Vu de la place Victor Hugo - Page 7

  • Que faire de Gaza ?

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    Que faire de Gaza ?

    On pousse un soupir de soulagement, le samedi, jour anniversaire de la «marche du retour» n’a pas engendré l’hécatombe redoutée. Il y a eu effectivement quatre morts à déplorer et cela fait toujours quatre morts de trop, mais la responsabilité en incombe à ceux qui ont incité les victimes à braver l’interdiction et à trouver la mort. Mais il faut aussi reconnaître que le Hamas a, d’une certaine manière, tenu parole en faisant preuve d’un peu de retenue, suite à l’inlassable labeur de la délégation égyptienne qui n’a pas lâché l’affaire, faisant autant de navettes que nécessaires entre la bande côtière tenue par le Hamas et Tel Aviv.

    Mais cette accalmie relative et si précaire, hélas, ne change rien au problème de fond : comment trouver un modus vivendi sur le long terme ou même le court terme avec une organisation terroriste, prisonnière de sa propre rhétorique guerrière mais confrontée depuis peu, à ce qu’il faut bien nommer une asphyxie économique. On ne parle plus de l’imminence d’une véritable catastrophe humanitaire, elle est désormais bien là, au point que, fait unique dans les annales, les gaza ouïs moyens ont manifesté dans la rue contre la vie chère et l’accaparement des biens et des richesses par les membres du Hamas et la police des terroristes les a violemment réprimés, comme on a pu le voir dans des vidéos qui ont fait le tour de la région.

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  • Michel Houellebecq, Sérotonine (Flammarion) : entre cynisme et tendresse

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    Michel Houellebecq, Sérotonine (Flammarion) : entre cynisme et tendresse

    Il est très difficile pour un philosophe d’analyser un roman car il risque de sur interpréter certains thèmes, assez récurrents dans l’œuvre de Michel Houellebecq (désormais M.H.) et de leur conférer une importance qu’ils n’ont peut-être pas eu dans l’esprit de leur concepteur, mais qui tous gravitent autour de l’accès au bonheur, des relations erratiques entre les hommes et les femmes, la volonté de tout centrer autour du sexe avec parfois d’émouvantes réflexions (quasi philosophiques) sur le sens à donner à la vie en général. Ce qui domine dans l’œuvre de cet écrivain doué et qui dispose d’un style plutôt bon, c’st le mal-vivre, le temps qui passe inexorablement, avec cette attente douloureuse d’une vieillesse à laquelle nul n’échappe, les ennuis de santé (notamment l’appétence sexuelle qui baisse pour ensuite disparaitre en totalité…), bref tout ce qui sépare le bonheur du malheur, la vie agréable d’un fardeau insupportable, pouvant vous mener au suicide pur et simple. Particulièrement cruelles sont les descriptions de l’usure corporelle des femmes jadis aimées et qui ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes. D’autres fois, les femmes sont présentées comme des substances abrasives au contact desquelles l’hommes finissent eux aussi par dégénérer…

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  • La victoire du président Trump

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    La victoire du président Donald Trump…

    procureur a bien dû se rendre à l’évidence : aucune preuve digne de ce nom n’a pu être apportée pour convaincre le président ou des membres de son équipe d’actions illégales ou répréhensibles. Mais cela ne suffit pas à désarmer le camp démocrate qui n’a toujours pas digéré sa défaite. Le pays est gravement divisé, on dit même qu’au sein d’une même famille ou d’une même fratrie, les gens ne s’adressent plus la parole car les uns sont pour Trump et les autres contre…

    Jamais auparavant, le divorce n’avait été aussi violent et la haine partisane aussi forte. Il y a ici plus que la rage d’avoir perdu le pouvoir, surtout après ces deux mandats désastreux d’Obama qui a vraiment handicapé la politique extérieure US en laissant la Russie de Vladimir Poutine mener la danse en Syrie. Par ailleurs, il a commis un péché que personne en Israël ou dans les communautés juives ne lui pardonnera : il a laissé le Conseil de sécurité condamner Israël, en s’abstenant et en refusant de mettre son veto…

    Ce qui motive la haine du camp anti-Trump, c’est avant tout le style du nouveau président qui est, certes, madré et très rusé, mais qui n’a rien d’un homme politique traditionnel ; ce n’est pas le produit du sérail, ce n’est pas un politicien classique qui doit sans cesse agir en ayant les yeux fixés sur les sondages, ce n’est pas un président qui se laisse dicter sa conduite par les grands organes de presse, comme c’était toujours le cas avant son élection.   A l’évidence, les rédactions des grands journaux se sont sentis déposséder de leur pouvoir, le président les critiquait ouvertement, il les néglige, voire les contourne et préfère agir et communiquer via twitter… Mais cette grande presse et ces intellectuels libéraux (donc de gauche) ont cru pouvoir engager le combat contre lui et d’aucuns misaient gros sur les conclusions du rapport du procureur spécial. Si ce dernier avait trouvé le moindre indice, la moindre début de preuve, cette même presse aurait sonné l’hallali , sans la moindre compassion pour leur victime qu’ils honnissent.

    Pour le moment, on sent que les ennemis politiques du président Trump essaient de voir comment ils peuvent réagir et poursuivre le combat. D’aucuns suggèrent qu’il est temps de ranger les couteaux au vestiaire et de voir venir. Après tout, Trump commet tant d’actions inconsidérées qu’il sera possible de s’en prendre de nouveau à lui.

    Mais les ennemis de Trump ne se trouvent pas qu’en Amérique, dans son propre pays. A part Israël et le Brésil, le monde entier s’en prend à lui, au point que lors de dîners en ville, il vaut mieux s’abstenir d’en dire du bien, cela évite des esclandres avec certains convives. Je pense que cette détestation est excessive car au fond, Trump a visé un certain électorat qui l’a élu et qui lui demeure fidèle ; cette frange de la population US se recrute surtout dans des milieux évangélistes et religieux. Or, ces gens se comptent par millions. Ce ne sont pas des intellectuels ni des hommes de science (je parle de la majorité d’entre eux), ce sont des gens qui ont été mis en réserve par les grands intellectuels de la côte est, majoritairement démocrates… Pendant des années, voire des décennies, cela a marché, les laissés pour compte ayant accepté leur triste sort. Mais Trum a compris qu’il fallait leur parler, leur tenir le discours politique qu’ils aiment et leur rendre la parole.

    Au début, les adversaires du président Trump pensaient que ce mandat n’irait pas jusqu’au bout et les accusations de collusion avec les Russes laissaient espérer une telle issue. Depuis deux jours, nous savons qu’il n’en est rien. Et il faut le rappeler, les adversaires ont tout employé, même des arguments en dessous de la ceinture (au propre comme au figuré) : la diffusion de cassettes compromettantes, la divulgation de relations extraconjugales avec des actrices de films pornographiques, la publication d’enregistrements au cours desquels le futur président traitait les femmes comme une simple chair à plaisir, etc… Rien n’y fit, l’électorat est resté fidèle à Trump.

    En politique étrangère, le président Trump a pratiqué la diplomatie du marteau : il n’a pas voulu emboîter le pas aux présidents précédents qui reculaient la reconnaissance de Jérusalem comme capitale indivisible d’Israël, il a transféré son ambassade dans la ville sainte, sans se soucier le moins du monde des réactions que l’on supposait terribles… Et après, il ne s’est rien passé. Il a récidivé récemment en reconnaissant la souveraineté israélienne sur le Golan et les réactions arabes ont été plus que modérées, le service minimum, mais aucun pays n’a voulu rompre les relations diplomatiques ni boycotter les USA. Il faut dire que tous se sont éloignés du désastreux exemple de Mahmoud Abbas qui refuse tout contact avec l’hyperpuissance. Résultat, il siège seul à Ramallah, totalement isolé.

    Trump est le seul dirigeant à pouvoir s’opposer efficacement aux projets hégémoniques de la Chine. Lorsque E. Macron (qui est dans une situation intérieure très critique, voire inquiétante) prétend combattre l’unilatéralisme avec d’autres pays européens, c’est Trump qu’il vise. C’est une erreur. Il est vrai que Trump devrait mieux traiter ses alliés de l’OTAN et de l’Occident en général ; mais tout de même ! Comment prétendre s’allier avec un dirigeant chinois dont les tendances autoritaires et hégémoniques sont évidentes. Trump a les moyens de sa politique, E. Macron ne les a pas. Il suffit de voir combien il peine à juguler la révolte hebdomadaire des gilets jaunes. Avant de pester contre l’unilatéralisme de Trump, il faut remettre de l’ordre chez soi, non seulement dans les rues, mais aussi dans l’économie, la sécurité, bref la paix sociale.

    1. Macron a commis un grand nombre d’erreurs et je ne parle même pas de ces petites phrases qui le desservent tant dans l’opinion. On ne les compte plus tant elles sont récurrentes. Et puis il y a l’isolement de l’actuel président français dont la fameuse lettre sur la renaissance de l’Europe, publiée dans tous les pays de l’Union, a disparu sans laisser de trace. Les commentateurs ont aussi relevé que le partenaire allemand refuse désormais d’emboîter le pas au président français ; les déclarations de la nouvelle présidente de la CDU, Madame AKK, devraient nous inquiéter.

    Avant de critiquer les autres, il faut d’abord mettre de l’ordre chez soi.

    Quand je pense qu’on nous promettait le nouveau monde et qu’on montrait du doigt les ruines de l’ancien… Quand je pense qu’on nous parlait de Jupiter il y a tout juste quelques mois ! Aujourd’hui, les rangs se clairsement autour de Jupiter. Il faudrait faire preuve d’un peu de modestie et d’humilité. Le respect de la France et de sa place dans le monde l’exige.

     

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  • Martin Heidegger, Réflexions II-VI, Cahiers noirs (1931-1938) (Gallimard)

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    Martin Heidegger, Réflexions II-VI, Cahiers noirs (1931-1938) (Gallimard)

    On n’en a jamais vraiment fini avec l’auteur de Sein und Zeit (Être et temps) et c’est bien ainsi car en dépit de sa personnalité très controversée en tant que citoyen (surtout durant l’épisode nazie), il demeure l’un des plus grands penseurs du XXe siècle. Même Emmanuel Levinas, dont la vie a été bouleversée par la Shoah et qui ne lui a jamais pardonné son engagement transitoire ou temporaire auprès des bourreaux du peuple juif, range pourtant son œuvre majeure, citée ci-dessus, parmi les cinq plus grandes œuvres de la philosophie, aux côtés de la Phénoménologie de l’esprit de Hegel, le Phèdre de Platon, les Données immédiates de la conscience de Bergson et la Critique de la raison pure de Kant. Prestigieux voisinage s’il en est…

    J’avoue que la lecture, même attentive de ce livre, m’a demandé beaucoup de travail et d’application. Comme l’indique le titre un peu rébarbatif du livre (deux tomes, au moins), il s’agit de notes ou de notules que l’auteur consignait par écrit lorsqu’il souffrait de nuits d’insomnie… Le traducteur François Fédier signale dans sa lumineuse introduction (mais hélas un peu courte et qui aurait gagné à être bien plus développée), que Heidegger posait de quoi écrire (papier et stylo) sur sa table de nuit afin de garder trace des idées qui lui venaient à l’esprit. Et au lever du jour, il recopiait avec application toutes ces pensées éparses qu’il développait ensuite dans des écrits plus systématiques… D’où l’appellation qu’il a donné à ces cahiers noirs (en raison de la couleur de leur reliure), cahiers de travail

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  • Luc Ferry & Nicolas Bouzou, Sagesse et folie du monde qui vient. (XO éditions)

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    Luc Ferry & Nicolas Bouzou, Sagesse et folie du monde qui vient. (XO éditions)

    Tous ceux et toutes celles qui s’interrogent sur l’avenir immédiat ou à plus long terme de l’humanité, devraient lire ce livre qui expose avec des mots simples, faciles à comprendre, ce que le temps qui vient nous réserve, mais avec cette nuance déterminante : cet avenir n’est pas une fatalité, il n’est écrit nulle part ; et c’est à l’humanité qu’il incombe de l’écrire, de faire preuve de sagesse et de choisir la vie et non la mort, le bonheur et non le malheur. C’est un acte du libre arbitre de l’homme.

    Cet aspect est important car les deux auteurs commencent par s’en prendre aux déclinologues, ces partisans de la conscience et de l’identité malheureuses, qui, chaque matin que Dieu fait, sapent le moral de leurs auditeurs et propagent ce qu’il faut bien nommer une dose massive de délectation morose. Et cela remonte à des décennies : jeune étudiant à la Sorbonne,  je me souviens du président Georges Pompidou qui dénonçait déjà cette delectatio morosa dont les citoyens de ce pays semblent s’être fait une spécialité alors qu’ils font partie de cette frange de l’humanité, la mieux traitée, la mieux soignée, la mieux défendue et donc la plus heureuse ? Considérez un petit instant toutes ces aides publiques qui se montent à plusieurs milliards d’Euros ? Voyez simplement, en comparaison, ce que fait la sécurité sociale aux USA, où celui qui perd son emploi perd aussi sa couverture sociale… En France, même le plus libéral de nos hommes politiques ne s’y risquerait pas, tant la chose est taboue .

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  • L’inconnue algérienne et ses possibles conséquences pour la France…

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    L’inconnue algérienne et ses possibles conséquences pour la France…

    Il est rare que d’anciennes colonies continuent de constituer des préoccupations, voire de sérieux problèmes pour l’ancienne métropole. Cela a été dit et redit ad nauseam : l’Algérie a réclamé (et de quelle manière) et obtenu son indépendance en 1962 après près d’un siècle et demi de domination et de présence française. Il ne s’agit pas de revenir sur les circonstances ni sur la légitimité de telle cause ou de telle autre, il faut simplement rappeler qu’une si longe marche en commun, une si longue présence ne disparaît pas comme cela, comme après un coup de baguette magique ; il faut avoir soi-même vécu sur place, même peu de temps, pour mesurer les affres d’un tel divorce, si conflictuel et si profond. Un exemple : l’actuel président algérien, Bouteflika, soigné chez nous, dans nos meilleurs hôpitaux français (à Paris mais aussi en province) a osé dire, de retour dans son pays, en fort bonne santé grâce à nos médecins, que la France avait perpétré en Algérie un génocide culturel ! Nous ne savions plus, a t il dit dans son discours, ce que nous étions car, je résume, on nous avait séparés de notre langue et de notre culture arabes sans vraiment nous faire une place convenable dans la culture européenne, incarnée par la France.

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  • Dictionnaire amoureux de la philosophie (Plon) de Luc Ferry

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    Dictionnaire amoureux de la philosophie (Plon) de Luc Ferry

    A n’en pas douter, c’est un véritable petit exploit que l’ancien ministre français de l’éducation nationale a réussi avec cet épais volume, plus de mille cinq cents pages, où se donnent libre cours la finesse de sa pensée et l’élégance de son style. Il rend toutes ces notions ou entrées accessibles aux non-philosophes et de plus, on peut se servir aisément de la table des matières comptant plus de deux cents pour lire en priorité ce qui nous intéresse le plus et revenir vers la suite logique des exposés. Je dois avouer qu’à l’origine, à la réception de l’ouvrage, j’étais un peu sceptique et l’ai donc mis sous la pile des livres à examiner, pensant que c’était un fourre-tout ; mais quand j’en ai entamé la lecture, je n’ai plus pu m’en défaire. Même si son épaisseur et son poids sont un peu dissuasifs.

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  • Karl Kraus, phare et brûlot de la modernité viennoise par Jacques Le Rider (Le Seuil)

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    Karl Kraus, phare et brûlot de la modernité viennoise par Jacques Le Rider (Le Seuil)

    Voici un ouvrage tant attendu en raison de sa personnalité aussi inquiétante qu’en raison de son œuvre magistrale, encore que marquée de part en part pour un violent esprit satirique, pamphlétaire et éminemment caustique L’auteur de cet important ouvrage s’est fait une spécialité de cette culture viennoise, de cette fin de siècle et de cette modernité dont on ne sait plus très bien ce qu’elle signifie… Mais l’essentiel est là, cette œuvre sur Kraus (1874-1936) est bienvenue et durera, je pense, un certain temps avant d’être remplacée.

    On sent bien l’hésitation entre les deux termes du sous titre : le phare est censé montrer la voie à suivre, éclairer les gens (comme d’ailleurs l’ambiguïté du périodique de Kraus Die Fackel ): est ce une torche ou un flambeau ? Cherchait il à construire ou à tout détruire ? Au fond, c’est là l’énigme de toute cette vie consacrée à la pensée…

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  • Platon (Gallimard, Jean Fauconnier)

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    Platon (Gallimard, Jean Fauconnier)

    Il y a un peu plus de vingt-cinq siècles vivait à Athènes un homme qui allait jouir d’une postérité à nulle autre pareille, une postérité aujourd’hui encore : il se nommait Platon, nom qui signifie une carrure athlétique, surnom que lui avait donné son professeur de gymnastique. En réalité, il se nommait Aristoclès. Ce penseur dont dépend toute la philosophie occidentale, jusques et y compris Martin Heidegger (e.g. sa relecture de Parménide) au point d’avoir fait dire à certains que toute la pensée spéculative de l’Occident n’est qu’une note infra paginale renvoyant à ses œuvres quasi impérissables.

    Dans ce livre bien documenté et facile à lire, tant le style est fluide et les phrases sensiblement courtes, l’auteur retrace en quelques chapitres succincts et sobres à la fois la vie et la pensée de Platon dont le moindre des mérites n’est pas de nous avoir transmis l’essentiel de la noétique de son maître et ami, Socrate, surnommé à son tour le «taon d’Athènes», car il piquait la curiosité de ses compatriotes en les poussant par ses questions dans leurs derniers retranchements. Et cela touchait beaucoup de gens, y compris le jeune Platon.

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