont l’année prochaine, en 2017, marquera le cinquantième anniversaire. Cette fraternité fut fondée à la grande mosquée de Paris, tout un symbole.

Lorsque je me mis à publier et à paraître dans les médias, tant en France qu’en Israël, où André et Annette avaient choisi d’habiter, tout en conservant un charmant pied à terre à Paris, cela ne passa pas inaperçu aux yeux de notre défunt ami. Quand j’étais le secrétaire-rapporteur du Consistoire de Paris et Président de la commission Culture et avenir du judaïsme, j’avais proposé André pour un prix qui fut finalement attribué à une autre personnalité. Mais André ne m’en tint pas rigueur et c’est alors que commença ce qu’on peut nommer l’histoire d’une amitié. Je n’occulterai pas que nos deux fortes personnalités commencèrent par s’aheurter, sans jamais développer d’hostilité caractérisée. Je me souviens d’un fait marquant qui avait quelque peu irrité André. Plusieurs volumes de sa célèbre traduction de la Bible avaient été repris chez Jean-Claude Lattès, mon premier éditeur, et comme je collaborais alors au Monde des Livres, je reçus cette œuvre pour en rendre compte dans le supplément littéraire de ce grand quotidien du soir.

J’étais alors jeune et assez présomptueux et je fis quelques remarques aigres-douces sans jamais dévaluer la traduction qui me fit découvrir des aspects absolument nouveaux. Lorsqu’André prit connaissance de l’article –qui couvrait plus de la moitié d’une page- il me fit venir chez lui à Paris et m’administra une leçon que j’ai bien méditée : il m’expliqua que sa méthode était nouvelle et originale, qu’il était sorti des sentiers battus (ce qui est vrai) et que je n’avais peut-être pas tout à fait raison dans mes critiques. Mais après sa brève mise au point, il m’offrit son dernier livre et se déclara prêt à me rendre le même service… dans le Figaro dont il connaissait bien le directeur de la rédaction d’alors, Franz-Olivier Gisbert.

Je dois vous raconter un détail assez piquant. Il s’agissait de rendre compte des deux volumes de mon livre Les Lumières de Cordoue à Berlin (J-C Lattès 1995-97). André me demanda de lui préparer un texte qu’il signerait après l’avoir amendé ou enrichi. Et je me souviens qu’il tenait à ajouter le mention suivante : maghrébin germaniste… Car il s’étonnait qu’un séfarade, natif d’Agadir, fût devenu un germaniste occupant une chaire de philosophie allemande à l’Université de Heidelberg !

Je m’y opposais énergiquement et le texte fit plusieurs navettes entre nous. André jubilait car il savourait en quelque sorte sa revanche, mais il finit par renoncer à sa demande : la mention maghrébin germaniste disparut de la version finale publiée par le Figaro.

Cet heureux dénouement pava la voie à un dîner chez nous en présence du préfet Robert-Noël Castellani, du recteur de la Grande Mosquée de Paris, le Dr Dalil Boubakeur, de Danielle et de sa maman et bien sûr d’Annette et d’André. Lors de ce dîner, André évoqua la visite du père du recteur à Jérusalem après la guerre des six h-jours et la réunification de la cité du roi David. C’était lui qui en avait pris l’initiative et qui lança l’invitation.

Comme nos relations étaient très cordiales, je pensai à André lorsque les attentats du 11 septembre 2001 survinrent aux USA. Je lui proposai de rédiger sur la question un article que nous signerions ensemble. Ce fut fait et le 1er novembre 2011 Le Figaro publia en première page un bel article signé de nous deux, et intitulé : De quel islam parlons nous ?

Mais nos relations si amicales et si fécondes ne se limitèrent pas à cela. J’ai beaucoup appris d’André lequel m’expliqua, un peu comme Martin Buber qu’il connut à Jérusalem (il en fut le maire-adjoint), que l’enseignement majeur du judaïsme était avant tout la notion d’alliance avec Dieu… Ce point de vue n’est pas très orthodoxe mais André savait penser au-delà des conventions et des sentiers battus. Lorsque je rédigeai mon ouvrage Le judaïsme libéral (Hermann Editions, 20015), au sein duquel la notion d’alliance prend le pas sur tout le reste, je me souvins de cette leçon donnée par André.

Je voudrais, pour finir, dire un mot de sa belle autobiographie dont je rendis compte jadis dans La Tribune de Genève. André a mené une vie sous le signe de la grâce…

Ce grand traducteur de la Bible hébraïque, des Evangiles et du Coran, a quitté cun monde qu’il a tenté de changer pour une réalité meilleure. Sa vie s’est achevée dans la cité qu’il a le plus chérie sur cette terre et à laquelle il consacra un inlassable labeur. Pionnier des amitiés judéo-chrétiennes, adepte infatigable du dialogue des religions et des cultures, co-fondateur de la Fraternité d’Abraham André nous laissera le souvenir d’un homme de paix et de culture.

D'Aïn-Temouchent (Algérie) à Jérusalem, tel pourrait bien être la trame principale de l’autobiographie d'un homme dont l'histoire personnelle se confond presque avec celle du judaïsme de notre siècle. Né en 1917, année de la Déclaration Balfour, André Natan Chouraqui est originaire d'un monde qui n'est plus et qui jamais ne ressuscitera. C'est un peu Le monde d'hier de Stefan Zweig, un monde englouti par l'Histoire, par l'oubli d'où l'auteur l'a opportunément sorti et sauvé.

André évoque son Algérie natale qu'il a tant aimée, lui qui traduisit les documents sacrés des trois grandes religions, juive, chrétienne et musulmane. La société coloniale est, certes, critiquée et l'auteur n'a jamais repris à son compte le moindre racisme anti-arabe. C’est l’amour qui a le plus compté et qui a même donné son titre à son autobiographie, L'amour fort comme la mort (Cantique des Cantiques 8; 6).

Le lecteur ou l’auditeur doit savoir que ce prélude sur la mort, sur lequel s’ouvre l’autobiographie, fraye la voie vers la vie: ne lira-t-il pas avec quelque étonnement l'épitaphe que l'auteur a lui-même écrit: mort de joie?! Une telle inscription n'étonne plus lorsque l'on prend connaissance de la paralysie qui frappa le tout jeune adolescent, momentanément privé de l'usage de certains membres qu'il retrouvera, cependant, à force de volonté et de persévérance. Le jeune André découvrira au Lycée de garçons d'Oran un monde nouveau. Il vécut lui aussi ce traumatisme de l'acculturation et du modernisme qui le prépara, pour ainsi dire, à ce qui l'attendait à Paris où il débarqua en 1935 et où il décida, parallèlement à ses études de droit, de suivre les cours de l'Ecole Rabbinique de France.

Durant les sombres années de l’Occupation, lorsque l'Ecole se replie sur Chamalières, André côtoie certains maîtres rencontrés à Paris. Il cite aussi Marc Chagall qui s'apprêtait alors à peindre ses superbes œuvres bibliques. N’omettons pas les rencontres et les conversations avec Albert Camus qui travaillait jadis à La peste et à L'étranger . L'écrivain demanda un jour au bibliste en herbe de lui parler des références scripturaires à la peste. André nomme dévér pour dire la peste en hébreu et signale que, vocalisé autrement, la même racine a donné davar, la parole. Et Camus d'observer: Ainsi la peste serait la conséquence d'une déformation de la parole… ( (p 243). L'action d’André sera relevée même par un observateur aussi illustre et aussi attentif que le roi Hassan II du Maroc qui l'invitera à Marrakech pour s'entretenir avec lui de paix mais aussi de la situation de ses anciens sujets établis en Israël.

Mais c’est à l’auteur judéo-arabe des Devoirs des cœurs, Bahyé ibn Pakouda de Saragosse (Xe siècle), traduit en français par André, que revient l'épilogue : Je te cherchais en chacune de mes routes, en chacune des lettres de ce livre, aimé de toute ma passion, parce qu'il est le seul au monde à chanter ton vrai Nom ---- l'Être qui a été, qui est, qui sera de toute éternité.

J’adresse sa chère famille, sa chère épouse et ses enfants, mes vœux les plus chers.

Puisse le nom de notre inoubliable André CHOURAQUI être pour nous tous source de bénédictions

Maurice-Ruben HAYOUN

Professeur à l’Uni de Genève

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