Vu de la place Victor Hugo - Page 5

  • Ernst Jünger, Le lance-pierres (Gallimard)

    Imprimer

    Ernst Jünger, Le lance-pierres (Gallimard)

    C’est un roman qui relate une histoire un peu compliquée mais attachante et qui se déroule dans l’Allemagne du XIXe siècle, à un moment où la lumière électrique fait ses premiers pas. C’est un microcosme qui permet de mieux faire connaître et dépeindre les mœurs d’un autre temps. Mais ce microcosme se constitue d’un espace, probablement le plus représentatif de cette époque et de l’état d’esprit qui y régnait, un espace scolaire dans un établissement d’éducation.

    Nous avons affaire à un jeune homme qui répond au prénom de Clamor et qui vit à la campagne ; c’est un pur produit de la ruralité allemande avec ses petites hiérarchies un peu mesquines, ses baronnies un peu moisies mais qui a bien été le centre de vie de millions d’êtres humains.

    Lire la suite

  • Histoire d'enfant de Peter Handke

    Imprimer

    Peter Handke et son Histoire d’enfant (Gallimard)

     

    Jusqu’à la dernière minute, je me suis demandé si je devais vraiment rendre compte de cette nouvelle qui couvre tout juste cent pages ! A la fin de ma lecture la plus attentive possible de cette nouvelle, j’ai dû revenir en arrière et relire certains passages qui me parurent moins kafkaïens. Car, en fait, je considère que cette petite œuvre est une sorte de mélange de la Métamorphose de Kafka et de L’étranger de Camus. C’est dire, combien j’ai eu du mal à entrer dans le livre, je ne dis pas l’histoire ni l’intrigue, pour la bonne raison qu’il n’y en a pas.

     

    Alors, essayons de générer un sens hypothétique en tentant de mettre bout à bout différents passages. D’abord, le titre. Il s’agit bien de l’histoire d’un enfant, mais c’est tellement crypté que c’en devient très aléatoire : cet enfant dont on ne connaît le sexe et la langue d’origine, à savoir une petite fille qui parle allemand (il faut patienter jusqu’à la page 77 pour le découvrir enfin)… Mais nous ne connaîtrons jamais son nom, ni la couleur de ses yeux ou de ses cheveux. De temps en temps, on nous annonce qu’elle a deux ans, puis dix ans… Jamais aucun lieu n’est cité explicitement. Nous n’avons ni le nom de son père ni celui de sa mère, laquelle se sépare de son mari (ce n’est même pas sûr qu’il s’agisse d’un couple marié. Un couple oui, mais pas nécessairement uni par les liens du mariage. C’est aussi un couple qui voyage, le travail de l’un ou de l’autre, semble occuper une place importante dans leurs vies respectives. Et il semble que la naissance de l’enfant n’ait pas soulevé un très grand enthousiasme dans cette famille singulière

     

    Selon moi, il y a une césure irrémédiable entre l’enfant et ses géniteurs, surtout avec le père qui décide de vivre seul avec son enfant. C’est une totale incompréhension qui règne entre ces deux univers. On nous détaille les difficultés d’acclimation pour ce couple venu d’ailleurs, de l’autre côté du fleuve, le Rhin, peut-être ? La maman ne semble pas prête à sacrifier ses nuits pour calmer le bébé qui pleure, c’est l’homme qui s’en charge. Ce qui explique, qu’en fin de compte, le couple se sépare vraiment sans jamais divorcer puisque, l’enfant grandissant, il ira passer des mois dans le pays de sa mère.

     

    Ce qui frappe le plus le lecteur, c’est l’absence totale de sentiments, d’amour, de tendresse ou d’une simple affection. Un mur infranchissable est érigé, on ne sait comment ni pourquoi, entre ces deux êtres qui dérivent pourtant l’un de l’autre. J’ai cru reconnaître dans l’un des chapitres une idée développée par Emmanuel Levinas : cet enfant est de moi mais il est différentdifférent de moi. L’adulte (car c’est ainsi que Handke présente son personnage) ne ressent aucune fusion avec l’enfant, je ne dis même pas son enfant, mais simplement l’enfant !! C’est plus qu’étrange.

     

    On a l’impression qu’il n’existe plus d’évolution naturelle de l’enfant vers l’adolescence et ensuite vers l’âge adulte. C’est une voie devenue impraticable. Pourquoi ? C’est tout le dessein de cette énigmatique nouvelle.

     

    Mais peut être avons nous affaire à un récit autobiographique ?

     

    Doit on en conclure qu’il est difficile d’être des parents puisque cela met à rude épreuve même les relations au sein du couple… L’auteur, donc l’adulte anonyme, dit que cette union est la faute de sa vie, il ne sy est jamais si bien senti : ce fut une grave erreur. Son départ n’était plus qu’une question de temps, même s’il va, par la suite, se préoccuper du sort de l’enfant.

     

    Même si on ne dispose que de très peu de détails on nous parle de la banlieue parisienne, de différentes écoles où l’enfant a du mal à s’adapter à ce qui l’entoure. On lit même un échange ubuesque entre l’adulte et la maîtresse. On mentionne aussi un établissement confessionnel où l’enfant passera un court laps de temps. Ce qui permet à Handke de dire son scepticisme sur la possibilité pour des enfants de comprendre ou de vivre la foi, en tant que telle. En quoi, il n’a pas tort.

     

    Tout le monde connaît la cruauté, consciente ou inconsciente, des enfants. Et vers la fin du livre, la petite fille (nommons la ainsi, cela la rend plus humaine et plus proche de nous) n’en peut plus de garder son chagrin pour elle : elle hurle qu’on l’évite et l’isole, parce que je suis allemande ! En effet, les enfants n’envisagent nullement ce qui est différent d’eux-mêmes. L’altérité est considérée comme une perturbation de l’ordre, de l’univers connu et prévisible. Une autre langue, une autre tradition, un autre comportement ne trouvent pas toujours grâce à leurs yeux.

     

    Il me semble que c’est bien le fil rouge qui traverse tout le livre : la difficulté d’être père, la quasi impossibilité d’élever l’enfant, surtout pour un homme seul, difficulté aussi pour l’enfant d’être observé par un adulte, dût il être son propre géniteur… Et enfin, difficulté pour l’enfant lui-même de sortir de ce qu’il éprouve comme étant son lieu naturel. Arraché à l’amour maternel, il perd ses repères, ne se sent plus chez lui nulle part. Mais on décèle un léger mieux lorsqu’il séjourne auprès de sa maman.

     

    Donnons, pour finir, la parole à l’auteur :

     

    Le désespoir peut être dissimulé par les grands de bien des manières, mais celui d’un enfant, on le remarque de toute façon ; et voir un enfant désolé était insupportable (p 79)

  • Mais pourquoi tant de chiens dans les rues de Tel Aviv et d'ailleurs en Israël?

    Imprimer

    Vingt et une heures à Tel Aviv hier. La nuit est tombée, tôt comme d’habitude dans ce pays du Moyen Orient. Nous sommes assis à la terrasse d’un restaurant italien sur le boulevard Ben Yehouda, l’un des plus étendus de cette ville. Le service est un peu long à cette heure d’affluence et les pizzas mettent du temps à arriver sur les tables des dineurs. Alors je prends mon temps et me livre à mon activité favorite, regarder les gens qui vont et qui viennent, m’arrêter sur leur mode vestimentaire, leurs chaussures, ce qu’ils disent à très haute voix sur leurs portables. Et bien sûr le premier élément qui me frappe par sa récurrence, ce sont les chiens tenus en laisse par leurs maîtres.

    Lire la suite

  • Du don de la Torah au Sinaï à la politique israélienne actuelle.

    Imprimer

    Du don de la Torah au Sinaï à la politique israélienne actuelle.

     

    Le débat autour de l’essence d’un Etat juif.

     

    Parfois, le hasard, si tant est qu’il existe, fait bien les choses. A moins d’une semaine de la fête de la Pentecôte juive (chavou’ot), où la tradition rabbinique veut voir le don de la Torah par Dieu et non pas une sorte de revelatio de son essence impénétrable, ressurgit un débat sur ce que doit ou devrait être un Etat juif… Ou un Etat des Juifs.

     

    Ce débat a été maladroitement déclenché par un élu de droite, partisan d’une certaine place du droit religieux dans l’institution judiciaire d’Israël, ce qui risque de lui coûter le poste qu’il convoite dans le prochain gouvernement, celui de la justice. En fait, comme c’est souvent le cas, il suffit que quelqu’un mette les pieds dans le plat pour que la presse locale déforme ses propos et suscite une polémique qui occupera les gazetiers durant quelques jours ou même quelques semaines…

     

    Mais le sujet est d’une actualité brûlante puisque, selon toute apparence, c’est la pomme de discorde qui a fait chuter la coalition montée par Benjamin Netanyahou et a provoqué cette grave crise, nécessitant de nouvelles élections.

     

    En tout état de cause, ce qui m’intéresse ici, alors que je me trouve in situ, c’est la concomitance entre cette fête de chavou’ot où la tradition juive commémore le don de la Torah, et le lancement de ce débat qui, pris de manière sérieuse et sans arrière-pensée polémique, vaut la peine d’être discuté.

     

    Qu’il me soit permis d’adopter ma démarche habituelle : plonger dans les profondeurs de la spiritualité judéo-hébraïque afin qu’elle éclaire de son mieux les ingrédients du débat actuel.

     

    Tous les familiers de l’exégèse biblique juive savent que la Bible instaure un espace de sept semaines (d’où le nom de chavou’ot en hébreu et de Pentecôte en français), où les sages du Talmud, et dans leur sillage, les rabbins ont voulu voir le passage symbolique du statut d’esclave à celui de l’homme libre, régi par une Loi, une Torah qui l’empêche d’être le jouet de ses sens et lui confère une dignité nouvelle, celle de la responsabilité de ses actes. Ce n’est plus un esclave, mais un homme libre. On passe donc de la libération à la liberté.

     

    Les sages ont résumé cette idée fondamentale dans une formule lapidaire dont ils ont le secret : al tikré harut ella hérout (ne nomme ce qui est gravé dans les Tables de la Loi que la liberté). Tout cela, un véritable massif de la philosophie politique, accroché à une simple substitution de deux voyelles, puisque la langue hébraïque est une langue essentiellement consonantique : du A au E…

     

    Cette idée d’obéissance à la la Loi divine, cette législation religieuse qui se trouve dans la plupart des livres du Pentateuque de Moïse, principalement dans l’Exode, le Lévitique, les Nombres, sans oublier le Deutéronome qui se veut un récapitulatif de la totalité de cette même législation.

     

    Pour donner un seule exemple du caractère précieux et indispensable que les sages accordent à la pratique religieuse, il suffit de se limiter à un seul exemple tiré des sources juives anciennes et qui est prêté à rabbi Akiba, contemporain de Bar Cochba : de même qu’un poisson ne peut pas vivre hors de l’eau, Israël ne saurait survivre sans la Torah. Et derrière ce vocable générique, le sage rabbi Akiba, l’homme le plus érudit de la tradition juive, plaçait évidemment la pratique des lois et des rites religieux. Aux yeux de la tradition multimillénaire, c’est l’exclsuive raison d’être de ce peuple.

     

    Je ne vois pas comment l’Etat d’Israël pourrait réinvestir intégralement le domaine dela législation religieuse, lui qui se veut à la fois juif et démocratique. Ce n’est pas une mince affaire que de muscler ses deux piliers à la fois et de les entretenir sans que cela se fasse au détriment de l’un ou de l’autre. Mais ce n’est pas, non plus, la quadrature du cercle. Or, pour avancer, il faut avancer sur deux jambes… Je ne crois pas que l’on pourrait, un jour, cocher les deux cases en même temps et dans une égale mesure.

     

    Il y a quelques décennies, un président de la Cour suprême israélienne, éminent juriste et peu suspect de sympathie excessive pour le parti religieux, s’était posé la question suivante : quelle part, quelle place pour la législation biblique dans l’Israël contemporain ? Le juriste a donné des réponses qui n’ont pas toujours été suivies d’effet. Si j’ai bien compris, ce qu’il voulait dire, il opte pour accorder à la tradition juive biblique mais aussi talmudique le statut de source législative insufflant un esprit juif dans une législation civile. Il faudrait que la légalité ne contredise jamais à l’éthique. En d’autres termes, Israël ne sera jamais un pays où la sharia juive fait la loi et détermine la vie quotidienne de tous ses citoyens.

     

    Les enjeux sont considérables : peut on paralyser le pays pour respecter à la lettre les lois du repos et de la solennité sabbatique ? Peut-on imposer les règles de la cacherout (les interdits alimentaires) dans l’ensemble du pays ?

     

    Le statut de la loi dans la vie juive a toujours posé problème et le cas le plus considérable n’est autre que l’apparition du christianisme avec un antinomisme dont saint Paul s’est fait l’inimitable champion, comme on peut le voir dans l’épître aux Galates, au sujet du maintien ou de l’abolition de la circoncision. Cette contestation remonte jusqu’ à la manière d’interpréter les chapitre XV et XVII du livre de la Genèse, lorsque l’oracle divin s’est adressé au patriarche Abraham : l’a t il avant ou après la circoncision du noble patriarche ? Dans le premier cas on penche en faveur du christianisme et dans le second pour le judaïsme rabbinique…

     

    Il est normal que les fêtes juives soient promues au rang de fêtes nationales en Israël car les origines de cet état sont religieuses. C’est la tradition juive religieuse qui l’a porté sur les fonts baptismaux, mais en plus de trois millénaires d’histoire, bien des choses ont changé. Il convient d’agir sans rien renier. La tradition doit savoir s’adapter sans se remettre en cause fondamentalement. Mais ce n’est pas chose aisée. Il faut réussir à combiner, je n’ose pas dire, panacher philosophie et théologie, tradition et histoire. Ce que le grand philosophe hégélien Franz Rosenzweig (mort en 1929) nommait le Nouveau Penser…

     

    Il faut un Nouveau Penser.

  • Angela Merkel à Harvard, le chant du cygne? Non, sa vision de l'avenir...

    Imprimer

    Devant les étudiants et les cadres de l’université de Harvard la chancelière allemande livre sa vision de l’avenir …

     

    C’est à l’aimable obligeance de S. E. madame l’ambassadrice Susaanne Wasum-Rainer, représentante du gouvernement fédérale Tel Aviv que je dois de pouvoir parler du magnifique discours qu’Angéla Merkel a prononcé devant toute l’université prestigieuse de Harvard. Un discours largement ovationné, et à la fin, lorsque la chancelière a prononcé ses tout derniers mots en langue anglaise, ce fut un triomphe, une longue ovation debout : c’est toute l’Amérique pensante et cultivée qui rendit ainsi un vibrant hommage à une chancelière qui aura marqué tout notre temps.

     

    Trente minutes de discours, riches et émouvantes. Une chancelière, encore en fonctions mais qui, déjà, entonne son chant du cygne… L’aventure commença en 2004 lorsqu’elle fut élue pour la première, inaugurant ainsi le prise de fonctions d’une femme à la tête de la plus forte puissance européenne. C’est une survivante, aussi : car elle a survécu à Nicolas Sarkozy qui a disparu des radars sur fond de problèmes judiciaires et distançant son partenaire français du moment, Emmanuel Macron, au point que l’axe franco-allemand menace de ne plus être qu’un lointain souvenir… C’est elle la vraie maîtresse des horloges puisqu’elle a choisi d’établir elle-même le calendrier de son départ. Et elle ne s’est jamais prise pour Jupiter ou pour Dieu le Père…

    Mais revenons au discours. La chancelière a évoqué avec émotion mais sans mièvrerie sa vie personnelle en RDA où elle naquit, fit ses études et commença sa carrière scientifique. J’ai senti une femme au bord des larmes, probablement parce qu’elle évoquait publique pour la première fois les données les plus intimes de son existence. Elle a dit que son appartement n’était pas très éloigné du mur à Berlin où elle vivait. Et chaque fois qu’elle empruntait ce chemin, donc tous les jours que Dieu faisait, elle devait contourner ce mur qui la séparait de la vie, de la liberté et de la sécurité. Elle eut des mots très forts, très durs à l’égard des anciens maîtres de la RDA qui retenaient en otage des millions d’êtres humains, dont elle-même et ses parents… Elle dira au milieu de son discours que les jeunes diplômés de Harvard mais aussi du monde entier doivent apprendre à distinguer entre la vérité et le mensonge. C’est là la base de toute philosophie morale dans laquelle l’école philosophique allemande a excellé durant des siècles, si l’on veut mettre à part l’épisode nazi…

     

    Cette éthique de la vérité fait honneur à cette fille de pasteur qui s’est toujours montrée à la fois Realpolitekerin et Tatkraftmensch… Elle a dû en subir, des mensonges, venant d’un régime qui mentait à ses administrés, les trompait et les surveillait. Et pour les plus récalcitrants les emprisonnait ou même les fusillait. Elle a fait allusion à ceux qui bravaient la mort et mouraient sous les balles des Vopo (Volkspolizei).

     

    Dans cette démarche, prendre la parole devant un public enseignant et étudiant, Angela Merkel marche dans les brisées de célèbres précurseurs allemands, dans l’histoire intellectuelle de son pays : ce furent des nobles Allemands qui furent au Moyen Age à l’origine de la construction de certaines universités. Même après des défaites sur le champ de bataille, ils se sont relevés grâce à la puissance de l’esprit allemand, un esprit non point nationaliste, raciste ou ségrégationniste comme du temps de la Shoah mais une empathie avec le genre humain. Un aspect humain et universaliste, le bon sens de dem deutschen Geist geweiht

     

    Ce sont des pasteurs comme le propre père de la chancelière qui ont animé au sens propre le soulèvement, la résistance spirituelle contre l’oppression. Ils défilaient chaque soir, silencieusement une bougie à la main. Ce n’était pas une retraite aux flambeaux (Fackelzug) comme les Nazis.

     

    Angela Merkel a aussi effleuré en qualité de femme politique des thématiques philosophiques auxquelles je suis très sensible. J’ai apprécié cette subtile distinction qui sépare la bonne politique, la direction des affaires, de la mauvaise, celle qui se satisfait de formules telles que gewält ist gewählt…, on sent, là-derrière l’enseignement pastoral de la jeune protestante pour laquelle l’impératif catégorique de Kant est omniprésent, même dans l’action politique. Et Dieu sait qu’elle sait de quoi elle parle. Elle a aussi dit que rien n’ »tait immuable, rien n’était figé dans le bronze, comme voulaient le faire croire l’URSS et sa fidèle associée la RDA. Les deux ont fini par tomber car baties sur le mensonge et la peur.

     

    J’ai apprécié sa revue critique de sa propre action car elle ne s’exonère pas elle-même de tout manquement. Interrogation : avons nous fait des choses parce que tel était notre devoir, notre obligation d’agir ou simplement avons nous agi car c’était la seule possibilité ? Après avoir défini la problématique, elle la caractérise de la manière suivante : sont ce les conditions indépendantes de notre volonté, la conjoncture (en allemand on dit Fügung) qui ont guidé notre action (en tant que chancelière) ou est ce notre volonté propre que nous avons su faire passer et imposer (durchsetzen) ?

     

    C’est tout le défi de l’homme ou de la femme politique : libre d’agir ou contraint d’agir ? Imposer au peuple sa volonté bien pensée et réfléchie ou se conduire avec bassesse en cédant à la vox populi ?

     

    Ah) Si mon philosophe préféré, HEGEL le chantre de la philosophie politique, l’auteur de La philosophie du droit était parmi les auditeurs de ce discours de Harvard, lui aussi aurait applaudi Angela, debout, les larmes aux yeux…

     

    Ce fut un grand moment, un moment de grâce (en hébreu : et ratson). Au fond, les Allemands sont comme les Juifs, un peuple de Dieu, un peuple qui puise son inspiration et son action (presque toujours) dans la parole de Dieu. Mais Angela est allée encore plus loin, elle a admis dans son propos alles was Menschenantlitz trägtTout ce qui porte sur le visage les traits de l’humain.

     

    A n’en pas douter, le philosophe Hermann Cohen (ob. 1918) avait raison : le protestantisme a du bon

     

  • LE REGIME TRIBAL ISRAELIEN

    Imprimer

    LE REGIME TRIBAL ISRAELIEN

    Le déroulement de la journée fatidique d’hier, au cours de laquelle la knését s’est auto dissoute, m’a inspiré quelques sombres réflexions amplement justifiées par ce que le monde entier venait d’apprendre : un pays dont les représentants élus ne parvenaient pas à s’entendre, pas même pour former un gouvernement dont on a tant besoin. Les électeurs seront à nouveau convoqués en septembre pour élire leurs nouveaux représentants ! Comment cela a t il été possible ? La knését la plus éphémère de toute l’histoire d’Israël…

    J’eus l’impression en contemplant à la télévision I24News les allées et venues des députés, que l’on n’avait pas affaire à un peuple uni mais à des tribus disparates et en rébellion contre tout. Pourquoi suis-je contraint de parler d’un ordre tribal ? Eh bien, parce que dans l’histoire de l’Israël antique, histoire qui ne nous est connue que par l’historiographie biblique, l’idée même d’une monarchie unifiée, n’a peut- être jamais existé. Il a fallu l’inauguration de la royauté sous la férule du prophète Samuel que les douze tribus accèdent enfin à une forme d’union politique et religieuse… Et les deux entités d’Israël et de Juda ne se sont jamais bien entendues. Le royaume du nord (Israël) fut liquidé par les coups de boutoir de l’armée assyrienne en 722 avant notre ère.

    Eh bien, quand j’ai vu tous ces rabbins ou ces religieux se réclamer de tant d’idéologies différentes alors qu’ils prétendent tous dépendre de la  même Tora de Dieu, je me suis demandé si nous n’étions retombés dans un ordre tribal remontant au vivant de Moïse et de Josué. Pourtant la Bible et le Talmud, voire toute la tradition religieuse, sont d’accord sur un point : yahad yahad shibté israël (Toutes les tribus d’Israël unies entre elles) le tout sous la férule d’un roi. Et même au niveau doctrinal, on met en garde contre les sectes et les chapelles. On redoute la survenue de plusieurs torot, dans le sens du pluriel de Tora. Car, pour les talmudistes, la Tora est unique et une.

    Or, que constatons nous ? Des barbus qui se font passer pour des hommes de Dieu et qui prêchent chacun de son côté pour sa chapelle et sa paroisse. Il y a tel ou tel parti religieux qui vont au combat électoral, chacun pour son propre compte. Certes, quand il s’agit de voter ils n’y vont pas en ordre dispersé, mais tout de même ! On pouvait penser qu’au moins les partis religieux donneraient l’exemple… Eh bien, ils se présentent sous différentes appellations pour ratisser le plus largement possible. C’est donc un retour au tribalisme, chacun vivant cloîtré dans sa propre chapelle.

    La même disparité se retrouve dans le système éducatif israélien. C’est  un système à géométrie variable. Le ministère de l’éducation est tout sauf national ou publique. Il y a une sorte d’éducation

    Lire la suite

  • Philip Roth, Goodbye Columbus… (Gallimard)

    Imprimer

     

     

     

    Philip Roth, Goodbye Columbus… (Gallimard)

    Ce fut l’une des premières œuvres littéraires de cet auteur juif américain, décédé il y a peu. En soi, le nom de cet auteur est déjà tout un programme et aussi l’objet d’un vaste débat qui se poursuit même après sa mort. Le titre est simplement la reprise du cri de ralliement, si j’ose dire, d’une université des USA. Car, ainsi que nous le savons, la fréquentation de telle ou telle université, surtout les plus prestigieuses comme Harvard, Stanford ou Yale, vous classe immédiatement dans l’échelle sociale. Et Columbus ne fait pas vraiment partie des meilleures.

    Les éditions Gallimard viennent de rééditer en version bilingue cette œuvre parue en 1956. Pour ma part, je la lis pour la première fois et je ne suis pas vraiment convaincu de sa grande qualité, mais l’enjeu se trouve ailleurs. Roth, né dans une famille juive américaine, n’a pas toujours été tendre avec son milieu d’origine dont il critiquait l’esprit mercantile et aussi l’arrivisme social. Le culte mythique de la réussite dans tous les domaines, et principalement dans le cadre social et financier, règne sans partage. Il avait tant et si bien stigmatisé l’insatiable appétit de reconnaissance (et d’enrichissement) de ces juifs, émigrés ou descendants d’émigrés, que des milieux orthodoxes de la communauté l’accusèrent d’antisémitisme.. C’est peut-être aller trop loin, mais il est vrai que cet écrivain n’avait pas une relation sereine avec le milieu qui l’a produit et dont il ne reconnaissait pas les valeurs. La création littéraire, l’écriture, les biens culturels en général étaient loin d’être reconnus ou prisés dans ce milieu.

    Lire la suite

  • Le cas Avigdor Lieberman ou l’échec partiel du sionisme…

    Imprimer

    Le cas Avigdor Lieberman ou l’échec partiel du sionisme…

    Il n’est pas question ici de prendre parti pour les uns ou contre les autres, mais simplement d’attirer l’attention sur une dichotomie qui menace l’Etat d’Israël depuis sa refondation ou sa renaissance : réunir de manière véridique et réelle toutes les tendances du judaïsme depuis les origines. C’est gigantesque ! En effet, cet Etat, menacé dans sa survie chaque jour que Dieu fait, doit aussi faire face à un danger aussi grave puisqu’il s’agit d’en préserver la cohésion interne avec d’un côté des gens arcboutés sur la pratique religieuse et d’autres, à l’autre bout de l’échiquier politique (sic), attachés corps et âme à une vie débarrassée de qu’ils nomment avec raison parfois (mais parfois seulement) l’oppression religieuse (kefiya datit)…

    Lire la suite

  • Les limites du macronisme…

    Imprimer

    Les limites du macronisme…

    Au lendemain de ces élections européennes, le verdict est tombé. Il a l’air peu net, pourtant si on l’analyse finement, il marque un sabot d’arrêt pour la politique pratiquée par l’actuel président de la République depuis son élection : installer un no man’s land politique (ou électoral) entre lui-même ou son parti et le Rassemblement National. Cette démarche se révélera très aléatoire dans un pays comme la France où même sans commettre d’erreurs (et Dieu sait que E. Macron en a tant commis), la loi des deux ans se veut implacable.

    Lire la suite

  • Israël : gouvernement des juges ou gouvernement des élus…

    Imprimer

    L’état d'Israël se trouve vraiment à la croisée des chemins, mais cette situation ne doit pas être dramatisée par la presse ou par l’opposition en Israël. c’est un dilemme qui est vécu ailleurs dans le monde, tant en Europe qu’aux usa, mais dans le cas qui nous occupe, voire nous préoccupe, la chose revêt une acuité particulière, suite à une période électorale électrique, presque hystérique, où tant le vainqueur que les vaincus ne sont pas encore parvenus à dépasser ce stade d’hypersensibilité.

    le sujet est connu et les forces en présence bien identifiées : d’un côté, une Knesset, de plus en plus jalouse de ses prérogatives et désireuse de s’affranchir d’une tutelle bien pesante de la cour suprême dont l’activisme choque quelque peu. et cette remarque ne vise nullement à invalider toute son action. de l’autre, cette même instance juridique suprême donne parfois l’impression (et même plus qu’une impression) de se substituer au gouvernement, régulièrement élu par les citoyens-électeurs.

    Lire la suite