08/04/2017

Chroiniques new yorkaises: Pessah à New York

https://www.youtube.com/watch?v=TLzJ2VyIU5I

Chroniques New Yorkaises : Pessah à New York

 

Après près de sept heures et demi de vol sans encombre, le gros A  380 se pose délicatement sur la poste d’atterrissage de l’aéroport JFK. Il est près de minuit et demi à Paris mais tout juste dix huit heures trente sur place. Les formalités de débarquement sont expédiées heureusement sans trop de difficulté. Je rappelle qu’on vous photographie, on relève les empreintes digitales des deux mains. Bref, l’Amérique de Donald Trump ne badine pas avec la sécurité, c’était déjà le cas avec son prédécesseur qu’au fon, peu de gens regrettent vraiment.

 

J’avoue qu’à cette heure là je n’avais qu’une iodée en tete : rejoindre l’appartement de Sophie sur Madison. C’est seulement vers trois heures du matin que notre vœu sera exaucé. Après une nuit de sommeil largement réparateur, on voit la vie autrement. Et on sort se promener dans la ville pour prendre un petit déjeuner. Au 673 Madison Avenue, retenez bien ce numéro, il est un coffee shop, tenu par des Italiens où l’on s’assoit pour prendre son petiot déjeuner. Toutes les places autour d’une petite table sont prises, le directeur nous installe au bar. Tout auteur de nous, les New Yorkais se font servir ders omelettes, des  pancakes arrosées de sirop d’érable (quelle chance !) Moi, je me contente d’un double expresso, remarquable pour le lieu en question, et d’un gâteau. Je goute aussi le magnifique verre d’orange pressée.

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Ensuite, nous nous promenons tous les quatre. Il s’agit de visiter la ville tout en cherchant un supermarché cacher pour faire des emplettes pour la fête de Pessah. Mais cette ville est une ville juive et son tempérament est tout autre que celui de Paris. Tout d’abord, les gens sont cordiaux et souriants, j’en suis presque gêné car sur les bords de Seine, ce n’est pas toujours le cas.

 

Nous entrons dans une bijouterie pour regarder les belles montres et le vendeuse me demande d’où je viens. Je lui réponds de Partis. DET voila qu’elle me raconte y avoir passé deux jours la semaine dernière. Motif : elle se rendait dans l’île Saint Louis où son père Monsieur SALOMON avait survécu aux camps nazis, se rendant chez son oncle qui y résidait. M. Salmon vécut à Paris de 1947 à 1960.  Les autorités de police en France avaient mal noté son nom, ce qui fait qu’il conserva cette version en lieu et place de la précédente.

 

Nos pas nous guident ensuite vers le MOMA de NY mais à l’idée de faire un tour de près de deux heures, nous rebroussons chemin pour revenir à Madison… Le long du chemin, nous croisons de jeunes Afro-américains promenant les chiens de leurs riches patrons. Mais ce qui frappe le plus, ce s ont ces chiens que leurs propriétaires ont muni de chaussettes, oui de chaussettes, afin que ces braves bêtes ne souffrent point du froid.

 

Nous passons devant le Trump Tower qui est gigantesque. C’est impressionnant, mais une foule de touristes s’arrêtent pour prendre des photographies. Mais par terre, à même le sol, un homme étale des photos du visage de Trump qu’il affuble d’une moustache à la Hitler. Succès d’estime ou de curiosité garanti. L’Amérique et son second amendement !!

 

Après , je me rends dans une pizzeria tout près d’ici afin de gouter à une bonne pizza dont nous allons être privés durant une bonne huitaine de jours…  Le service est parfait, les serveurs aux petits soins, rien n’est laissé au hasard.

 

Le décalage horaire commence à se faire sentir… Surtout que les choses sérieuses commencent ce soir. Ce soir, le chabbat dinner se passe chez mon ami l’ambassadeur d’Allemagne auprès de l’ONU qui a réuni un certain nombre de collègues et de convives (Sophie et ses enfants) pour saluer notre passage. Nous irons aussi après la soirée du séder visiter avec lui tout l’immeuble de l’ONU, et notamment le lieu o ù se réunit le Conseil de sécurité.

 

Mais cela sera réservé à la chronique de demain car nous n’y sommes pas encore… En revanche, j’ai pu voir en grandeur nature les voitures de la police new yorkaise NYPD, cela m’a rappelé les séries américaines dont j’était si friand dans mes jeunes années.

 

Le temps passe vite et notre vie aussi. La suite sur ce dîner mémorable où j’évoquerai brièvement le sort du judaïsme allemand…

 

Maurice-Ruben HAYOUN

01/04/2017

Lénigme Hollande

 

 

France : une gauche en lambeaux…

 

Qui est, directement ou indirectement, responsable de l’état lamentable dans lequel se trouve l’ensemble de la gauche française, au point que le Parti Communiste ne peut même plus présenter un candidat issu de ses rangs et que le Parti Socialiste se demande même s’il va continuer d’exister. Evidemment, le contexte compte pour beaucoup dans cette affaire : tout se passe sous la présidence d’un président socialiste, ce qui ne veut pas dire nécessairement à cause d’un tel président.

 

Mais les historiens finiront bien par analyser le rôle joué par François Hollande qui fut, avant tout, un président non pas normal, comme il se serait tant voulu, mais comme un président atypique/ Ne ressemblant à aucun de ses prédécesseurs. La question majeure, ce me semble, est la suivante : était il fait pour être président ? Ou plus exactement : avait -il les moyens, ou avait il envie de gouverner ? On a l’impression qu’il s’imaginait autrement ce qui l’attendait dans l’exercice du pouvoir.

 

On se rend compte qu’on quitte imperceptiblement le terrain du pouvoir et de la politique en général pour déboucher sur des recoins intimes de l’âme humaine. Et ceci nous conduit à poser une autre question, encore plus difficile à répondre que la précédente : Qui est François Hollande ? Cet homme qui a passé dix ans de sa vie à déjouer les complots de ses camarades au PS, à inventer toutes les synthèses possibles et imaginables entre des Laurent Fabius et des Henri Emmanuelli et qui, finalement, au pouvoir, amorce un virage libéral qui fracasse sa majorité et finit par se briser sur le roc de ceux qu’on nomme les frondeurs…

 

Et ce drame en plusieurs actes se poursuit lorsqu’il commet l’erreur de vouloir neutraliser Walls par Macron. Il a cru pouvoir les jouer l’un contre l’autre, encore ce côté infernal de la synthèse, cette façon de faire coïncider les oppositions des alchimistes (coincidentia oppositorum), pour parler comme Agrippa de Nettesheim… François Hollande a cru qu’il était encore à la tête du PS et que le jeu politique était le même, et qu’il suffisait de mettre deux êtres en concurrence pour les neutraliser, voire les détruire. Et voilà que c’est lui qui retrouve pris entre les deux branches de la tenaille. Dans le livre de Job, l’expression est encore plus cruelle, puisqu’il est question des mâchoires de l’iniquité !

 

Macron a été le plus réactif : quand il découvrit que le roi était nu, il n’a pas tenté de l’aider mais a décidé simplement de le remplacer. Plus fin que Valls qui est un self made man, Macron qui a fait l’ENA est parti le premier. Valls n’a pas compris qu’il fallait en faire de même et a parlé de désertion. Pire, le jour même de son départ pour Tunis, il voit le président et lui tord carrément le bras : il lui arrache la décision de ne pas se représenter…

 

Mais il était trop tard, le navire Macron avait pris le large et François Hollande, forcé de rester sur la touche, avait prévu que Valls ne franchirait pas l’étape des primaires. Cela aussi, soit dit en passant, fut une erreur capitale de la part de François Hollande : il n’aurait jamais dû dire qu’il s ‘y soumettrait. Certes, il n’aurait pas évité la catastrophe mais il aurait au moins échappé à l’humiliation.

 

Restait une couleuvre de plus à avaler : accepter que Benoît Hamon devienne le candidat adoubé du PS… Défaire garantie puisque au moment où je rédige les sondages le créditent de moins de 10% d’intentions de votes alors que son concurrent direct caracole avec 15% !

 

Je me demande ce que dirait François Hollande dans ses Mémoires s’il venait à en écrire. Le fera t il ? Pourquoi pas ? Mais une chose m’intrigue aujourd’hui encore : le livre d’entretiens avec ces deux journalistes du Monde ! Je ne comprends pas qu’un président sous la Ve République, aux pouvoirs assez voisins de ceux d’un monarque républicain, ait éprouvé le besoin de se commettre avec de tels journalistes. Etait-ce un insatiable besoin de reconnaissance ? Est ce que cela ressortit à la psychanalyse ?

 

Au fond, personne ne connaît vraiment François Hollande. Lui qui se voulait un président normal !! Question faussement naïve : mais comment peut on être un président normal, un homme comme les autres quand on a autant de pouvoirs consentis et garantis par la Constitution ? C’est presque un oxymore.

 

Un mot aussi sur la vie amoureuse de l’homme : chacun d’entre nous, qu’il soit président ou petit employé, éprouve le besoin et a le droit d’aimer et d’être aimé. Bien des gens, dont un curé célèbre, se sont émus du traitement réservé à une femme qui lui a donné quatre enfants, même si la dame en question est loin de mériter le bon Dieu sans confession. Mais tout de même !!

 

Alors qui est cet homme ? Je n’arrive pas à le cerner. Je me demande aussi pourquoi l’actuel secrétaire général de la présidence de la République, homme d’une grande finesse et d’une très grande intelligence, un homme que je connais et apprécie beaucoup, a dû attirer l’attention de son patron sur les divers écueils se dressant sur sa route… L’a t il fait ? Ne l’a t il pas fait ? Et s’il l’avait fait, aurait-il été écouté, à défaut d’être entendu ?

 

Il existe une énigme Hollande. Mais n’accablons pas l’homme qui est digne d’intérêt et de respect. Chaque jour qui passe le rapproche de la fin. Quitter le pouvoir à un si jeune âge ne laisse pas d’être douloureux. Mais pire que le jugement des hommes, plus grave que le jugement de Dieu lui-même, est le jugement de l’Histoire…

 

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 1er avril 2017

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18/03/2017

L’avenir d’Erdogan coïncide-t-il avec celui d’une Turquie forte et démocratique?

 

L’avenir d’Erdogan coïncide-t-il avec celui d’une Turquie forte et démocratique?

 

Ce n’est pas faire preuve de mauvais esprit que de se poser la question. Les récentes déclarations, ou plutôt vociférations de l’actuel président turc, montrent, sans l’ombre d’un doute, qu’il ne recule devant rien, pas même de graves crises diplomatiques avec les Européens pour parvenir à ses fins. Quelles sont elles ? Régner sans partage sur une Turquie qui ne sait plus où elle va, une Turquie, secouée par les sursauts d’un coup d’Etat manqué que rien ne laissait prévoir mais qui signe de graves dysfonctionnements de l’appareil d’Etat.

 

Le fait qu’une grande partie de l’armée, corps le mieux organisé du pays, qu’une part non négligeable de la société civile ait emboîté le pas aux mutins, prouve que le régime d’Erdogan n’a pas choisi la bonne voie et que d’autres mauvaises surprises sont à craindre. La Turquie a besoin de stabilité, de calme et de sérénité. Or, la voie choisie par M. Erdogan suscite bien des interrogations. Ce désarroi, ce cours en zigzague est particulièrement frappant dans le domaine de la politique étrangère : après avoir traité Israël de tous les noms, Erdogan s’en est rapproché : nous saluons cette sage évolution mais elle renforce par son caractère soudain la forte imprévisibilité de l’homme qui est aux commandes  sur le Bosphore. Le même changement du tout au tout est à observer vis-à-vis de la Russie : d’abord on abat un avion de chasse qui avait prétendument violé l’espace aérien turc et ensuite on se jette dans les bras de Moscou dont on avait précédemment dénoncé les visées en Syrie. Et le tout en restant membre de l’Otan. Ô mânes  de Descartes !

 

Aujourd’hui, la dérive du régime est bien plus grave. Les parlementaires européens qui ont enterré depuis longtemps  tout espoir d’accueillir la Turquie au sein de l’Union dénoncent son chantage aux réfugiés et ses tentatives d’intimidation. Dois-je revenir sur les accusations absolument inacceptables de racisme, de nazisme, de partialité, articulées contre la Hollande et l’Allemagne, au motif que ces deux pays au moins eurent le courage de dire non à Erdogan et d’interdire des meetings électoraux sur leur territoire ?

 

Il est évident que la tactique turque vise à monter en épingle des péripéties secondaires afin de mieux pincer la corde très sensible du nationalisme turc. C’est peut-être efficace mais c’est aussi très dangereux. Pas plus tard que ce matin même, j’entendais sur France-Info un député européen stigmatiser en termes particulièrement vifs les agissements d’Erdogan, dénonçant ses tentatives de soumission (sic) et sa volonté d’intimidation grossière. De fait, l’homme s’est soudain excité quand il a pris conscience que sans l’appui massif de la diaspora turque son référendum ne passerait pas. Madame Merkel qui sait que la situation économique en Turquie est préoccupante et que son pays contribue à un fort flux de devises à son profit, ne s’en est pas laissé conter : elle a vertement répondu au grand Turc, lui a rappelé les règles élémentaires à respecter et a dénoncé ses projets : rester au pouvoir jusqu’en 2029 !!

 

Ce n’est pas commettre d’ingérence que de manifester ses inquiétudes de voir un homme, un seul, tout décider pour un grand pays, certes encore sous développé, comme la Turquie, mais appelé à un bel avenir. On ne peut pas concentrer entre ses mains tous les pouvoirs. En outre, en l’espace d’une décennie, bien des choses peuvent changer, à commencer par la capacité à gouverner durant une si longue période.

 

L’avenir de la Turquie moderne doit être mieux orienté. Ce pays risque de connaître des réveils douloureux si les forces vives de cette nation ne se sentent plus concernées par ce qui se prépare.

 

Il faut rebâtir une grande nation turque, donner une place aux minorités, notamment aux Kurdes afin qu’ils se sentent enfin bien dans le cadre national existant. Il faut aussi faire un louable effort concernant l’Histoire et les Arméniens. Enfin, la Turquie devrait redevenir une force de paix et de stabilité dans la région.

 

Toute la question est de savoir si cela est possible avec l’agenda du leadership actuel. Il est, par ailleurs, évident, qu’après les saillies d’Erdogan, un tel horizon s’éloigne chaque jour un peu plus.

 

L’Europe civilisée, judéo-chrétienne, ne demande qu’à vivre en paix avec le reste du monde. Mais elle ne saurait céder au chantage ni se passer autour du cou la corde de la soumission.

 

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 18 mars.

 

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17/03/2017

Levines, De Dieu qui vient à L’idée (Vrin, 1982, 2004)

 

Levines, De Dieu qui vient à L’idée (Vrin, 1982, 2004)

Exception faite de sa thèse de doctorat d’Etat, Totalité et infini (1961) Emmanuel Levinas a surtout privilégié les recueils d’articles ou d’études distinctes, regroupées par affinités thématiques. Et le recueil qu’on a choisi de présenter en raison de son exceptionnelle richesse, porte sur Dieu et les conceptions qu’on est en mesure de s’en faire. D’où le titre.

Levinas a poursuivi, sa vie durant, une seule, mais très puissante idée : remplacer l’ontologie, le savoir, la science absolue, par l’éthique, le souci de l’autre, la responsabilité pour le prochain, au point même d’assumer l’inconfortable condition (ou in-condition) d’otage : quoi qu’il fasse, l’Autre, le prochain me commande cette position morale à laquelle rien ne me permet de me dérober. Position irrémissible, dit le philosophe, comparable à mon être-pour-la-mort dont parle Heidegger dans Être et temps (1927) : je ne peux pas charger quelqu’un de mourir à ma place, c’est moi que la mort touchera au moment de la fin. Je ne peux pas déléguer un autre… Levinas a donc poursuivi cette voie de l’éthique, devenue philosophie première, ayant en son centre le prochain, et par voie de corrélation, Dieu lui-même. Car le prochain me remet à l’esprit le verset du Décalogue, Tu ne tueras point…

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05/03/2017

La campagne présidentielle en France: entre un amont et un aval

 

La campagne présidentielle en France: entre un amont  et un aval

 


Une fois de plus, l’activité politique, pourtant indispensable à la
vie en société, exhibe un visage des plus laids et des plus
repoussants. Des politiciens qui se disaient d’accord et s’étaient
rangés derrière François Fillon, lui tournent aujourd’hui le dos, se
précipitent vers un éventuel remplaçant et quittent le navire par
groupes compacts. Comment expliquer cette attitude ? Comment
comprendre que la politique ne coïncide jamais avec un comportement
réellement éthique ? Voilà un gouffre que nous n’arriverons jamais à
enjamber, un gouffre, celui de l’opportunisme et de l’intérêt égoïste,
deux choses qui prennent le pas sur tout le reste, et notamment sur
les valeurs et les vertus.
Mais ces deux termes ne figurent dans aucun programme de parti
politique, quel qu’il soit.
Mais pourquoi ? Pourquoi cette organisation en meute où le chef est
mis à mort dès que l’on décèle dans son comportement le moindre signe
de faiblesse ? Il est étrange de constater que l’organisation
politique au sens propre, c’est-à-dire le système qui fait que des
êtres humains puissent vivre ensemble dans l’harmonie, tire sa force
des aspects les plus sombres du psychisme humain, je ne dis même pas
de l’âme car l’on se demande parfois si ces hommes et ces femmes qui
nous gouvernent, ou ambitionnent de le faire , en ont vraiment une.
Au fond, le spectacle que donne notre pays à la face du monde, n’est
pas si inhabituel mais on pensait qu’avec le temps, les mœurs
politiques auraient évolué, laissant un peu plus de place à l’éthique.
Risquons une brève analyse susceptible de nous éclairer dans cette
lutte politique presque souterraine : il y a encore quelques semaines,
le candidat qui semblait devoir être élu dans un fauteuil, une
véritable élection de maréchal, est pris dans une tourmente sans fin,
fait l’objet de quolibets et cette défiance a même fini par contaminer
ses amis et ses collaborateurs les plus proches. Tout le monde sait ce
que signifient la vérité, l’authenticité, la fiabilité, la constance,
bref tout ce que Hegel, dans La phénoménologie de l’esprit, nomme la
belle âme (die schöne Seele), pour un philosophe. Il n’est plus permis
de penser que la politique n’a rien à voir avec la philosophie
puisqu’il existe bien une philosophie politique et cette expression ne
constitue pas une alliance de mots, ce n’est pas un oxymore. La
preuve, c’est que Hegel lui-même a développé une philosophie politique
et même une philosophie de l’histoire : et qu’est ce que l’Histoire
sinon une succession de décisions ou d’actes de nature politique ?
Nous vivons une expérience absolument inédite où le juge,
volontairement ou involontairement vient se mettre en travers du
suffrage populaire. On parle même d’actions ou d’initiatives qui
bafouent les institutions… C’est excessif. L’ancien procureur général
Eric de Montgolfier a confié sur un plateau de télévision que jadis,
le ministère de la justice avait ordonné de ralentir la marche de la
justice lorsque des candidats à l’élection présidentielle présentaient
quelques symptômes appelant instamment à la prudence…
C’est pour cela que je dis que l’amont est préférable à l’aval. Il
fallait agir ou légiférer avant. Ce qui donne, soit dit en passant,
raison à Marine Le Pen lorsqu’elle affirme ne vouloir se rendre à la
convocation de la justice qu’après l’élection. Et si elle venait à
être élue ? Eh bien, elle rendrait des comptes après, au terme de son
mandat. Cela reste une cote mal taillée.
Une chose demeure incontestable : le politique et la politique, telle
qu’elle se pratique depuis au moins la fin de la guerre, ne satisfait
plus personne. On déplorait l’abstention, premier parti politique de
France, mais qui a encore envie de voter ? Je sais que la déploration,
à elle seule, ne peut rien. Notre époque est orpheline d’un Ernest
Renan du XXIe siècle pour nous donner une nouvelle Réforme
intellectuelle et morale de notre pays.
Ai risque de se voir taxer d’angélisme et de naïveté par des
politiciens cyniques (et même pas au sens philosophique de ce terme),
répétons que mieux qu’une petite dose de proportionnelle, c’est une
grande dose d’éthique et de probité qu’il conviendrait d’instiller en
urgence dans un système qui n’inspire plus personne.
Il faudra aussi s’occuper de rénover le fondement même de notre
société, la justice et son fonctionnement.
Maurice-Ruben HAYOUN in La Tribune de Genève du 4 mars 2016

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26/02/2017

Fr Fillon et Le Pen : le geste de trop de la part de l’institution judiciaire ?

 

Fr Fillon et Le Pen : le geste de trop de la part de l’institution judiciaire ?

 

 

 

Cette campagne présidentielle ne ressemble à aucune autre. Deux poids lourds, les deux à être presque certains de figurer au second tour sentent l’épée de Damoclès de la justice peser sur leur tête Mais depuis vendredi soir, les choses se sont accélérées au point d’indisposer gravement l’opinion, toutes tendances confondues. Les gens n’acceptent pas que les juges prennent l’élection, leur élection, en otage, et tentent volontairement ou involontairement, d’en fausser les résultats, par une mise en examen, par exemple, ou en renvoyant le cas Fillon devant trois magistrats chargés d’approfondir les enquêtes…

 

 

 

Les commentateurs avisés dont je ne suis pas relèvent que le communiqué du PNF laisse transparaître une certaine gêne puisqu’il reconnaît ne pas avoir suffisamment d’éléments à l’heure actuelle afin d’aller plus avant. Mais qu’il y a des charges, des indices concordants incitant l’institution à ne pas clore le dossier… Cela masque mal un certain malaise.

 

 

 

Le non juriste que je suis ne comprend pas bien et il semble qu’il ne soit pas le seul. On subodore derrière toute cette agitation non point seulement une instrumentalisation de la justice mais une volonté de ralentir, voire de bloquer un processus qui, s’il venait à se confirmer, renverrait Fillon et Le Pen au second tour de l’élection et marquerait l’élection de Fr. Fillon.

 

 

 

Les commentateurs les plus impartiaux s’interrogent sur l’opportunité qu’il y avait à annoncer la nouvelle de la transmission du dossier Fillon à trois magistrats du pôle financier, un vendredi soir alors que le candidat tenait un meeting dans une banlieue de l’Île de France. N’aurait on pas pu attendre lundi matin ? Les juges allaient ils se mettre au travail le soir même, veille de week end ?

 

 

 

Selon d’autres commentateurs qui se répandent sur les réseaux sociaux et les stations de radios, cette décision va conduire les électeurs à faire bloc autour de leur candidat, et ce tant pour Marine Le Pen que pour François Fillon. Ils jugent inadmissible cette ingérence de la justice dans une élection, et surtout une élection de cet ordre.

 

 

 

La justice n’est cependant pas démunie d’arguments : si elle doit requérir, elle peut le faire à tout moment pour peu qu’elle en décide sur la foi d’éléments nombreux et concordants… Est ce la cas aujourd’hui ? Nul, hormis les magistrats ne connaît à fond les dossiers. Mais la question demeure au plan théorique. Enfin, il y a dans cette affaire deux temporalités, l’une judiciaire, l’autre politique et médiatique à la fois.

 

 

 

Mettre à mal l’un de ces deux candidats reviendrait aux yeux de millions de Français, à fausser le résultat de l’élection et ces mêmes millions de citoyens considèreraient qu’on veut les frustrer de leur victoire : rappelons que Marine Le Pen semble depuis le début indétrônable et que les partisans de François Fillon jugeaient cette élection imperdable, il y a tout juste quelques petites semaines. Le caractère systématique des attaques et la minutie avec laquelle de nouvelles pièces sont jetées en pâture, laissent singeur…

 

 

 

Enfin, d’aucuns repèrent dans cet embrouillamini une volonté de favoriser un troisième candidat qui jusqu’à présent, semble épargné par la tourmente, même si les caciques ne jurent de rien, faisant valoir qu’en deux mois, il peut se passer tant de choses.

 

 

 

Les juges font leur travail mais ce ne sont pas les juges qui font l’élection. Il faut faire très attention car il y va de leur crédibilité et de l’équilibre des pouvoirs. Il ne faut pas chercher à peser sur une élection. L’institution judiciaire est déjà mise à mal par tant de choses, il ne faudrait pas que cela aille en empirant. On a déjà connu un cas où un candidat soupçonné par la justice a déjoué tous les pronostics et a fini par élu à la présidence.

 

 

 

La justice a la mémoire longue. Qu’elle agisse intelligemment, c’est-à-dire en évaluant toutes les forces en présence. Et surtout en faisant de la présomption d’innocence l’alpha et l’oméga de son action.

 

 

 

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 26 février 2017

 

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25/02/2017

Israël à la croisée des chemins (al parashat derakhim)

 

 

Israël à la croisée des chemins (al parashat derakhim)

 

 

 

La question des habitations à construire dans des territoires sous administration israélienne mais non reconnus par l’ONU occupe tous les esprits en Israël.

 

 

 

Voici de quoi il s’agit : peut on intégrer à l’Etat hébreu plus de deux millions d’Arabes en annexant ces territoires ? N’irions nous pas vers un Etat binational comme le préconisait Martin Buber sa vie durant ?

 

 

 

Les partisans de la droite israélienne pensent qu’on peut s’en accommoder tout en conservant les structures sionistes de l’Etat juif. A quoi leurs adversaires objectent qu’il n‘en sera rien et que c’est juste une vue de l’esprit. Israël resterait ce qu’il est, même s’il devait administrer une si forte population non juive.

 

 

 

L’avenir d’Israël en tant qu’Etat juif va donc se jouer dans les mois et les années qui viennent. Sauf si une nouvelle majorité venait à se dessiner et à faire pencher la balance dans une autre direction.

 

 

 

Est ce que la solution dite de deux états est réaliste ? Certains considèrent qu’un Etat palestinien arabe ne serait qu’une étape sur la voie de la reconquête totale. Mais depuis les déclarations de D. Trump, certains comme le président égyptien considèrent qu’on pourrait créer un Etat palestinien au sud de Gaza dans le Sinaï égyptien, largement désertique et attendant d’être repeuplé.

 

 

 

Mais voit on vraiment les Palestiniens en haloutsim ? Les voit on faisant refleurir le désert comme le firent les pionniers de la fin du XIXe siècle ?

 

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19/02/2017

Le phénomène Macron…

 

Le phénomène Macron…

 

Voilà un cas intéressant, à l’intersection de plusieurs domaines : la politique spectacle, l’inspiration messianique, variante religieuse de l’homme providentiel, la médiatisation, et surtout un ingrédient qui n’a pas son pareil, l’absence de programme, un flou savamment entretenu par un homme qui ne se dit ni de droite ni de gauche, mais d’ailleurs, un ailleurs comme dirait Raymond Barre qui ne se trouve nulle part.

 

Mais comme dans toutes les choses qui n’ont pas de contenu, les faits finissent par se venger. Il y a depuis quelque temps un inquiétant tassement des sondages et un début de remontée de François Fillon qui a dit une phrase qui fait la manchette du Figaro, la victoire ! Depuis l’avalanche de révélations sur ses emplois de membres de sa famille, c’est la première fois que le candidat adoubé par des millions de Français parle de victoire. Il a bénéficié des conseils avisés de son ancien patron et a réenclenché une dynamique qui devrait être prometteuse.

 

Et puis il y a une dynamique qui nous échappe, tant elle est mystérieuse mais qui est agissante, comme si, dans les coulisses, un état des choses tirait les ficelles : Marine Le Pen et Emmanuel Macron se combattent férocement et la lutte ne fait que commencer. Nul doute que François Fillon finira par en être le bénéficiaire. Les deux candidats pourraient se neutraliser. Attendons et voyons.

 

Mais revenons sur le cas Macron qui concentre sur lui un flot de critiques mais qui a tout de même, avec rien, absolument rien, bâti, à lui seul, un nouveau canal de communication avec les Français. Cet afflux des Français vers Macron s’explique par un désarroi : le missile anti-Fillon qui a atteint de plein fouet la campagne des Républicains, a pris tout le monde au dépourvu. Les électeurs, frustrés par la justice de leur candidat, ont mis du temps à reprendre leurs esprits, tant l’assaut avait été furieux et savamment mis au point. François Fillon est un ressuscité, nul autre que lui que lui n’aurait survécu à une telle attaque. Laquelle a donné des ailes à Macron qui vient de commettre sa première faute, lourde de conséquences : l’accusation contre la France de crime contre l’humanité en Algérie. C’est absolument inouï, c’est la première fois qu’un candidat à l’élection présidentielle ose porter contre le pays qu’il veut diriger, une telle accusation.

 

Il est évident que E. Macron fera bientôt face à deux défis de taille ; la présentation d’un programme digne de ce nom et la disparition des effets nocifs de cette accusation sur sa campagne.

La politique est un jeu cruel, imprévisible et surprenant. On ne manquera pas de le constater très prochainement.

 

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 19 février 2016

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18/02/2017

La France traverse une grave crise morale

La France traverse une grave crise morale

 

Si un martien nous observait de sa lointaine planète, il se dirait que la France ne tourne vraiment pas rond, et ce à quelques semaines d’une élection censée déterminer son avenir proche. C’est le désarroi le plus complet, alors que ce pays est l’un des plus beaux au monde, les autres nations lui envient son mode de vie, sa protection sociale, la formation poussée de ses citoyens, la beauté et la variété de ses paysages, bref le pays de Molière a toutes les raisons de se sentir bien et d’être heureux. Pourtant, c’est exactement le contraire qui se produit. Pourquoi ?

 

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07/02/2017

Danger d’une certaine presse: accuser n’est pas informer

 

Danger   d’une certaine presse: accuser n’est pas informer

 

Loin de nous la moindre idée de limiter la liberté de la presse ou de faire aux journalistes des remontrances, mais une chose est claire : cette affaire, montée en épingle, laissera des traces dans l’histoire politique de la France des années deux mille…

 

Pourquoi ? Parce que pour la première fois et d’une façon encore jamais vue, absolument inouïe, cette presse, de contre-pouvoir, est devenue pouvoir. Désormais, elle se sent en mesure de contrecarrer le choix de millions de Français, un choix exprimé en toute liberté et réitéré quelques jours plus tard.

 

On va croire que je reproche à la presse d’avoir divulgué des choses qui existent ; nullement, je dis simplement qu’elle les a présentées d’une manière très insinuante, au lieu de livrer au public les faits bruts. Un petit exemple de ce qu’il faut bien nommer une manipulation, et appeler un chat un chat : on a présenté les sommes perçues de manière cumulative, ce qui a déchaîné la haine et la rancœur de bon Français qui peinent pour gagner leur vie. Et tout comme eux, je pense comme eux mais ne ressens pas comme eux. Au lieu de présenter des sommes globales, il aurait fallu parler de mensualités, et, dans ce cas, libre à chacun de faire les multiplications nécessaires. On ne présente pas comme un fait brut des sommes étendues sur plusieurs années !

 

La presse s’est elle-même prise à son propre jeu. Dans la tourmente médiatique, elle ne maitrisait plus le cours des choses. Et ce qui est encore plus grave, c’est l’effet d’entraînement. Un exemple : hier sur une grande radio, j’entendais un journaliste, qui n’en est pas à son coup d’essai, dire, qu’il a eu accès aux procès-verbaux des auditions de Monsieur et de Madame Fillon… Comme ça, tout simplement, et qui se faisait de la publicité en disant qu’il y avait de nouvelles révélations, sur un tel ou tel autre personnage impliqué. Tiens, je croyais qu’il existait dans ce beau pays le respect du secret de l’instruction. Et je ne parle pas de la présomption d’innocence.

 

Le rôle joué par une certaine presse n’est pas à son honneur. J’ai le regret de devoir le dire. Mais la presse n’est pas la seule coupable, il y a aussi les partisans du propre camp de M. Fillon qui lui raccommodaient publiquement de s’en aller.  Mais une fois que le candidat est remonté sur son cheval et qu’il repart au front, les mêmes, je dis bien les mêmes, jurent qu’ils le soutiennent et que ce n’est plus du bout des lèvres.

 

Le personnel politique de droite comme de gauche répond aux même critères : soigner la continuité, continuer d’être élu, à tout prix, coûte que coûte. Pourquoi ? Je crois que la philosophie politique est la partie la plus contestable de la philosophie. Regardez même du côté de Hegel, sa philosophie politique a été interprétée par certains comme une justification d’une politique expansionniste en Allemagne. Et on a pu constater les résultats chez Friedrich Meinecke qui a applaudi à l’entrée des troupes nazies en Pologne en 1939.

 

On a l’impression qu’au cours des dernières semaines, tout un pays, la France, avait perdu la tête. Le principal intéressé a reçu un tel choc qu’on comprend qu’il n’ait pas réagi sur le coup. Au fond, aucun pouvoir n’est vraiment pur. Ou, pour redonner la parole à Hegel : Seule la pierre est innocente… Et pourquoi ? Parce qu’elle ne pompe l’air ni ne fait d’ombre à personne.

 

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 7 février 2017

 

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