Vu de la place Victor Hugo - Page 8

  • De l’idée juive du sens: La trilogie herméneutique de la Tora orale VII Aggada, Halakha et Midrash

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    De l’idée juive du sens: La trilogie herméneutique de la Tora orale VII

                                   Aggada, Halakha et Midrash

    On doit rappeler par une simple phrase ce qu’on notait au tout début de cet ouvrage sur la Tora orale dans ses relations dialectiques avec une création nouvelle : des genres littéraires qui, tout en ayant de lointaines racines dans le corpus biblique, n’avaient pas encore atteint ce degré de maturité et de développement, comme on va le voir au cours des siècles à venir. Ces trois genres littéraires et exégétiques ne sont pas sans rapport les uns avec les autres, même si, vus de plus près, chacun obéit à des règles un peu différentes.

    Il est donc assez difficile de définir avec exactitude le sens de ces trois termes hébraïques qui entretiennent entre eux des relations étroites tout en demeurant des entités séparées. Même notre adaptation française de l’Introduction au talmud et au midrash ( Strack-Stemberger-Hayoun, Paris, Cerf, pp 58-71 et pp 274-281) n’a pu rendre compte de manière suffisamment claire des différentes approches de ce sujet. Dans ces quelques pages, on tentera de résumer l’essentiel et de signaler succinctement les travaux les plus récents sur ces questions.

    En hébreu comme en araméen, le terme aggada est un substantif issu de la racine verbale le-haggid, relater, raconter , faire le récit de quelque chose. J’avoue ne pas trouver la traduction française qui ne recouvre pas aussi, d’une façon ou d’une autre, le champ sémantique des deux autres termes. Pouvons nous dire qu’il s’agit d’homélies rabbiniques ou talmudiques (aggada, pluriel aggadot) des parties narratives dans les sections exégétiques, ou encore des récits paraboliques qui commencent généralement par les termes suivants : (ma’ssé be… Il est arrivé un jour que…). Ce qui, en revanche, ne fait pas l’ombre d’un doute, c’est l’endroit où passe la frontière entre l’aggada d’une part, et la halakha, d’autre part.

    C’est peut-être en évoquant le trait discriminant entre ces notions que nous renseignerons au mieux sur leur spécificité Les talmudistes offrent en deux passages différents deux vues sur le ba’al aggada, l’homme de l’aggada. Ils disent ; Si tu veux connaître Celui qui a dit que le monde soit et le monde fut, alors apprends l’aggada … D’autres docteurs des Ecritures disent aussi : Le ba’al aggada ne peut ni lier ni délier, il ne saurait dire d’une chose qu’elle est pure ou impure… Ces deux dits rabbiniques semblent bien définir l’espace imparti à l’aggada : elle fait partie intégrante de l’homélie traditionnelle, elle joue même un rôle central dans la connaissance du Saint béni soit il, mais elle ne saurait intervenir dans la jurisprudence. En termes de halakha, la règle normative juive, elle est inopérante. Soulignons, malgré tout, que l’aggada sert parfois de toile de fond à des données rigoureusement halakhiques. On en revient toujours à cette fameuse unité organique et non systématique.

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  • I24NEWS le dimanche 15 juillet de 20h05 à 21heures dans l’émission d’Elie Chouraqui.

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    Dimanche 15 juillet sur I24NEWS de 2Oh05 à 21heures, dans l’émission dominicale d’Elie Chouraqui, Maurice-Ruben HAYOUN évoquera en compagnie de Luc Ferry et de deux représentants de la communauté musulmane (Madame Sbaï et Monsieur Ramdane) la problématique de l’âge d’or d’Espagne. A-t-il réellement existé, cet âge d’or, ou était-ce simplement un mirage inventé de toute pièce par une historiographie partisane ? Juifs, chrétiens et musulmans ont il vraiment vécu en paix, tout en respectant et en admettant leurs différences confessionnelles, voire leurs divergences religieuses ? La cohabitation religieuse est-elle possible, en général ?

    On ne peut pas nier des convergences entre élites des différentes religion, certaines ressemblances doctrinales sont en effet étonnantes entre Maimonide et son concitoyen de Cordoue, Averroès, mais était-ce un mouvement qui a touché les masses ? C’est peu probable. Et même un penseur judéo-arabe comme Moïse Maimonide (largement évoqué pendant ce débat télévisuel) a dû quitter précipitamment sa ville natale Cordoue avec l’ensemble de sa famille pour se réfugier à Fès qu’il dut à nouveau quitter en raison de persécutions religieuses…

    Mais au fond, si cet âge d’or n’a jamais réellement existé, alors il faudrait l’inventer car même dans cette France contemporaine où nous vivons, la sinistre silhouette de l’extrémisme religieux et de la radicalisation se profile avec insistance…

    I24NEWS le dimanche 15 juillet de 20h05 à 21heures dans l’émission d’Elie Chouraqui.

  • De l"idée juive du sens VI: La consttitution de la Tora orale.

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    De l’idée juive du sens : La constitution de la Tora orale VI

    De prime abord, ce titre peut paraître paradoxal puisque ce qui est à l’état d’oralité a peu de chance de se maintenir dans l’existence, seuls les écrits peuvent se maintenir durablement. C’est pour obvier à cette incertitude qu’on a longuement parlé de l’interdit talmudique d’écriture et de son contournement par les sages, maîtres de la tradition, en vue de préserver cet héritage qui se serait perdu, au fil des siècles, s’il n’avait pas été consigné par écrit. Qui sait ce que seraient devenus les seize volumes du Talmud si la sagesse ne l’avait pas emporté sur le respect du dogme ? Il faut donc évoquer toutes ces sources rabbiniques, talmudiques, ou, à tout le moins, les plus importantes d’entre elles, dans le cadre de cet ouvrage.

    Pour parvenir à ses fins, cette Tora orale a dû éviter deux écueils : d’une part sauvegarder l’historicité de la littérature biblique, c’est-à-dire considérer comme ayant réellement existé les patriarches, le prophète-législateur Moïse ainsi que tous les autres personnages, partie prenante de l’histoire antique d’Israël. On a pris l’habitude de parler de la littérature biblique dans son ensemble comme d’une «Histoire sainte» (Heilsgeschichte), elle vise le salut de l’homme et rien d’autre. Mais comment marier la légende et l’Histoire ? C’est un pari que les sages ont réussi à tenir, mais avec des fortunes diverses. La première question que l’on est en droit de se poser porte sur l’existence d’une Tora orale unifiée, cohérente, fiable et transmise fidèlement aux générations ultérieures. S’il n’est pas question de nier l’existence de cette tradition en tant que telle, on peut néanmoins s’interroger saur sa cohésion : suit-elle, à toutes les époques, la même voie ? Est-elle parvenue à réunir toutes les conditions pour dégager une théologie talmudique ou rabbinique digne de ce nom ? Cette question ne reçoit pas la même réponse selon que l’on s’adresse aux maîtres de la tradition ou à la science historico-critique.

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  • De l’idée juive du sens V : L’univers de la Tora orale

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    De l’idée juive du sens V : L’univers de la Tora orale

    De même que la clôture du Talmud de Babylone en 500 de notre ère, recueil plus important et plus volumineux que le Talmud de Jérusalem, achevé vers 350 de notre ère, n’a pas été un acte volontaire, pris en toute liberté, le passage de la Tora écrite à la Tora orale s’est fait sous la contrainte d’événements historiques sur lesquels les sages n’avaient aucune prise. Ce ne fut pas une décision librement consentie mais une coercition imposée par l’Histoire… D’ailleurs, même des esprits rationalistes, rompus à la pratique de la recherche historique et au comparatisme religieux, en appellent parfois à des conjectures relevant plus du miracle que de l’évolution historique lorsqu’il s’agit de décrire ou de s’expliquer le maintien, contre vents et marées, de l’unité religieuse des juifs. Certes, il y eut la littérature des responsa (sheélot u-teshuvot), sorte de Talmud en miniature, qui donnait à des sages isolés l’occasion de recueillir l’avis d’autres dirigeants religieux afin d’éclaircir ou de préciser certaines pratiques religieuses. L’un des exemples qui me vient spontanément à l’esprit, bien qu’il soit un peu tardif, n’en est pas moins éloquent : ce sont les sages de la ville de Fès (Maroc) qui demandent à Maimonide ce qu’il faut penser de l’épître du Shi’ur Koma (la mesure de la taille du corps divin (sic) si injustement attribué à une éminence talmudique, rabbi Ishmaël, que nous aurons l’occasion de rencontrer dans cet ouvrage en raison des règles herméneutiques qui lui sont attribuées (Rabbi Ishmaël dit : par treize règles la Tora s’interprète…)

    Non, la transition entre ces deux univers, tradition écrite et tradition orale, ne s’est pas faite sans heurt. On changeait d’univers, les institutions existantes furent renversées et remplacées par d’autres, mieux adaptées aux circonstances nouvelles. C’est ainsi que la secte dite des pharisiens, si injustement traités par la critique historique, parfois assez christianisante, au point d’en faire l’équivalent de faux dévots, d’hypocrites et de tartuffes, finit par prendre le dessus sur d’autres franges du peuple, comme les Saducéens qui refuseront de reconnaître les prérogatives que les adeptes de la Tora orale s’étaient auto-octroyées. A leurs yeux, seule la Tora écrite comptait. Par exemple : ils refusaient la foi en l’immortalité de l’âme au motif que cette doctrine n’était pas clairement enseignée par la Bible hébraïque…

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  • De l'idée juive du sens III

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    De l’idée juive du sens III

    Voici la personnalité talmudique qui incarne au mieux l’hégémonie de cette tradition orale : Rabbi Akiba, contemporain de Bar-Kochba et victime des persécutions d’Hadrien au début du IIe siècle de notre ère ; ce sage est réputé avoir fait partie des dix martyrs de la foi, exécutés par Rome ( assara harougué malkhout). Plusieurs récits talmudiques[1] relatent avec plus ou moins de détails, historiques ou fictifs, les souffrances endurées par les suppliciés. Assurément, si le fond de la relation n’est pas une invention pure et simple, certains détails relèvent de la volonté de faire de ces hommes des héros immortels de la nation juive, qui ont préféré le trépas à la transgression. Mais Rabbi Akiba représente bien plus qu’un simple martyr de la foi. Il est censé être l’homme le plus érudit du judaïsme rabbinique. La tradition orale, donc talmudique, ne tarit pas d’éloges à son sujet et met en avant son impressionnante ingéniosité exégétique. Un seul exemple illustre à merveille ses inépuisables ressources en matière d’interprétation biblique : il existe en hébreu une toute petite préposition, ET, qui introduit le cas de l’accusatif et qui connaît, par conséquent, d’innombrables occurrences dans le corpus biblique. Eh bien, Rabbi Akiba est censé avoir donné des interprétations originales de ce ET partout dans la Tora écrite (rabbi Akiba haya dorésh kol ha-ITTIM shél ha-Tora…). De telles hyperboles ont contribué à faire de ce sage hors du commun une figure semi légendaire de la littérature talmudique. Ce qui rend assez malaisé l’établissement d ‘une biographie digne de ce nom.

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  • De l’idée juive du sens

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    De l’idée juive du sens

    Commençons par énoncer une évidence qu’il n’est, peut-être, plus nécessaire de rappeler tant elle va de soi : la religion ou la culture juive, tout ce se rapporte au fait juif, se fonde sur une double tradition, une double Tora ou loi, bien que la traduction du terme Tora par loi entraîne un appauvrissement, une limitation du champ sémantique de ce concept hébraïque charnière). Nous allons à faire à une double légitimité, l’une consignée par écrit, l’autre, transmise oralement qui la coiffe, la détermine, lui donne son champ d’application en lui conférant un sens. Cette approche binaire du Tout, de Dieu, du monde et de l’homme entraîne une confrontation intellectuelle permanente avec ce qui est écrit, c’est-à-dire les vingt-quatre livres du canon biblique : les cinq livres du Pentateuque, les prophètes et les hagiographes. Les adeptes du judaïsme sont donc en quête permanente de sens, plus précisément du sens du message divin contenu dans la Révélation du Sinaï.

    Comme on le verra dans nos développements, les matériaux transmis oralement préservent cette Tora écrite du danger des pétrification ou de sclérose. Sans vouloir anticiper en parlant d’ores et déjà des contestations judéo-chrétiennes portant justement sur le statut de cette Tora orale, consignée par écrit dans la littérature talmudique et midrashique, on doit rappeler que conformément aux critiques des premiers chrétiens, la lettre se pétrifie tandis que la parole vivifie. Le problème est que le judaïsme qui s’est scindé en deux à l’époque de l’église primitive n’est pas une religion purement biblique, mais bien une religion biblico-talmudique : c’est cette littérature talmudique, dépositoire de tout l’effort intellectuel et exégétique, qui donne le ton. Nous verrons qu’elle précise le sens et l’étendue des commandements bibliques, leur confèrent un contenu et, au besoin, en délimite le champ d’application.

    Evoquons rapidement, pour commencer, deux institutions majeures de ce judaïsme appelé rabbinique, grâce à cet apport de la tradition orale, bien que le rabbinat soit d’existence récente, c’est-à-dire médiévale : le rabbinat, tel que nous le connaissons aujourd’hui est une institution médiévale. Les rabbins peuvent être considérés comme les héritiers spirituels des sages du Talmud lesquels se présentent eux-mêmes comme des Erudits des Ecritures (en allemand : Schriftgelehrten) ou des disciples des sages (en hébreu : talmidé hakhamim). Ce sont ces hommes qui érigèrent une haie protectrice autour de la Tora afin de la conserver dans de bonnes conditions et d’en préserver l’authenticité. Nous y reviendrons plus bas.

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  • La crise migratoire… Vers l’abolition, hélas, des frontières.

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    La crise migratoire… Vers l’abolition, hélas, des frontières.

    Les historiens qui écriront sur ce qui se passe sous nos yeux impuissants, en ces deux premières décennies du vingt et unième siècle, parleront de notre époque comme d’un temps qui vit l’abolition des frontières héritées de la seconde guerre mondiale ou tout simplement remontant à des siècles. Voici un mal ou une évolution que nul n’aurait pu prévoie en se fondant sur des données historiques vérifiables : rien ne permettait de prévoir un tel afflux de réfugiés, éligibles pour le droit d’asile (qu’on ne peut plus conserver dans sa forme actuelle, faute de quoi des pays entiers en perdraient leur identité ou leur génie national), ou de simples migrants, à la recherche de contrées plus viables pour eux, qui sont victimes chez eux d’en chômage endémique, d’une économie sous développée ou d’instabilité politique depuis leur accession à l’indépendance. Exemple : le Mali.

    Nous vivons les prémisses d’une abolition généralisée des frontières. Nous vivons un afflux de migrants qui ne demandent plus de visas pour accoster chez nous ou pour faire sur place un simple séjour de tourisme. L’ère des séjours limités avec pour horizon plus ou moins lointain un retour au pays d’origine est définitivement abolie : on vient pour s’installer pour toujours, pour y faire souche. Cette mutation n’est pas sans poser de graves problèmes. Elle a pris nos dirigeants occidentaux au dépourvu. Le cas le plus emblématique est évidemment celui de la chancelière allemande qui a décidé toute seule de laisser rentrer dans les frontières de son pays près d’un million et demi d’hommes jeunes, nullement persécutés dans leurs pays d’Afrique noir ou d’Afrique du nord mais qui voulaient vivre une autre vie, convaincus que l’Europe est un eldorado, une Terre de promission où coulent le lait et le miel, sans avoir à fournir le moindre effort. Des pays dont la législation permettait d’en profiter sans limite : les migrants, aiguillés ou même aiguillonnés par des passeurs ou des politiciens sans scrupules ont abusé de la crédulité des gens et leur ont fait miroiter un avenir radieux sur les rivages européens.

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  • L’Europe survivra -t -elle à la pression migratoire?

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    L’Europe survivra -t -elle à la pression migratoire?

    C’est du jamais vu, de l’inimaginable ! L’Europe, avec ses avenacées technologiques, ses prouesses industrielles, ses conquêtes dans tous les domaines de l’esprit, de la nature et de la médecine, est menacée, jusque dans son existence en tant que culture, par un mal qu’elle ne soupçonnait guère : le franchissement de ses frontières maritimes et terrestres par des millions d’hommes, de femmes et même d’enfants, de mineurs non accompagnés… qui tous subvertissent le droit d’asile.

    Fidèle à ses habitudes, c’est-à-dire à son incurie et à son impéritie, la commission européenne de Bruxelles n’a pas su évaluer le danger comme il convenait. S’étant élargi à des états-membres, ne partageant pas la même culture que les pays d’Europe occidentale, ayant un autre vécu et une autre histoire, elle s’est empêtrée dans ses contradictions, ne sachant pas décider, ni surtout s’adapter aux situations concrètes. Il est difficile, voire suicidaire, de s’en tenir aux règles de l’Etat de droit lorsque le danger qui menace contraint, qu’on le veuille ou non, de sortir des sentiers battus. Ou doit on accepter que l’Europe meurt pour s’être simplement conformés à ses propres principes ?

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  • Comment accueillir toute la misère du monde? Ne stigmatisons pas l’Italie…

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    Comment accueillir toute la msière du monde? Ne stigmatisons pas l’Italie…

    L’affaire de ce navire chargé d’âmes abandonnées par tous, ou presque, figurera dans les annales de ce vingt et unième siècle commençant. Certes, la conscience morale de l’Europe a fini par réagir et a trouvé une solution que nos amis et voisins espagnoles ont eu la noblesse d’âme de proposer concrètement : ce ne furent pas des paroles en l’air, mais un accord ferme et définitif de recevoir des hommes, des femmes et des enfants livrés aux caprices des flots… L’Europe entière risquait de rendre des comptes devant la justice divine ou l’éthique universelle : elle aurait laissé sans réponse des centaines d’êtres humains condamnés à une mort quasi certaine si on ne leur portait pas secours. Non assistance à personnes en danger.

    Mais je propose de ne pas se laisser submerger par l’émotion et de regarder les choses en face. Il faut éviter certaines déformations, tant celles de juristes pointilleux que de belles âmes qui croient que tout est possible, que les frontières doivent être abolies et qu’il faut accueillir toute l’humanité souffrante. Le principe est merveilleux mais il est inapplicable.

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  • L’Iran observe avec inquiétude ce qui se passe à Singapour…

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    L’Iran observe avec inquiétude ce qui se passe à Singapour…

    On se souvient de cette suggestive métaphore qui fit florès il y a quelques décennies et qui connotait, à sa manière, l’intrication de tous les espaces, même les plus reculés, de notre univers : le battement d’ailes d’un papillon au fin fond de l’Asie peut avoir des répercussions inimaginables à l’autre bout de l’univers. C’est, toutes proportions gardées, ce qui se passe depuis hier soir lorsque l’on mesure, la tête froide, les conséquences de cette rencontre détendue entre Kim et Trump à Singapour : hier soir, et tout au long de la nuit, certains n’ont pas pu fermer l’œil à Téhéran et dans le reste du pays des Mollahs. Certes, nous n’en sommes qu’au début, certes, les aléas des relations internationales sont innombrables et surtout imprévisibles, mais les faits sont là : la rencontre, jugée très improbable, a eu lieu, certes, on n’a pas encore pu lire le communiqué final, mais, à moins que tout ne trompe, on est sur la bonne voie. L’homme que l’immense majorité des médias nous présente depuis le début comme un instable dangereux, un va-t-en-guerre, a réussi : il a été fin diplomate, a su maîtriser sa nature abusivement présentée comme impétueuse, bref il s’est montré souverainement maître de lui-même.

    Les Mollahs de Téhéran ont des raisons de s’inquiéter : outre que la dénucléarisation de la Corée du nord pourrait bien être un précédent, fort préoccupant de leur point de vue, elle les prive d’un indispensable allié pour le développement de l’arme nucléaire et des missiles balistiques. Et si, comme tout semble l’indiquer, le long processus finira par s’imposer et porter ses fruits, la position des Mollahs sera intenable. Leur isolement sur la scène internationale sera fatal. Je ne vois aucun Etat respectable et de digne de ce nom, capable de braver les foudres des nations et de se joindre à eux.

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