14/02/2018

Benjamin Netanyahou ou les extravagances judiciaires de la démocratie israélienne

Benjamin Netanyahou ou les extravagances judiciaires de la démocratie israélienne

J’avais pourtant choisi de parler de tout autre chose dans ce papier, mais il faut faire droit à l’actualité brûlante et ce matin, ou plutôt depuis hier soir, c’est la nouvelle d’une hypothétique mise en examen du Premier Ministre israélien qui occupe toutes les rédactions. Que je le dise d’emblée, sans la moindre hésitation : on cherche au Premier Ministre une mauvaise querelle ; certains opposants, assoiffés de pouvoir, rongés par une ambition effrénée, cherchent, par une sorte de putsch judiciaire, à mettre fin aux fonctions d’un dirigeant au pouvoir depuis neuf ans. Un record dans cette tumultueuse démocratie israélienne, qui comme le disait la Bible, à propos de ce pays, dévore ses habitants.

Voyons les choses les unes après les autres : il y a d’abord le rôle de la presse, tant israélienne qu’internationale. La première, majoritairement défavorable au Premier Ministre, tire sur lui à boulets rouges, joue un rôle d’amplificateur, joue aussi avec les mots et présente ce qui n’est qu’une recommandation, comme la fin d’une carrière, une crise de régime, un chant du cygne… Alors que cet avis d’une police (un peu politisée) n’est que consultatif et ne vaut guère condamnation ni même aveu de culpabilité. Donc, les journalistes jouent sur les mots pour faire croire que le gouvernement va tomber en raison de la culpabilité reconnue, avérée de son chef. Mais il n’en est rien. Le plus pathétique c’est la reprise par les organes de la presse étrangère de termes hébreux ou anglais mal traduits. En fait, vu la complexité du dossier, et vu les mis en cause, le procureur général du pays ne manquera pas de prendre tout son temps car il y a des dizaines de témoignages, d’éléments ou de déclarations qu’il faudra vérifier une à une, ce qui ne manquera pas de prendre une année, c’est-à-dire jusqu’aux élections prévues à la fin de l’année prochaine.

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13/02/2018

Mais qui connait La fable des abeilles de Bernard de Mandeville ?

Mais qui connait La fable des abeilles de Bernard de Mandeville ?

N’était la bienveillante attention de mon cher éditeur, Monsieur François Laurent, Directeur général adjoint des éditions univers poche, je n’aurais jamais su qui est ce personnage étrange, calviniste d’origine française, installé à Londres où il exerçait la médecine. Lu par presque tous les penseurs d’économie politique qui lui succédèrent, cités par de rares économistes, copiés mais occultés par beaucoup d’autres, ce médecin atypique a intrigué les savants depuis Karl Marx jusqu’à Michel Foucault et Gilles Deleuze, en passant par Freud et tant d’autres.

Grâce à la lumineuse et très érudite introduction de son nouvel éditeur et réviseur, Dany-Robert Dufour, nous apprenons l’essentiel sur l’orientation de la philosophie de cet homme qui occupe dans l’histoire des sciences politiques et même dans la philosophie au sens d’attitude dans l’existence, une place vraiment à part. Songez que deux siècles avant Freud, il préférait le dialogue avec ses patients et ses patientes en proie à des crises d’hystérie, au lieu de les soumettre à des saignées ou à des internements. Ce fut donc un précurseur mais aussi un personnage par lequel le scandale arrive ; ce qui explique qu’il fut vilipendé par les bien-pensants, mis en accusant devant les échevins de sa ville et son œuvre brûlée par le bourreau vers 1714.

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11/02/2018

L’incident dans le ciel syrien avec l’Iran, un tournant dans la confrontation avec les Mollahs?

L’incident dans le ciel syrien avec l’Iran, un tournant dans la confrontation avec les Mollahs?

A l’évidence, les Iraniens jouent avec le feu. Il semble même, si on analyse sans hâte et en profondeur, la réaction de Hassan Rouhani, que c’est l’aile dure du régime, celle des Gardiens de la révolution, qui est aux manettes en Syrie et qui a voulu délibérément provoquer Israël dans l’espoir d’une réelle déflagration, laquelle ferait alors oublier les problèmes de politique intérieure et ressouderait le peuple tout entier autour de ses gouvernants.

En effet, Rouhani n’a pas, comme à son habitude, fulminé d’anathème contre Israël ni contre les USA. Il a disserté vaguement sur le terrorisme (sic), mis en garde ceux qui croient résoudre les problèmes par la violence, au point qu’on ne sait pas très bien qui il visait… Etait-ce ceux qui ont téléguidé le drone vers Israël ou s’en tenait-il à la violence de la réaction israélienne qui s’en est suivie ? Difficile de le dire avec exactitude.

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08/02/2018

La question corse: de la dignité de Madame Erignac à la fermété d’Emmanuel Macron

La question corse: de la dignité de Madame Erignac à la fermété d’Emmanuel Macron

Ceux qui ont entendu le digne discours de la veuve du regretté préfet Claude Erignac ne pouvaient que saluer la noblesse d’une dame qui a évoqué la mémoire de son défunt mari, lâchement assassiné, alors qu’il se rendait sans protection spéciale à une représentation ou à un concert. Cette femme a parlé sans haine ni acrimonie alors qu’elle aurait légitimement pu le faire. Elle a d’ailleurs dit, fort calmement, que cette journée affreuse avait fait d’elle une veuve et de ses deux enfants des orphelins… Et j’ajouterai que de mémoire d’homme on n’avait jamais vu cela : l’assassinat de sang froid d’un préfet, d’une haut représentant de la République.

Pudeur et dignité, deux valeurs, en perte de vitesse et dont on fait peu de cas aujourd’hui, où la réussite individuelle, recherchée à tout prix, ne recule devant aucune bassesse ni aucun compromission. Une grande dame, l’autre jour, revenait en Corse pour la première fois depuis ce drame, et le président de la République a fait preuve d’une profonde solidarité en la laissant parler en premier pour évoquer la mémoire de son défunt mari, mort dans l’exercice de ses fonctions. Et quand on pense que cet homme a été tué de deux balles dans le dos et d’une dernière dans la tête, on se demande s’il existe encore dans cette région française des hommes d’honneur. Il faut dire qu’on entend si souvent parler d’honneur pour excuser, voire légitimer des actions qui en sont à des années-lumière …

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07/02/2018

Bible et méditation (Aryeh Kaplan, Albin Michel): Comment devient on prophète?

La méditation de la parole divine conduit-elle à la prophétie?

                Bible et méditation (Aryeh Kaplan, Albin Michel)

En dépit de quelques imperfections, dues plus à l’inexacte traduction française de certains termes techniques hébraïques qu’à une quelconque impéritie de l’auteur, ce livre américain, opportunément réédité en français par les éditions Albin Michel, pose une vraie question, celle des rapports entre la Bible et la méditation, une activité qui est l’apanage exclusif de l’espèce humaine.

Le terme technique qui connote l’idée même de méditation en tant que telle ne me semble pas, dans sa forme propre, faire partie du corpus biblique. Certes, il y a le verbe hébraïque présent dans le livre de Josué (wé-haguita bo yomama wa layla : tu le méditeras ou l’étudieras jour et nuit).

Nous voulons parler de la hitbodédout. La racine est effectivement biblique et définit même, selon le livre du Deutéronome, le statut spécial et l’essence particulière du peuple d’Israël, un groupe ethnique qui réside seul (donc en solitaire) et qui n’est pas décompté parmi les nations. Il s’agit donc de la racine trilitère BDD qui a donné l’épithète et l’adverbe badad et le verbe à la forme pronominale mitbodéd (s’isoler, s’esseuler). Dans la philosophie médiévale juive, pour traduire le titre arabe d’un traité du philosophe andalou Ibn Badja (l’Avempace des Latins), premier penseur à avoir contesté la philosophie politique d’Aristote à son époque, intitulé Le régime du solitaire, en arabe Tadbir al-mutawahid, et en hébreu Hanhagat ha-mitbodéd, on a eu recours à cette même racine… Et dans ce sens précis on trouve l’idée d’un esseulement, commandé par la nécessité de la méditation. Le traducteur anonyme de ce traité (longtemps, on a cru à tort que Moïse de Narbonne qui en a donné un résumé en était aussi le traducteur) a donc eu recours à cette racine hébraïque plutôt qu’à une autre…

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05/02/2018

Les Juifs au miroir des sources chrétiennes anciennes…

Les Juifs au miroir des sources chrétiennes anciennes…

Voici un sujet qui retenait mon attention depuis un certain temps et qui vient d’être magistralement traité dans le dernier numéro de l’excellente revue SENS (416, janvier-février 2018 par le Père Dominique Cerbelaud).

Je me souviens encore des leçons du regretté et très érudit Bernard Blumenkranz qui s’était spécialisé dans les relations entre juifs et chrétiens au temps de la première croisade (1096) mais qui avait, au lendemain de la seconde guerre mondiale, présenté une thèse de doctorat en allemand à l’université de Bâle sur la prédication d’Augustin concernant les Juifs (Augustins Judenpredigt)= «il ne fallait pas tous les tuer afin que leur misérable condition et le sort peu enviable portât témoignage de leur refus du message du Christ…»

Comme le note l’auteur de cette belle étude parue dans SENS, cette position ne laisse pas d’être paradoxale : d’un côté, elle imputait aux Juifs une faute qu’ils allaient traîner avec eux durant des siècles, de l’ autre, elle préservait un peu la vie de certains d’entre eux…

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03/02/2018

Les deux corps du roi par Ernst Kantorowicz, juif de Posnanie (Les Belles Lettres)

 

Les deux corps du roi par Ernst Kantorowicz, juif de Posnanie (Les Belles Lettres)

Dans nos pays d’Europe et du monde civilisé, il n’existe pas une seule personne qui n’ait jamais entendu parler, au sujet de l’essence propre à chaque monarque, de cette différence majeure, entre l’aspect normal, banal et ordinaire d’un simple mortel qu’est le roi, et le corps sacré, l’entité charismatique ; elle échappe à nos instruments de mesure et d’appréciation du roi, lequel semble provenir d’une région inaccessible au commun des mortels que nous sommes… D’où cette dissociation entre les deux corps du roi… Il y a là une sacralité dont l’auteur, E. Kantorowicz, a tant parlé dans sa biographie de ce monarque atypique que fut Frédéric II Hohenstaufen.

Les sociologues, les politologues, les anthropologues ont tous adopté cette différenciation établie par ce petit Juif autodidacte, originaire d’un petit patelin de Posnanie mais qui, à force de travail et de persévérance, a tout de même fini son existence dans la peau d’un éminent professeur de Princeton. Cette judéité se révéla être un véritable boulet. Ce Juif né dans l’aire culturelle germanique à laquelle, comme tant d’autres avant lui mais aussi après lui, a voulu devenir enfin un Allemand comme tous les autres, tout en étant et en restant l’adepte d’une autre religion … Vers la même époque, un autre Juif allemand, son exact contemporain, Gershom Scholem ne commettra pas ce leurre de soi-même et comprendra clairement que la socio-culture germanique n’était pas disposée à accueillir généreusement en son sein les fils et les filles d’une autre «tribu», celle d’Israël.

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01/02/2018

La Pologne redevient-elle antisémite?

La Pologne redevient-elle antisémite?

A notre profonde tristesse, la question peut vraiment se poser. Certes, il y a, pour commencer, plus de maladresse que de malice ou de volonté de se montrer hostile aux Juifs et à Israël, sans même parler des USA où vivent tant et tant de descendants des victimes de l’Holocauste. Or, si les USA se mettent de la partie, et je pense que les Polonais ont négligé cet aspect des choses, pour la Pologne une seule possibilité sera alors envisageable ; la capitulation en rase campagne. Mais nous n’en sommes pas encore là.


Voyons rapidement l’arrière-plan historique de cette question si sensible, les relations judéo-polonaises à travers non point l’Histoire mais plus modestement à travers les temps les plus récents, ce qui, en matière d’Histoire mondiale, peut englober plusieurs siècles…

Lorsque les croisades s’abattirent sur les communautés juives d’Europe, notamment dans toute la vallée du Rhin, traversée par des hordes de croisés qui se firent la main sur les communautés juives traversées, les victimes qui se sacrifièrent par centaines, voire par milliers, afin de ne pas abjurer leur foi sacrées, une foi qui comptait plus que leur vie à leurs yeux, migrèrent plus à l’est et au centre de l’Europe, afin de se soustraire aux vagues d’exterminateurs sanguinaires. Je n’exagère point. Il suffit de feuilleter les chroniques de témoins visuels, réunies dans un Memorbuch intitulé Sefer Guesérot Tsarfat we-Askénaze (Tel Aviv, Editions Habermann, 1947/48), pour voir l’incroyable bestialité et l’inimaginable cruauté des croisés qui tuaient, violaient, brûlaient tout sur leur passage, au nom du … Christ ! Au motif que les Juifs l’auraient jadis crucifié.

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31/01/2018

Stefan Zweig, Les heures les plus riches de l’humanité …. Et Lettre d’une inconnue ou La longue complainte d’une agonisante

                     Stefan Zweig, Les heures les plus riches de l’humanité ….   Et

               Lettre d’une inconnue ou La longue complainte d’une agonisante

Voici un grand écrivain qui, sans avoir reçu le prix Nobel de littérature, en raison probablement de son suicide soudain en 1942 au Brésil, et qui aurait pu être couronné peu de temps après, comme le furent Hermann Hesse et Thomas Mann, ne tombera jamais dans l’oubli, ce qui serait, d’ailleurs, largement injuste et immérité. On ne se lasse pas de le lire et de le relire et les éditions Gallimard poursuivent avec constance la publication systématique de ses merveilleuses nouvelles, un genre dans lequel l’auteur du magnifique écrit, Vingt-quatre heures dans la vie d’une femme, excellait. Gallimard vient de rééditer une belle nouvelle, excellemment présentée par Jean-Pierre Lefebvre, Lettre d’une inconnue sur laquelle nous reviendrons plus bas.

J’ai principalement en vue ici le volume paru en l’an 2000 aux éditions Belfond et qui s’intitule Les très riches heures de l’humanité (Die Sternstunden der Menschheit). De quoi s’agit-il ? Eh bien une préface à la fois succincte et très dense de l’auteur lui-même nous l’explique : l’Histoire, ce mystérieux atelier de Dieu (Gœthe), ne connaît pas des périodes prolongées d’éclat et de génie mais plutôt des secousses telluriques brutales, et de très courte durée, des éruptions soudaines, inattendues, des séquences, des segments, au cours desquels des personnalités uniques, des génies incomparables voient le jour, marquent leur temps et façonnent l’Histoire où ils laissent des traces indélébiles. Zweig a toujours affectionné les romans historiques et a largement pratiqué ce genre dans son œuvre. D’ailleurs, le présent recueil l’illustre largement.

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27/01/2018

Qui sont les néoconservateurs? Au sujet de l’ouvrage de Juliette Grange (Univers poche, Agora)

  

                         Qui sont les néoconservateurs?

Au sujet de l’ouvrage de Juliette Grange (Univers poche, Agora)

Voici un ouvrage bien écrit, parfois dans un style un peu lâche, journalistique, mais qui ‘en est pas moins très instructif et qui ne laisse pas d’intriguer des lecteurs qui ne sont pas des spécialistes de philosophie politique. En suivant pas à pas les développements de l’auteur, on découvre des relations, des connexions et des influences qu’on était bien loin d’imaginer. Il ne fat pas s’attendre à apprendre bien des choses sur les néoconservateurs Us qui entouraient jadis Georges Walker Bush. On aura bien plus à faire à leurs excroissances dans l’Hexagone.

Cela m’a donné un certain nombre d’idées issues de l’univers de mes recherches philosophiques pures. Par exemple, le mode de comportement des savants, des élites, dans les sociétés dont le rythme de développement de la population est obligatoirement plus lent que le leur, celui des élites. Ce qui fait des penseurs, des savants et des philosophes un catégorie sociale, isolée du reste : La division des groupes sociaux en une masse d’incultes ou de demi-savants et une fine couche d’élites bien formées, bien éduquées et seules aptes à diriger la cité ou le pays. On trouve ce même schéma dans l’œuvre maïmonidienne en général, notamment dans le Guide des égarés, véritable testament philosophique de l’auteur. Ce grand philosophe juif du Moyen interdit expressément à ses lecteurs d’en divulguer le contenu à des hommes dépourvus de culture philosophique, au motif que cela pourrait nuire à leur foi… sans même augmenter leurs faibles capacités d’assimilation…

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