06/10/2017

L'âme de la France

 

L’âme de la France

 

On a l’habitude de lire ce genre de titre dans la littérature et la philosophie allemandes, la deutsche Seele. Il ne faudrait même pas dire l’âme française car cela renverrait à autre chose. L’âme de la France, c’est plus parlant. Et cela précise et les enjeux et l’arrière-plan, son contexte historique et culturel. Que l’on n’y voie aucune référence, même dissimulée à Charles Mauras. Je préfère, vous le savez bien, Ernest Renan. Il s’agit simplement de se faire l’écho de toute une population qui ne se reconnaît plus chez elle en France, en raison de cette bourrasque qui s’est abattue sur la vie paisible d’antan, une vie que les gens qui se plaignent, menaient chez eux, sans avoir à subir ce qu’ils ressentent comme une véritable invasion étrangère.

 

Faisons une sorte d’inventaire : à quand remonte vraiment ce sentiment qui étreint des centaines de milliers, voire des millions de Français de souche qui ne reconnaissent plus leur France, la France de toujours et qui devient aujourd’hui la France d’hier ? Il semble que cela a débuté au lendemain de la décolonisation. Les liens entre les pays colonisés d’Afrique du nord et d’Afrique noire étaient si forts que le divorce ne fut jamais total. Il y a même une blague d’assez mauvais goût qui a circulé, que je cite, sans la reprendre à mon compte : la France a divorcé de cette Afrique mais on lui a imposé la garde des enfants… Ce discutable mot d’esprit veut dire que la France a conclu un marché de dupes, elle a obéi à la volonté des pays colonisés de vivre librement chez eux, mais elle n’a pas compris qu’elle perdait sur les deux tableaux : elle perdait son empire mais ouvrait la porte bien grande à tous ceux qui voulaient venir habiter chez elle.

 

Les premières décennies furent assez calmes, les gens qui venaient en métropole ne voulaient qu’une chose : travailler sur place, envoyer de l’argent à leurs familles restées au pays. Bref, contribuer honnêtement au développement du pays et vivre dignement. Peu de temps après, on vit apparaître des revendications comme une nourriture appropriée, une tenue vestimentaires spécifique, bref l’importation en métropole de mœurs et de pratiques qui n’avaient rien à voir avec la laïcité et la culture, voire la civilisation judéo-chrétienne de la France.

 

Au milieu des années soixante-dix intervint une mesure qui est aujourd’hui dénoncée de toutes parts, le regroupement familial. Prise en soi-même, cette décision était très humaine, très généreuse et visait à rendre plus harmonieuse l’existence d’hommes seuls, éloignés de leurs proches demeurés dans le pays d’origine. Par malheur, les moyens matériels d’insertion n’ont pas suivi. On a parqué tous ces gens dans des banlieues éloignées de tout, dans de grands ensembles déshumanisés, leurs enfants et petits enfants en conçurent après coup des sentiments de haine à l’égard du pays d’accueil qui ne les a pas intégrés comme ils l’auraient souhaité. C’est là que se situent les racines de cette haine d’une certaine France, ressentie par les membres de la seconde et de la troisième génération.

 

Ce terrain fertile de frustrations, parfois même de désespoir a été cyniquement exploité par des idéologues qui ne concevaient pas de vivre dans une société où la règle laïque sépare le religieux du politique. En effet, parlez avec un arabo-musulman dans sa langue et comptez les références récurrentes à Dieu, Allah, à la volonté divine, au bon vouloir divin etc… Une attitude mentale intrinsèquement différente de ceux d’entre nous qui ont plus étudié Voltaire et Renan que la Bible et le Coran.

 

La crise économique a durci les positions de deux camps ; on a vu apparaître des revendications religieuses qui édifiaient une identité dont la religion était l’épine dorsale. Le Français moyen commençait, à tort ou à raison, à se sentir étranger chez lui. Le contrecoup électoral ne tarda pas à survenir : Marine Le Pen succéda à son père et parvient à se hisser au second tour de l’élection présidentielle. Et si elle s’était, en ce temps là, émancipée de la pesante tutelle de Fl. Philippot et de sa souveraineté monétaire, elle aurait dépassé les quarante pour cent.

 

Or, l’axe central de la campagne du FN se résume à deux termes liés entre eux, l’immigration et l’insécurité.  Je ne reviendrai pas sur les questions d’identité heureuse ou plutôt malheureuse, mais je dois rappeler que cette âme de la France semble s’éloigner de plus en plus du pays et de ses habitants. Ecoutez les conversations aux terrasses des cafés, dans les restaurants, les halls d’immeubles, à la boulangerie, dans les supermarchés, presque partout où les gens peuvent se rencontrer et échanger, et vous verrez combien le mal est profond.

 

Le terrorisme a causé un tort inouï à toute idée d’intégration. Par ailleurs, des personnages importants de l’Etat se sont mis à parler ouvertement de la disparation de l’homogénéité de la société française. Ce qui était une façon polie ou diplomatique de dénoncer une islamisation du pays. Allez voir ce qui se passe dans la France méridionale où le FN a réussi à faire élire des députés : les gens ne se cachent même plus pour réclamer des mesures… Certains rappellent avec nostalgie qu’il est révolu le temps où l’on parlait de la France comme de la fille aînée de l’église… Aujourd’hui, poursuivent ils, les nouveaux venus ne veulent plus de crèches ni de sapins de Noël dans les écoles, les lycées ou les mairies ; ils ne veulent plus de cours d’histoire sur la Shoah (et je félicite en passant le nouveau ministre de l’éducation nationale pour ses courageuses mesures) ; certaines élèves arrivent avec leur tchador jusqu’aux portes des établissements scolaires…

 

Mais tout espoir n’est pas perdu : des femmes françaises issues de la communauté musulmane ont tiré la sonnette d’alarme. J’ai été sidéré de voir la virulence de leurs propos. Elles accusent les autorités d’hier et d’aujourd’hui de laxisme, d’absence de courage…

 

Mais il faut se garder de procéder à des amalgames. Toutefois, certains signes sont alarmants, notamment le nombre de gens fichés S et les tentatives d’attentats en France, sans même parler de la mort dramatique de ces deux jeunes filles à Marseille. J’adresse à leurs parents mes condoléances les plus sincères.

 

La France a une âme, elle doit la retrouver, elle doit la défendre. Elle n’en restera pas moins la patrie des droits de l’homme, une terre d’asile dans toute la mesure du possible

 

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L'âme de la France

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04/10/2017

La fête des tabernacles, Soukkot.

Dans le monde entier, dès ce soir, tant en Israël que dans le reste du monde, les Juifs entament la fête de soukkot (pluriel de soukka, cabane). Il s'agit de se souvenir de ces cabanes que Dieu a installées dans le désert afin d'abriter la traversée du désert des enfants d'Israël.

La tradition veut que l'on y prenne tous ses repas, voire même d'y dormir, en souvenir de la traversée du désert, suite à la sortie d'Egypte. Mais philosophiquement, le sens de cette fête est plus profond. Le thème est clair: si les lois du monde terrestre s'étaient appliquées sans restriction, sans intervention divine, le peuple juif aurait dû disparaître sans laisser de trace. Comme tant de peuples dont parle la Bible mais ont été perdus pour toujours. Grâce aux interventions divines, directes ou indirectes, visibles ou invisibles, le peuple d'Israël a survécu afin de porter plus avant sa vocation dans ce même monde.

C'est pour témoigner leur reconnaissance au Seigneur que les juifs quittent pendant toute une semaine des maisons bâties en dur pour vivre sous des feuillages, comme leurs ancêtres après la sortie d'Egypte. Ils témoignent aussi de leur acceptation de la loi divine, sans laquelle ils n'auraient pas survécu.

C'est aussi une fête joyeuse, suite aus solennités du mois de tichri (septembre) où l'on commémore le Nouvel An et la journée redoutable de Kippour, où le jeûne de 24heures est de rigueur

Ces fêtes n'en sont pas, ce sont des actes austères où les enfants d'Israël prient Dieu de les inscrire dans le livre des vivants. Mais ils prient aussi pour le reste de l'humanité, à l'instar de leur patriarche Abraham qui, mieux que Noé, pria non seulement pour lui-même mais aussi pour les autres, notamment pour les villes pécheresses, pour Isaac et pour Ismaël. Sans oublier sa propre femme Sarah, frappée d'une stérilité temporaire.

Les religions, dans leur ensemble, se nourrissent de rites et de métaphores pour s'ancrer dans la vie quotidienne des gens. C'est aussi le sens de soukkot où le fameux bouquet festif symbolise l'unité organique du peuple juif: il y en a qui n'ont aucun mérite, d'autres qui ont tous les mérites et d'autres qui en ont certains mais pas tous. Unis, à l'instar du bouquet festif, ils constituent une totalité acceptable aux yeux du Seigneur.

C'est une façon de célébrer l'unité profonde du peuple d'Israël aux yeux de Dieu.

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Vers un dépassement hégélien du clivage gauche / droite en France?

droite gauche.pngL’une des qualités fondamentales des hommes qui réfléchissent n’est autre que la lucidité. Pourtant, les hommes politiques, tous et sans exception, qu’ils soient de droite ou de gauche, croient qu’ils vont changer les fondamentaux, l’ordre du monde. L’actuel président de la République, avec tout le respect qui lui est dû ainsi qu’à sa fonction, ne déroge pas à la règle. Il croit sincèrement que le pays souffre d’un mal quasi congénital et qu’il importe de l’en guérir au plus vite. Donc, cette attitude part d’une bonne intention, fort louable mais un peu difficile à réaliser.

Un exemple américain : Henry Kissinger avait jadis cloué le président Jimmy Carter au pilori en disant ceci : tous les présidents US ont voulu changer le monde mais ce président Carter se conduit comme s’il l’avait lui-même créé… Tout est dit. Souvenons-nous de V. Giscard d’Estaing qui, depuis ses terres d’Auvergne, clamait, avec un peu de vanité tout de même, qu’aujourd’hui marquait une ère nouvelle de la politique française. On connaît la suite. Tout est passé à la trappe, lui aussi voulait procéder à la décrispation, créer un statut de l’opposition, etc…

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10:44 Publié dans Economie, Europe, France, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

03/10/2017

Le président des riches… 

L’expression, ou plutôt l’accusation a fait le tour des salles de rédactions, il n’en fallait pas plus pour que l’exécutif s’en inquiète et, par sa voix la plus autorisée, réagisse fortement, même depuis l’étranger. Aucun autre dirigeant en Europe ou ailleurs, ne se serait inquiété par une telle démarche, la presse étant libre et les manchettes des journaux dépendant de rédactions autonomes. Mais voilà, nous sommes en France, pays qui tient plus à l’égalitarisme qu’à l’égalité, mais sans vraiment le savoir. Qu’est ce qui a provoqué cette brusque poussée de fièvre ?

Le projet de la loi de finances, le budget où est supprimé l’impôt sur la fortune (ISF), remplacé par une taxation sur l’immobilier… Comprenne qui pourra. Mais ce n’est pas contre cela que la presse et les Français se sont enflammés, c’est pour tout autre chose. C’est parce que les signes extérieurs de richesse n’étaient plus taxés comme les yachts de luxe, les grosses voitures et les chevaux de course… Sans oublier les lingots d’or. Mesdames, Messieurs, celui qui tient la plume depuis plus de dix ans et qui écrit chaque jour que fait un éditorial pour vous, est un fonctionnaire, soumis à l’impôt comme tout le monde et œuvre à la TDG bénévolement. Je n’ai jamais eu un café payé par la rédaction et je n’ai jamais rien demandé.

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17:29 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

01/10/2017

La montée des séparatismes : Catalogne, Kurdistan, etc… 

regions europes 2008.pngC’est un phénomène qui n’est pas vraiment nouveau, en tout cas en France mais aussi et surtout dans l’Espagne voisine. Chacun se souvient des Basques et de la violence armée qu’ils avaient dirigée contre l’Etat espagnol qu’ils affublaient de noms d’oiseaux… On se souvient aussi des velléités de certains séparatistes alsaciens qui entendaient faire cavalier seul dans l’Union Européenne. Et il ne faut pas oublier nos compatriotes bretons qui plaidaient naïvement pour une Bretagne libre…

Et pourtant tout ceci appartient au passé, plus aucun mouvement de ce type n’existe, toutes les régions se développement harmonieusement et personne ne songe plus à se séparer de Paris. Miracle du centralisme jacobin ! N’oublions pas la Kabylie que certains services spéciaux avaient encouragé à se distinguer de l’Etat algérien. Mais la répression a été si forte et si implacable que l’affaire a fait long feu.

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17:53 Publié dans Europe, Proche-Orient | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

30/09/2017

Donald Trump ou le refus absolu du politiquement correct…

On aura beau chercher partout, envisager la question sous tous ses angles possibles et imaginables, tourner le problème dans tous les sens, tant que l’on ne se sera pas défait de quelques préjugés ou postulats allant de soi, on ne saisira pas l’essence de ce président si peu conformiste, qui traite d’autres chefs d’Etat de débiles, envoie des tweets  de façon presque compulsive, bref un président US à nul autre pareil et qui défraie la chronique à l’longueur de journées.

Pourtant, si l’on consentait enfin à écarter les catégories explicatives en usage depuis des décennies, et qui furent imposées par la bien-pensance ou dictées par des idéologies dominantes conditionnant les salles de rédactions et les studios de télévision, on pourrait s’approcher d’explications proches de la vérité sur un homme qui, il est vrai, a une personnalité sortant de l’ordinaire. Pour comprendre ce style et cette action, qui tranchent tous deux par rapport à tout ce que nous avons connu, il faut se dire que Trump ne veut pas changer le système, il veut changer de système. D’où son refus d’entretenir avec la presse (généralement hostile) des relations identiques à celles entretenues par tous ses prédécesseurs.

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09:26 Publié dans Etats-Unis | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

27/09/2017

Emmanuel Macron à la Sorbonne: mauvais timing pour un catalogue de la Redoute

Macron Sorbone reuters.JPGEtait-ce une bonne idée de prononcer un tel discours sur l’avenir de l’Europe alors que le pays voisin qui détient les clés de toute avancée, de toute innovation dans le domaine européen, risque d’être bloqué, paralysé, pendant de longues semaines avant de former un gouvernement puisque Angela Merkel paie les erreurs de sa politique migratoire : plus d’un million d’électeurs lui ont faussé compagnie pour se jeter dans les bras de l’AFD.

Ce n’était pas une bonne idée de tenir un tel discours, qui a duré près de 90 minutes, dans un lieu chargé d’histoire, mais un discours qui tenait plus du catalogue de la Redoute que d’un programme politique réalisable dans un avenir proche. En suivant ce discours en direct, j’ai eu un réflexe, j’ai immédiatement pensé au grand discours prononcé le 11 mars 1812 à la Sorbonne par Ernest Renan sur un thème voisin :

Qu’est ce qu’une nation ?

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26/09/2017

Le talon d’Achille d’Angela Merkel 

angela merkel.jpgCe ne fut pas une victoire débordante, Le Figaro a même titré la victoire amère. Nous même le prédisions depuis plusieurs semaines : Angela Merkel a cru masquer l’admission massive de réfugiés chez elle sous le couvert de l’humanitaire alors qu’il s’agissait de combler le déficit des naissances de l’Allemagne qui aura dans quelques années besoin de millions de bras...

La chancelière a cru combler ce déficit en recevant plus d’un million et demi de non Européens qu’elle croyait pouvoir assimiler et intégrer à une forme a minima de culture allemande, la plus éloignée des cultures européennes de l’Orient dont proviennent de tels réfugiés ; c’était un très hardi pari sur l’avenir. Les choses paraissaient si simples au point que les réfugiés n’étaient plus des demandeurs d’asile (Asylbewerber) mais des réfugiés économiques.

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25/09/2017

Une France ingouvernable ?

2017-09-25T093001Z_1681122019_RC1312361780_RTRMADP_3_FRANCE-REFORM-TRUCKS-BLOCKADES.JPGVoilà quelques années j’avais déjà utilisé ce titre pour un papier qui fit florès : plusieurs milliers de réactions en quelques heures. Et je pensais que cette époque-là était révolue, mais non, elle revient périodiquement dès que les intérêts catégoriels de certains Français sont touchés. Comment réformer le pays qui en a bien besoin, si les gens sont vent debout contre toute idée de réforme ? Et d’abord les formes d’opposition. La loi travail va passer devant le parlement qui l’adoptera, les décrets vont être signés, alors que reste-t-il pour s’y opposer ?

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